Note 29 — PREMIÈRE PARTIE
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Les Sô n’existent plus en tant que peuplade. Ils étaient autrefois très puissants et habitaient, au sud du lac, la région comprise entre le Chari et la komadougou Ouôbé. Ils furent battus et dispersés par les sultans du Bornou.
La tradition indigène les représente comme de vrais géants : à Ngala, où se trouvent les tombeaux de 35 rois sô, on montre des vases gigantesques, des cruches et des plats, dont se servaient autrefois ces indigènes ; le Dr Decorse, au cours d’une excursion en pays sô, a ramassé « des débris de poteries énormes, comme on n’en fait plus dans le pays ».
Les légendes kanembou ont synthétisé la peuplade sô en la personne d’un énorme géant, païen et anthropophage, appelé Kirdi Sôou. Ce géant dévorait les Kanembou. Pour débarrasser ses états d’un pareil fléau, le sultan Liziramma envoya un de ses esclaves, le vaillant Dalafno, qui alla attendre Kirdi Sôou près de l’endroit où le géant avait son habitation. La femme de ce dernier était en train de préparer le repas avec deux djourabs de mil (420 kilos) : elle avait rempli d’eau cinq abreuvoirs de troupeaux (en kanouri : kélé) pour faire boire son mari. Celui-ci arriva avec quatre éléphants suspendus à un bâton qu’il portait sur son épaule gauche. Tout en marchant, il mangeait un cinquième éléphant qu’il tenait dans sa main droite. Dalafno tua le géant d’un coup de sagaie, qui traversa l’arbre derrière lequel s’était réfugié celui-ci. Dans la chevelure de Kirdi Sôou, où de petits oiseaux avaient fait leur nid, on trouva une grande quantité d’œufs — de quoi remplir deux djourabs ; il fallut quatre chameaux pour transporter la tête chez le sultan.
Les Keribina du Bornou sont considérés comme les descendants des anciens Sô, et on croit que les Kotoko se mélangèrent fortement à la peuplade aujourd’hui disparue. Cf. Barth, Reisen, t. II, p. 301.