IMPROVISATION
Reading edition
DE MARIE R***, A L’OCCASION DE LA MORT DE SON MARI, ASSASSINÉ AVEC SON COUSIN, SUR LE CHEMIN DE TALLANO A LEVIE (1858).
Amour de ta sœur[83],—frère, objet aimé,—mon cerf au poil brun,—mon faucon sans aîles!—Se peut-il qu’Elle soit[84] ici?—je ne le crois pas encore maintenant.—Je vous vois de mes yeux;—je vous touche de mes mains,—époux chéri,—je baise vos fontaines (sanglantes).
O mon rocher de marbre,—ma vapeur sur la mer,—mon héros fait au pinceau,—enfant des villes,—tant
Lu mio fatto allo pinello Venuto dalle cittane. Tandu vidi che à Maria No le potea durane! Lu mio scorto pè fugi, Lu mio bravo pè parane! Se lu, si fosse trovato Colle suoi arme alle mane Non si lascea far torto Non le faciane male. O dolce piu di lu miele! O manso piu di lu pane! Paria che Dio l’avessi fatto... Maria, colle mio’ mane. Quanto vi fecene honore Quando alzaste a Levie! Sortini tutti li signori; Poi vi diene le viva. La mattina di lo vescò Paragone non avia.
de bonheur, Marie le voyait bien,—ne pouvait durer.
Habile pour fuir[85];—brave pour combattre de pied ferme,—s’il s’était trouvé,—avec ses armes à la main,—il ne se laissait pas insulter,—on ne lui faisait point de mal.
Plus doux que le miel,—meilleur que le pain,—on eût dit que Dieu l’avait fait..... que Marie même l’avait fait de ses mains.
Que d’honneurs on vous fit—quand vous montâtes à Levie;—tous les messieurs sortirent—et vous donnèrent les vivat!—Le jour de l’entrée de l’évêque—ne pourrait se comparer à ce jour-là.
Se ella l’avessi saputa La vostra surella Maria!.... Perche tutto lu mio sanguino In vita a voi lu volia. Ed uomini quante mosche Manda cui eju volia E poi mette mi alla testa La vostra surella Maria. Arrivata alla vostra porta M’avete trattata male; Non siete sortito fuori A voler me scavalcare. Ci son’ intrata a trece stese Fratello ne vostre sale. E poi c’ eju ho trovato a voi Spanzato como ’un majale. O lu mio Zucchero canto Lu mio miele della arena! Mi sento fuggé lu sangue, Fratello, per ogni vena. Quanto che lu mio babà
Si elle l’avait su—votre sœur Marie!...—toute ma lignée—vous voulait en vie;—des hommes aussi nombreux que des mouches—je les aurais amenés ici—et je me serais mise à leur tête,—moi, votre sœur Marie.
Arrivée à votre porte—vous m’avez traitée mal;—vous n’êtes point sorti dehors—pour m’aider à descendre de cheval;—je suis entrée les cheveux épars—mon frère, dans votre salle—et là je vous ai trouvé—décousu comme un sanglier.
O mon sucre,—mon miel des sables,—je le sens, voilà que mon sang se retire,—mon frère, de toutes mes veines.
Que de projets, mon papa—avait conçus—il était
Avea voluto fane. Era culato nella pieve Teso avea lu cannochiale; E poi mi avea scelta voi, ’O pegno particolare. O Alto quanto lu sole! O largo quanto lu mare! Bastava che voi fosse stato Men’ che voi di meditani. Le ricchezze in questo luogo Fossene state amare; Con vosco, la sua surella, Mene fosse andata à zappane. Perche non avesse pianto Fratello, ai questo male. Se la fosse per la robba, Per impegni, o per danari, O Caro della surella, Non vi lasciava mandà; Che insu v’era lu fiume E ciù’ v’era lu mare.
monté au village—avait braqué sa lunette[86] (pour vous voir venir),—et vous m’aviez choisi—comme un objet de prédilection.
Vous étiez haut comme le soleil,—vaste comme la mer;—il eût suffi que vous fussiez—la moitié moins grand que vous n’êtes.
Les richesses en votre endroit—me furent amères:—avec vous, votre sœur—aurait pioché la terre;—elle n’aurait pas versé tant de larmes;—frère, pour un tel malheur.—Ni les biens—ni les relations, ni l’argent—époux chéri—ne vous ont pas séduit;—là, (chez moi) c’était un fleuve (de biens),—ici (chez vous) c’était une mer.
O Mamma siete la mia. Mi era informata di tutto. Era lu arbore forte Caricato d’ogni frutto; E per me, la sventurata Non c’è che ruine e lutto. Eju nun c’agio fatto letto, No meno impastato pane; Eju ci son’ ’ntrata jer’sera; Mene vo’ anda’ stamane. Come me la sventurata Nata nun ne’ sia mai! Sta mattina mi so’ messa Tutta bijoux e di fiora. Ma mi l’agio da leva. Fratello s’appressa l’hora. M’ agio da mettè a dosso Eju la tinta vitriola, Fin tanto che la vita dura Vestita da capo à coda.
Mère[87], vous devenez la mienne.—Je m’étais informée de tout. (?)—Il était l’arbre fort—chargé de tous fruits,—et pour moi, malheureuse,—il n’y a que ruines et deuil.
Moi qui n’avais point fait (encore) le lit—ni pétri le pain,—moi qui suis entrée hier,—je m’en vais ce matin.—Malheureuse que je suis,—pourquoi suis-je née!—Ce matin je me suis parée;—j’étais toute fleurs et bijoux:—voilà qu’il faut que je les ôte.—Frère, l’heure est venue,—il faut que je revête—les noires couleurs;—tant que ma vie durera[88],—j’en serai vêtue des pieds à la tête.
Eju da mercordi dàmane Erane aspettativa, Sempre guardando la strada Se eju vi vedia venire, Non pensando che voi fossi, En bocca degli assessini. Ah! chi mi l’avessi dettu La mattina dei natali, Quando che à Levie Voi volesti alzani; E poi d’una occhiata sola Voi ci voleste cascani. Se non vi fossi piaciuta Quanto daria stammane! De tutti li miei fratella Ci n’agio uno ne’ cumpagnia, Antonio alla campagna, Pierruccio alla Bastia. Quanto da cui a colà Che, ahi me! piove ruine.
Mercredi dès le matin—j’attendais impatiente—les yeux fixés sur la route—espérant vous voir venir:—las! je ne pensais pas que vous étiez—dans les piéges des assassins.
—Ah! qui me l’eût dit—cette matinée de Noël—quand à Levie—vous voulûtes monter—et qu’en un clin d’œil[89]—vous tombâtes!—Pour ne vous avoir pas plu—combien je donnerais aujourd’hui!
De tous mes frères—pas un n’est auprès de moi:—Antonio erre en proscrit;—Pierruccio est à Bastia.—D’ici, de là—hélas! le malheur pleut sur moi.
Bestemmià voglio il rè, Maladì lu tribunale. Perche il disarmamento. Nun l’aviate da fà. Lo tempo degli assessini A punto e questo d’avale. Se l’avia le suoi arme, Giacomo non avia mala. Temuto piu che lu fuoco, Stimato piu che lu mare. Ahi me! nun mi n’importa Fate pur’ come vi pare. A contar le so’ bravezze Nun vorrei ser una donna; Ci sarei voluto ser poeta Andato a gli collegi a Romma; In mano trattar la piumma In testa portar la comma. Se l’avessi da scrivini, Se l’avessi da stampani, D’argento vorrei la piumma E d’oro lu caramare.
Je veux blasphémer contre le roi,—maudire le tribunal:—ce désarmement,—vous n’eussiez pas dû le prescrire[90];—le temps des assassins—c’est le temps d’aujourd’hui:—s’il avait eu ses armes,—Giacomo vivrait encore,—plus redouté que le feu,—plus honoré que la mer.—Hélas! rien ne m’importe plus;—faites de moi ce que vous voudrez.
Pour conter ses vaillantises—je ne voudrais pas être une femme;—j’aurais voulu être poète,—avoir étudié à Rome,—manier la plume,—porter en tête une perruque (comme un docte abbé):—Si j’avais à les écrire,—si j’avais à les imprimer,—je voudrais une plume d’argent,—un encrier d’or;—pour encre je voudrais toute l’eau de la mer;—pour papier je voudrais—la plaine de Mariana.
Per inchiostro ci vorria, Tutta l’acqua di lu mare, Pè papele ci vorria La piana di Mariana. Cio che s’è fatto in Tallano Non l’ha fatto mai nessuno. Perche l’avete ammazati Senza aver’ fatto male alcuno? L’avete pigliati innocenti Come Dio omnipotenti.
Ce qui s’est fait à Tallano—personne ne l’a jamais fait:—pourquoi les avez-vous tués—eux qui n’avaient point fait de mal?—vous les avez pris innocents—comme Dieu le tout-puissant.