BAS-RELIEFS, SCULPTURES, ETC.
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J’ai plusieurs fois signalé la mauvaise exécution des bas-reliefs des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, placés en général sur les portails ou dans les tympans des arcatures appliquées[72]. On n’aperçoit presque aucun progrès dans les deux siècles suivants. A la vérité, je ne connais de cette époque que des pierres tumulaires encastrées dans le pavement de plusieurs églises, comme par exemple le tombeau d’un évêque Spinola dans l’église de Saint-Pierre, à Bonifacio, celui de Madona Sirena, femme de Rinuccio della Rocca, dans le couvent de Saint-François à Tallano: ce dernier porte la date de 1498. Il est impossible d’imaginer rien de plus mauvais. Ce couvent néanmoins passait pour un des plus riches, et son église pour une des mieux décorées de la Corse. Elle fut bâtie par Rinuccio, seigneur puissant d’au-delà des monts, d’abord partisan des Génois, puis leur ennemi acharné. Par suite de la révolution, on a transporté du couvent dans la paroisse de Santa-Lucia de Tallano le petit nombre d’objets d’art qu’il avait reçus de son fondateur, entre autres un charmant petit bas-relief, représentant la Vierge et l’Enfant Jésus en marbre blanc. C’est le seul morceau de la Renaissance vraiment remarquable que j’aie rencontré dans toute la Corse. Dans la sacristie de la même église, et derrière le maître-autel, on voit quelques tableaux qui proviennent d’un retable du monastère de Saint-François; ce sont des figures de saints ou des compositions ascétiques comme le Couronnement de la Vierge, toutes de petite proportion et d’un fini précieux, qui rappelle un peu les ouvrages du Belin. Plusieurs têtes se distinguent par la noblesse et la naïveté de l’expression. Je ne doute point que ces tableaux et quelques autres, qui sont restés dans le couvent, n’aient été peints en Italie. Ils ne portent point de nom d’auteur, et m’ont semblé fort antérieurs à la construction du couvent qui ne date que de l’année 1492.
Dans plusieurs églises de Bastia et d’Ajaccio, on voit quelques tableaux de l’école génoise, mais aucun ne m’a paru digne d’être cité, et la plupart ne sont, je pense, que de médiocres copies.
Je n’ai vu dans les cabinets de quelques amateurs de Bastia et d’Ajaccio que très-peu de meubles anciens, et tous de fabrique étrangère. Les armes du moyen-âge sont également très-rares, et je n’en connais point qui remontent au-delà du XVIIᵉ siècle. Philippini, parlant de la passion de ses compatriotes pour les armes à feu, disait que des gens qui n’avaient qu’un champ le vendaient pour se procurer une belle arquebuse; qu’il n’y avait pas un Corse qui n’en possédât une ou plusieurs, en très-bon état. Que sont devenues toutes ces armes? Pendant longtemps, un fusil a été pour un Corse, et est encore pour beaucoup de personnes un objet non de luxe, mais de nécessité. Je crois donc qu’à mesure que les armes à feu se sont perfectionnées, les arquebuses se sont échangées pour des mousquets, les mousquets pour des fusils. Aujourd’hui, les fusils à pierre disparaissent de l’île, et il n’est pas rare de voir entre les mains d’un paysan en guenilles un excellent fusil à deux coups, avec des batteries à percussion.
Je viens, Monsieur le Ministre, de vous faire connaître les résultats de ma tournée en Corse, résultats presque négatifs, car je n’ai guère eu qu’à constater la rareté et le peu d’importance des monuments de ce pays. Je suis loin de les avoir examinés tous, mais je doute qu’on en puisse trouver d’étrangers aux types que j’essayais tout à l’heure de caractériser. S’il m’appartenait d’indiquer à vos correspondants et aux antiquaires qui parcourront la Corse après moi un sujet de recherches, je leur conseillerais de les diriger particulièrement sur ces monuments appartenant à une époque et à une civilisation mystérieuses, et dont je n’ai pu vous signaler qu’un bien petit nombre. Décrire, par exemple, les Stazzone et les Stantare encore peu connues; étudier la circonscription de ces monuments étranges; explorer les lieux où l’on peut supposer leur existence; recueillir des renseignements précis sur ces urnes singulières qui renferment des cadavres, et sur les objets qui les accompagnent; enfin, rassembler tous les documents, tous les faits, qui peuvent conduire à la connaissance des origines de la Corse: voilà des travaux qui, je pense, pourraient rendre un véritable service à l’archéologie et à l’histoire.