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La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 1 (de 2)

PREMIÈRE PARTIE

Reading edition

LES POPULATIONS DU KANEM

I

LES KANEMBOU

HISTORIQUE DU KANEM

Il importe tout d’abord de dire quelle est l’origine du mot kanembou. D’après Kœlle[1], le monosyllabe ma et son pluriel bou servent à indiquer dans la langue du Kanem et du Bornou, une idée de possession, de relation ou d’origine.

kam bornou-ma, un homme du Bornou, un Bornouan ;

bornou-bou, les Bornouans ;

kam kanem-ma, un homme du Kanem ;

kanem-bou, les Kanembou.

Mais cette règle souffre des exceptions. Barth fait remarquer « qu’il n’a jamais entendu le mot bornou-bou et que ma est fréquemment uni à un mot indiquant le pluriel »[2].

Nous signalerons également en fait que les Kanembou désignent un homme de leur tribu sous le nom de kanembô. Pour eux, le mot est un singulier et non un pluriel.

ouô kanembô, je suis Kanembou.

Pour désigner plusieurs habitants du Kanem, ils disent ianembô :

endi ianembô, nous sommes Kanembou.

Ce pluriel, peu fréquent d’ailleurs, se fait par analogie avec celui de kam, un homme.

kam ngourié, un homme de Ngouri ;

iam ngourié, des hommes de Ngouri.

Mais, en kanembou, les terminaisons a, oa, oua, sont généralement l’indice du pluriel.

kanouri, un Bornouan ; pl. kanoréa,

dogo, un forgeron ; pl. dogoâ,

toubô, un Toubou ; pl. toubouâ[3].

toubô toullô, un Toubou ;

toubouâ ngobô, de nombreux Toubou ;

dogô touôbé, un forgeron toubou ;

dogoâ touôbé, des forgerons toubou.

Comme on le voit, kanem-bou et tou-bou sont ici deux singuliers.

Remarquons enfin que le mot tou-ma n’est pas employé pour désigner un habitant du Tou[4], qu’une partie des indigènes habitant les îles du Tchad porte le nom de boudou-ma[5] (qui est ici un pluriel) et que le mot correspondant boudou-bou n’est pas usité.

Ainsi donc, la règle donnée par Kœlle, est loin d’être toujours appliquée. Cependant la terminaison bou est quelquefois employée, au Kanem, pour désigner certaines fractions des Kanembou ou des Ḥaddâd. Citons, entre autres noms :

intchal-bou, fraction kanembou, originaire du village de Intchali ;

rekdô-bou, — — — Roukdô ;

bari-bou, — — — Bari.

Mais on dit aussi, par exemple :

goudjirou, fraction kanembou, originaire du village de Goudjer ;

ngourotelaou, — — — Ngourotela.

On peut croire, il est vrai, que la terminaison ou des noms de nombreuses fractions kanembou n’est autre que le mot bou dont le b n’est pas ou est à peine articulé. C’est ainsi que les mots intchalbou et rekdôbou sont presque prononcés intchâlou et rekdôou[6].

Les exceptions à la règle de Kœlle sont peut-être dues à l’influence du toubou. Dans cette dernière langue, on dit :

aou keunoumé, un homme du Kanem ;

et parfois aussi :

keunoumbé, id. id.

ammâ (ambâ) keunoumâ, les gens du Kanem ;

et parfois aussi :

keunoumbâ, id. id.

Que le mot kanembou soit un singulier ou un pluriel, il indique évidemment le fait d’habiter le Kanem.

Kanem est une corruption de keunoum ou konoum. On a expliqué ce dernier mot au moyen du terme toubou eunoum ou onoum, qui veut dire « sud », et de la lettre k qui sert à former le substantif. Mais les Kanembou se servent du même mot pour désigner le sud et c’est surtout dans leur langue que le k sert à former le substantif. Il serait donc plus juste de dire que keunoum ou konoum est un mot d’origine kanembou.

Les Kanembou, nombreux au Kanem et au Dagana, forment une population négroïde qui suivit autrefois le mouvement vers le sud dirigé par des Arabes mélangés à des Toubou. Ces différentes peuplades occupèrent le Kanem, où avaient séjourné avant elles les Pouls[7], et fondèrent un puissant royaume dont les Kanembou constituaient l’élément le plus nombreux.

Ce que nous savons de l’histoire de ce royaume nous a été appris par l’explorateur allemand Barth. Au cours de son magnifique voyage d’exploration en Afrique, Barth put se procurer « un abrégé, sec et stérile » d’une chronique générale renfermant toute l’histoire du Bornou et il put, en outre, prendre copie d’un document important, qui est le récit assez détaillé des douze premières années du règne d’Idris Amsami (de 1571 à 1582). Cette dernière chronique avait été écrite par le secrétaire d’État du sultan Idris, l’imâm Aḥmed. Barth recueillit encore quelques renseignements — moins importants, il est vrai — dans les relations des écrivains arabes et des voyageurs modernes, et il put alors rédiger son Coup d’œil historique sur le Bornou.

Barth, rapporte, dans sa relation, que le fondateur du royaume du Kanem est un nommé Sêf, réputé fils du roi Dzou Yezen, le dernier des Ḥimyarites du Yémen[8]. La chronique dit que Sêf émigra au Kanem et installa sa capitale à Ndjimi, dont on trouve actuellement les ruines sur le chemin qui conduit de Mao à Iagoubri. Les Boulala, qui se réclament également de Sêf, appellent ce dernier Moḥammed Sêf Allah, Moḥammed Yémen et aussi Moḥammed el Kebir el Birnaoui — el Birnaoui, parce qu’il construisit la ville fortifiée (ou birni) de Ndjimi —.

« Sa personne et son règne — dit Barth — sont encore en partie ensevelis dans les ténèbres du passé. Il est vraisemblable qu’il arriva au Kanem du pays du Borkou et qu’il descendait de la tribu libyenne des Bardoa, qui passe pour une subdivision des Berbères du désert. »

Nachtigal semble accepter l’origine himyarique de la dynastie de Moḥammed Sêf Allah. Voici d’ailleurs ce qu’il écrit à propos de ce prince. « La chronique du Bornou fait remonter la dynastie actuelle à Sêf, qui doit être un fils du dernier Ḥimyarite Dzou Yezen et est d’ailleurs désigné, dans ma généalogie du Bornou, sous le nom de Sêf ben Hasan de la Mekke... Bien que la chronique d’Aḥmed, sur laquelle se fonde l’autorité de Barth, dise expressément que ce Sêf émigra à Ndjimi, au Kanem, et qu’il y fonda un royaume, l’assertion ne paraît acceptable que sous toutes réserves. Il se peut qu’aux temps du Prophète, alors que les peuplades arabes étaient engagées dans des luttes violentes, des restes de la monarchie himyaritique aient été poussés en Afrique, qu’ils soient venus au pays des Bardoa (l’oasis de Koufra ou le Tou), que là ils aient grandi en puissance et en considération et se soient peu à peu avancés jusqu’au sud du désert ; mais cela a dû demander plusieurs siècles et le cycle entier de l’exode n’a pu être fourni par Sêf lui-même... La tradition populaire a seulement gardé le souvenir de quelques-uns des ancêtres qui furent glorieux, et, pour ne pas avoir de solution de continuité entre les rois du Kanem connus et le fondateur de la dynastie, Sêf de la Mekke, on donna tout simplement à l’un ou à l’autre des premiers seigneurs un chiffre inadmissible d’années de règne. »

M. René Basset a rectifié l’erreur que nous commettions en rattachant, après Barth et Nachtigal, la dynastie du Bornou au roi himyarite Seif ben dzou Yezen (سيف بن ذو يزن). D’après lui, cette tradition n’a aucune espèce de valeur. Nous nous permettons d’ailleurs de reproduire les explications qu’il nous donna à ce sujet. « Ce fut, antérieurement à l’hégire, au commencement du VIIe siècle de notre ère que Seif, fils de Dzou Yezen, un Ḥimyarite du Yémen, chassa de ce pays avec l’aide des Persans — après avoir inutilement sollicité celle de l’empereur grec — les Éthiopiens chrétiens qui l’avaient occupé (sous Aryah, Abrahah et ses fils), à la suite de la persécution dirigée contre les chrétiens et en particulier ceux de Nedjrân par le roi juif Dzou Noouâs. Jamais les Ḥimyarites n’allèrent à la Mekke. Seif fut assassiné dans le Yémen par des Éthiopiens qu’il avait tolérés. La fondation du Bornou est aussi fabuleuse que celle de Paris par Pâris fils de Priam, de Lisbonne (Olyssipo) par Ulysse, etc. Les suppositions de Barth et de Nachtigal sont inexactes et proviennent de leur ignorance de l’histoire musulmane. Nous savons par le détail ce qui se passa au commencement du VIIe siècle, à l’apparition de l’islam. Aucune tribu n’émigra au Soudan, dont l’Arabie était séparée par l’Égypte, province byzantine, la Nubie, royaume chrétien, l’Éthiopie ou Abyssinie, empire chrétien. Nous savons comment finit l’empire himyarique avant Dzou Chenâtir, prédécesseur de Dzou Noouâs..... C’est un chroniqueur moderne qui a rattaché de toutes pièces la dynastie du Bornou à celle de Seif dzou Yezen, dont nous connaissons l’histoire. Je suppose qu’un demi-lettré trouvant le nom de Sêf Allah (سيف الله : l’épée de Dieu) voulut, pour lui donner plus d’éclat, la rattacher à l’ancien Seif ben Dzou Yezen de Ḥimyar[9]. »

Les Kanembou, les Boulala et les Toubou parlent tous de l’origine arabe de la dynastie de Moḥammed Sêf Allah. Ce prince, selon eux, serait venu du Yémen. On peut croire, en tout cas, que c’est bien lui qui a fondé Ndjimi : la tradition le rapporte et le surnom de El Birnaoui, donné à celui qui fut le premier roi du Kanem, semble le confirmer.

Dans la généalogie des sultans boulalas[10], parmi les noms qui sont portés avant Moḥammed Sêf Allah nous relevons ceux-ci : Tobba’ el aououel el Yémen, Malek, Hares, Ismaïla et enfin Amer, le prédécesseur de Sêf Allah et celui qui, d’après la tradition, serait venu au Borkou. Nous avions cru que ces noms étaient ceux des princes qui avaient successivement eu le commandement des Arabes émigrés du Yémen : nous supposions que Tobba’ el aououel avait quitté le premier l’Arabie et que Sêf Allah avait terminé ce long mouvement de migration vers l’ouest en bâtissant Ndjimi et en fondant le royaume du Kanem. — C’était une erreur, et M. René Basset n’eut aucune peine à nous le prouver. Voici d’ailleurs ce qu’il nous disait au sujet de Tobba’ et aououel. « Nous connaissons sa légende et son histoire. Du reste Tobba’ n’est pas un nom propre : c’est le titre que portait le souverain du Yémen (l’empereur) par rapport aux qail (rois), aux dzou ذو (seigneurs féodaux) — sans parler de l’état ecclésiastique (Nedjrân) gouverné par son évêque et de villes libres, colonies grecques, comme Ampelusia, etc. L’empire du Yémen ressemblait à l’empire germanique au moyen âge et sans doute aussi à l’empire parthe. Les noms que vous citez ont été jetés pêle-mêle par les chroniqueurs dont je vous parle. » Le savant doyen de la Faculté des Lettres d’Alger terminait en disant que tout ce récit était invraisemblable, qu’il fallait le donner comme de la légende pure et de la légende de ṭaleb.

M. René Basset ne croit pas à l’origine arabe des sultans du Bornou : cette hypothèse, selon lui, est radicalement fausse. Il ajoute toutefois, un peu plus loin : « Que des Arabes — se disant chérifs — se soient mélangés aux Toubous et aux Kanouris, c’est fort possible : cela s’est passé chez les Berbères. Mais ce n’étaient point des Ḥimyarites. Ceux-ci avaient une langue, une civilisation différentes de celles des Arabes ».

Léon l’Africain avait rapporté que le royaume du Bornou « était gouverné par un puissant seigneur qui était de l’origine des Bardoa, peuple de Libye. » Léon divisait les Numides en cinq fractions et rangeait parmi elles les Targa (Touareg) et les Bardoa. Ces Bardoa (Berdoa, Berdeoa, Berdeva, Birdeva) habitaient à l’est des Lemta, voisins des Targa. Leur pays désertique s’étendait au nord jusqu’au Fezzan et au Barka, à l’est jusqu’à Aoudjilah, et au sud jusqu’au Bornou. « Il y a grande sécheresse — écrit Léon — et ne se trouve personne qui se puisse promettre sûreté à le traverser, sinon les peuples de Guademis (Ghdamès), lesquels sont fort alliés et grandement amis des habitants de ce désert, et se fournissent de vivres et d’autres choses à Fezzan pour le pouvoir passer[11]. »

Comme ce pays des Bardoa n’est autre que le pays habité actuellement par les Toubou, on crut pendant longtemps que les Toubou étaient des Berbères[12]. Plus tard, Barth montra que la langue des Toubou et celle des Kanouri avaient de nombreux points communs et conclut à la très proche parenté de ces deux peuplades.

Maqrizi et Léon l’Africain considéraient les Bardoa comme des Berbères et ce dernier disait expressément que les rois du Bornou étaient de la souche libyenne des Bardoa. Cependant la langue kanouri et la langue toubou ne renferment que très peu d’éléments berbères. Aussi, pour concilier ce fait avec les assertions des auteurs arabes, Barth admit l’origine berbère de la dynastie de Sêf et supposa qu’au temps des deux écrivains arabes une tribu de Bardoa conquérants avait émigré du désert libyque et était venue s’installer au pays des Toubou. Il crut, d’ailleurs, pouvoir démontrer que les faits venaient confirmer l’origine berbère assignée à la dynastie du Bornou. « C’est ainsi — dit-il — que les Haoussa appellent encore aujourd’hui tout Kanouri Ba Berbétché et la nation elle-même Berbéré[13]. Plus loin, les chroniques disent positivement qu’avant le temps de Selmaa, fils de Bikorou, (vers 1194 de notre ère), les rois du Bornou avaient, comme les Arabes, le teint rougeâtre et que Selmaa fut le premier roi nègre (sillim, ou plutôt tsillim, signifie « noir », en kanouri). C’est aux Berbères ou, pour parler d’une façon plus générale, à une subdivision de la race syro-libyenne que semble remonter la coutume de ces princes, citée par Ibn Batouta au sujet d’Idris son contemporain, de se couvrir le visage et de ne laisser jamais voir leur bouche. D’après Maqrizi, cette habitude de se voiler la face était commune à toute la tribu, et l’exemple actuel des femmes manga confirme évidemment cette assertion. La même origine doit être assignée à l’usage, aboli seulement depuis peu, d’élever chaque nouveau roi au-dessus de la foule, porté sur un bouclier ; il en est encore de même de l’institution toute aristocratique qui a subsisté jusqu’à la dernière révolution, et qui consistait en un conseil de douze chefs ou nobles, sans l’agrément duquel le roi ne pouvait entreprendre rien d’important.

« A la vérité, l’on pourrait invoquer contre cette origine berbère le fait que la langue kanouri semble ne pas renfermer d’éléments berbères, ce qui est réel, à peu d’exceptions près. Pour combattre cette objection, il me suffira de citer l’exemple, bien plus récent, des Boulala[14]. »

Nachtigal, qui avait visité le Tibesti, contesta les allégations de Barth. « J’incline à penser, pour ma part — dit-il — que la soi-disant tribu berbère des Bardoa n’était autre qu’une tribu teda établie sur la pente orientale du Tarso, dans l’enneri Bardaï, et qui, plus tard, a rayonné de là vers les oasis de Koufarah, dont nous savons que, jusqu’à notre siècle, les occupants ont été des Teda. Si Léon l’Africain et bien d’autres ont donné aux habitants de la contrée en question ce nom de Berbères, c’est sans doute par l’unique raison que ceux-ci ne ressemblent ni à des Arabes, ni à des nègres, mais présentent le type toubou-touareg, que les auteurs dont je parle ne connaissaient pas suffisamment pour pouvoir le distinguer nettement de ce type berbère qui leur était beaucoup plus familier[15]. »

Les nombreux indigènes du Kanem et du Bornou qui forment la fraction Maguemi se considèrent comme les descendants des princes qui régnèrent au Kanem d’abord, au Bornou ensuite, princes que la tradition dit être d’origine arabe.

D’autre part, Nachtigal vient de nous montrer que les Bardoa étaient très probablement des Toubou.

Ainsi donc, nous voyons assigner aux rois du Kanem et du Bornou deux origines différentes : arabe et toubou. On pourrait peut-être concilier les deux opinions. Nous allons essayer de le faire et, pour cela, nous montrerons les liens de parenté existant entre certaines fractions toubou et le groupe indigène auquel appartenait l’ancienne famille royale du Kanem.

Nous voyons des Toubou, les Kreda par exemple, nous dire que leurs ancêtres ont suivi la marche vers le Kanem dirigée par un prince originaire de l’Arabie. En route, une partie de la population à laquelle appartenaient ces Kreda se serait fixée dans le pays de Lougoum, près du baḥr appelé Fôdi tinnémou[16]. Le reste aurait continué jusqu’au Kanem avec le prince arabe qui est désigné sous le nom de Maï Denâ[17]. Les Kreda considèrent ce chef comme étant leur ancêtre.

D’autre part, nous savons que les Nguedjem sont d’origine boulala et qu’ils descendent, par conséquent, d’une branche cadette de l’ancienne famille royale du Kanem. Ces Nguedjem, qui ont la même origine que les Maguemi, se réclament de Keï[18], du même ancêtre que certains Toubou (trois des fractions kreda).

Nous dirons, de plus, que les Maguemi du Kanem se considèrent comme parents des Kreda Kodera. Et enfin nous terminerons en citant une chanson de ces mêmes Kodera.

Tangodo aouché djentô, les gens disent que je suis Kanembou.

Maï denâ daleï dogo, mon ancêtre est Maïdena.

Aouché zoko lologué, nombreux furent les Kanembou qui partirent avec lui.

Fayentô fayagué, etc.[19], ils campaient très nombreux...

Ce Kanembou de la chanson se réclame de Maï Denâ et il dit :

leskoï abbatango, mon père est noir-gris (azreq)

Il ne pense donc point à une origine arabe. D’autre part, il se défend d’être comme les Kanembou. De tout ce que nous venons de dire, il résulte donc que les descendants des premiers rois du Kanem, ces Maguemi — que Nachtigal nous montre au Bornou comme se disant d’origine arabe — nous paraissent, au Kanem, être d’origine toubou. Il n’y aurait rien d’étonnant, d’ailleurs, à ce que, à l’origine, les Arabes se soient mélangés plus particulièrement à une certaine fraction toubou. Cette fraction aurait été considérée par la suite comme celle d’où sortaient tous les sultans, et les Maguemi du Kanem auraient même oublié que les premiers princes étaient d’origine arabe.

Ce fait expliquerait alors l’origine bardoa donnée aux rois du Bornou par Léon l’Africain. Cela expliquerait également que les mères des sultans du Kanem aient presque toutes été des femmes toubou. — Notons d’ailleurs, en passant, que cet usage aurait été analogue à celui qui forçait autrefois les sultans du Ouadaï, également d’origine arabe, à prendre femme dans une des cinq tribus ouadaïennes considérées comme nobles. — Cela expliquerait encore pourquoi on retrouve l’influence des Toubou dans la constitution aristocratique du Kanem et dans l’usage du mot toubou maïna[20] pour désigner les premiers princes. Cela expliquerait enfin pourquoi l’influence des Toubou se faisait sentir jusque dans les détails, comme dans cet usage des rois du Kanem — signalé par Ibn Batouta — de se voiler le visage à l’aide d’un litham.

Nachtigal croit que les Kanembou ont été les premiers occupants du Kanem et qu’ils y étaient déjà installés à l’arrivée de Sêf. Il semble cependant que des Kanembou ont suivi le mouvement dirigé par des princes arabes, et auquel, comme nous le savons, participaient également des Toubou (Bardoa, Tomaghera, Koyam).

Aouché zokô lologué, le Kanembou partit en faisant le bruit du vent (ils partirent nombreux).

Il semble, de plus, qu’il n’y ait eu qu’un seul mouvement d’émigration des Kanembou vers le Kanem. La tradition montre, en effet, qu’il y a eu plusieurs déplacements successifs de cette espèce pour les Toubou, mais elle ne parle que d’un seul mouvement vers le sud pour les Kanembou.

On ne sait rien de précis sur la nature de ce mouvement d’émigration conduit par des princes arabes. Il est probable qu’il est descendu du Tibesti vers le Sud. Nous avons vu, en effet, que Toubou est un mot kanembou qui veut dire « habitant du Tou, du Tibesti », et nous savons également que les Bardoa venus avec Sêf Allah étaient originaires du Tibesti.

La différence entre Kanembou et Toubou, qui ont entre eux d’étroites relations de parenté, devait être déjà bien marquée à cette époque.

Il est également probable que les Kanembou étaient installés du côté du Borkou et qu’ils formaient la peuplade la plus méridionale. La tradition dit que les Kanembou sont venus du Nord, d’un pays qu’ils appellent Yayambal. De plus, le mot Kanem signifie « pays du sud » et — comme dit Élisée Reclus — « si les habitants ont ainsi appelé ce pays, la cause en est évidemment à la mémoire qu’ils conservaient d’une contrée plus septentrionale ayant été antérieurement leur patrie ». Nous voyons encore que Nachtigal signale, au Bornou, la tribu kanouri des Koubouri, dont une fraction porte le nom de Borkoubou (Borkoubouâ signifie : gens du Borkou). Et enfin la tradition nous dit que Amer, le prédécesseur de Sêf, était venu au Borkou.

On pourrait donc conclure en disant que le mouvement d’émigration s’est fait par le Tibesti et le Borkou, que certains Toubou (Bardoa, Tomaghera[21], Koyam) ont suivi le mouvement dès le Tibesti, et que les Kanembou, installés plus au sud, du côté du Borkou, se sont joints plus tard au même mouvement[22].

Quoi qu’il en soit de ces explications, il est certain que les Kanembou ont été de beaucoup les plus nombreux dans le royaume de Sêf. Et, comme cela aura lieu plus tard pour les Boulala, la langue du plus grand nombre a prévalu contre celle (arabe ou toubou) des maîtres du pays. Ces émigrés non kanembou se sont d’ailleurs fondus peu à peu dans la masse de la population. Nous voyons, en effet, à la fin du XIIe siècle, le roi Tsilim ben Bikorou prendre une femme kanembou, alors que jusqu’à lui les femmes des rois étaient toutes des femmes toubou. Comme nous le montrerons pour le Ouadaï, quand un pareil fait se produit, c’est que les différences initiales existant entre les diverses populations se sont considérablement atténuées.

Les Maguemi du Kanem se disent d’origine royale mais se croient Kanembou. Les Toumâgueri de Dibinentchi, qui sont d’origine toubou, se croient également Kanembou. Nous avons d’ailleurs déjà vu des Toubou dire :

Aouché Maï Denâ dalé dogô : Je suis Kanembou, mais fils du fils de Maï Denâ.

Tout cela semble donc indiquer que les Kanembou, étant les plus nombreux, avaient absorbé les autres éléments et que la population bigarrée, constituée par les premiers habitants du royaume du Kanem, a dû devenir assez rapidement homogène.

A l’origine, le royaume du Kanem comprend : des éléments d’origine arabe — peu nombreux et qui se sont, d’ailleurs, alliés aux Toubou — des Toubou et des Kanembou[23].

Les rois du pays sont les descendants de ces émigrants arabes, auxquels s’adjoignirent successivement certains Toubou et les Kanembou. La dynastie du roi Sêf Allah (Sêfiya ou Séfouâ) garda assez longtemps son teint clair, et c’est le prince Tsilim ben Bekrou, dont la mère appartenait à la tribu kanembou des Dibbiri, qui est expressément mentionné comme le premier prince à la peau foncée.

Les Kanembou formaient la majorité de la population du pays. Ils semblent, dès l’origine, avoir eu les caractères qu’ils présentent encore de nos jours et s’être attachés à la glèbe, formant ainsi la base de la population soumise et laborieuse.

Les Toubou étaient moins nombreux, et c’est ce qui explique pourquoi les descendants de ces indigènes ont perdu leur personnalité et n’ont plus gardé qu’un vague souvenir de leur origine.

Le grand mouvement d’essor du jeune royaume eut lieu à la suite de l’établissement de l’islam au Kanem, établissement dû au roi Oumê, au XIe ou au XIIe siècle[24]. Le fils d’Oumê, Dounama, étendit son influence jusqu’à l’Égypte[25]. Les successeurs de Dounama continuèrent son œuvre et le premier roi nègre, Tsilim ben Bikorou (1194-1220), fut l’un des princes les plus puissants de la Nigritie[26]. A la même époque, les Beni Ḥafs, qui régnaient à Tunis, étaient à l’apogée de leur splendeur et ils semblent avoir consolidé, par leur amitié, l’influence des rois du Kanem dans le désert[27].

Le second Dounama (1221-1259) entreprit une guerre de sept ans contre les Toubou. La chronique de Barth signale, en effet, vers cette époque, l’arrivée de Teda, population nomade et indisciplinée, qui entra bientôt en lutte avec le gouvernement régulier du Kanem. Dounama soumit, au Nord, les Toubou et le Fezzan et conduisit, au Sud, les premières expéditions contre le Bornou actuel. L’extension du royaume devint énorme et la chronique rapporte que les domaines de Dounama s’étendaient depuis le Nil jusqu’au delà du Niger (rivière Baramouassa)[28].

« La guerre contre les Toubou — dit Barth — fut cependant, pour Dibbalami, l’origine de la décadence de son royaume. Les Kanouri disaient, au figuré, qu’il avait brisé le mounni ou talisman du Bornou, et que tous les grands du royaume s’étaient élancés à l’envi pour s’emparer du trésor qui s’en était échappé. Ceci semble être une allusion aux désordres intérieurs survenus à l’instigation des divers fils du roi, dont la puissance s’était accrue par la direction des expéditions militaires que ce dernier leur avait confiée. Peut-être ce talisman signifiait-il les rapports étroits d’amitié et de parenté qui existaient entre les Teda ou Toubou et les Kanouri et que détruisit, selon toute apparence, la guerre de sept années en question. Bref, après la mort de Dounama, les guerres civiles, les régicides et les changements de dynastie se succédèrent sans interruption. »

La remarque de Barth, au sujet des relations existant entre les Toubou et le royaume du Kanem, concorde avec ce que nous avons déjà dit à ce sujet. Il est probable d’ailleurs que c’est là la véritable explication de la perte du mounni, car nous verrons plus loin qu’une fraction d’origine royale, celle des Boulala, s’appuya sur les Toubou pour combattre et vaincre les princes régnant au Kanem.

« Le règne de Dounama fut suivi d’une période néfaste de deux siècles environ, durant laquelle le royaume, désagrégé à l’intérieur par de fréquentes compétitions, ne cessa d’être en butte aux attaques du dehors. Les premiers princes de cette période continuèrent contre les peuplades au sud de la rivière Yôou, les Sô[29] en particulier, les entreprises guerrières de Dounama ».

Il semble qu’une scission se soit produite dans la famille royale, après le règne d’Ibrahim ben Dounama (1288-1304)[30]. Tandis que la branche aînée restait à Ndjimi et continuait à régner au Kanem, deux branches cadettes se seraient détachées pour aller s’installer du côté de l’embouchure du Chari et des îles Karga, dans la région où se trouvent les trois rochers appelés Ḥadjar el Lamis (ou Ḥadjer Tious).

Les Boulala racontent qu’ils quittèrent le Kanem sous la conduite d’ʿAli Gatel Magabirna, et la généalogie de leurs sultans porte Ibrahim ben Dounama comme ayant eu un fils du nom d’ʿAli : on peut donc croire que ʿAli Gatel Magabirna est le fils du sultan du Kanem Ibrahim ben Dounama. Il est fort probable, d’ailleurs, que le fractionnement en deux tribus de ces émigrés du Kanem n’a eu lieu que plus tard. La tradition rapporte que deux frères en eurent le commandement ; les gens de l’aîné prirent le nom de Babalia[31] et ceux du plus jeune le nom de Boulala ou Bilala[32]. Les Boulala se mélangèrent, dans les pays qu’ils habitaient, à six fractions de la tribu arabe des Hémat. Plus tard, ils attaquèrent le Kanem et il semble que pour vaincre la branche aînée, Boulala et Toubou aient réuni leurs efforts. En tout cas, la lutte devint ardente vers la fin du XIVe siècle.

« Affaibli par les luttes que lui livraient un ou plusieurs de ses fils, le sultan Daoud[33] (1377-1386) fut assailli par le prince boulala ʿAbd el Djelil, chassé de sa capitale Ndjimie et tué dans un combat (1385-1386)[34]. Son fils ʿOthman remporta ensuite quelques succès, reprit Ndjimie, mais périt à son tour, à ce que l’on dit, dans sa propre capitale (1390)[35]. A ce dernier succéda un autre ʿOthman, fils d’Idris, qui partagea, deux années plus tard, le sort de son oncle et de son cousin[36] ; quelques mois après, Abou Bekr Liyâtou, fils de Daoud, fut à son tour massacré par les Boulala[37]. Enfin, ʿOmar, également fils d’Idris, épuisé par ses infatigables ennemis, leur abandonna entièrement le Kanem sur le conseil des docteurs (1394-1398) et transféra sa résidence dans le Kagha, district d’une étendue de 40 à 50 milles, situé dans le Bornou, entre Oudjé et Goudjeba[38].

« Non contents d’avoir arraché le Kanem aux mains de leurs rivaux, les Boulala poursuivirent ceux-ci dans leur retraite. Forcée de se réfugier dans des contrées à moitié insoumises, derrière des marécages qui étaient précisément le berceau des Sô ennemis, réduite à n’avoir d’autre résidence qu’un camp aux stations incertaines et toujours menacées, la dynastie du Bornou semblait être à deux doigts de sa perte. Pendant soixante-dix ans elle traîna ainsi un sort misérable, lorsque surgit le grand roi ʿAli, fils de Dounama (1472-1505), célèbre au Bornou sous le nom de Maï ʿAli Ghadjideni ; ce prince, qui ouvrit au royaume une seconde ère de prospérité, peut être considéré comme le nouveau fondateur du royaume du Bornou proprement dit[39]. »

Ces habitants du Kanem, qui se réfugièrent au Bornou, se mélangèrent aux habitants primitifs du pays, eurent des enfants des captives que leur procuraient les hasards de leurs guerres, et c’est ainsi que se forma la population kanouri, ou kanôri, qui conserva l’usage de la langue kanembou.

Ce nom de kanouri est expliqué de différentes façons. Les uns disent qu’il se compose du mot arabe nour (lumière) et de la lettre k, qui sert à former le substantif. Kanouri voudrait donc dire « les gens de la lumière », et ce nom aurait été donné aux habitants du Bornou parce qu’ils furent les propagateurs de l’Islam dans le pays.

Les autres disent que Kanouri est une corruption de Kanâri, « les gens du feu ». Ce nom viendrait de ce que les Pouls, musulmans fanatiques, considèrent les habitants du Bornou comme voués, par suite de leurs péchés, à toutes les flammes de l’enfer.

Enfin Nachtigal croit que ce mot n’est qu’une corruption de Kanemri, nom qui aurait été donné primitivement aux habitants du Bornou, à cause de leur origine[40].

Voyons maintenant quelle est l’origine du mot Bornou.

Les Arabes disent que ce nom vient de berr Nouḥ, la terre de Noé. Le pays aurait été ainsi appelé soit parce qu’on croyait que l’arche de Noé avait atterri au Ḥadjer Tious[41], soit — comme nous l’avons entendu dire — parce que les princes chassés du Kanem se disaient originaires du pays de Noé (nâs men berr nouḥ)[42].

Selon nous, la véritable origine du mot est toute autre. Nous allons citer tout d’abord quelques noms de populations — avec les deux genres et le pluriel — pour bien montrer de quelle manière ces mots sont formés par les Arabes.

Boulalaï, Boulali un Boulala ; Boulalîyé[43], une Boulala ;

Kecherdaï, Kecherdawîyé,

Kirdaï, Kirdaoui, Kirdawîyé,

Ouadaoui, Ouadaouaï, Ouadaîyé,

Toubaï, Toubaîyé,

Kanemi, Kanemaï, Kanembaï, Kanembaîyé,

Bernaï, Bornaï, Birnaouîyé,

Boulala, des Boulala.

Kecherda, des Kecherda.

Kirdi, des fétichistes.

Oudaoua, Nas Ouaddaï, des Ouadaïens.

Toubou, des Toubou.

Kanembou, des Kanembou.

Bôrnou, des Bornouans.

Or, les généalogies boulala donnent à Sêf, le sultan qui fonda le birni (résidence, capitale) de Ndjimi, le nom de Moḥammed Sêf Allah et aussi de Moḥammed el Kebir el Birnaoui. Nous verrons plus loin que lorsque, chassés par les Boulala, les rois du Kanem vinrent s’installer au Bornou, ils y fondèrent une nouvelle capitale, dont le nom arabe est Gasr (Qaṣr) Eggomo et que les Kanembou appellent Birni Gassaro. Un habitant du Birni Gassaro a donc dû être appelé Birnaoui, Birnaï, et c’est en somme le même mot qui est employé actuellement pour désigner un habitant du Bornou, un Bornouan (Bernaoui, Bernaï, Bornaï)[44]. Remarquons, d’ailleurs, que Birnaouîyé, une Bornouane, est bien le féminin du mot Birnaoui, Birnaï. Les habitants du Birni Gassaro étaient surtout des Kanembou (sing. Kanembaï) et des Toubou (sing. Toubaï). Il serait donc compréhensible que, par analogie, le mot Bernaï, Bornaï ait fait au pluriel Bôrnou. Ce nom de Bôrnou fut plus tard étendu à l’ensemble de la population kanouri et le pays fut appelé « terâb hana Bornou, dar hana Bornou, makân hana Bornou ». De même qu’aujourd’hui l’on dit couramment

nemchi fi Kreda, je vais chez les Kreda ;

au lieu de :

nem chi fi dâr Kreda, je vais chez les Kreda.

nemchi fi Ouaddaï, je vais au Ouadaï ;

au lieu de :

nemchi fi dâr Ouaddaï, je vais au Ouadaï.

de même a-t-on dû dire alors

nemchi fi Bornou : je vais chez les Bornouans.

Le mot Bornou a donc servi à désigner le pays aussi bien que les habitants[45].

Telle est, croyons-nous, l’explication à donner du mot Bornou.

Une ère de relèvement s’ouvrit pour le Bornou à l’avènement d’ʿAli ben Dounama (1472-1505), dont le règne complète la dernière période du XVe siècle. Ce prince rétablit l’ordre dans son royaume et fonda la ville fortifiée de Gasr Eggomo (Birni Gassaro), à trois journées de marche à l’ouest de l’emplacement de la future Kouka. ʿAli chercha à répandre au dehors l’influence du Bornou et ses succès lui valurent le surnom de El Ghâzi (الغازي : le guerrier, le conquérant). Il reprit la lutte pour la conquête du Kanem, où régnaient toujours les Boulala[46].

« Idris, surnommé Katakarmâbi[47] (1504-1526), le digne fils et successeur d’ʿAli, accomplit ce que réclamaient impérieusement le repos et la prospérité du Bornou, c’est-à-dire l’humiliation et la défaite des Boulala. Peu après son avènement au trône, il marcha sur le Kanem, à la tête d’une armée considérable, battit le prince Dounama, et rentra triomphalement dans l’ancienne Ndjimi, cent vingt-deux ans après que le roi Daoud en eût été chassé pour être massacré ensuite. Depuis cette époque, et jusqu’au commencement du dernier siècle, le Kanem est resté une province du Bornou, mais n’est jamais redevenu le siège du gouvernement ; et les rois qui succédèrent à Idris durent encore y faire plusieurs expéditions militaires pour s’assurer définitivement sa bonne et paisible possession. Idris Katakarmâbi, à peine la conquête terminée, dut déjà revenir sur ses pas pour battre à son tour le frère de son ennemi vaincu[48]. »

Les successeurs d’ʿAli continuèrent sa politique et ʿAbdallah ben Dounama (1564-1570) réussit à soumettre les Boulala d’une façon qui semblait à peu près définitive[49].

Le royaume du Bornou atteignit l’apogée de sa puissance avec Idris ben ʿAli, surnommé Amsâmi ou Alaôma (1571-1603)[50].

Idris battit les Sô et, du côté de l’Ouest, s’avança jusqu’à Kano et Zinder. « Après l’humiliation des Kanaoua[51], vint celle des Touareg (Imôchagh) ou Berbères, qui vivaient dans le nord-ouest du royaume. Idris brisa, en trois expéditions militaires, toute la force de ces diverses tribus, ainsi que celle des Berbères d’Aïr, et il s’attacha à consolider l’indépendance des Teda ou Toubou, dont le territoire était pour lui d’une haute importance, comme moyen de rapports entre le Bornou et les contrées du littoral méditerranéen. Il est à remarquer que, dans cette occasion, il fit un long séjour à Bilma, le grand centre d’exportation du commerce du sel.

« Cinq expéditions dans le Kanem marquent encore cette première période. En montant sur le trône, Idris Alaôma avait conclu un traité de paix avec le prince des Boulala ʿAbdallah qui, malgré ses défaites réitérées, avait conservé une position tributaire presque indépendante. Il est certainement remarquable, au point de vue de la civilisation de ce pays, que les conditions de ce traité fussent rédigées en double expédition, selon les formes diplomatiques, pour la garantie réciproque des parties contractantes.

« Après la mort d’ʿAbdallah, son fils Moḥammed ne tarda pas à être détrôné par son oncle, qui viola le traité de paix et s’affranchit de la dépendance du Bornou. La lutte qui s’ensuivit, fut en général, favorable à Idris, quoiqu’il semble que son armée ait éprouvé des pertes considérables. Ces pertes tenaient aux difficultés matérielles de la campagne et aussi à ce qu’il fallait combattre un ennemi très mobile, qui s’échappait constamment sans laisser de prise, pour se montrer de nouveau au moment où l’on s’y attendait le moins. Idris réussit enfin à soumettre tout le pays (y compris le Fitri qui semble avoir, depuis lors, perdu son indépendance) et à replacer Moḥammed sur le trône ; mais à peine était-il reparti qu’il dut revenir au Kanem pour prêter assistance à son protégé[52]. » La guerre contre les Boulala avait été surtout conduite par le vizir Idris ben Haroun, dont parlent encore les Kanembou.

Comme on le voit, la lutte fut continuelle entre les Bornouans et les Boulala, tant que ces derniers restèrent au Kanem. La souveraineté du Bornou semble, à ce moment-là, s’être étendue d’une façon plus particulière aux districts de Fouli, Kologo, Nguigmi — c’est-à-dire à la région du Kanem avoisinant les bords du lac —. Le reste du pays (Mâo, Ngouri, Dibinentchi, Mondo) restait occupé par les Boulala.

Après la mort d’Idris Amsâmi, la puissance du Bornou ne cessa de décliner. Le Kanem, en particulier, échappa de nouveau aux princes de Birni Gassaro et les Boulala y redevinrent les maîtres. La tradition rapporte, en effet, que les Boulala régnaient au Kanem lorsque les Toundjour, venus du Ouadaï, arrivèrent dans la région de Mondo, vers le milieu du XVIIe siècle. Une lutte acharnée s’engagea entre les Toundjour et les Boulala et ceux-ci, vaincus, durent quitter le pays. Ils allèrent alors s’installer à l’est du Baḥr el Ghazal, dans la région de Massoa, qu’ils quitteront plus tard pour aller conquérir le Fitri.

Les Toundjour, victorieux, régnèrent dès lors au Kanem et leur chef siégea à Mao. L’influence de cette tribu s’étendait d’ailleurs sur d’autres populations que celles du Kanem, car tous les Arabes qui nomadisaient dans les régions du Sud-Est (Dagana, Oulad Mehâreb, Oulad Serrâr, etc.) payaient un tribut régulier au sultan des Toundjour.

Le Bornou intervint plus tard, afin de reprendre son ancienne influence au nord du lac. Un esclave haoussa chargé d’un commandement militaire, Dalafno[53], longea la rive ouest du Tchad et vint attaquer les Toundjour. Il les vainquit et leur imposa un tribut, au nom du sultan du Bornou.

Les Toundjour avaient été refoulés dans la région de Mondo : Dalafno et ses gens s’installèrent à leur place, à Mao[54], et se fixèrent définitivement dans le pays. A ce moment-là, une différence très sensible existait déjà depuis longtemps entre les habitants du Kanem et les descendants de ceux qui avaient autrefois émigré au Bornou — entre les Ianembô[55] et les Kanôréa —. C’est pourquoi les nouveaux venus furent appelés Bôrnou, ou encore, d’une façon plus particulière, Dalatoua[56], en souvenir du chef qui les amena au Kanem. Le chef des Dalatoua était l’alifa de Mao, qui commandait au Kanem et apportait chaque année à Birni Gassaro l’impôt qui devait être payé au sultan du Bornou.

Les princes sans énergie qui succédèrent pendant deux siècles à Idris Amsâmi laissèrent péricliter la force et la puissance de leur royaume. Les Pouls, ces musulmans fanatiques, détruisirent les anciens domaines des Haoussa et, en 1808, attaquèrent les troupes du Bornou près de Gasr Eggomo. L’armée du sultan fut battue. « Celui-ci eut à peine le temps de se sauver par la porte orientale avec tout son encombrant attirail de cour, tandis que, sans pompe ni cérémonial, les Fellata victorieux entraient dans la ville par le côté opposé. » Ce sultan, Aḥmed ben ʿAli, prince sans aucune volonté, était incapable de mener vigoureusement la lutte entre les Pouls.

Le Bornou fut sauvé par un faqih kanembou, Moḥammed el Amin[57], homme extrêmement énergique et adroit. Ce dernier fit appel à ses compatriotes et à plusieurs cheïkhs considérables des Arabes-Choa : Mallem Terab et El Gôni Dris (des Hassaouna), et Brahim Abdallahi (des Oulad Hemed). Les Bornouans reprirent courage et se groupèrent autour du faqih, qui vit s’accroître de jour en jour le nombre de ses partisans. Il put ainsi lutter avec avantage contre les Pouls et il réussit à les refouler dans la partie occidentale du royaume. Le sultan appela alors El Amin à sa cour et lui confia le commandement de l’armée bornouane. Grâce aux succès remportés par le faqih, Aḥmed put rentrer dans sa capitale, où il mourut en 1810[58].

Dounama (1810-1817), son fils et successeur, essaya de lutter tout seul contre les Pouls ; mais il fut chassé du Birni Gassaro et, réduit à errer dans son propre royaume, il dut faire appel au faqih. Celui-ci prit alors le titre de cheïkh. A la suite d’intrigues menées contre lui par le sultan et sa cour, le faqih déposa Dounama et le fit emprisonner : son oncle paternel, Moḥammed Nguéléroma, lui succéda. Celui-ci fut bientôt déposé à son tour et Dounama redevint sultan : il trouva la mort dans la guerre contre le Baguirmi, en 1817[59].

Il fut remplacé, pour la forme, par son frère Ibrahim (ou Ibram), qui fut mis à mort en 1846, par ordre du cheïkh ʿOmar, fils et successeur de Moḥammed el Amin[60]. ʿAli, fils d’Ibrahim, essaya de lutter avec l’aide du Ouadaï contre le vrai maître du Bornou, ʿOmar, et périt dans un combat, quelque temps après son avènement[61]. Ainsi finit la lignée des Sêfiya.

A cette dynastie succéda celle des Kanemiin, dont le cheïkh Moḥammed el Amin el Kanemi avait été le fondateur. Celle-ci fut chassée du Bornou, en 1893, par l’aventurier Rabaḥ, qui succomba à son tour, le 22 avril 1900, à la bataille de Koussouri[62].

A l’heure actuelle, Beker Guerbeï, petit-fils du cheïkh ʿOmar, est le sultan du Bornou anglais, et ʿOmar Sanda un autre petit-fils d’ʿOmar, règne sur le Bornou allemand.

Le cheïkh El Amin avait fait bâtir une nouvelle capitale sur les bords du lac Tchad : elle reçut le nom de Kouka[63]. L’ancien faqih eut bientôt à combattre le sultan du Baguirmi, qui s’était affranchi de la suzeraineté du Bornou et avait marqué son hostilité à l’usurpateur bornouan. Le cheïkh fit appel au sultan du Ouadaï, ʿAbd el Kerim Saboun, afin de pouvoir réduire le vassal rebelle. Saboun pilla Massnia, la capitale du Baguirmi, mais, après y avoir installé un nouveau sultan, il retourna au Ouadaï. Le prince intronisé fut d’ailleurs bientôt remplacé par son frère Bourgoumanda qui, devenu vassal du Ouadaï, se déclara l’ennemi du Bornou. Les Bornouans furent battus à Ngala[64], en 1817, et cette défaite coûta la vie au sultan Dounama. Le cheïkh conclut alors une autre alliance avec les Fezzanais. ʿAbd el Djelil et ses Oulad Sliman vinrent pour la première fois dans ces régions et, en compagnie des Bornouans, ravagèrent le nord du Baguirmi (1818). Cette guerre se termina par une victoire du cheïkh à Ngala, en 1824[65].

Moḥammed el Amin, obligé de défendre le Bornou contre de multiples ennemis, n’avait pas pu intervenir efficacement au Kanem, que les sultans du Ouadaï réclamaient comme une ex-possession des Boulala : ʿAbd el Kerim Saboun (1805-1815), avait déjà occupé les districts du sud-est et son œuvre fut plus tard complétée par Moḥammed Chérif. L’influence du Bornou ne se faisant presque plus sentir au Kanem, ce pays était troublé par des luttes continuelles. Les Dalatoua et les Toundjour se battaient pour avoir la prépondérance dans le pays, et cette rivalité coûta la vie à plusieurs chefs et à un grand nombre de guerriers. Le fougbou Djeber, mandé à Kouka par le sultan du Bornou, ne revint plus au Kanem. Les Toundjour dirent alors que leur chef avait été assassiné ou empoisonné, tandis que les Bornouans affirmèrent qu’il était simplement mort de maladie. La mort de Djeber ne changea rien, d’ailleurs, et la lutte continua entre les deux tribus ennemies.

Les Dalatoua avaient toujours été soutenus par les Bornouans. Aussi les Toundjour firent-ils un bon accueil aux Ouadaïens, lorsque ceux-ci vinrent pour la première fois au Kanem. Toundjour et Ouadaïens oublièrent leurs anciennes luttes pour se rappeler seulement que le fondateur de la dynastie ouadaïenne, ʿAbd el Kerim ben Djamé, avait épousé une femme toundjour, Aché.

Les habitants du Kanem s’étaient réfugiés dans les îles du Tchad, à l’arrivée des Ouadaïens. Ceux-ci reconnurent les Toundjour comme les maîtres de la région, qui fut dès lors placée sous la suzeraineté du Ouadaï : les autres populations devaient payer un tribut au fougbou de Mondo. Cela ne dura pas longtemps : le chef ʿAli oueld Tchad fit appel aux Bornouans et les Dalatoua recouvrèrent leur ancienne prépondérance au Kanem. Cette situation fut d’ailleurs acceptée par le Ouadaï, et le chef de Mao changea son titre d’alifa pour celui d’aguid[66]. Ces aguids allaient se faire reconnaître à Abéché et donnaient eux-mêmes l’investiture, le turban de commandement (kademoul)[67], aux chefs kanembou et ḥaddad.

Le cheïkh Moḥammed el Kanemi mourut en 1835 et son fils ʿOmar lui succéda. Pendant que celui-ci se débattait au Bornou au milieu des difficultés que lui suscitaient les partisans de la dynastie légitime et voyait son royaume ravagé par le sultan du Ouadaï Moḥammed Chérif (1846), un événement important se produisait au nord du Tchad : l’arrivée des Oulâd Slimân[68]. Ces Arabes vinrent s’installer au Kanem et ce nouvel élément augmenta encore l’anarchie dans laquelle vivait ce malheureux pays.

Les Oulâd Slimân avaient combattu contre les Turcs pour la possession du Fezzân, mais leur chef ʿAbd el Djelil avait été battu et tué à El Baghla (1842). Sur le conseil donné par le cheïkh avant de mourir, les Oulâd Slimân émigrèrent vers le Sud, vers les riches contrées qu’ils avaient appris à connaître lorsque, alliés du Bornou, ils faisaient la guerre au Baguirmi. Sous la conduite de Moḥammed, fils aîné d’ʿAbd el Djelil, ils allèrent d’abord au Borkou, puis ils descendirent vers le Manga et le Léloua (ou Liloa).

L’arrivée de ces nomades bouleversa l’équilibre traditionnel du Kanem. Ils devinrent les maîtres de la région, grâce à leur habitude de la guerre et, surtout, à la supériorité de leur armement. Ils n’avaient guère à combattre, en effet, que des populations armées de lances et de sagaies, dont ils eurent facilement raison. Ils pressurèrent les peuplades vaincues, pour lesquelles ils se montraient d’autant plus durs que leur mépris était profond pour ces gens noirs (nâs zourq), qu’ils traitaient de kerâda[69] (infidèles).

Les Oulâd Slimân allèrent razzier partout et rayonnèrent du Kanem dans toutes les directions. Enhardis par leurs succès, ils eurent le tort de s’attaquer aux troupeaux des Touareg, dont les chameaux servaient à faire le commerce du sel de Bilma.

Les Oulâd Slimân enlevèrent des milliers de têtes de bétail dans les environs de Kawar. Mal leur en prit, car, en 1850, les Kel Oui rassemblèrent dans le pays d’Azbin tous les hommes valides de leurs diverses tribus : leurs 7.000 guerriers montés surprirent les Arabes à Medeli, près de Bir Alali, et en firent un effroyable carnage. Quelques cavaliers seulement purent échapper. La tribu semblait ne plus devoir se relever d’un coup aussi terrible et Barth, qui visita le Kanem à quelque temps de là (1855), parle de sa « complète décadence ».

ʿOmar crut qu’il pourrait tirer un grand parti de ces nomades turbulents et que ceux-ci le défendraient au Kanem contre les empiétements du Ouadaï. Il prit sous sa protection les débris de la tribu et pourvut les Oulâd Slimân d’armes et de chevaux, en leur donnant la surveillance des frontières bornouanes du côté du Ouadaï.

Les Arabes se refirent vite. Ils s’allièrent à Barka Hallouf, le chef des Gadoa[70], et ils furent dès lors les maîtres du Kanem. Ils recommencèrent leurs pillages et, s’ils combattaient d’une façon générale les aguids el baḥr[71] du Ouadaï, ils ne se gênaient guère pour razzier les sujets du cheïkh ʿOmar, leur protecteur. Vers 1861, ils soutinrent par les armes les prétentions au trône du Ouadaï d’un rival du roi ʿAli. En 1871, au moment où Nachtigal visitait le Kanem, les Oulâd Slimân étaient redevenus ce qu’ils étaient avant leur écrasement par les Touareg. Ils pillaient au Kanem, au Dagana, et s’avançaient jusqu’au Chari, dans le dar Kaddada. Cependant, au Kanem même, ils furent toujours tenus en respect par les Ḥaddâd de la région de Ngouri et Dibinentchi. Ils ne purent jamais rien contre les flèches empoisonnées de ces derniers, avec lesquels ils évitaient d’ailleurs de se mesurer. Du côté de l’Est, ils exécutèrent des razzias chez les Kreda, les Kecherda et tous les nomades du nord du Ouadaï : Oulâd Rachid, Maḥâmid et autres. Ils s’avancèrent même jusqu’au Darfour. Ils allaient également piller plus au nord, au Borkou et chez les Bideyat.

En somme, à ce moment-là, le Kanem était un bizarre assemblage de populations qui se battaient constamment entre elles. Les Dalatoua de Mao étaient toujours les ennemis des Toundjour. Les Kanembou et Ḥaddâd de Dibinentchi luttaient contre les Kanembou et Ḥaddâd de Ngouri. Les habitants du Kanem et les Kreda, faisant usage de mauvais procédés, échangeaient les coups de main et les razzias. Les Oulâd Slimân pillaient tout le monde. Les Ouadaïens faisaient de temps en temps leur apparition dans le pays et prélevaient les impôts en pratiquant la manière forte : les aguids el baḥr, avec leurs troupes grossies par des auxiliaires (Kreda, Oulâd Hemed et habitants du Kanem), se battaient parfois contre les Oulâd Slimân et leurs alliés Ouassili (Megâreba, Ourfalla, Bedour, etc.) ou Gourân (Gadoa, Komassalla, Dogorda). Cette situation dura jusqu’au moment de notre arrivée dans le pays. Le sultan du Ouadaï avait vainement essayé de s’attacher les Oulâd Slimân, qu’il ne pouvait atteindre facilement et qui pillaient constamment ses sujets de l’Ouest. Après ʿAli, sous le règne du pusillanime Yousouf, l’influence des Oulâd Slimân devint prépondérante au Kanem.

Les Kouri et les Boudouma avaient toujours été à l’abri dans leurs îles du Tchad. Ils se battaient entre eux et ils pillaient leurs voisins. Un certain nombre de fractions kanembou (Ngalên, Korio, etc.) s’étaient réfugiées dans les îles du lac et y menaient le même genre de vie que les Kouri et les Boudouma. D’autres Kanembou et des Ḥaddâd partirent à la recherche d’un pays moins troublé que le Kanem et allèrent s’installer au Dagana.

La puissance des Oulâd Slimân allait en grandissant. En 1872, la lutte éclata entre eux et leur ancien allié Barka Hallouf, qui fut battu et tué : une razzia complète des Gadoa et de leurs alliés s’ensuivit. Plus tard, les prétentions des Arabes se tournèrent vers la région de Mao. Nous avons déjà dit que les alifas (ou aguids) des Dalatoua allaient à Abéché recevoir l’investiture et que les chefs kanembou et ḥaddâd venaient prendre le kademoul à Mao. Les Oulâd Slimân destituèrent l’alifa Meta et le remplacèrent par l’alifa Hadji. Le sultan Yousouf accepta le changement et il rendit même aux Oulâd Slimân 200 chameaux qui leur avaient été pris par l’aguid el baḥr Oualdi Chaïb.

Sauf la région de Ngouri et Dibinentchi, peuplée de Ḥaddâd, et le district occupé par les Toundjour (Mondo), où les Ouadaïens venaient assez fréquemment, le reste du Kanem appartenait aux Oulâd Slimân. Ceux-ci razziaient les malheureux habitants de ce pays, déposaient les chefs et rendaient la justice selon leur fantaisie. Les captifs qu’ils faisaient — et, pour les Oulâd Slimân, aucune distinction ne pouvait exister entre les Kerâda — étaient en grande partie vendus à Kawar.

La région de Mondo elle-même ne fut pas épargnée par les Arabes. Vers 1883, ceux-ci réclamèrent un tribut au fougbou ʿOthman, qui refusa, alléguant qu’il payait déjà l’impôt aux Ouadaïens. Mais ces derniers étaient loin et, d’ailleurs, Yousouf n’était pas capable de faire respecter les droits du Ouadaï au Kanem. Les Oulâd Slimân et l’alifa Hadji — celui-ci très heureux de marcher contre l’ennemi séculaire — saccagèrent la région de Mondo, massacrant et réduisant en esclavage les malheureux Toundjour. Le fougbou ʿOthman et deux de ses parents (El Amin et Abou Keren) furent emmenés à Mao et assommés à coups de massue par les esclaves, à côté des fosses où leurs corps devaient être ensevelis.

Mais le chef des Oulâd Slimân, ʿAbd el Djelil, fut assassiné et, après lui, des dissensions intestines brisèrent l’unité de la tribu. Les Miaïssa et Djebaïr, avec Cheref eddin, se battirent contre les Chirédat, Héouat, Megâreba, Bedour, Guedadfa et Medjaberé de Rhèt. Les populations du Kanem prirent part à la lutte. L’alifa Djerab, de Mao, et les Gadoa étaient avec Cheref eddin ; les Dogorda, les gens de Mondo et de Ngouri avec Rhèt. Les Khouân soutenaient ce dernier. Pendant ce temps-là, les Ouadaïens avaient eux aussi leurs querelles intérieures et ne pouvaient pas intervenir au Kanem.

C’est dans cet état d’anarchie que la mission Joalland-Meynier, contre laquelle les gens de Ngouri essayèrent inutilement une faible résistance, trouva le Kanem à la fin de 1899. Au début de 1900, eut lieu le passage de la mission Foureau-Lamy. Les Snoussis entrèrent alors en scène. Moḥammed el Barrani, délégué de Moḥammed el Mahdi, fils de Senoussi, fonda en 1900 la zaouia de Bir Alali. El Barrani, indépendamment de ses Khouân, avait avec lui des Touareg[72] de l’Aïr et du Damerghou et les Ouassili de Rhèt.

A la fin de 1901, eut lieu le premier combat de Bir Alali, qui coûta la vie au capitaine Millot. Le 18 janvier 1902, le commandant Tétart enleva la zaouia[73]. Les Senoussis se retirèrent alors au Borkou. Le Kanem fut occupé et le groupe Djebaïr-Miaïssa, des Oulâd Slimân, fit sa soumission. Le cheïkh Aḥmed, qui avait remplacé son frère Rhèt, tué devant Bir Alali, rejoignit les Khouân avec le reste de la tribu.

Pendant tout le reste de l’année 1902, nous eûmes encore à repousser des attaques dirigées contre le Kanem : les Arabes dissidents secondaient les lieutenants du Mahdi. Il y eut une série de combats autour de Bir Alali, et le chef Abou Aguila se fit tuer avec tous ses Khouân sous les murs du nouveau poste, dont la garnison était commandée par le capitaine Fouque et le lieutenant Poupard.

Il y eut ensuite des opérations de police contre les pillards arabes et toubous affiliés aux Senoussis : les indigènes dissidents furent malmenés par le lieutenant Mangin, qui commandait le peloton de méharistes du Kanem, et le cheïkh Aḥmed fit sa soumission au lieutenant-colonel Gouraud, en janvier 1905.

L’hostilité des Senoussis n’a pas désarmé depuis et nous aurons l’occasion de parler, à propos de cette secte, des pointes qui ont été poussées au Borkou et dans l’Ennedi par les troupes du Kanem.

LA POPULATION KANEMBOU[74]

Il est facile de voir, d’après ce qui précède, que les mélanges doivent avoir été fréquents entre les diverses peuplades du Kanem. De plus, les indigènes n’ont gardé la plupart du temps qu’un souvenir assez confus de leur origine. Il serait donc difficile d’établir des démarcations absolues entre les diverses populations.

C’est ainsi qu’on trouve des Nguedjem chez les Kanembou et les Boulala, des Maguemi chez les Kanembou et les Bornouans ; qu’on voit des Maguemi et des Kreda, des Kreda et des Nguedjem, des Nguedjem et des Boulala, des Boulala et des Ḥaddâd prétendre avoir la même origine. Il est encore plus difficile d’établir les différences qui existent entre les diverses parties de chaque population. Les divisions adoptées par les indigènes ne sont pas nécessairement logiques et parfois les événements ont amené le groupement sous un même nom de fractions d’origine différente. Ainsi les Goudjirou, considérés actuellement comme une tribu kanembou, sont en réalité d’origine kouka. Le fait n’est d’ailleurs pas particulier au Kanem et nous aurons encore l’occasion de le signaler.

Les Kanembou comprennent plusieurs familles, qui se subdivisent généralement elles-mêmes en un certain nombre de fractions[75]. Ces fractions, très nombreuses d’ailleurs, n’impliquent pas de caractère particulier. C’est simplement le nom d’un chef ou d’un personnage important, un nouvel emplacement ou même un changement dans la vie ordinaire de la fraction qui a donné lieu à un nouveau nom.

Les Diâbou Assakéléa par exemple, sont ainsi appelés du nom d’Assakélé, la fille d’un ancien sultan boulala du Kanem. De même, une fraction des Kadjidi a pris le nom de Boudouma par suite de son voisinage avec les insulaires du Tchad. On remarquera également qu’il y a des Ngalên chez les Kadjidi et chez les Kankena. Ces deux fractions ngalên sont installées dans la région du lac, où elles élèvent de grands troupeaux de bœufs. De même que le plus beau taureau d’un troupeau — celui qui a généralement les plus grandes cornes et qui sert de guide — porte le nom de kabour, de même la plus belle vache porte le nom de ngalên[76]. Les indigènes du Tchad, vivant surtout du produit de leurs troupeaux, tiennent beaucoup à leurs bêtes laitières. Un beau kabour ne dépasse guère dix thalers (30 fr.), tandis qu’une ngalên et son veau valent trente thalers (90 fr.). Une ngalên est donc la bête du troupeau qui a le plus de valeur. Le nom de Ngalên a été donné aux indigènes de ces deux fractions kanembou soit pour indiquer qu’ils étaient de grands éleveurs de bœufs, soit pour montrer qu’ils étaient aux autres indigènes ce que la vache ngalên est au reste du troupeau. C’est probablement tout ce qu’il faut retenir des explications données par les indigènes.

Quoi qu’il en soit de ces divisions, les Kanembou présentent à peu près tous les mêmes caractères. Ils sont généralement assez grands, bien constitués et ils ont le teint des négroïdes (azreq). On trouve bien chez eux des individus à la peau plus ou moins rougeâtre, mais cela tient à des alliances avec les Gourân ou même avec les Arabes. Quant au nom de iam kiamé (les hommes rouges), nous ne croyons pas qu’il ait jamais été donné aux Kanembou, dont le teint est généralement noir, de ce noir bronzé que l’on trouve si souvent dans la région du Tchad. En tous cas, nous n’avons pas pu trouver confirmation du fait que les Kanembou auraient été désignés sous ce titre.

La tradition, comme nous l’avons déjà dit, rapporte qu’ils vinrent du Nord et que, en compagnie d’Arabes et de Toubou, ils occupèrent le Kanem, au lieu et place des Pouls partis vers l’Ouest.

Les Kanembou qui s’installèrent plus tard au Bornou se mélangèrent à diverses populations, le type primitif s’altéra et devint celui des Kanôréa actuels du Bornou. La langue elle-même subit certaines modifications, et, actuellement, l’idiome du Bornou et celui du Kanem diffèrent quelque peu[77]. Les mœurs et les habitudes subirent des changements profonds. Un seul fait suffira à le montrer : alors que le métier de teinturier, qui a jadis été la grande industrie de Kouka, est considéré au Bornou comme un métier normal, il est regardé au contraire chez les Kanembou comme un travail dégradant, qui doit être abandonné aux Ḥaddâd et aux captifs.

La langue kanembou et la langue toubou appartiennent à la même famille et il y a même entre elles de nombreux points communs[78]. Le fait semble donc indiquer une étroite parenté entre les deux populations. La tradition dit d’ailleurs que, avant la migration au Kanem, les Gourân et les Kanembou habitaient des pays voisins. Les Kanembou ont cependant le teint plus foncé que les Toubou ; ils n’ont pas, d’autre part, la maigreur et l’élasticité que ceux-ci doivent à leur vie nomade. La transition est formée entre les deux populations par ceux d’entre les Toubou qui sont sédentaires et qui vivent au milieu des Kanembou. Quoiqu’il soit facile parfois de reconnaître en eux des Toubou, on remarque cependant que leurs formes sont plus pleines et plus massives que celles de leurs frères nomades. Des mélanges fréquents se sont d’ailleurs effectués entre les tribus vivant côte à côte, et nous verrons des fractions kanembou se réclamer d’une origine toubou.

Les Kanembou ont généralement la tête rasée. Ils gardent parfois la barbe, mais pas la moustache. Comme beaucoup d’autres populations, ils ont sur le visage certaines cicatrices particulières. Les femmes kanembou arrangent leurs cheveux en petites tresses, tombant autour de la tête et encadrant le visage. Elles enduisent leurs cheveux de beurre et, au moyen de certaines graines (tèb, hélbé), elles arrivent à épaissir les tresses et à les rendre raides comme des bâtonnets. Cela ne tient pas au soleil, d’ailleurs. Le beurre et la sueur dégouttent alors sur les épaules et c’est pourquoi l’odeur répandue dans un marché, à l’heure de midi, ne réjouit guère l’Européen. Les femmes kanembou aiment beaucoup l’ambre comme parure et, suivant leurs ressources, les morceaux d’ambre dont se composent leurs colliers sont plus ou moins gros.

Les Kanembou sont surtout agriculteurs. Leur grande préoccupation est la récolte du mil, qu’ils sèment au début de la saison des pluies (juin-juillet) et qu’ils coupent vers octobre ou novembre. Ils ont aussi d’assez nombreux troupeaux, auxquels ils tiennent beaucoup. Ce sont des gens relativement laborieux et très calmes. Avant notre arrivée dans le pays, ils formaient la population la moins turbulente et la moins pillarde.

Les Kanembou ont constitué de tous temps la majorité des mesâkin[79] du Kanem et ils ont vécu tour à tour sous la coupe des différents maîtres du pays (siyâd ed dâr) : Boulala, Toundjour, Dalatoua, Ouadaïens et Oulâd Slimân. Ils ont été pressurés et pillés sans merci pendant de longs siècles. Malgré cela, ils ont gardé le souvenir du rôle qu’ils jouèrent autrefois, sous les successeurs du roi Sêf. Ils se considèrent comme une population de race supérieure, qui compte parmi ses ancêtres des guerriers illustres. Cette idée leur fait garder des préjugés assez curieux sur les occupations auxquelles peut ou ne peut pas se livrer un Kanembou authentique. Et cela, ainsi que la différence d’armement, permet de les distinguer des Ḥaddâd, car il est impossible de différencier autrement les deux populations, attendu qu’elles ont le même physique et la même langue. C’est ainsi qu’un Kanembou considère comme indigne de lui de faire de la teinture, de tisser des gabag[80], de dépouiller de leur peau les bêtes égorgées, d’être armé de flèches, etc. Nous reviendrons d’ailleurs sur ce sujet à propos des Ḥaddâd.

Les Kanembou sont d’assez bons musulmans. Ils observent régulièrement les pratiques de l’Islam : cinq prières par jour, jeûne du Ramadân, etc. Ils ne mangent pas de cochon. Ils ne mangent pas non plus cette espèce de grosse grenouille (ambourbeté), que mangent les Lisi[81] et les fétichistes et que les habitants du Kanem considèrent comme un animal impur. Ils ne boivent ni merissé[82] ni khall[83]. Ils ne prennent pas de tabac.

On ne trouve pas chez les Kanembou l’austérité et la rigidité des principes que l’on remarque chez certains Toubou, les Kreda par exemple. Leurs mœurs ne sont cependant pas relâchées comme celles de leurs frères du Bornou. Tout homme coupable d’adultère doit payer une amende au mari trompé, et tout séducteur d’une jeune fille est tenu d’épouser celle-ci. Les femmes kanembou ne courent pas les aventures galantes et ne s’adonnent pas ouvertement à la prostitution, ainsi que le font nombre de Bornouanes. Elles n’ont pas le caractère irascible des femmes toubou et ne gardent pas — comme on le dit de ces dernières — de couteau caché sous leur pagne.

Dans les tams-tams, les hommes sont armés de leurs sagaies et leur cercle tourne au petit pas de course autour des instruments. Puis, chacun d’eux se détache à son tour et se met à bondir frénétiquement sur place, en sautant alternativement sur l’un et l’autre pied et en élevant les jambes très haut. Il fait vibrer en même temps le bois de son arme[84]. Cet exercice est très fatigant. Aussi est-ce un signe de réelle vigueur que de pouvoir l’exécuter plus longtemps que les autres hommes. Généralement les chefs se piquent de donner de la sorte une preuve de leur supériorité physique. Pendant ce temps, les femmes accompagnent le cercle des hommes en dansant : elles poussent leurs you-you et agitent devant les chefs de petites branches vertes[85].

Quand les femmes sont toutes seules, elles se mettent en cercle et, tout en frappant l’une contre l’autre leurs sandales de bois, elles agitent la tête et secouent leurs cheveux. Ce genre d’amusement est pratiqué par nombre d’autres populations, les Kotoko par exemple. Les Bornouanes, elles, tout en sautant et en se trémoussant, font se heurter leurs gros derrières ; ou bien elles balancent leurs bras le long du corps et font choquer les paumes des mains par derrière et par devant, et sautent par instants sur place en étendant les bras au-dessus de la tête et en claquant des mains.

Maguemi : Regdôbou, Intchalbou, Iabriou (pour Iagoubribou), Chilangourôou, Katria, Beredelôou, Berea, Diârou, Tdouga, Bouloua, Fôrebou, Maniya, Ngalma Doukko.

La tribu des Maguemi est très considérée au Kanem. Ce sont les descendants de ces émigrés du Nord, de souche arabe, qui, avec l’aide des Toubou et des Kanembou, fondèrent le royaume du Kanem d’abord, du Bornou ensuite. Les anciens rois appartenaient à cette famille. De là la considération dont jouissaient et jouissent encore les Maguemi. C’est ainsi que, au temps où les Toundjour et les Dalatoua commandaient au Kanem, un Maguemi ne devait pas être emprisonné : il ne pouvait être puni que d’une amende. Mais, plus tard, les Ouadaïens et les Oulâd Slimân ne se soucièrent pas de toutes ces nuances.

Ce sont des Maguemi — dit la tradition — qui rétablirent la souveraineté du Bornou au Kanem et qui vainquirent les Boulala. Les Maguemi se sont mélangés aux Kanembou depuis de longs siècles et sont actuellement considérés comme une tribu kanembou. Eux-mêmes, tout en se rappelant que leur famille a autrefois donné des sultans au pays, se disent Kanembou. Nous avons déjà vu que les Maguemi du Kanem et certains Toubou (Kreda Kodera) prétendent être parents. Cette tribu kanembou doit être, en somme, le produit d’un mélange d’Arabes, de Toubou et de Kanembou.

De toutes les tribus kanembou, c’est celle des Maguemi qui renferme le plus d’indigènes au teint rougeâtre Les Bouloua sont remarquables à ce point de vue et, au premier abord, on les prendrait pour des Toundjour ou des Arabes. Il faut dire toutefois qu’ils habitent la région de Mondo et qu’ils se sont quelque peu mélangés aux Toundjour.

Les Maguemi sont dispersés un peu partout, au Kanem et au Dagana. Ils sont surtout nombreux du côté de Mondo. On en trouve encore à Iagoubri, où ils ont un fougbou. Une fraction des Maguemi, les Diârou, se trouve dans la région de Ndjikdada, où leur chef porte le nom de dima. Il y en a enfin quelques-uns le long du bord septentrional du lac.

Bâdé : Maraïa, Kourouyou, Tomassiou, Ouâtaou, Ngourotelaou, Talvarou, Aréguéa.

Dans la région de Ngouri.

Les habitants de Ngouri et ceux de Dibinentchi étaient autrefois en lutte continuelle. Voici, d’après les indigènes, les deux incidents qui amenèrent cette lutte :

Les Kreda étaient dans les meilleurs termes avec les habitants de Ngouri. Or, un jour, un Kreda qui allait vendre du bétail à Dibinentchi fut dépouillé par les habitants de ce village. Une femme de Dibinentchi, mariée à un homme de Ngouri, le quitta et retourna à Dibinentchi, où elle prit un autre mari. Les habitants de Ngouri réclamèrent alors la dot versée par le premier mari, mais les habitants de Dibinentchi refusèrent de la verser. La lutte éclata et les Ḥaddâd de Ngouri et Dibinentchi durent y prendre part. Cette rivalité a pris fin lors de notre installation au Kanem.

Kankou : Gouriâou, Iagrâou, Kaléguéa, Ngaraou.

Dans la région de Ngouri et de Elkouli (Mondo).

Baribou. — Habitent la région de Bari.

Diabou : Assakéléa, Dalla, Djila.

Habitent la région de Ngouri et aussi celle de Douloumi (lac Tchad), où ils se sont mélangés aux Kankena Ngalên.

Nous avons déjà dit qu’Assakélé était la fille du sultan boulala Kalo, qui régna autrefois au Kanem. Les chansons kanembou rapportent que Kaléa djerma Meleï, captif du roi du Bornou chargé d’un commandement militaire, résolut d’aller chercher la belle Assakélé jusque « dans le feu » et d’en faire sa femme. Les guerriers bornouans, sous la conduite de ce chef, marchèrent sur le Kanem, où ils trouvèrent Ndéfé, fils de la sœur de Kalo, en train de couper des racines d’acacia-sayal, pour en faire des bois de sagaie. Le djerma, qui se vit refuser Assakélé, l’enleva de vive force et la guerre éclata entre lui et Kalo. Beaucoup de chansons kanembou retracent les péripéties de la lutte séculaire entre Bornouans et Boulala.

Les Diâbou seraient les descendants des Boulala qui habitaient autrefois la région de Métalla.

Kadjidi, Korio, Kankena. — Ces tribus se trouvent dans la région du lac et s’étendent depuis le Kanem jusqu’aux terres des Kouri et des Boudouma. Certaines fractions habitent le Tchad depuis longtemps, d’autres depuis une époque relativement récente.

La région du lac a toujours servi de refuge aux gens fuyant devant les incursions de leurs ennemis, Ouadaïens, Oulâd Slimân, etc. ; et c’est ainsi que certains Kanembou s’y sont fixés à demeure et sont devenus en tous points semblables aux Kouri, leurs voisins. Comme ces derniers, ils possèdent actuellement de nombreux troupeaux de bœufs du Tchad, de grande taille et aux longues cornes.

Au temps où les eaux du lac remplissaient les baḥrs de leur région, ils se trouvaient dans des îles, tout comme les Boudouma encore actuellement. Par suite du mouvement de recul des eaux du Tchad, les baḥrs se sont vidés et ce n’est qu’après l’hivernage, au moment de la crue du lac, qu’ils se remplissent plus ou moins. Certains Kanembou sont même assez loin de l’eau libre du Tchad pour ne se retrouver dans des îles — comme cela avait lieu normalement il y a une dizaine d’années — que lors d’une crue exceptionnelle, comme celle de 1906.

Les Kanembou du Tchad et les Kouri parlent généralement les deux langues.

Kadjidi : Bôgara, Kougoua, Isa, Ngalên, Djôa, Medelaï, Boudouma.

Dans la région de Bol (canton de Abba) et quelques-uns dans la région de Michiléla (ancien canton de Salékanya). Nous avons déjà expliqué pourquoi deux fractions de cette tribu ont été appelées Ngalên et Boudouma.

Les Kadjidi seraient le produit d’un mélange de Kanembou avec les nombreux esclaves que les Maguemi possédaient autrefois au Kanem.

Korio : Kadja, Kiriou, Keliou, Dalla, Oualéa.

On trouve les Korio dans le canton de Kaboulou et chez les Kouri Kerawa. Ils habitent principalement la région de Kaïra. Ces Kanembou se sont fortement mélangés aux Kouri.

Kankena : Malloua, Kaguimma, Kadjiraou, Kaoua, Dallâna, Aoudoua, Maradoua, Seroua, Braïna, Dinâra, Ngalên, Solôo[86].

Les Kankena habitent, au Nord, la région de Mattégou et de Kamba, au sud-est de Kouloa : ils exploitent des mares à natron.

Du côté du Sud, ils forment le canton du kachalla Taher, à côté des Kouri-Kerawa (chef Djibrin), et celui d’ʿAli Katchimi, dont le centre est Douloumi, au nord-est des Kouri-Kaléâ (chef Mousa ould Daouda).

Koubouri[87] : Borkoubouâ, Amsa, Limanoa, Djilloua.

A l’ouest de Mao et, du côté du lac, à Kiskawa, Kaléboa, Kologo et Diaga Kobirom.

Sougourti. — Du côté de Kologo.

Tchiroua. — Du côté de Bir Alali. Ils parlent le kanembou et le gourân et vivent à côté des Hawalla[88] (ou Famalla), population toubou mêlée d’éléments kanembou.

Leur chef porte le titre de fougbou.

Toumâgueri. — D’origine toubou. Ils habitent la région de Dibinentchi.

Fôdda. — Autour de Mondo et au Dagana. Les Fôdda seraient d’origine toubou et apparentés aux Ngalamiya. Leur nom signifie d’ailleurs, en toubou : habitants ou originaires du Baḥr el Ghazal (sing. Fôdidé).

Nguedjim : Mâda, Ngadja, Oullia, Magâ[89], Kaïlerou, Bogar-Kourâ, Kaloua, Kaléa, Alia.

Habitent la région de Dibinentchi. Leur chef porte le titre de galadima.

Au Kanem, on dit couramment que les Nguedjim sont les descendants des captifs que possédaient les Boulala, lorsque ceux-ci régnaient au Kanem. En kanembou, on dit d’un Nguedjim : tambelaï kaléa koléa (fils de gros nombril[90], captif et mauvaise tête). Eux se prétendent les descendants des Nguedjem, c’est-à-dire de Boulala authentiques. Remarquons, en effet, que les Boulala du Fitri comprennent trois fractions et que l’une d’entre elles porte le nom de Nguedjem : Maglafia (probablement Mâga-Lafia[91]), Batoa, Nguidjemi.

Ces Nguedjim du Kanem semblent être les descendants de Boulala qui ne prirent pas part à l’exode de leur tribu vers le Baḥr el Ghazal et qui se mélangèrent peut-être à d’anciens captifs de Boulala restés avec eux. Quoi qu’il en soit, les Nguedjim se sont étroitement unis aux Kanembou, parlent le kanembou — qui est d’ailleurs la langue primitive des Boulala — et sont considérés comme Kanembou.

Goudjirou : A Goudjer (Mondo).

Les Goudjirou sont des Kouka qui, fuyant le Fitri au moment de la conquête du pays par les Boulala, vinrent se réfugier au Kanem. Ils sont considérés actuellement comme Kanembou et le nom qu’ils portent est celui de l’endroit où ils se sont installés. Ils ne parlent plus le tar lis et ne connaissent que le kanembou et le gourân. Ils se rappellent cependant leur origine et se disent Kouka : endi Kouka, tantâ Kouka (nous sommes des Kouka). La région qu’ils habitent au Kanem est célèbre par ses savonniers (balanites ægyptiaca) :

Nourout Mao toumer, Mao est connue pour ses dattiers.

Nourout Goudjer hadjlidj..., Goudjer l’est pour ses hadjlidj...

Remarque. — Nous venons de donner la classification généralement usitée au Kanem. Il est facile de se rendre compte qu’elle n’a rien de rigoureux. Plusieurs fractions kanembou (Koufri, Keï, Déberi ou Débberi, Adjirou, etc.) ne sont d’ailleurs pas comprises dans cette nomenclature. Il est vrai qu’elles comptent parmi les moins importantes.

Nous verrons, plus loin, que la presque totalité des tribus ḥaddad porte le même nom qu’un certain nombre de fractions kanembou.

DALATOUA

Nous avons déjà vu que les Dalatoua sont les descendants des Bornouans venus au Kanem avec le chef Dalafno (ʿAbd Allah Afno). Ils se disent d’origine maguemi. Ils habitent la région de Mao. On les appelle Dalatoua et aussi Bôrnou. Ils sont commandés par un alifa (corruption de khalifa). L’alifa actuel est Ari, dit Mala, fils de Mousa (celui qui fit assassiner von Beurmann)[92].

II

LES ḤADDAD NICHAB

Les Ḥaddâd nichâb forment une population extrêmement curieuse. Ils sont d’abord les seuls, dans la région qui nous occupe, à être armés de flèches. De plus, ils sont méprisés de tous les autres indigènes sans exception. A ce dernier point de vue d’ailleurs, le nom de ḥaddâd est significatif pour qui sait en quelle piètre estime les peuplades de l’Afrique centrale tiennent la caste des forgerons[93] : ḥaddâd chez les Arabes, dogoâ chez les Kanembou, azâ chez les Toubou, noégué chez les Boulala, kabartou chez les Ouadaïens, les forgerons sont toujours profondément méprisés. Ils sont considérés comme une race inférieure et ne se marient qu’entre eux. Par extension, le nom de Ḥaddâd a été donné aux indigènes dont le métier était jugé dégradant. Et c’est ainsi que, généralement, on divise les Ḥaddâd en trois catégories :

1o Les Ḥaddâd forgerons.

Arabe : ḥaddâd sandala[94] ; — kanembou : dogoâ kakéla[94] ; — toubou : azâ aguildâ (éguillâ)[94].

Ce sont les Ḥaddâd qui travaillent le fer. Ils ne forment pas un groupe spécial, chaque population ayant ses forgerons. Il faut dire cependant que, au Kanem, la majeure partie des forgerons est d’origine toubou.

2o Les Ḥaddâd armés de flèches.

Arabe : ḥaddâd nichâb[95] ; — kanembou : dogoâ battara[95] ; — toubou : azâ battardâ.

Ce sont les Ḥaddâd qui nous occupent. Au début de l’occupation du Kanem, on les appelait « Kanembou de flèche », afin de les distinguer des vrais Kanembou, que l’on désignait sous le nom de « Kanembou de lance ». Nous avons déjà dit que, quoiqu’ils aient le même physique et parlent la même langue, les Kanembou et les Ḥaddâd forment deux populations bien différentes.

3o Les Ḥaddâd chassant au filet.

Arabe : ḥaddâd cherek[96] ; — kanembou : dogoâ sésséguéa[96] ; toubou : azâ séguidâ[96].

Ce sont les Ḥaddâd chasseurs que l’on trouve un peu partout, au Kanem, au Baḥr el Ghazal, au Fitri, au Ouadaï, et qui prennent le gibier dans leurs filets. Comme ils habitent avec les Gourân, nous en parlerons à propos de ceux-ci.

Les Ḥaddâd armés de flèches, les siyâd nichâb, se donnent à eux-mêmes le nom de forgerons.

ouô dogô (forgeron), je suis Haddâd.

endi dogoâ, nous sommes Haddâd.

Nous n’avons jamais entendu employer le mot de danoâ, dont parle Nachtigal comme synonyme de ḥaddâd. Les indigènes que nous avons interrogés à ce sujet prétendent ne pas connaître cette appellation. Il nous a été dit cependant que les Arabes et les Gourân désignent parfois sous le nom de danâ l’ensemble formé par l’arc et les flèches : les Arabes diraient alors : ḥaddâd siyâd danâ et les Toubou : azâ danâ. Nous signalerons également que, en tar lis, les Ḥaddâd sont désignés sous le nom de Noégué. Dans cette langue, la terminaison gué indique le pluriel et est commune à tous les noms de population. Il reste donc le radical noé, noa, qui semble bien être le même mot que danoa.

Voici comment les Kanembou expliquent la formation du groupe des Ḥaddâd nichâb.

Au temps de la domination des Boulala au Kanem, il y avait, chez un Boulala du nom de Abdou Doubouboul, un esclave païen appelé Kaoua. Profitant d’une absence de son mari, la maîtresse de maison débaucha l’obéissant Kaoua, qui dut certainement être ravi de la nouvelle tournure que prenait son métier de captif. Plus tard, un enfant naquit de ce commerce illégitime. Chose qui étonna tout le monde, ce rejeton supposé de pure race boulala avait tout à fait la physionomie et les allures d’un captif. Mais ce qui surprit encore davantage ce fut de le voir, plus tard, tisser des gabag, écorcher les animaux tués, teindre les vêtements, etc. Les Boulala furent stupéfaits de voir le jeune Hanna Kouliaï[97] se livrer ainsi à des besognes viles, déshonorantes et réservées aux seuls captifs.

Un beau jour, celui-ci exhiba un arc et des flèches de sa fabrication. On l’interrogea pour savoir ce qu’était cette chose bizarre qu’il avait entre les mains, et il répondit : da harba hanaï (ce sont mes armes). Le père, au comble de l’exaspération, reprocha violemment à sa femme d’avoir mis au monde un enfant qui n’avait rien de boulala et qui le déshonorait aux yeux de tous ses concitoyens. Et il paraît que celle-ci calma son mari en lui avouant la faute commise avec Kaoua. Enfin, ce Hanna Kouliaï serait un des ancêtres des Ḥaddâd actuels : les fractions Bôgara, Regâ, Amadiâ, Darkoâ descendraient de lui.

Voici encore de quelle façon les Kanembou expliquent la formation d’autres tribus ḥaddâd.

Lorsque Drisi oueld Amsâ et les Maguemi refoulèrent les Boulala sur Mondo, un Boulala prit son enfant et s’enfuit au grand galop de son cheval. En arrivant du côté de Dibinentchi, la bête s’abattit pour ne plus se relever. Le Boulala, qui était poursuivi, confia le petit garçon à un forgeron boulala de Dibinentchi et prit la fuite. Il fut tué, paraît-il, par les Maguemi qui le pourchassaient et ceux-ci se mirent à la recherche de son fils dans le village de Dibinentchi. Le forgeron à qui avait été confié l’enfant lui teignit les mains avec de l’indigo, afin de le rendre pareil à ses deux jeunes fils. Lorsque les Maguemi entrèrent chez le forgeron, celui-ci leur présenta trois enfants aux mains bleues et il déclara ne pas avoir vu celui qu’on cherchait. Les Maguemi le crurent et ils cherchèrent vainement ailleurs.

Le petit Boulala ainsi sauvé, Toumâgueri[98], devint Ḥaddâd au même titre que les deux fils de son père adoptif, Moloriou et Léguéréa, et ils sont, tous les trois, les ancêtres des fractions haddad de même nom.

Que faut-il déduire de toutes ces explications des Kanembou ? Qu’il y a du sang boulala chez les Ḥaddâd ? Le fait paraît à peu près certain. Les Boulala aussi bien que les Ḥaddâd le reconnaissent et, jadis, Gadaï, sultan du Fitri, échangeait des cadeaux avec Milma Tchiloum, le chef des Ḥaddâd Bôgara, en disant « qu’ils avaient un même ancêtre, djidd ouaḥed, جد واحد ». Il faut d’ailleurs remarquer qu’il y a également des Nguedjim chez les Ḥaddâd[99]. Peut-être ces Boulala, que l’on trouve à l’origine de la population ḥaddâd, ne sont-ils que des captifs de Boulala ![100]... Quoi qu’il en soit, ces Boulala ou captifs de Boulala se seraient mélangés à des forgerons ou à des captifs plus ou moins païens, et telle serait l’origine de la population des siyâd nichâb.

Si toutefois l’on voulait admettre que les Kanembou Nguedjim et les Ḥaddâd Nguedjim ont eu les mêmes ancêtres que les Boulala Nguidjemi du Fitri, on pourrait peut-être s’expliquer le fossé creusé entre les deux populations en disant que les Nguedjim alliés aux Kanembou étaient devenus des Kanembou, tandis que les Nguedjim alliés aux forgerons et aux captifs païens avaient été méprisés à l’égal de ces derniers et avaient vite formé une population à part.

Ce ne sont là, évidemment, que des hypothèses, mais il faut bien chercher à expliquer la formation au Kanem, avec des éléments du Kanem, d’une population nouvelle et méprisée de toutes les autres.

Comment expliquer maintenant que cette population soit armée d’arcs et de flèches ?... La question est difficile à résoudre. Les plus proches peuplades armées de la sorte habitent le Bornou (Manga[101]) ou des pays encore plus éloignés (Haoussa, Pouls). Ce n’est donc pas au Kanem que les Ḥaddâd ont pu fréquenter des siyâd nichâb. Que faut-il en conclure ?... Que l’idée de prendre un arc et des flèches leur a été suggérée par des esclaves païens venus des régions du Sud, où se trouvent des peuplades ainsi armées ?... Qu’ils ont peut-être pris cette habitude en voyant passer des pèlerins se rendant à la Mekke et, pour la plupart (Haoussa, Pouls), armés d’arcs et de flèches ?[102] A ce point de vue là, on en est réduit aux conjectures.

Remarquons d’ailleurs, en passant, que l’arc des Ḥaddâd est à double courbure, tandis que celui des autres peuplades de l’Afrique centrale est à courbure simple.

Il ne faut pas oublier que, lorsqu’ils habitaient le Kanem, les Boulala parlaient leur langue d’origine, le kanembou, dont ils devaient plus tard perdre l’usage au Fitri. Leurs captifs, leurs forgerons parlaient évidemment la même langue. Il est donc tout naturel que les Ḥaddâd aient toujours parlé le kanembou.

Au point de vue physique — avons-nous dit — les Ḥaddâd ressemblent aux Kanembou et il est impossible de distinguer les deux populations. Même en supposant qu’elles ne se soient jamais quelque peu mélangées — ce qui serait surprenant — il suffira de rappeler que les Boulala avaient à l’origine le type kanembou, pour faire comprendre qu’un type analogue a dû être celui des indigènes qui ont formé, au début, le noyau du groupe ḥaddâd.

Les Ḥaddâd sont armés d’arcs et de flèches. Leur arc, à double courbure, a environ 1 mètre de longueur. Il est en bois de nabaq (jujubier sauvage). La corde est faite d’un boyau de bœuf : elle touche, non tendue, la courbure centrale de l’arc. Les flèches, non empennées, sont en roseau et ont environ quarante centimètres de longueur. Elles portent une pointe de fer à deux crochets, qui se prolonge par une petite tige, assez courte, pénétrant dans le roseau : cette pointe est fixée au fût au moyen d’un mastic. Quand la flèche est lancée, le fer seul pénètre ; le roseau tombe. La force dont est animée la tête est suffisante pour lui faire traverser de part en part une panthère ordinaire : pour les animaux plus gros, elle reste dans le corps.

Ces flèches sont empoisonnées. La pointe de fer est revêtue d’un vernis noir, brillant quand il est frais, terne et sale quand il est ancien[103]. Ce produit s’obtient — paraît-il — en mélangeant les graines pilées d’une certaine euphorbe (calotropis procera) à une espèce de pâte noire que vendent les Bornouans et en faisant cuire le tout. On se sert également du suc d’une très grande euphorbe (euphorbia candelabrum ?), dont le nom kanembou est gourourou. Un animal meurt généralement quelques heures après avoir reçu une flèche. La mort est plus ou moins rapide suivant le degré de fraîcheur du poison. La portée de la flèche est de 120 à 130 mètres au maximum.

Les Ḥaddâd ont des carquois cylindriques en bois recouvert de peau. Quand ils chassent, ils mettent les flèches dans un petit sac en cuir, appelé battara. Le fer est placé à l’intérieur et une partie du roseau dépasse le bord supérieur du sac. Il est ainsi très facile de prendre une flèche et de la lancer. On dit couramment dans le pays : « Quand tu galopes derrière un Ḥaddâd qui fuit, tu ne risques rien si la battara ballotte derrière son dos. Mais, si le Ḥaddâd tient solidement la battara avec son bras gauche, il faut te méfier et prendre le côté droit ».

Les Ḥaddâd furent mêlés à toutes les luttes du Kanem. Nous avons déjà vu que leurs flèches avaient toujours fait peur aux Oulâd Slimân[104]. Quand il y avait lutte, les Ḥaddâd se cachaient parmi les arbres et décochaient ensuite une nuée de flèches à leurs ennemis : afin de pouvoir tirer plus vite, ils prenaient entre leurs dents une certaine quantité de dards. Cela leur donnait une supériorité incontestable sur les indigènes armés de lances et de sagaies. Aussi, jadis, les Ḥaddâd en profitaient-ils pour aller piller les Kreda du Baḥr el Ghazal, les Kouka de Ngourra et les Arabes Dagana, Khozam et Êssela.

Les Ḥaddâd sont de grands chasseurs. Ils chassent surtout pendant la saison sèche, alors que, par suite de la rareté de l’eau, les bêtes sauvages se tiennent à proximité des mares ou des lagunes. La viande de chasse, les peaux, les dépouilles d’autruche et l’ivoire sont, pour cette peuplade, une source de revenus.

Quand le Ḥaddâd aperçoit la bête qu’il veut tuer, il se place sous le vent et s’approche d’elle, en se dissimulant de son mieux. Arrivé à bonne portée, il décoche sa flèche. Il se tient ensuite soigneusement caché derrière son buisson et ne bouge plus, si la bête est dangereuse. Celle-ci partie, il n’a plus qu’à attendre quelques heures. Quand il juge que le poison a dû faire son effet, il suit la trace de l’animal blessé et le retrouve mort[105]. Les Ḥaddâd sont d’ailleurs si habiles que les accidents de chasse sont très rares.

Nous allons donner quelques renseignements sur les principaux animaux chassés par les Ḥaddâd. Les animaux seront désignés par leur nom en arabe.

Nous verrons tout d’abord, et par ordre de grandeur, les différentes variétés d’antilopes du pays.

Am teguedem. — C’est l’antilope-cochon, de petite taille et de couleur gris-foncé. On la trouve dans la région au sud de la ligne Batah-Aouni-Kanem, principalement sur les bords du Chari[106].

R’ezâl غزال : gazelle. — Il y a plusieurs espèces de gazelle dans le pays. On trouve cette antilope partout : au fur et à mesure qu’on remonte vers le nord, sa taille devient plus petite et la couleur de sa robe plus claire.

’Ariel : antilope mohor, biche robert. — Légèrement plus grande que la gazelle ordinaire (gazella dorcas). Son corps est blanc et fauve. Elle habite les régions au nord de la ligne Batah-Aouni-Dagana : nous en avons vu cependant un troupeau au Médogo. Cette antilope peut se passer d’eau. A l’hivernage, elle remonte vers le nord.

Bouniakoro ou biniakoro[107] (baguirmien) : variété de guib. — A le poil assez long, roux et parsemé de petites taches blanches. On trouve cette antilope au Baguirmi et vers le Sud, principalement le long du Chari.

Ḥamraya (حمريا). — Plus grande que la précédente. Son poil est roux. Les cornes du mâle sont à courbure brisée, comme celles de l’antilope bubale. Pendant la saison sèche, on trouve parfois la gazelle dans des endroits où il n’y a pas d’eau. L’antilope-ḥamraya, elle, vit exclusivement sur les bords du lac, du Chari ou des lagunes.

Hamrasèd. — De même taille et de même couleur que la précédente. La forme des cornes est différente : au lieu d’être recourbées en arrière, elles se recourbent latéralement vers l’intérieur, comme pour se rejoindre. Vit dans les mêmes régions que l’antilope-ḥamraya.

Têtel : c’est le nom donné aux bubalinés (bubalis et damaliscus). — Les bubalinés sont de grandes antilopes, à la face étroite et très allongée. Les yeux sont placés à la racine des cornes. Le train de derrière est très bas. Les cornes de l’antilope bubale (bubalis) sont à courbure brisée ; sa livrée est fauve. On trouve cette antilope dans les pays du sud, principalement le long du Chari.

Le damaliscus abonde dans la région qui s’étend au nord du Baguirmi. Cette antilope a des cornes de la même forme que celles de l’abouhurf : sa livrée a une couleur brun-chocolat, avec de grandes plaques noires. Pendant la saison sèche, on ne trouve cette antilope que dans les endroits où il y a de l’eau (lagunes Ebé, Fitri, etc). Elle vit généralement en bandes nombreuses, mais aussi par couples et même isolée. A l’hivernage, elle remonte vers le nord (au nord du Kanem, chez les Oulad Rachid et au Mourtcha), où elle trouve alors de nombreuses mares au milieu des grandes étendues sablonneuses.

Ketenbour. — Antilope au long poil gris. Le mâle a de grandes cornes tirebouchonnées. Ne vit que dans les endroits où il y a de l’eau, principalement le long du Chari. Le ketenbour ressemble quelque peu à l’antilope-coudou, qui a également des cornes enroulées en vrilles. Mais celle-ci a des rayures sur sa robe, tandis que la livrée du ketenbour est uniformément grise.

Ouaḥch[108] : oryx leucoryx, antilope à sabre. — Grande antilope, lourde et puissante. A de longues cornes droites, rondes et très effilées[109]. Les captifs adaptent ces cornes à un bois de sagaie et s’en servent comme arme. La livrée de l’oryx est claire, jaunâtre en dessus, blanche en dessous, avec des marques noires au chanfrein et aux oreilles[110]. La peau, très épaisse, sert à faire des sandales et des boucliers. Cette antilope habite les régions désertiques au nord du Mourtcha et du Kanem.

Abou addas : antilope addax. — Antilope voisine de la précédente. Elle possède de grandes cornes annelées, en spirale, et a sur le museau une bande transversale blanche. Elle habite les mêmes régions que l’oryx.

Abouhurf : variété de kob. — La plus grande de toutes les antilopes de la région. Elle est comme un bœuf de taille moyenne. Son pelage est gris-roux sur le dos et blanc sous le ventre. Elle a une crinière roussâtre depuis la nuque jusqu’au milieu du dos et depuis la gorge jusqu’à la poitrine. La tête, petite par rapport au reste du corps, est noire et blanche. Les cornes sont comme celles du damaliscus ou, encore mieux, comme celles de l’egocère : grandes, annelées et recourbées vers l’arrière. Cette antilope ne vit que dans les endroits où il y a de l’eau et, pendant l’hivernage, se tient de préférence dans les régions inondées[111]. Sa peau, très épaisse, sert à faire des sandales.

Passons maintenant aux animaux autres que les antilopes.

Girafe (zeraf, زراف). — On la trouve partout. Elle vit généralement par petites troupes. La girafe est chassée à courre par les Kreda et les Arabes. Il faut pour cela d’excellents chevaux : le plus grand éloge que les indigènes puissent faire d’un cheval c’est de dire qu’il sert à chasser la girafe.

La girafe disparaît peu à peu, à cause des facilités toutes spéciales qu’offre la chasse de cet animal. Il arrive parfois que des chasseurs — peu dignes de ce nom — abattent successivement la presque totalité des têtes d’un troupeau, parce que les girafes, affolées, ne savent pas s’enfuir. Aussi, dans le Soudan égyptien, la chasse à la girafe est-elle formellement interdite. Une réglementation analogue devrait exister dans le territoire du Tchad, si l’on veut éviter la disparition prochaine de certaines espèces.

La peau de la girafe sert à faire des sandales.

Autruche (na’âm, نعام). — Les Ḥaddâd chassent principalement l’autruche, qu’on trouve en assez grande quantité dans le cercle de Fort-Lamy, le Baguirmi septentrional, le Kanem, le Baḥr el Ghazal et au nord de la Batah.

Comme l’autruche a besoin de beaucoup d’eau, le Ḥaddâd s’embusque près de l’endroit où elle a coutume de venir s’abreuver. Il y construit quelquefois une petite hutte, dans laquelle il se dissimule. Le chasseur peut également se poster près de l’emplacement d’un nid et y attendre le retour des autruches. Parfois même se contente-t-il de planter verticalement une flèche dans le sable du nid, en ayant soin de ne laisser dépasser que le fer : le mâle se blesse en se couchant sur les œufs et meurt quelques heures après.

L’autruche est également chassée à courre. Après une poursuite de moins de deux heures, le mâle adulte est épuisé et s’abat. On l’assomme alors d’un coup de bâton sur la tête ou sur le cou. Dans certaines régions, on capture cet oiseau au lacet.

De petits troupeaux d’autruches domestiques existent dans les villages arabes de la rive droite du Chari (chez les Beni Sêd, Hammadiyé, Assâlé, etc.) : il est très curieux de voir les indigènes conduire ces animaux exactement comme on fait en France pour les troupeaux d’oies. Lors du recensement de 1909, le cercle de Fort-Lamy accusait un total de trois cent soixante-quatorze autruches. On en trouve également quelques-unes chez les Arabes du nord du Baguirmi et chez les Oulâd Mousa ; mais, dans ces régions, l’élevage ne se fait point d’une façon systématique : les indigènes ont eu l’occasion de capturer quelques petites autruches dans la brousse et, comme on n’a pas à se préoccuper de la nourriture de ces animaux, ils les ont laissés grandir dans le village.

Le mâle devient rouge écarlate à l’époque du rut. Il peut alors être dangereux, car il attaque l’homme avec ses pattes. La chasse de l’autruche ne présente aucun danger. Nous avons cependant entendu raconter l’histoire suivante : Un Ḥaddâd avait tué une autruche femelle à côté de son nid. Il était en train de prendre la dépouille, quand le mâle survint et tua le chasseur à coups de patte. Il paraît que, chaque fois que l’autruche se levait de l’endroit où elle couvait les œufs, elle recommençait à taper avec furie sur le cadavre, qui fut trouvé dans un état lamentable.

Lors de notre séjour au Tchad, une dépouille d’autruche mâle se vendait de 5 à 6 thalers (15 à 18 fr.) sur les marchés du Dagana. Les indigènes disaient d’ailleurs que le prix de vente des plumes avait beaucoup baissé et que la dépouille d’autruche mâle valait jadis une vache (12 thalers en moyenne, soit 36 fr.)[112].

Le lieutenant-colonel Moll, qui a fait une intéressante étude sur l’exploitation de l’autruche dans la région du Tchad, écrivait en 1909 : « Les plumes noires valent à Fort-Lamy 9 fr. (3 thalers) le « retel » (livre bornouane pesant environ 400 gr.), les plumes grisâtres et blanches 4 fr. 50 à 6 fr. (1 thaler 1/2 à 2 thalers) seulement[113] ». Il était persuadé, à juste titre, que l’élevage de l’autruche pouvait être une source sérieuse de revenus pour le pays et qu’il fallait « interdire sévèrement la chasse à l’autruche sauvage, de façon à maintenir le nombre des reproducteurs, les indigènes ne sachant pas actuellement obtenir la reproduction en captivité ». Nous ajouterons même qu’il faudrait également empêcher les indigènes de ramasser les œufs trouvés dans la brousse, pour les manger, faire des calebasses à boire avec la coquille ou tout autre chose étrangère à la reproduction de l’espèce. On ne saurait croire la quantité considérable d’œufs d’autruche, qui sont détruits chaque année par les habitants du pays — indépendamment, bien entendu, des méfaits imputables aux bêtes sauvages.

Avant la suppression de tout commerce avec le Ouadaï (1907), les Djellaba achetaient les plumes d’autruche et l’ivoire des Ḥaddâd, pour aller revendre le tout aux caravanes de Tripolitains qui venaient à Abéché.

Phacochère (ḥallouf, حلوف). — On le trouve partout. Sa chair n’est mangée que par les fétichistes et les musulmans médiocres.

Lion (doud, bach). — A crinière courte. On le trouve partout, même dans les pays désertiques. Il abonde dans certaines régions : le long du Chari, au Fitri, sur les bords de la Batah, etc. On l’entend souvent rugir à la tombée du jour, la nuit et même le matin.

Panthère (nemer, noumer, نمر)[114]. — Comme le gibier est abondant dans la région du Tchad, la panthère n’a pas la férocité de celle de l’Algérie ou du Congo. Dans ce dernier pays, la panthère est très dangereuse. Ainsi, à Bétou[115], elle venait tous les soirs rôder dans le village indigène. Le jour de notre passage dans ce poste, elle enleva un boy, qu’on retrouva le lendemain matin avec seulement le haut du crâne dévoré. Plus tard, dans la Côte-d’Ivoire, nous avons également constaté que la panthère du pays était singulièrement audacieuse : l’un de ces animaux vint, en plein jour, égorger une chèvre à côté du poste établi au pied de la montagne des Ngbans ; chez les Memlés, la panthère franchit, à plusieurs reprises, la clôture en planches qui protégeait les divers groupes de cases, pour enlever des moutons attachés à l’intérieur des habitations. La panthère du Tchad attaque rarement l’homme. Nous citerons toutefois l’exemple de deux indigènes, suivant tranquillement un sentier, qui furent attaqués par une panthère. Comme ils étaient armés, ils purent la tuer, après avoir été mis cependant en fâcheux état. De pareils exemples sont très rares.

Notes in this chapter

Note 1 · Grammar of the Bornu or the Kanuri language, p. 33.Note 2 · Sammlung und Bearbeitung Central-Afrikanischer Vokabularien : Einleitung, XLVI.Note 3 · Les Kanembou ont l’habitude d’articuler à peine certaines consonnes. C’est ainsi qu’ils prononcent presque tououâ.Note 4 · Tou est le nom que les Tedâ donnent au Tibesti.Note 5 · On raconte qu’un captif du Bornou, se rendant sur les bords du lac afin de ramasser de l’herbe (boudou) pour les chevaux, fut enlevé par un Note 6 · Cette remarque peut s’appliquer aux noms des fractions des Maguemi habitant le Bornou : Oumêoua (gens d’Oumê), Tsilimoua (gens de Tsilîm), BNote 7 · Dans toute cette partie de l’Afrique, les Pouls sont appelés Foulata par les autres indigènes ; les Arabes leur donnent le nom de Fellahta.Note 8 · Cf. aussi Blau, Chronik der Sulṭâne von Bornu (Zeitschrift der deutschen Morgenländischen Gesellschaft. Leipzig, 1852), p. 309, qui lui donnNote 9 · M. René Basset nous renvoie d’ailleurs aux historiens arabes Tabari, Ibn el Athir, Abou ’l Féda, Masʿoudi, etc., et à la Qasidah ḥimyarite dNote 10 · Nous verrons plus loin que les Boulala sont d’origine kanembou. Voir IIIe partie.Note 11 · Voyage de Léon l’Africain, traduction de Jean Temporal (1556), tome II.Note 12 · Blau (op. laud., note 2, p. 321) y voit des Arabes émigrés. Il rapproche leur nom des Barda’ah (بردعة) mentionnés par Maqrizi (Abhandlung übNote 13 · Schön rapporte que l’idiome kanouri est désigné par les Haoussa sous le nom de baribari. Le même nom (baribari, béribéri) sert à désigner leNote 14 · Il est en effet exact que la population boulala ne parle plus sa langue d’origine, le kanembou, et que, après avoir conquis le Fitri, elle aNote 15 · On peut s’expliquer de la même manière les noms employés par les Haoussa. « L’hypothèse de la dynastie berbère de Barth est inadmissible. NoNote 16 · En arabe, baḥr er rigeïg : le fleuve mince.Note 17 · En arabe, selṭan ed dounia : le maître du monde.Note 18 · La mère du troisième roi du Kanem, Dounama (ou Dougou), appartenait à la fraction toubou des Kiiê. La chronique d’Aḥmed donne à Ibrahim, filNote 19 · Voir plus loin la chanson.Note 20 · Maïna, noble, prince (de maï, sultan).Note 21 · Notons, en passant, que le mot toubou Tomaghera peut se décomposer de la façon suivante : Tou-magra, les maîtres, les seigneurs du Tou.Note 22 · Signalons à ce sujet que, d’après Barth, les Tedâ désignent les Kanouri sous le nom de Tougouba. Tou est le nom que les Tedâ donnent à leur Note 23 · La chronique d’Aḥmed dit que le roi Sêf établit sa domination « sur les Berbères, les Toubou, les Kanembou et autres ». Cela laisse-t-il supNote 24 · Il est appelé Ḥamî حمى dans la Chronique du Bornou.Note 25 · Cf. Blau, op. laud., p. 309-310.Note 26 · Il est appelé Salmama (سلممه) fils de ʿAbdallah Bakrouh (عبد الله بكروه) dans la Chronique du Bornou (Blau, op. laud., p. 310-311).Note 27 · Il va sans dire que, en ce qui concerne l’historique du Kanem, nous faisons le plus large emploi des renseignements donnés par Barth, d’aprèNote 28 · La Chronique du Bornou nomme Ghâiou ben Lafrad (غايو بن لفرد) le prince contre qui il fit la guerre (Blau, op. laud., p. 311).Note 29 · Les Sô n’existent plus en tant que peuplade. Ils étaient autrefois très puissants et habitaient, au sud du lac, la région comprise entre le Note 30 · Voir Barth (II, 314), qui fait de Bêri ou Ibrahim, un seul personnage, fils de Dounama et de Zeineb de la race de Lekmámma, mais la ChroniquNote 31 · Le mot Babalia est probablement formé de baba Ali (notre père ʿAli), en souvenir d’ʿAli Gatel Magabirna.Note 32 · Le nom de Boulala, ou Bilala, vient de ce que l’un des premiers chefs de cette tribu s’appelait Boulal, ou Bilal.Note 33 · Frère et successeur d’Idris ben Nikâle (1353-1376).Note 34 · Cf. Blau (op. laud., p. 312-313), qui appelle Malik el Djalil le prince boulala qui le tua.Note 35 · Blau (op. laud., p. 313). Il mourut à Chêmih qui paraît être Ndjimie.Note 36 · Blau (op. laud., p. 313) : il fut tué dans une guerre contre les Boulala.Note 37 · Blau (op. laud., p. 313). Il aurait été tué à Sofyâri Ghazroua.Note 38 · Blau (op. laud., p. 313), il mourut à Mâghia.Note 39 · Blau (op. laud., p. 315). Il mourut à Ghasrakmou. Ce qui précède est résumé de Barth, Reisen, t. II, p. 306 et suiv.Note 40 · (Sahara et Soudan), p. 525. Le suffixe ri sert, en kanouri, à indiquer une idée de relation, d’origine : maïri, meïri, royal ; mandarari, unNote 41 · Cf. Yver, article Bornū dans l’Encyclopédie de l’Islam, t. I, p. 778, col. 2 et les auteurs cités.Note 42 · Remarquons, d’ailleurs, que l’on pourrait expliquer d’une façon analogue le mot de Kanouri : les gens de Noé. Il est bien évident que l’étymNote 43 · Prononcer Boulalî-yé, Ouada-î-yé, etc.Note 44 · Signalons, en passant, l’opinion suivante : « L’origine du nom de Bornou, et de son dérivé Béraouni, pourrait bien se rattacher à l’ancienneNote 45 · Ce que nous venons de dire pour les habitants du Birni Gassaro peut se répéter pour les habitants du Birni Ndjimi, et on comprend fort bien Note 46 · Barth (Reisen t. II, p. 321-325), croit que c’est sous le règne d’ʿAli ben Dounama, que Léon l’Africain visita le Soudan. Ce voyageur arabe,Note 47 · Ou Amâmi.Note 48 · Barth, Reisen, II, p. 325-336 ; Blau, op. laud., p 315.Note 49 · Barth, Reisen, II, 331 ; Blau, op. laud., p. 316.Note 50 · Barth, Reisen, II, p. 341-345 ; Blau, op. laud., p, 316.Note 51 · Habitants du Kano.Note 52 · Barth, t. II, p. 341-343 ; Redhouse, History of Events during expeditions against the tribes of Bulala, p. 48-122.Note 53 · Ce mot est composé de Dala (pour Abdallah) et de Afno, qui est le nom donné au pays haoussa.Note 54 · Barth (Reisen, III, 451) fait toutefois observer qu’aucun chef puissant ne résida à Mao qui était cependant une ville florissante.Note 55 · Les Gourân désignent les Kanembou sous le nom de Aoussâ.Note 56 · Nachtigal, Sahara und Sûdan, t. II, p. 252-253. Les Toubou donnent aux Bornouans le nom de Agâ et aux Dalatoua celui de Kagâ. Nous ne pouvonNote 57 · Il avait fait le pèlerinage de la Mekke et son nom complet était : El Ḥadj Moḥammed el Amin el Kanemi.Note 58 · Barth, Reisen, II, p. 348-351 ; Blau, op. laud., p. 317 ; Nachtigal, Sahara und Sûdan, t. II, p. 408-409 ; Denham, Voyages, t. II, p. 299-30Note 59 · Barth, Reisen, t. II, p. 351-356 ; Blau, op. laud., p. 317-318 ; Nachtigal, Sahara und Sûdan, II, 409 ; Denham, Voyages, t. II, p. 301-302 ;Note 60 · D’Escayrac de Lauture, Mémoire sur le Soudan, p. 64 ; Barth, Reisen, t. II, p. 356-357 ; Denham, Voyages, t. II, p. 302 ; Nachtigal, Sahara Note 61 · Blau, op. laud., p. 318 ; Barth, Reisen, t. II, p. 361 ; Nachtigal, Sahara und Sûdan, t. II, p. 412.Note 62 · Cf. Fouraud, D’Alger au Congo par le Tchad, p. 806-812 ; Gentil, La chute de l’empire de Rabah, 126-132, 150-164, 211-225, 234-238 ; DecorseNote 63 · Les indigènes l’appellent Koukaoua et Kikoa. Kouka est le nom que les Kanouri donnent à l’adansonia digitata ; Koukaoua, Kikoa signifient « Note 64 · Ngala était à la limite du Bornou et du Baguirmi.Note 65 · Barth, Reisen, II, 355-356 ; Denham, Voyages, t. II, p. 301 ; Nachtigal, Sahara und Sûdan, t. II, 409-410 ; D’Escayrac de Lauture, Mémoire sNote 66 · Le titre d’alifa resta cependant le plus généralement employé. A l’heure actuelle, le chef des Dalatoua du Mao est l’alifa Ari, dit Mala (fiNote 67 · Le mot kademoul est celui qu’emploient les Arabes Choa pour désigner le turban, insigne du commandement. Les Kanembou disent milma et les ToNote 68 · Sur l’histoire des Oulad Slimân, cf. Barth, Reisen, III, p. 56-61 ; Nachtigal, Saharâ und Sûdân, t. II, p. 18-22.Note 69 · En kanembou, le mot kirdi veut dire « païen, infidèle, ennemi » ; en toubou, irdi, erdé, « ennemi ». Pour les Arabes-Choa, kirdi est un collNote 70 · Tribu toubou du Chitati.Note 71 · L’aguid el baḥr était le gouverneur ouadaïen de la région du Baḥr el Ghazal.Note 72 · Les Touaregs dissidents, restés avec les Khouân, appartiennent principalement aux fractions suivantes : Tamaggaden, Mazourak, Abandarhen, KeNote 73 · Ce combat coûta la vie au lieutenant Pradié. Le nom de cet officier fut donné au poste que l’on créa à Bir Alali (Fort Pradié).Note 74 · Les Arabes donnent aux Kanembou le nom de Hamedj. Nous n’avons pas pu obtenir une explication certaine de ce mot. Il nous a été dit que les Note 75 · Nous ne nous occuperons que des Kanembou du Kanem. Nous laisserons de côté ceux qui passèrent au Bornou à des époques relativement récentes Note 76 · De nguela : bon, beau (en toubou, gâlé ; en tar lis, nguela).Note 77 · Cette différence entre les deux dialectes est très ancienne, car Léon l’Africain la signale : il dit qu’une certaine langue « est observée aNote 78 · Voir, à ce sujet, Barth : Sammlung und Bearbeitung Central-Afrikanischer Vokabularien, tome I, Einleitung, LXXXIV.Note 79 · Meskin (pl. mesâkin) : pauvre, miséreux, malheureux ; sujet, vassal.Note 80 · Le gabaga (collectif gabag) est une bande de coton, de 6 à 8 centimètres de largeur en moyenne, qui sert de monnaie dans le pays. Suivant laNote 81 · Les Baguirmiens appellent Lis ou Lisi l’ensemble des tribus suivantes : Boulala, Kouka et Médogo. Leur langue s’appelle tar lis.Note 82 · Bière de mil, boisson fermentée faite avec le mil.Note 83 · Boisson fermentée faite avec des dattes et certains ingrédients.Note 84 · Le bois des sagaies est généralement fait avec la racine d’un certain acacia (sayala). Ce bois est très souple, et, quand les indigènes lancNote 85 · Les Kouri exécutent le même tam-tam. Nous pûmes le voir à Douloumi, dans la région du lac, où nous avions eu à régler un différend entre deuNote 86 · Le centre des Kankena aurait été primitivement la région de Solo.Note 87 · Koubouri semble être une abréviation de la forme bornouane Borkoubou-ri.Note 88 · Appelés aussi nâs médelâ.Note 89 · Remarquons, en passant, que les Boulala du Fitri se donnent à eux-mêmes le nom de Maga, Magga, Maggué.Note 90 · Quand l’accouchement a été opéré d’une façon défectueuse l’enfant est affligé d’un nombril proéminent (hernie ombilicale). En arabe, on donnNote 91 · Lafia est le nom de la mère du sultan boulala Kalo.Note 92 · Cf. la préface de Merx à l’édition du Vocabulary of the Tigré language de M. von Beurmann, p. 3-4 ; Vivien de S. Martin, Année géographique Note 93 · Ḥaddad حداد, en arabe, veut dire « forgeron ». Le pluriel est ḥaddadin حدادين « forgerons ». Cependant, pour désigner la tribu, le singulierNote 94 · Sandala (ar. سندان), kakéla, agueli, enclume.Note 95 · Nichâb, flèches ; battara, étui à flèches.Note 96 · Cherek شرك, sésséguéa, ségui, filet de chasse.Note 97 · Kouliaï veut dire « fils de Koulia ». Ce dernier nom devait être probablement celui de la femme boulala.Note 98 · Nous savons que les Tomâghera sont d’origine toubou (Nachtigal, Sahara und Sudan, II, p. 337-338). Notons, en passant, qu’il semble résulterNote 99 · On pourra objecter, il est vrai, que beaucoup de noms de fractions sont communs aux Kanembou et aux Ḥaddâd. Comme nous le dirons plus loin, Note 100 · Rappelons, à ce sujet, ce que nous avons déjà dit de l’origine esclave attribuée aux Kanembou Nguedjim du Kanem.Note 101 · Signalons, à ce sujet, les renseignements donnés par Nachtigal sur les Manga, peuplade habitant la région du Bornou située au nord de la hauNote 102 · Des caravanes de pèlerins musulmans, se rendant à la Mekke, traversent fréquemment la région du Tchad. Ces indigènes sont quelquefois des SoNote 103 · Ce vernis craint beaucoup l’humidité.Note 104 · « Les flèches des Ḥaddâd — disaient les Oulâd Slimân — sont semblables aux frelons ».Note 105 · Le poison a pour effet de rendre noir l’endroit de la blessure. Les Ḥaddâd enlèvent cette partie et la jettent.Note 106 · Les petits céphalolophes se trouvent surtout dans la partie sud du Baguirmi et du côté du Congo. Dans ce dernier pays, il existe une antilopNote 107 · C’est à tort que Nachtigal donne au kob le nom baguirmien de binia korô. D’ailleurs, le mot binia signifie « chèvre ».Note 108 · Le mot ouaḥch وحش signifie régulièrement « bête sauvage, animal du désert » ; mais beger el ouaḥch بقر الوحش désigne l’antilope.Note 109 · D’où son nom d’antilope à sabre.Note 110 · C’est pourquoi il est vulgairement appelé koba blanc.Note 111 · C’est pourquoi elle est appelée, dans l’Afrique australe, waterbock, ou antilope d’eau. Les Allemands lui donnent également le nom de wasserNote 112 · Cela tenait à l’absence des caravaniers tripolitains et surtout à la dépréciation des plumes d’autruche de Tripoli, au grand profit des prodNote 113 · Moll, La mise en valeur du Territoire du Tchad (Bulletin de l’Afrique française, 1910).Note 114 · En kanembou : ngam zezera.Note 115 · Bétou : poste de la rive droite de l’Oubangui, en aval de Bangui.
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