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Notes d'un voyage en Corse

MONUMENTS ROMAINS.

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Pline compte trente-trois cités (civitates) en Corse, et deux colonies romaines, Mariana et Aleria. Il est douteux que par le mot de civitates, il ait désigné des villes, dans l’acception moderne de ce mot. Plus probablement, il veut parler de tribus ou de peuplades, soit qu’elles aient eu une résidence fixe, soit qu’elles menassent une vie nomade. La ville la plus anciennement connue de la Corse est Aleria; elle devait avoir une enceinte fortifiée avant la première invasion des Romains, ainsi que l’atteste la fameuse inscription du tombeau de L. Scipion[37].

HEC CEPIT CORSICA ALERIAQVE VRBE

A aucune époque il ne semble pas que les Romains aient accordé beaucoup d’attention à la Corse. J’ai déjà rapporté le témoignage de Strabon sur la chasse aux hommes, et le commerce des esclaves qui se faisait de son temps, «esclaves à très-bon marché et très-mauvais, dit naïvement le géographe, car ils aiment mieux mourir[38] que de se façonner aux manières de leur condition.» Je n’ai trouvé nulle part que les Corses aient fourni un contingent militaire aux armées impériales[39]. Toutes les exportations de l’île consistaient en ces esclaves, en cire et en miel; et la pauvreté de ce commerce est une puissante raison de croire que jamais les maîtres du monde n’ont eu dans ce pays d’établissements considérables. Au reste, je n’ai jamais visité de province, autrefois soumise à leur empire, qui m’ait offert moins de vestiges de leurs arts et de leur civilisation.

Dans la plaine de Mariana, dans celle de Sagone, et dans la plaine du Liamone, près de l’embouchure de cette rivière, j’ai observé des fragments de tuiles à crochets, très-nombreux dans la première localité, très-rares dans les deux dernières. Sur l’emplacement de la ville d’Aleria, ces débris sont plus abondants que dans aucun autre endroit de l’île. On y trouve aussi quantité de tessons de poterie noire et rouge, quelquefois très-fine, souvent ornée de reliefs; on y recueille également des morceaux de verre antique, quelques fioles, des fragments de marbre, de petits objets en bronze, la plupart brisés, et provenant d’instruments très-grossiers, des médailles[41] et quelques pierres gravées[40]. J’ai recueilli moi-même une moitié de meule de moulin en lave. Plus heureux que moi, M. Vogin, ingénieur des ponts et chaussées, a trouvé une petite tête de statue en marbre blanc d’un assez bon travail, vraisemblablement, du Bas-Empire. Enfin, j’ai remarqué dans les murs du village moderne d’Aleria, quelques tronçons de colonnes en bien petit nombre, à la vérité, et de gros blocs de pierre provenant évidemment d’édifices antiques. Ces débris, si communs sur l’emplacement de la plupart des villes romaines, sont rares à Aleria, et je n’en connais pas d’autres dans le reste de l’île, si ce n’est dans la plaine de Mariana, où j’ai cru reconnaître un travail romain dans quelques colonnes de granit, et dans les archivoltes appliquées autour de l’apside de la petite église de San-Perteo. J’y reviendrai en décrivant cette chapelle.

Voici les deux seules inscriptions que j’aie rencontrées en Corse: la première est encastrée dans une des maisons du village d’Aleria presque en face de l’église:

FLAVIAE MARIAE VETVLLIANVS CALPVRNIA NVS FILIVS

Les caractères assez mal formés et presque cursifs donnent lieu de croire qu’elle n’est point antérieure au IIIᵉ siècle. Je ne pense pas qu’elle soit chrétienne; le nom de Maria devait être commun parmi les femmes romaines de la Corse, puisqu’il y avait une colonie fondée par Marius.

La seconde inscription, placée sur une pierre gravée servant de linteau, à la porte d’un jardin dans le village d’Erbalonga[42], est mutilée et à peu près indéchiffrable. On y voit seulement les lettres suivantes:

CALISᵗᵒ NIEIMᶜⁱ . . . . . . . . .

Faut-il lire Calisto, à Calistus, ou Calistoni à Caliston? Je serais tenté de lire Calistoni et Mici..? un nom propre comme Micyllus.

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