POÉSIES POPULAIRES CORSES.
Reading edition
Je joins ici quelques poésies populaires corses. Lorsqu’un homme est mort, particulièrement lorsqu’il a été assassiné, on place son corps sur une table; et les femmes de sa famille, à leur défaut des amies, ou des femmes étrangères connues pour leur talent poétique, improvisent des complaintes en vers dans le dialecte du pays. Quelquefois c’est la fille, la femme même du mort qui chante ou déclame devant son cadavre. Cet usage existe aussi chez les Grecs, où cette sorte de lamentation funèbre se nomme Μοιριολόγι. En Corse, ou l’appelle Voceru, Buceru, Buceratu, sur la côte orientale;—au-delà des monts, Ballata. Le mot voceru, vient du latin vociferare, dont les Corses ont retranché deux syllabes.
Le thème ordinaire de ces chants est la vengeance; et il n’est pas rare qu’une célèbre buceratrice fasse prendre les armes à tout un village par la verve sauvage de ses improvisations.
Si le mort a succombé à une maladie, le voceru n’est qu’un tissu de lieux communs sur ses vertus, etc. En général, c’est sa femme qui parle et qui lui dit: Que te manquait-il? N’avais-tu pas une maison? un cheval? etc., etc.—Pourquoi nous as-tu quittés?
Un homme mourut dernièrement de la fièvre à Bocognano; ses amis vinrent l’embrasser suivant l’usage de cette localité, et l’un d’eux lui dit: O che tu fossi morto delle mala morte, t’avremmo vendicato! O que n’es-tu mort de la male mort (c’est-à-dire, assassiné), nous t’aurions vengé!—On le voit, la Corse est encore loin de ressembler au continent.