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Notes d'un voyage en Corse

ÉDIFICES RELIGIEUX. DES ÉGLISES DE LA CORSE EN GÉNÉRAL.

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J’ai vainement cherché à recueillir des renseignements historiques sur les principales églises de la Corse; je n’ai trouvé que des traditions incertaines, souvent contredites par le caractère des monuments eux-mêmes. En général on leur attribue une date évidemment trop ancienne, sans doute par suite de cette méprise ordinaire qui confond l’institution primitive d’une église, avec les reconstructions successives qui ont eu lieu sur le même emplacement. L’époque que l’on assigne souvent aux plus anciens de ces édifices est celle de l’expulsion définitive des Maures, que suivit vraisemblablement un élan de ferveur religieuse manifestée dans cette île, comme partout, par une foule de pieuses fondations. Suivant les annalistes corses, ce grand événement aurait eu lieu au commencement du IXᵉ siècle; mais il est plus que probable, comme nous l’avons dit au commencement de ce mémoire, que les Sarrasins ne furent complètement chassés qu’au XIᵉ. Parmi tous les édifices que j’ai examinés, il n’en est aucun qui m’ait paru antérieur à cette époque. Les plus anciens en présentent tous les caractères, et, à moins de supposer que la renaissance des arts ne se soit opérée en Corse plutôt que sur le continent, on admettra cette date comme la plus reculée que l’on puisse assigner aux monuments qui nous occupent. Si l’on considère que les matériaux propres à bâtir sont rares dans l’île, et d’un emploi toujours difficile; que les Arabes, en se retirant, avaient détruit les villes principales; que les habitants pauvres, ignorants, divisés entre eux[53], harassés par des incursions incessantes, furent obligés d’appeler des étrangers à leur aide pour les délivrer des Sarrasins, on n’hésitera pas, je pense, quelque haute opinion que l’on ait de l’intelligence des Corses, à regarder comme insoutenable l’opinion qui ferait de leur île le berceau de l’architecture romane. D’un autre côté l’on observera que ce style, assurément importé en Corse, y est resté plus stationnaire qu’en aucun autre pays, au point qu’on y trouve des édifices du XIVᵉ siècle et même du XVᵉ[54], conservant encore la plupart des caractères qui distinguent en France le roman primitif; par exemple, la forme des arcs, celle des fenêtres, de plusieurs détails d’ornementation, etc. De là résulte une grande incertitude sur les dates et, dans nombre de cas, l’impossibilité presque absolue de les déterminer avec quelque précision.

Le type adopté au XIᵉ siècle en Corse, et qui s’y est pour ainsi dire perpétué, se trouve, à mon avis, dans la Toscane, et les églises bysantines de Pise sont les originaux dont les architectes corses ont fait des copies, pour ainsi dire en miniature. Entre les églises des deux pays on n’observe guère d’autres différences que celles qui doivent résulter de l’inégalité des ressources. Un peuple de hardis navigateurs, recherchant avec passion les débris antiques qui couvraient son territoire, en amenant d’autres de loin sur ses vaisseaux pour en orner les temples de sa patrie, riche par son commerce et ses manufactures, devait, on le sent, cultiver les arts avec un tout autre succès qu’un peuple de bergers et de soldats, sans industrie, sans autres richesses que ses troupeaux et un sol fertile, mais continuellement ravagé. A l’époque où les Pisans s’établirent en Corse et y exercèrent une espèce de protectorat, on a vu que les insulaires obtinrent un repos qui leur était inconnu, et qu’alors seulement ils purent songer à imiter les arts du peuple qui leur apportait la civilisation.

Je ne doute donc pas, avec Filippini, que ce ne soit dans cette période que s’élevèrent la plupart des églises que je vais décrire. Il est possible, et même très-vraisemblable, que des églises plus anciennes aient existé dans les mêmes lieux; mais il faut bien se garder de les confondre. Rien de plus naturel, de plus conforme à toutes les pratiques du moyen-âge, que de bâtir sur les lieux mêmes où existaient d’autres édifices déjà consacrés, soit qu’ils fussent ruinés, soit qu’ils parussent déjà trop petits ou trop mal construits pour le goût perfectionné par le contact des Pisans.

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