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Du Kremlin au Pacifique

LA MINE D'OR

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Un homme marche légèrement dans la rue, les cheveux gris, l'air jeune et résolu, un corps maigre, élégant, dont tous les mouvements sont rythmés, l'œil limpide: c'est le chercheur d'or. Les forêts des alentours cachent dans leurs ombres d'anciens lits de rivières. Dès que la neige permet de se faufiler sous les branches, dans le traîneau de l'indigène, les aventuriers se mettent en chasse. C'est un rude métier, des nuits glacées, des fatigues et des privations inouïes, de pénibles sondages, les intrépides persévèrent, un jour la chance sourit et leur met l'or dans la main. L'amour-propre de ces enrichis est moins flatté par les dorures de leurs salons que lorsqu'ils retournent aux lieux où ils ont peiné, longuement souffert et réussi.

Pour atteindre la mine, il faut remonter une rivière capricieuse qui serpente entre deux rives de saules et couper à travers la forêt par un chemin taillé dans les sapins. Entouré d'arbres silencieux, ce chantier fait une trouée dans la solitude; les blouses des travailleurs, les chariots, les plans inclinés du lavoir, mettent au cœur de la taïga une laideur insolite. Demain, si le filon est épuisé, toutes ces baraques s'envoleront et la forêt réparera l'accroc à sa robe. Pour l'instant, la place est fiévreuse: on lave, on tamise, on cuit la précieuse poudre. Chaque soir, les gendarmes, revolver au côté, sabre au poing, escortent un nouveau sac, produit de la journée.

Cette richesse qui lui coule dans les mains est une tentation pour l'ouvrier. Aux travaux d'épurement de l'or, on emploie les vieux-croyants sibériens, cœurs honnêtes; au lavage, les pieds dans l'eau, les patients Coréens; aux terrassements, à la pioche, les forçats libérés; peu de Chinois, ils sont trop fraudeurs. Sous une pierre, au fond d'une source, on découvre souvent la cachette où le contrebandier fait sa pelote. Pour tous la vie est dure, les longues pluies et les brouillards exhalent au-dessus des forêts humides des vapeurs mortelles, un mal rongeur s'attaque aux os et les amollit comme des éponges. Ce jeune ouvrier qui claque la fièvre dit: «Si je reste un mois de plus, j'aurai ma croix au cimetière, mais je pars dans huit jours pour Odessa.» Pauvre diable! il s'en allait, les poches pleines d'or, peut-être pour un plus long voyage.

Il faut que cette vie de forêt ait de secrets appas, car le vrai Sibérien n'en peut mener d'autre. Le directeur du chantier est un enfant de la taïga, robuste, toujours gai, l'homme qu'il faut pour ces grandes équipes d'ouvriers vicieux. Les cheveux, la barbe drus, il dit de lui-même en riant: «Je suis un ours de la forêt.» Tandis que les mineurs rêvent de la ville comme du fruit défendu et vont boire leur salaire à Nicolaievsk, lui, reste fidèle au poste; son plaisir est d'aller sur son cheval noir, le pied chaussé dans l'étrier mexicain, à travers bois, guidé par un flair de sauvage. Les gélinottes, les grives, les vieux arbres couverts de lichens, les gouttelettes de brouillard suspendues aux aiguilles, le déroulement des pins sous la brume, l'odeur des tourbières et des troncs vermoulus, tout lui plaît dans ces lieux déserts où la terre est à l'homme. Dans une ville, il étouffe. «J'aime mieux la bise que l'accordéon.»

Le maître de ces solitudes, avant les mineurs, était le chasseur toungouse. Les chercheurs d'or ont suivi ses sentiers, marqués par des entailles dans le tronc des bouleaux, ils ont dormi sous sa tente. Le bateau qui nous ramène frôle un de leurs campements, dissimulé sous les feuilles: un petit homme remarquable par la vivacité de ses yeux et de ses mouvements, entouré de chiens, raccommode un arc; une hutte de perches et d'écorces, meublée de quelques pelleteries, abrite sa nombreuse famille, pétulante comme lui: bêtes et gens, dans cette tribu, donnent l'impression de finesse, d'adresse et de courage. Leurs habits sont en peaux de cerf, leur bonnet d'écureuil brodé de perles bleues. Au lieu de faire visage de bois à l'étranger, ils l'accueillent gentiment, et le Toungouse, aussitôt, d'un air éveillé, commence une histoire; chasseur, il en a dans son carnier. Comme il conte bien! C'est une aventure inouïe, un coup dont on n'a pas l'idée; et le voilà parti, se croyant en forêt, mimant l'affût, la façon dont il a rampé sous bois, l'attaque des chiens, leur course, leur désespoir quand l'ours a grimpé à l'arbre, tout cela avec volubilité, des gestes drôles, une voix mordante, émue, et le récit se termine par une caresse au chien qui ferme les yeux de contentement.

Illustration from Du Kremlin au Pacifique

Pour mettre au cou d'une Parisienne un collet de zibeline, il a fallu que le Toungouse s'ingénie. Il a bien étudié les habitudes de la bête, l'heure de ses rentrées, et un jour il s'est posté. La zibeline en tapinois rentre chez elle à pas menus: il faut frapper à la tête ou le poil est gâté. Après une semaine d'angoisses et de ruses, il n'a pas osé tirer; de tristesse il s'assied dans la neige et se met à pleurer. La chasse pour lui n'est pas un passe-temps: une femme et des enfants dans la hutte attendent son retour avec les dents longues.

Gentil chasseur, charmant conteur, espiègle, bon cœur incapable de thésauriser, souverain des bois qui connaît tous les sentiers de son royaume et prend plaisir à l'arpenter, hôte bienveillant et courtois, fils de ces vieilles races aristocrates qui se passaient de bien-être, mais non d'émotions, et cherchaient les plus vives et les plus délicieuses, voilà comme nous imaginons dans ses forêts le petit Toungouse, peuple alerte qui fournit de temps à autre aux races épuisées de la Chine des conquérants pour la gouverner.

Illustration from Du Kremlin au Pacifique
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