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Notes d'un voyage en Corse

ÉGLISES DE BONIFACIO. SAINTE-MARIE.

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Ce n’est qu’à Bonifacio que j’ai vu des églises gothiques, mais de ce gothique bâtard tel qu’il s’introduisit, avec peine et tardivement, dans le midi de l’Europe. Bien que ces édifices aient conservé beaucoup de souvenirs romans, je ne les crois pas d’une date antérieure au XIVᵉ siècle; du moins c’est ce qu’on est fondé à supposer en examinant la persistance de l’architecture pisane dans le reste de l’île. L’église de Saint-Césaire et celle de Saint-Nicolas nous en offraient tout à l’heure des exemples remarquables.

Sainte-Marie, construite dans la partie la plus élevée de la ville, se fait remarquer d’abord par ses arcs-boutants, inconnus partout ailleurs, et ici presque inutiles en raison du peu d’élévation des murs latéraux. C’est donc une mode plutôt qu’une nécessité qui les aura fait établir. Le plan de Sainte-Marie est celui d’une basilique courte et large, divisée en trois nefs et terminée par trois apsides semi-circulaires. A l’intérieur elle a subi de nombreuses réparations. Ainsi les piliers, évidemment retaillés, ont maintenant des chapiteaux ioniques. Les voûtes ogivales, renforcées d’arcs doubleaux et de nervures plates, m’ont paru également retouchées; enfin, tout récemment, l’intérieur de l’église a été badigeonné en couleur de marbre, si bien qu’on n’en peut plus distinguer l’appareil. La façade, presque complètement nue, n’offre aucun intérêt. On doit seulement signaler une moulure en violettes bien travaillée, et un grand œil-de-bœuf, ou plutôt une rose sans rayons, à claveaux noirs et blancs alternant avec régularité. Devant la porte, toute moderne, s’élève une espèce de porche ou de halle couverte qui sert de lieu de réunion aux oisifs de la ville.

Le clocher de Sainte-Marie est carré, assez svelte, et, bien que fort mutilé, il conserve quelques vestiges de son ancienne élégance. Je ne parlerai pas de l’étage supérieur, refait probablement au XVIIᵉ siècle; des trois autres, le seul qui soit demeuré intact, c’est le plus élevé, percé de deux fenêtres en ogive, séparées par une mince colonnette. L’étage immédiatement inférieur a une fenêtre trilobée en plein cintre, bouchée aujourd’hui. A l’étage au-dessous on ne distingue plus la forme des ouvertures; peut-être même n’en existait-il pas. Toutes ces fenêtres, en ogive ou en plein cintre, sont surmontées d’une espèce de chambranle décoré avec une certaine recherche; carré au-dessus des ogives, façonné en fronton pour les autres fenêtres, ce chambranle, car je ne puis trouver un autre nom à cette sorte d’encadrement appliqué, est rempli d’ornements sculptés, violettes, rosaces, entrelacs. Voilà, mais perfectionné, le motif qui s’était déjà présenté à Saint-Michel de Murato. Ici son apparence moresque est encore plus frappante, et s’expliquera peut-être par le voisinage de la Sardaigne, soumise à l’Espagne, car on sait combien le gothique espagnol a emprunté à l’ornementation arabe. Des cordons de têtes de clous ou de violettes marquent la séparation de chaque étage, et, vers le milieu de la tour, deux bas-reliefs, sculptés au-dessous d’une de ces moulures, représentent l’un le Bœuf de saint Luc; l’autre, le Lion de saint Marc. Probablement les autres faces de la tour, défigurées aujourd’hui, portaient les autres attributs symboliques des évangélistes.

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