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La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 1 (de 2)

PREMIÈRE PARTIE (continued 2)

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Guépard (semoua[116]). — Un peu plus petit que la panthère. La robe est tachetée de noir sur fauve clair. Les ongles ne sont pas rétractiles. Le mâle a une crinière et la face entourée d’une auréole de longs poils. Cet animal n’est pas dangereux. Isolé, il s’attaque parfois aux troupeaux de moutons. Mais les guépards chassent surtout par bandes. Nous avons eu l’occasion de voir, par exemple, une antilope bubale ainsi chassée venir s’abattre à côté du chemin que nous suivions. Les guépards prirent la fuite à notre approche, et les Arabes qui étaient avec nous ne manquèrent pas de s’écrier : Allah djâb lénâ el leḥam ![117] Les indigènes racontent des histoires invraisemblables sur l’audace de ces bandes de guépards, qui iraient jusqu’à attaquer le lion[118]. Le guépard se laisse très facilement apprivoiser. L’ancien sultan de Zinder en avait cinq ou six qui lui servaient à chasser la gazelle, le lièvre et la pintade.

Chat-tigre (guétté nemouriyé)[119]. — Nous n’en avons vu que pendant la nuit, à Massakory, où l’un de ces animaux venait presque tous les soirs visiter le poulailler.

Hyène (marfeïn). — La hyène est très audacieuse. Elle enlève des moutons et même des chiens dans les villages, et elle pénètre dans les postes, où elle vient rôder autour des cuisines. Les indigènes nous ont raconté des histoires de hyènes venant enlever, pendant la nuit, des femmes et des enfants. Nous avouerons d’ailleurs que, par suite des précisions apportées à leurs récits, nous avons été obligé de leur accorder une certaine créance.

Chacal (bachoum). — Ne s’attaque guère qu’aux poulaillers.

Eléphant (fil, فيل). — L’éléphant se fait de plus en plus rare dans la région du lac, où Barth et Nachtigal avaient signalé de grands troupeaux et de nombreuses pistes de ces animaux. A l’heure actuelle, il n’y en a plus guère. Ceux qui restent se réfugient dans des marécages aux grandes herbes, et il est dangereux de les y poursuivre. On en trouve encore quelques-uns, paraît-il, au nord-ouest du lac, dans la région de Nguigmi, et certains petits troupeaux circulent dans le pays des Kreda et des Kecherda. Les éléphants sont beaucoup plus nombreux dans les pays marécageux du Sud : au Baguirmi, le long du Chari, dans la région du Baḥr Salamat, etc.

Pour la chasse à l’éléphant, les Ḥaddâd ont une lance spéciale, un peu lourde et au fer empoisonné. L’un d’entre eux est posté sur un arbre et, quand les éléphants sont rabattus de son côté, il plante sa lance dans le corps de l’un de ces animaux. On dit aussi qu’un cavalier se fait poursuivre par un vieux mâle et qu’il force la bête à passer au pied de l’arbre, où se tient le Ḥaddâd armé de la lance. Les autres indigènes creusent des fosses sur les pistes suivies par les éléphants[120]. Ils peuvent aussi chasser l’éléphant à cheval. Un cavalier poursuit alors la bête et lui fait, avec une grosse lance, une large blessure à la cuisse ou à la jonction des deux cuisses. Il ne reste plus ensuite qu’à prendre la trace de l’animal et à l’achever de loin, à coups de sagaie.

Rhinoceros (abouguern, ابو قرن). — N’a pas la peau renforcée par des boucliers, comme les deux espèces vivant en Asie et à Java. Dans la préface du Voyage au Ouadaï du cheïkh Moḥammed el Tounsi, Jomard cherche à distinguer l’abouguern — qu’il appelle unicorne et monoceros — du kerkedân[121]-, auquel il donne le nom de « rhinocéros ordinaire à deux cornes ». Il cite, à l’appui de sa thèse, un certain nombre d’opinions de savants et d’observations faites par divers voyageurs, et il remonte même jusqu’au monoceros de Pline et au réem de la Bible. En réalité, l’abouguern appartient au groupe des rhinocéros à deux cornes. Il existe une espèce particulière d’abouguern, dont la grande corne, très effilée, atteint 60 et même 80 centimètres. Cette corne diffère par l’aspect de celle du rhinocéros ordinaire, qui est courte et grosse : sa structure intime semble, d’ailleurs, être également différente. Jomard croit que l’abouguern a la corne sur le front, entre les deux yeux. C’est une erreur : la grande corne est placée bien au-dessous des yeux. Le rhinocéros, qui se tient de préférence dans les endroits marécageux, a presque toujours le corps recouvert de grandes plaques de boue desséchée. On peut distinguer deux nuances dans la couleur de la peau : les uns sont d’un gris blanchâtre et les autres d’un gris beaucoup plus foncé.

Le rhinocéros est bien l’animal le plus stupide qui se puisse imaginer : ses accès de furie idiote le rendent d’ailleurs éminemment dangereux, dans les endroits de grandes herbes ou de fourrés. Quand on rencontre un rhinocéros dans la brousse, il fait généralement comme toutes les bêtes sauvages : il s’enfuit. Il n’est pas rare cependant d’être chargé par un abouguern dont on ne soupçonne même pas la présence. Nous pourrions citer de nombreux exemples : une pauvre femme se rendant au marché fut renversée par un rhinocéros qui, heureusement pour elle, s’acharna sur son panier ; des indigènes, qui suivaient un sentier, se virent assaillis de la même façon et l’un d’entre eux fut rejoint dans sa fuite et cloué à un arbre par un coup de corne ; une compagnie, en train d’exécuter un tir, vit également un de ces animaux foncer sur elle ; un Arabe conduisant un bœuf fut chargé par un rhinocéros, qui éventra le bœuf ; dans les pays où ils abondent, des rhinocéros ont parfois fait irruption dans les villages, tuant et blessant un certain nombre de personnes, etc. ; enfin — pour citer un exemple personnel — nous fûmes chargé un jour, sur les bords du Chari, par un rhinocéros que nous n’avions pas vu : il se précipita vers nous, d’un bouquet de grands roseaux qui se trouvait à 200 mètres, en poussant au début une espèce de mugissement, et il continua sa course avec un grognement bizarre et en soufflant bruyamment. C’est pourquoi le rhinocéros est fort redouté des indigènes. Il est en effet dangereux dans les endroits très fourrés, quand l’herbe atteint une grande hauteur, ou quand les plantes rampantes obligent le chasseur à lever la jambe très haut : c’est surtout là qu’il se tient, d’ailleurs. En terrain découvert, on n’a rien à craindre de cet animal, car il file toujours droit devant lui.

Langsdorf porte un jugement peu favorable. « Le rhinocéros, dit-il, a mauvais renom. Seul de tous les animaux de la brousse, il charge l’homme à vue ou sitôt éventé ; mais, en terrain découvert, sa vue trop basse et sa stupidité invétérée en font un adversaire relativement peu redoutable. Les caravanes ont surtout à souffrir de ses attaques. Qu’un rhinocéros, errant au hasard, vienne à croiser une piste où l’une d’elles a passé, son odorat très fin aussitôt la décèle. A l’instant il voit rouge. Dans un transport aveugle, il s’enfourne dans la piste et arrive en trombe sur les hommes affolés. Les charges sont jetées à droite et à gauche, au hasard, et les porteurs se dispersent en tous sens. Parfois la bête s’acharne sur les caisses et les réduit en miettes avant d’assouvir sa rage. Pourtant, il est rare qu’elle revienne sur ses pas ; c’est une avalanche qui passe et continue sa course dévastatrice[122]. »

Selon nous Langsdorf a tort de croire que cet animal charge toujours l’homme. Il nous est arrivé plusieurs fois, à la chasse, de tomber nez à nez avec un rhinocéros, qui, entendant remuer les grandes herbes, nous avait tranquillement attendu. Cet animal n’est vraiment dangereux que lorsqu’on traverse des endroits fourrés ou quand on s’engage dans les hautes herbes d’une région marécageuse.

La corne du rhinocéros sert à faire des manches de couteau et des objets de parure. Il paraît que les caravanes de Tripolitains achètent volontiers les cornes qu’on leur présente. En tout cas, les Djellaba, leurs pourvoyeurs, recueillaient toutes celles qu’ils pouvaient trouver dans le pays. Peut-être cette marchandise est-elle expédiée en Extrême-Orient, où la corne du rhinocéros est considérée comme aphrodisiaque et se vend très cher.

Le rhinocéros est répandu un peu partout. Il aime surtout les pays marécageux : c’est pourquoi il abonde le long du Chari et au Baguirmi. On le trouve également sur les bords du lac, dans la vallée de la Batah et jusque chez les Kecherda. Les indigènes le chassent à cheval et le tuent à coups de sagaie[123].

Buffle (djamous, جاموس). — Extrêmement dangereux. Nous pourrions citer de nombreux exemples de chasseurs qui, chargés par un ou plusieurs buffles, furent obligés de se réfugier sur un arbre. Cet animal habite surtout les régions marécageuses du Baguirmi et des bords du Chari. Partout où il existe, au Congo, au Tchad, comme en Côte-d’Ivoire et dans l’Ouganda, le buffle est fort redouté des indigènes. Le troupeau tout entier fonce parfois sur le chasseur. Il est très dangereux, au surplus, de poursuivre un buffle blessé : cet animal se dissimule dans les roseaux ou dans les hautes herbes, et malheur à l’imprudent qui passe à côté de son repaire. Nous ajouterons, à ce propos, qu’une grande antilope du genre kob, habitant la forêt de la Côte-d’Ivoire, procède d’une façon analogue : des chasseurs indigènes sont quelquefois éventrés par cette bête — alors qu’un pareil accident est extrêmement rare dans les pays du Tchad.

LES TRIBUS ḤADDAD

Presque toutes les tribus ḥaddâd portent le même nom que des fractions kanembou. Cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant, car ces Ḥaddâd ont pris le nom de la tribu kanembou avec laquelle ils vivaient et dont ils dépendaient. Au lieu de dire Ḥaddâd des Kankou, par exemple, on a dit tout simplement Ḥaddâd Kankou. Les fractions kanembou et Ḥaddâd de même nom habitent généralement la même région : les Kankou à Ngouri et à Mondo ; les Nguedjém et les Toumagueri à Dibinentchi, etc.

Voici la liste des tribus ḥaddâd :

Bôgara, à Dibinentchi et au Dagana ;

Regâ et Amadiâ, à Dibinentchi ;

Darkoâ, à Ngouri et Mondo.

Toumâgueri, Molérou (Moloriou, Malero), Léguéréa, Nguedjim, Koufri, Keï, à Dibinentchi.

Déberi, Kaoua, Danka, Maguegnâ, Ngourodembaro, Brago, Kankou, à Ngouri et Mondo.

Bari Tchiloumbou, Magueï (Maguemi), Aïrou (Adjirou), Adjembô, à Ngouri.

Une fraction des Ḥaddâd, les Mallem Massarou[124], qui prétendent être d’origine toubou, sont des fagara (marabouts). Au Kanem, les forgerons sont généralement des forgerons de Toubou (ar. : Ḥaddâd gourân ; kan. : Dogoâ touôbé). Ils sont, pour la plupart, originaires du Chitati et possèdent, comme armes, la lance et la sagaie. Il n’y a que les forgerons d’une seule fraction — non toubou d’ailleurs — qui possèdent un arc et des flèches : ce sont les Ḥaddâd Kogoulourou.

Signalons également les Ḥaddâd gotôn, qui tissent des gabag et ne se rattachent pas au groupe des Siyâd nichâb : on en trouve au Chitati.

Enfin, il y a aussi des Ḥaddâd chez les Boudouma. « A côté des Boudoumas, et dans leurs villages, se trouvent des Dougous ou Ḥaddâdi, méprisés, en demi-captivité ; ils sont exploités par les chefs des villages boudoumas où ils exercent les métiers de forgerons, pêcheurs et tisserands. C’est parmi leurs femmes que l’on trouve les matrones. Ces Ḥaddâdi ont conservé le teint clair et se rapprochent beaucoup plus du type Foulbé que les Boudoumas. Ces derniers, d’après leurs coutumes, ne doivent jamais prendre comme captif un Foulbé[125]. » Ces Ḥaddâd ont donc une origine tout à fait particulière et se rattacheraient plus ou moins aux Pouls ou aux captifs de Pouls. Nous avons déjà vu que, d’après la tradition, les Pouls furent les premiers occupants du Kanem et du Chitati, et qu’ils partirent ensuite vers l’Ouest.

Nous savons ce qui distingue les Kanembou des Ḥaddâd. Il nous reste maintenant à parler de la danse de ces derniers.

Les Kanembou et les Ḥaddâd possèdent les trois instruments suivants :

Le tam-tam ordinaire (ganga, gangaya), cylindre étroit et allongé, dont chaque fond est une peau tendue et qui ressemble au tambourin provençal[126]. Il peut se suspendre au cou au moyen d’une courroie et est alors placé devant le corps soit horizontalement, soit verticalement.

Un tambour plus petit, dont la forme conique et légèrement arrondie ne comporte qu’un seul fond ; il se suspend également au cou et on frappe dessus avec deux baguettes ; enfin un tambour de même forme que le précédent, mais beaucoup plus grand, la noungara des Arabes.

Les Ḥaddâd ont, de plus, un instrument qui leur est particulier (bala). Il se compose de deux cylindres, plus étroits que la ganga, accolés ensemble. Le bala rend un son métallique.

Dans les danses ḥaddâd, les femmes tournent autour de l’instrument et avancent en faisant de petits sauts et en agitant leur vêtement : les hommes forment le cercle extérieur et tournent en levant chacune de leurs jambes, successivement et très haut, et en agitant leur boubou. Quand un jeune homme veut faire une déclaration à une danseuse, il s’avance vers elle, le corps plié en deux, le buste presque horizontal, en poussant un petit sifflement rythmé : la jeune fille danse alors sur place.

Enfin les Ḥaddâd font aussi leur tam-tam en armes. Ils tournent autour de l’instrument et, tout en se balançant en cadence, bandent leur arc en le dirigeant vers le ciel.

III

LES TOUNDJOUR

Les Toundjour ont joué un grand rôle dans l’Afrique Centrale, car ils commandèrent au Darfour et au Ouadaï avant la dynastie des Kêra et celle d’ʿAbd el Kerim ben Djamé. Ils sont d’origine arabe et l’on dit qu’ils descendent des Beni Hilâl[127] qui, au temps du Prophète, résidaient en Arabie.

Il est à peu près certain que ces indigènes ont habité pendant quelque temps la région de Tunis : les Toundjour du Darfour, du Ouadaï, du Kanem et du Bornou parlent tous de Tounes el Khadhrâ (Tunis la verte), dont ils célèbrent la beauté et qu’ils considèrent comme une patrie perdue.

Oueddouna lé terâb Tounes el khadera

El mé Tounes berebbina bela rhalla

Oueddouna lé dar el ma ’indah t’ir

Tounes et khadrâ djenna berra...[128]

Nachtigal rapporte que les Toundjour du Kanem ont donné le nom de Tunis à l’un de leurs villages, en souvenir de la contrée où ils séjournèrent avant leur émigration au Soudan. Il le répète par deux fois[129] : nous avons cependant cherché en vain, dans la région de Mondo, un endroit ainsi nommé, et les Toundjour, interrogés, déclarent n’avoir jamais eu connaissance du fait.

Nachtigal dit aussi que le sultan du Darfour, Moḥammed el Ḥasin, avait un jour demandé à un chérif de Qaïrouân, la ville sainte de Tunisie, « ce que devenaient là-bas les gens qui avaient les mêmes ancêtres que les Toundjour ». L’explorateur ajoute qu’une généalogie des princes du Darfour, écrite de la main du sultan Moḥammed el Fâdhel, rattachait les Toundjour à la famille arabe des Qoréïchites. Cette généalogie remontait à Aḥmed el Ma’qour de la façon suivante : Moḥammed el Fâdhel ben ʿAbd er Raḥman ben Boukker ben Moussa, ben Soulîman Solong ben Kourou ben Djal Idris ben Hadj Brahim Delil ben Rifa’a ben Aḥmed el Ma’qour[130].

Les Toundjour quittèrent la région de Tunis à une époque qu’il est difficile de préciser : ils pénétrèrent dans le centre africain et s’acheminèrent vers le Darfour, qui fut abordé par l’Ouest[131]. Nachtigal croit que leur installation dans ce pays remonte au XVe siècle.

Deux Toundjour, les deux frères ʿAli et Aḥmed, parvinrent avec leurs troupeaux jusqu’aux pentes occidentales du Djebel Marra. ʿAli, l’aîné et le plus riche, venait d’épouser une jeune fille de sa tribu. Celle-ci conçut un amour passionné pour son beau-frère, qui ne voulut pas répondre à ses avances. Exaspérée par ce refus, elle fit croire à son mari que le jeune Aḥmed la poursuivait de ses sollicitations, et ʿAli, au cours d’une vive discussion, coupa, d’un coup de sabre, le tendon d’Achille du pied droit de son frère. Aḥmed resta baigné dans son sang jusqu’au moment où ʿAli, pris de repentir, envoya deux de ses esclaves, Seyd et Birket (les ancêtres des tribus actuelles des Seyadiyé et des Birket), avec ordre de prendre soin du blessé : défense expresse leur avait été faite de ramener Aḥmed chez les Toundjour.

A ce moment-là, les Dadjo commandaient dans la région du Djebel Marra : Aḥmed el Ma’qour (l’homme au tendon coupé) fut transporté chez leur chef, Kor ou Kouroma. « Le roi Kor était païen comme tous ses ancêtres ; il n’avait jamais vu d’étranger, et n’avait aucune idée du monde et de ce qui s’y passait. Il envoyait des troupes exécuter des razzias et piller les tribus de la plaine, ou plus simplement encore se procurait tout ce qui lui était nécessaire pour l’entretien de sa cour en s’appropriant les richesses de ses sujets. Aḥmed lui plut ; il le chargea de la direction de sa maison et fit de lui son conseiller intime[132]. » Le Toundjour sut gagner complètement la confiance du roi Kor, qui lui donna sa fille unique en mariage. A la mort de son beau-père, Aḥmed prit le commandement des Dadjo, et ses compatriotes, apprenant qu’un des leurs était devenu roi du Darfour, arrivèrent en grand nombre dans ce pays. Les Dadjo, peuplade noire venue de l’Est, étaient encore à l’état primitif. Les nouveaux venus leur étaient de beaucoup supérieurs, aussi bien au point de vue des mœurs qu’au point de vue intellectuel : aussi leur prédominance, en temps qu’élément de population, s’affirma-t-elle très vite.

Les Toundjour étaient alors païens, ou tout au moins assez peu musulmans. Ils ne cherchèrent pas à faire du prosélytisme religieux et, au milieu de toutes ces populations païennes, ils retombèrent même quelque peu dans le paganisme primitif. C’est par eux cependant que les mœurs et la langue arabes furent introduites dans le pays. Les Toundjour raffermirent les liens qui unissaient les différentes populations et ils en formèrent un groupe assez compact.

La dynastie des Kêra, qui régna au Darfour jusqu’à la conquête de ce pays par Zibêr, se réclamait également d’Aḥmed el Ma’qour. Cela semblerait donc indiquer que les Toundjour et les Kêra s’étaient plus ou moins mélangés. Les deux tribus sont d’ailleurs considérées comme ayant d’étroites relations de parenté.

Nachtigal, se basant sur les généalogies écrites et les traditions populaires, résume comme il suit les événements qui amenèrent le passage successif du pouvoir des mains des Dadjo dans celles des Toundjour et des Kêra.

1o Les Dadjo régnèrent quelques siècles au Darfour et leur souveraineté, qui rayonnait autour du Djebel Marra, passa sans violence entre les mains des Toundjour.

2o Les Toundjour s’allièrent, dans le cours des temps, à la fraction forienne des Kêra. De ce mélange sortit la dynastie royale des Kêra, dont les princes enlevèrent de haute lutte aux Toundjour le commandement du pays.

3o C’est seulement sous le règne des Kêra que l’Islam fut consolidé au Darfour, principalement par le sultan Soulîman Solong, vers l’an 1600.

Il semble que le premier prince de la dynastie des Kêra, Dali, n’ait appartenu aux Kêra que par sa mère. Voici dans quelles circonstances il arriva au trône. Le dernier roi toundjour, Chaou, était un prince dur et injuste qui tourmentait ses sujets d’une façon extraordinaire. Il faisait creuser des puits dans les rochers des hautes régions, et il voulait faire raser le sommet de la montagne Maïlo, afin d’y installer sa capitale. Ce dernier travail dut être abandonné, et Chaou ne réussit qu’à s’attirer la haine de tous ses sujets. Pendant qu’il marchait contre des sujets rebelles de la montagne Sî, les grands dignitaires dirent à son frère, Dâli, que le pays était lassé des violences du roi Châou et ils le prièrent de s’emparer du pouvoir. Dâli accepta et le sultan toundjour, abandonné de la plupart des siens, fut battu au combat de nuit de Barra. Poursuivi par son frère, Chaou demeura introuvable : la légende rapporte qu’il s’enfuit sur son cheval blanc et qu’il disparut comme un fantôme. C’est ainsi que la dynastie des Toundjour fut remplacée par celle des Kêra, dont le premier prince fut Dâli, ou Delil Bahar. Cette dernière dynastie, à proprement parler, ne mérite son nom que du côté maternel. Les Toundjour ne jouèrent plus, dès lors, de rôle politique au Darfour.

Alors que la domination des Toundjour était déjà détruite au Darfour, avant l’introduction de l’islam dans ce pays, elle subsistait encore au Ouadaï. Des Toundjour, venus de l’Est, y avaient établi leur souveraineté, un siècle environ avant la diffusion de l’islamisme. Leur capitale était installée dans le massif des Karranga, au pied du mont Kadama. Quoique musulmans, les Toundjour ne cherchèrent pas à imposer leur religion par la force et d’une façon systématique, comme devaient le faire plus tard les Ouadaïens. Ils vivaient en bonne intelligence avec les Arabes installés dans le pays. Cette bonne harmonie était due au caractère relativement paisible des Toundjour et à la commune origine des deux populations. Les Toundjour laissaient les Arabes aller et venir, à leur gré, dans tout le Ouadaï. C’est ainsi qu’un nommé Djamé, de la tribu des Dialim, vint s’installer près de l’emplacement de la future capitale du pays, Ouara. Son fils, ʿAbd el Kerim ben Djamé el ʿAbbâsi, un homme très pieux, fonda un groupe religieux à Bidderi, dans le Baguirmi, qui devint un centre de propagande musulmane. Il retourna ensuite au Ouadaï, où il résolut de renverser la domination des Toundjour.

Le sultan du pays était alors Daoud el Merenn. ʿAbd el Kerim manifesta l’intention d’épouser sa fille, Aché. Selon les uns, Daoud voulut mettre un terme aux prétentions d’ʿAbd el Kerim et ordonna de s’emparer de lui. Celui-ci, obligé de fuir, dut son salut à la vitesse de son cheval. Il réunit alors ses gens et certaines fractions arabes, avec lesquelles il avait des relations d’amitié, par suite des mariages qu’il avait fait conclure entre les femmes de sa tribu et un grand nombre de chefs arabes influents : Maḥâmid, Maḥâriyé, Naouaïbé, Erégat, Beni Holba, Abou Chedera. La lutte éclata entre Daoud et ʿAbd el Kerim. Ce dernier avait recommandé à ses hommes d’attacher de longues branches d’arbres à la queue des chameaux. La poussière ainsi soulevée effraya Daoud, qui crut avoir devant lui une armée immense : les Toundjour prirent alors la fuite et leur roi fut tué.

Selon les autres, ʿAbd el Kerim épousa Aché et profita d’une absence de Daoud, parti en guerre contre des fétichistes, pour se faire proclamer sultan. Daoud, en apprenant que son gendre s’était emparé du pouvoir, revint pour le combattre. Mais un grand nombre de Toundjour, exténués par la faim et la soif, tourmentés, d’autre part, du désir de revoir leurs femmes et leurs enfants, abandonnèrent leur sultan. Celui-ci, désespéré, s’enfuit avec les Toundjour qui lui étaient restés fidèles et mourut de douleur. On raconte que son beau cheval blanc, oueld el Gamaré[133], se réfugia dans les rochers du mont Kadama. L’imagination des indigènes en a fait un génie (djann, djinn). Si quelqu’un le voit, cela est d’un heureux présage pour l’année : les pluies seront abondantes et la récolte du mil merveilleuse. On raconte encore que ceux qui veulent faire saillir une jument l’amènent sur la montagne, où ils la laissent pendant quelque temps. Le cheval blanc de Daoud va alors la trouver et le produit de cet accouplement a des qualités extraordinaires de vitesse.

Quant à la pauvre Aché, dont se réclament à la fois les Toundjour et les Ouadaïens, elle se désola des malheurs de sa tribu et pleura amèrement sur le sort qui lui était fait. Après la victoire d’ʿAbd el Kerim, et bien que celui-ci fût devenu le sultan, la fille de Daoud demeura inconsolable du départ de son père, de ses frères, de ses parents, de ses amis. Il y a une chanson touchante, ayant pour sujet les lamentations de Aché, que les femmes toundjour chantent encore, lors des mariages et de la circoncision des enfants.

Babé é ia babé é, Mon père, mon père.

Ma ligina nebarek léh, Nous n’avons pas pu obtenir pour lui la bénédiction de Dieu[134].

Les Toundjour qui avaient quitté le Ouadaï vinrent s’installer au Kanem, sous la conduite du fils de Daoud, Diab. Ils y trouvèrent les Boulala, qui commandaient alors dans la région de Mao, Mondo, Ngouri et Dibinentchi. Le pays dépendait du Bornou, mais les Boulala, qui possédaient un certain nombre de forteresses[135], régnaient sur les Kanembou et les Ḥaddâd vivant avec eux. La lutte éclata entre les Boulala et les Toundjour : les premiers furent vaincus et allèrent alors s’installer dans le Baḥr el Ghazal, à Massoa (ou Messaoua).

Nous avons déjà montré que les Toundjour furent, plus tard, combattus par les Dalatoua. Ceux-ci, envoyés par le sultan du Bornou pour rétablir sa souveraineté au Kanem, refoulèrent leurs ennemis sur Mondo et s’installèrent à Mao. Les Toundjour devaient, en signe de vassalité, offrir un cheval au représentant du Bornou, c’est-à-dire à Dalafno. Ce dernier remettait, en échange, à l’envoyé des Toundjour, un vêtement blanc et un vêtement bleu.

La lutte entre les deux populations fut d’ailleurs continuelle. Elle coûta la vie à trois sultans des Toundjour (Meḥemmed ech Chaïb, Brahim, ʿAbd el Kerim) et à plusieurs chefs des Dalatoua : c’est ainsi que l’aguid ʿAli Meriemmi fut tué et que, plus tard, sous le règne du fougbou[136] Djeber, les Dalatoua perdirent encore leur alifa dans une nouvelle attaque sur Mondo. Le fougbou Djeber ayant été assassiné à Kikoa, son fils Idrisi alla réclamer l’appui du sultan du Ouadaï, Moḥammed Cherif[137]. Celui-ci envoya des troupes au Kanem : les Dalatoua et les Kanembou s’enfuirent au Tchad, et les Toundjour redevinrent les maîtres du pays. Cet état de choses se maintint jusqu’à l’intervention des Bornouans, commandés par ʿAli oueld Tchad.

Plus tard, l’arrivée des Oulâd Slimân (un peu avant 1850) bouleversa complètement l’équilibre traditionnel du Kanem et fit passer au second plan la rivalité du Bornou et du Ouadaï. A partir de ce moment-là, il y eut surtout lutte entre les Oulâd Slimân et l’aguid el baḥr. Durant l’éloignement des troupes ouadaïennes, les Arabes régnaient au Kanem. Ainsi, profitant de ce que le fougbou ʿOthmân oueld Djeber était allé à Ouara, ils intronisèrent à sa place le fougbou Yousouf. Ce dernier ne régna d’ailleurs que dix jours : il fut chassé de Mondo par le fougbou ʿOthmân et l’aguid el baḥr.

A ce moment-là, le Kanem était une dépendance du grand djerma du Ouadaï, ʿOthmân. Ce dernier venait rarement dans le pays et se faisait habituellement représenter par un de ses subordonnés, le djerma Selemna. Les Toundjour étaient tenus de payer, tous les deux ans, un tribut régulier de seize chevaux. Cela, bien entendu, sans préjudice des exigences que montraient entre temps l’aguid el baḥr, le djerma Selemna ou le grand djerma lui-même. Ce dernier, par exemple, voulut un jour lever une contribution supplémentaire sur les Toundjour de Monde. Il était indispensable de tomber sur eux à l’improviste, pour les empêcher de cacher leurs biens et leurs troupeaux. ʿOthmân quitta alors Ngourra vers 2 heures du soir, marcha toute la nuit sans discontinuer et arriva à Mondo au petit jour : il s’empara immédiatement du fougbou ʿOthmân et celui-ci ne fut relâché que lorsque les Toundjour eurent donné onze chevaux et deux grands midds (middèïn ar. مدّ) pleins de thalers et de bracelets en argent.

Nous avons déjà vu que, en 1884, le cheïkh ʿAbd el Djelil et ses alliés (Tedâ, Dogorda, Komassalla, etc.) se joignirent à l’alifa de Mao, Hadji, pour venir ravager la région de Mondo. Le fougbou ʿOthmân, chef des Toundjour depuis 46 ans, fut mis à mort, en compagnie de deux de ses parents.

ʿAbd el Djelil donna alors le kademoul à Aḥmed oueld Meḥemmed, dont la mère était une Dalatoua : le nouveau fougbou ne régna que pendant un an. Des querelles intestines et l’intervention étrangère désolèrent le pays des Toundjour, et beaucoup de ceux-ci s’enfuirent à Dibinentchi. Le fougbou Adem oueld ʿOthmân succéda à Aḥmed. En 1893, il venait de faire un séjour d’un an au Ouadaï et se trouvait au Fitri, au moment où un nouveau rival, Aḥmed oueld Idrisi oueld Djeber, rassemblait des Toundjour et des Ḥaddâd Déberi à Attaït et à Melekôou. La lutte éclata : l’avantage resta au fougbou, et Aḥmed, vaincu et blessé, s’enfuit à Mao. Plus tard, les Dalatoua proposèrent la paix aux Toundjour. Pour faire oublier le passé, ils leur offrirent trois femmes et trois chevaux : les Toundjour acceptèrent les trois chevaux et la paix fut jurée sur le Qorân.

Nous fîmes notre apparition dans le pays quelques années après (fin 1900). Le fougbou Adem oueld ʿOthman s’enfuit chez les Kreda, lorsqu’il apprit que l’un de ses rivaux, le fougbou Meḥemmed oueld Yousouf, était allé trouver le lieutenant-colonel Destenave. Un poste fut créé par nous à Mondo en fin 1901, et Meḥemmed remplaça Adem comme chef des Toundjour. Ce dernier essaya, avec l’aide des Kreda, d’avoir recours aux armes : mais il fut battu par la garnison du poste et tué par un homme de Meḥemmed, après avoir lui-même abattu son rival d’un coup de fusil.

Le fougbou Ouachoun remplaça Meḥemmed et, en 1907, Haggar oueld Merkes succéda à Ouachoun, compromis dans un vol de fusils.

Caractères de la population toundjour. — On trouve chez les Toundjour le teint clair des Arabes (ḥamer : rouge), mais la nuance akhdher (litt. vert : bronze foncé) est la plus répandue. Quelques-uns d’entre eux, assez rares d’ailleurs, ont le teint azreq (noir-gris).

Les Toundjour, quoique d’origine arabe, ne disent jamais ana ʿarabi : je suis Arabe. Ils se considèrent comme formant une population à part — de souche arabe, il est vrai — qui n’est nullement apparentée aux tribus choa du pays. Ils disent ana toundjouraï : je suis Toundjour. Ces indigènes forment, à tous les points de vue, une population intermédiaire entre les Arabes et les Kanembou et Toubou. Cela tient surtout à ce qu’ils se sont fortement mélangés aux peuplades voisines.

L’arabe est leur idiome propre, mais ils ne le parlent pas de la même façon que les Arabes du pays : les lettres gutturales et emphatiques ne reçoivent pas l’accentuation que l’on remarque chez ceux-ci ; les sons propres à la langue arabe sont toujours atténués. Pour quelqu’un qui en a l’habitude, il est facile de saisir cette différence, qui est d’ailleurs très sensible. Ajoutons, en passant, qu’on peut, de la même façon, distinguer un Toundjour d’un indigène qui a sa langue propre (nadem el ierten).

Les Toundjour du Kanem et du Dagana parlent généralement trois langues : l’arabe, le kanembou et le toubou. Ils n’ont appris les deux dernières que parce qu’ils vivent au milieu des Kanembou, Ḥaddâd et Toubou.

Les Toundjour sont moins bons musulmans que les Kanembou. Leurs femmes savent faire la merissé : c’est sans doute un reste de leur séjour passé au Ouadaï, car cette boisson n’est pas connue des populations environnantes. Ils boivent aussi le khall, boisson fermentée obtenue en faisant cuire des dattes dans de l’eau et en ajoutant au liquide qui bout certains ingrédients indigènes : kommoun, chetta.

Les Toundjour ont un chef qui porte le titre de fougbou, nom d’origine kanembou. Ils habitent la région de Mondo, fertile en mil : des Kanembou, des Ḥaddâd, des Kouka (Goudjer) et quelques Gourân vivent mélangés à eux. Leur tribu comprend diverses fractions (nâs Fougbou, nâs Youssef, nâs Abid, nâs Maïna, nâs Kagoustêma, nâs el Aguid, nâs el Djellabi, nâs el Fagara, nâs Bouloul). Avant notre arrivée dans le pays, alors que les caravanes de la Tripolitaine arrivaient régulièrement et que les relations avec le Ouadaï étaient très faciles, Mondo possédait une colonie importante de Djellaba.

Les Toundjour vivaient autrefois en bonne intelligence avec les Ouadaïens. Cela tenait tout d’abord au souvenir commun de Aché, la fille du dernier roi toundjour et la femme du premier sultan ouadaïen. Cela tenait également à ce que les Toundjour et les Ouadaïens étaient ennemis des Dalatoua, des Bornouans et des Oulâd Slimân. C’est pourquoi les aguids ouadaïens venaient souvent camper avec leurs troupes à côté du village de Mondo, sur un emplacement que les indigènes montrent encore.

Il y a aussi quelques Toundjour au Bornou.

Au Ouadaï, ils sont nombreux dans le dar Zioud. Cette province est d’ailleurs presque complètement arabisée : les éléments dominants y sont les Toundjour et les Arabes — notamment les Zioud, qui ont donné leur nom au pays. On trouve encore, au Ouadaï, beaucoup de Toundjour dans la régions des Kachméré et des Karranga. C’est là qu’est situé le mont Kadama, au pied duquel résidait autrefois le sultan Daoud. Signalons également les quelques Toundjour de l’Abou Telfan : contrairement à ce que croit Nachtigal, ces indigènes pratiquent l’islamisme.

Enfin, au Darfour, les Toundjour vivent principalement à côté du Marra, dans la province de Dara : le djebel Kharès est le centre de leur district. Il y en a aussi de dispersés dans tout le centre du pays. Les Toundjour du Darfour se sont fortement mélangés aux autres indigènes. Ils sont commandés par un cheïkh, à propos duquel Moḥammed el Tounesi, parlant des gouverneurs des provinces du Darfour, rapporte ce qui suit : « Tous ont la même manière d’être et portent le même vêtement, excepté le sultan de Toundjour, qui a le turban noir. Je lui demandai pourquoi il avait, lui seul, le turban de cette couleur. Il me répondit que ses aïeux avaient jadis été souverains du Dârfour et qu’ils en avaient été dépossédés, excepté du Toundjour, qui, plus tard, avait aussi été conquis par le sultan fôrien ; que, depuis ce temps, lui, portait un turban noir en signe de deuil, et pour manifester ses regrets »[138].

IV

LES OULAD SLIMAN

Les Oulâd Slimân sont les derniers arrivés dans la région du Tchad. Quoique d’origine arabe, ils sont considérés — ainsi que les Toundjour, du reste — comme formant une population spéciale. On ne les désigne jamais sous le nom de ’Arab, qui est réservé aux seuls Arabes du pays (Choa) : on les appelle Oulâd Slimân, Fezzân ou Fitzân, Ouassîli[139], Ouachila, Ouassal et Minimini[140].

Les Oulâd Slimân présentent les caractères des Arabes de la Tripolitaine, d’où la tribu est originaire et s’élèvent d’un degré au-dessus des Arabes-Choa. Ce qui frappe le plus, tout d’abord, si l’on compare les deux populations, ce sont les différences de teint, d’habillement et d’armement : les Oulâd Slimân ont généralement le teint clair (aḥmer tchou)[141], s’habillent comme les Arabes du Nord et sont armés de fusils, tandis que les Choa ont le teint plus ou moins foncé, sont habillés à la mode bornouane (tob) ou portent un vêtement confectionné avec des gabag (khaleg), et ne possèdent guère que des lances et des sagaies. De plus, les Oulâd Slimân parlent l’arabe de la Tripolitaine et, quoiqu’ils aient fait beaucoup d’emprunts au dialecte en usage dans les pays du Tchad, les deux idiomes présentent des différences notables.

Barth et surtout Nachtigal ont donné de longs détails sur la tribu des Oulâd Slimân. Nous allons donc résumer rapidement l’historique de la relation de Nachtigal et nous le compléterons par le récit des événements postérieurs au voyage de l’explorateur allemand.

Les Oulâd Slimân comprennent quatre familles : Djebaïr, Héouat, Miaïssa et Chirédat. Ils jouèrent autrefois un grand rôle en Tripolitaine, où ils combattirent avec acharnement la domination turque. Yousouf Pacha les refoula en Égypte, mais Méhémet-Ali ne leur permit point de se fixer dans ses États. Obligés de revenir dans la Tripolitaine, ils allèrent du côté de Mourzouk et s’y battirent contre les troupes fezzanaises. Les plus nobles d’entre eux, attirés dans un guet-apens, furent massacrés : la tribu tout entière disparut alors de la scène pour une vingtaine d’années. Le futur chef des Oulâd Slimân, ʿAbd el Djelil, était élevé à la cour de Tripoli avec ses frères et son neveu. Il conquit la faveur de Yousouf Pacha et se distingua, à la tête des siens, dans les diverses expéditions militaires dirigées alors du Fezzan contre les Toubou, le Kanem et même le Baguirmi. Nommé chef de district à Sebha (Fezzan), ʿAbd el Djelil ne tarda pas à entrer en lutte avec les Turcs. Il leur disputa, douze années durant, la domination du Fezzan. « Mortellement blessé au combat d’El Baghla, il réunit, avant d’expirer, les anciens de la tribu, et les conjura d’aller chercher une nouvelle patrie dans ces beaux districts du sud, où lui-même avait fait ses premières armes, et qui touchent aux riches pâtis à chameau du Bodelé et du Baḥr el Ghazal. »

Sous la conduite de son fils, le cheïkh Moḥammed, les Oulâd Slimân gagnèrent d’abord le Borkou et allèrent ensuite se fixer au Kanem[142]. Ils vainquirent toutes les tribus habitant le pays situé entre le Tibesti, le Tchad et le nord du Ouadaï. Des Arabes de la Tripolitaine (Guedadfa, Ourfalla, etc.), attirés par l’appât du riche butin à gagner dans les contrées du Sud, vinrent grossir le nombre des guerriers Oulâd Slimân. Ceux-ci attaquèrent les Touareg et leur enlevèrent, dit-on, près de 50.000 chameaux, à Kawar et dans les environs de ce groupe d’oasis. Les Kel Oui du pays d’Azbin et les tribus voisines rassemblèrent alors 7.000 guerriers montés et vinrent porter la guerre chez leurs ennemis du Kanem (1850) : les Kecherda-Yoroumma — qui avaient eu à pâtir des pillages exécutés par les Oulâd Slimân — leur servaient de guides. Les Arabes s’étaient retranchés à Kiskawa, sur les bords du Tchad. Malheureusement pour eux, ils ne tardèrent pas à abandonner leurs positions et les Touareg les surprirent à Medeli, près de Bir Alali. Les Oulâd Slimân furent écrasés et une vingtaine de cavaliers seulement réussirent à échapper au désastre. Leur chef avait péri dans la déroute, mortellement blessé par une femme toubou : son fils, Rhèt, entra au service du cheïkh du Bornou, ʿOmar. Des discordes éclatèrent ensuite parmi les Oulâd Slimân, et ceux-ci, peu nombreux, divisés et en butte aux attaques de leurs ennemis, semblaient voués « à une complète décadence ». Tel était l’avis de Barth, qui visitait le Kanem à ce moment-là (octobre 1851).

Mais la tribu parvint vite à se refaire. Le cheïkh ʿOmar l’avait d’ailleurs pourvue d’armes et de chevaux, en lui donnant la surveillance des frontières bornouanes du côté du Ouadaï. Les Oulâd Slimân luttèrent encore contre les Touareg, qui — toujours guidés par les Kecherda — les poursuivirent jusqu’au Borkou : cependant la paix finit par s’établir entre les deux populations. En 1861, les Oulâd Slimân soutenaient par les armes un compétiteur au trône du Ouadaï, occupé à ce moment-là par le roi ʿAli. En 1871, lors du voyage de Nachtigal au Borkou et au Kanem, ils avaient réussi, grâce à leurs aptitudes guerrières, à leur énergie, à leur audace et aussi à leur supériorité de leur armement, à redonner à la tribu son ancienne prépondérance. Ils combattaient l’action du Ouadaï au Kanem, au Baḥr el Ghazal et au Borkou, et ils pillaient tout le pays situé entre le nord du Tchad et le nord du Darfour. Le chef le plus considéré de la tribu était ʿAbd el Djelil. Les Djebaïr (ʿAbd el Djelil, Cheref eddin) et les Miaïssa entretenaient d’étroites relations d’amitié et vivaient quelque peu en désaccord avec les Chirédat ; les Héouat étaient peu nombreux. D’autres Ouassili (Ourfalla, Guedadfa, Megâreba, etc.) vivaient avec les Oulâd Slimân, et des Arabes appartenant aux tribus de la Tripolitaine (Ferdjan, Hasouna, etc.) venaient parfois passer quelques années au Kanem et prendre part aux diverses expéditions de pillage.

Nachtigal fut très bien reçu par les Oulâd Slimân et put, grâce à leur protection, visiter le Bornou et le Kanem. Il eut, plus tard, l’occasion de rendre service à certains d’entre eux qui, faits prisonniers par les Nakatzâ du chef Derbaï, avaient été expédiés au Ouadaï. Aussi le souvenir du chérif Idris — c’était le nom donné à Nachtigal — est-il resté très vif chez ces Arabes, qui en parlent tous dans d’excellents termes. Nous avons causé avec les Oulâd Slimân des personnages cités dans la relation de Nachtigal, ainsi que des divers incidents qui marquèrent le temps passé par l’explorateur en compagnie de ces nomades. Le fils de Hazaz (le compagnon de Nachtigal) se rappelle les moindres détails du séjour du chérif Idris parmi ceux de la tribu.

Lors de leur arrivée au Kanem, les Oulâd Slimân avaient fait alliance avec Barka Hallouf, le chef des Gourân Gadoa. Celui-ci leur fournissait du grain, du bétail, et leur était d’un précieux secours par sa connaissance approfondie du pays et des habitants. Arabes et Toubou firent ensemble de fructueuses opérations de pillage.

Nous avons déjà dit que les Oulâd Slimân luttaient contre l’aguid el baḥr, qui voulait sauvegarder la situation du Ouadaï au Kanem. Le sultan ʿAli chercha vainement à s’attacher ces nomades. A deux reprises, il demanda à voir une députation de leur tribu : en 1871, un groupe de notables alla le trouver au Fitri, et, plus tard, les chefs les plus vieux furent mandés à Abéché. Mais ʿAli eut beau prodiguer les présents aux envoyés et montrer des égards envers les Oulâd Slimân prisonniers de guerre, la situation au Kanem n’en fut point changée. C’est ainsi que les Arabes attaquèrent les Nakatza et les Noarma de Oun — deux tribus qui reconnaissaient la suzeraineté du roi ʿAli — vers le milieu de 1873. Ils furent d’ailleurs battus et vingt-cinq d’entre eux restèrent prisonniers des Toubou.

Les Oulâd Slimân subissaient quelque peu l’influence des missionnaires senoussis et, à deux reprises (au Kanem et au Borkou), la haine fanatique de ces derniers pour les chrétiens faillit avoir des conséquences fâcheuses pour Nachtigal.

Indépendamment des troupes de l’aguid el baḥr, les Oulâd Slimân comptaient encore parmi leurs ennemis un grand nombre de tribus, qu’ils avaient plus ou moins attaquées ou pillées. Citons, parmi les principales : les Touareg, les Ankatzâ de Oun, les Bideyat, les Maḥâmid, les Oulâd Rachid et les Ḥaddâd du Kanem. L’alliance avec les Gadoa elle-même finit, à la longue, par se transformer en hostilité entre les deux tribus. Déjà, en 1871, quand les Oulâd Slimân étaient revenus du Borkou, des dissentiments avaient éclaté entre eux et Barka Hallouf : les Arabes reprochaient à ce dernier de leur avoir volé une partie des chevaux et des esclaves donnés par le roi ʿAli. Des Arabes de la Tripolitaine étant venus renforcer les Oulâd Slimân, ceux-ci prirent une attitude brutale envers leur allié et Hallouf fut mis en demeure de restituer ce qui avait été pris par les Gadoa et leurs amis ; on lui demanda également — car les Oulâd Slimân le considéraient comme un de leurs « mesâkin » — de payer un impôt en bétail. Hallouf refusa et sa tribu fut alors razziée par les Arabes. Quand ces derniers revinrent au Borkou pour faire la récolte des dattes, ils laissèrent une partie de leurs chevaux dans l’Egueï. Ces animaux furent enlevés par Barka Hallouf, et les Oulâd Slimân, rendus furieux, résolurent de se venger des Gadoa. Barka avait rangé autour de lui : les Gadoâ, les Gourân Iroua et Bezâ, les Ḥaddâd Cherek, les Nâs Kaguerô (Ḥaddâd gotôn), les Ḥaddâd nichâb de Er Régui, et les Nâs el Baḥr[143] (Kanembou Koubouri de Kiskawa). ʿAbd el Djelil et Cheref eddin avaient avec eux : les Oulâd Slimân, les Ourfalla, les Guedadfa et des Tedâ. La lutte éclata entre les deux partis : Hallouf, qui ne possédait presque pas de fusils, fut battu et tué et le Chitati complètement razzié.

Plus tard, les Arabes étant revenus à Barga, dans le Chitati, les Gadoa demandèrent l’aman et s’engagèrent à reconnaître l’autorité d’ʿAbd el Djelil. La paix ne dura pas d’ailleurs bien longtemps. Trois Oulâd Slimân — dont Hazaz, le compagnon de Nachtigal — allèrent au Chitati et s’y conduisirent vraisemblablement comme en pays conquis, car ils furent attaqués par les Gadoa : Hazaz, grièvement blessé, mourut au retour dans son campement. Les Arabes, exaspérés par cette agression, résolurent alors d’exterminer les Gadoa. Mais ceux-ci s’étaient réfugiés dans les îles du Tchad, et il ne restait au Chitati que les plus pauvres d’entre eux, les mesâkin (1872). Cette situation dura deux ans, au bout desquels les Oulâd Slimân écrivirent aux Gadoa pour les inviter à revenir au Chitati. Ceux-ci acceptèrent, l’aman leur fut accordé et ils purent vivre en paix avec leurs anciens ennemis.

Les Arabes allèrent ensuite attaquer les Dalatoua : ils chassèrent de Mao l’alifa Meta, qui se réfugia à Mondo, où se trouvait alors l’aguid el baḥr Oualdi Chaïb. ʿAbd el Djelil envoya une lettre au sultan du Ouadaï, Yousouf : il disait que les Oulâd Slimân avaient chassé l’alifa Meta parce que celui-ci ruinait le Kanem et qu’ils voulaient, eux, y faire régner la prospérité. Les Minimini, comme on le voit, savaient trouver de beaux prétextes pour légitimer leurs pillages. Yousouf se contenta d’accepter le fait accompli et répondit en termes très aimables. Mais Oualdi Chaïb n’entendait pas reconnaître la prépondérance des Arabes au Kanem, et il continua à garder une attitude hostile à l’égard de ces derniers. Les Oulâd Slimân étaient en train de piller les Togorda (ou Dogorda), lorsqu’ils eurent connaissance des dispositions agressives de l’aguid el baḥr : on dit qu’ils lui envoyèrent aussitôt une lettre pour lui proposer une rencontre. Oualdi Chaïb étant retourné au Ouadaï, les Arabes remplacèrent l’alifa Meta par l’alifa Hadji, qui envoya quatre chevaux et deux captifs à Yousouf, en lui faisant connaître sa nomination. Le sultan accepta encore une fois de bonne grâce ce qu’il ne pouvait empêcher. Les Oulâd Slimân étaient, à ce moment-là, les vrais maîtres de la majeure partie du Kanem : les indigènes de ce pays se livraient à l’agriculture et ne possédaient guère que des moutons comme bétail, car les Arabes avaient razzié la plupart des bœufs et des chameaux.

Sur ces entrefaites, Oualdi Chaïb réclama aux Oulâd Slimân des Gourân et des Arabes Hassaouna, qui avaient quitté la région soumise au Ouadaï pour aller se réfugier dans le nord du Kanem : ils refusèrent de livrer ces indigènes. L’aguid el baḥr, dont les troupes s’étaient déjà rencontrées plusieurs fois avec les Oulâd Slimân, finit cependant par obtenir un impôt en bœufs pour chacune des tribus en question. Le règlement de cet incident amena une détente entre les deux influences rivales qui se disputaient le commandement du Kanem. Les Togorda n’ayant pas voulu donner le mil que leur réclamait Oualdi Chaïb, les Ouadaïens et les Arabes se concertèrent pour tomber sur ces malheureux. Les Togorda furent complètement razziés et un grand nombre de femmes et d’enfants de leur tribu réduits en esclavage : les enfants furent vendus à Dirgui (Kaouar), au Fezzân et jusqu’à Tripoli. Ce pillage fait en commun contribua à réconcilier, pour un temps, les Ouadaïens et les Oulâd Slimân. Oualdi Chaïb revint triomphalement à Abéché avec les captifs et les troupeaux pris au Kanem.

La paix accordée aux Gadoa ne dura pas longtemps. Les Oulâd Slimân reprochaient à Allafi oueld Hallouf d’user de mauvais procédés à leur égard : ce chef fut mandé par eux et mis à mort. Une nouvelle razzia des Gadoa s’ensuivit et Koukounni Hallouf remplaça son frère Allafi à la tête de la tribu. Le nouveau chef du Chitati, accusé de cacher son bétail dans les îles du Tchad, fut bientôt destitué. D’autres chefs se succédèrent dans le commandement éphémère que leur donnaient les Oulâd Slimân. Les Gadoa étaient tenus de payer un tribut régulier à leurs vainqueurs. Ceux-ci reprochèrent ensuite aux Gourân Médelâ de ne pas verser un impôt suffisant et de leur avoir même volé du bétail : quatre chefs Médelâ furent exécutés. Puis, les Arabes se tournèrent du côté des Toundjour et demandèrent un tribut au fougbou ʿOthmân. Ce dernier, se réclamant de la suzeraineté du Ouadaï, refusa de faire droit aux exigences d’ʿAbd el Djelil. Il ne pouvait se soumettre — disait-il — qu’après que la défaite de l’aguid el baḥr par les Arabes aurait affirmé la souveraineté de ceux-ci sur la région de Mondo. Les Oulâd Slimân et les Dalatoua (aguid Hadji) cernèrent alors Mondo, au lever du soleil, et massacrèrent un grand nombre de Toundjour. On découvrit ʿOthmân caché dans une petite case : le fougbou et deux de ses parents furent emmenés à Mao et assommés à coups de massue (seder), à côté des fosses où leurs corps devaient être ensevelis (1894).

A ce moment-là, le Kanem — sauf toutefois la région de Ngouri, habitée par des Ḥaddâd chasseurs — subissait la dure loi des pillards Oulâd Slimân : l’arrivée de Rabah sur les bords du Chari sollicitait d’ailleurs l’attention des Ouadaïens et ceux-ci ne songeaient guère à intervenir au Kanem. L’aguid el baḥr Oualdi Chaïb avait été battu et tué dans un combat livré aux troupes de l’aventurier, sous les murs de Mandjaffa (1894). Haggar Kebir lui succéda et fit un beau jour son apparition à Mondo. Le nouvel aguid menaça les Oulâd Slimân, sans cependant les combattre : il séjourna quelque temps chez les Toundjour et retourna ensuite dans le Baḥr el Ghazal. Sur ces entrefaites, les Arabes partirent pour le Chitati, en laissant leurs chameaux à Tiné (au nord d’Alali). Haggar enleva une partie de ce bétail et envoya 200 chameaux à Abéché. Les Oulâd Slimân jurèrent alors de ne plus laisser reparaître les Ouadaïens au Kanem ; mais le sultan Yousouf, mis au courant de leurs intentions hostiles, renvoya les 200 chameaux aux Arabes. Ce fut l’apogée de la puissance des Minimini. Des dissensions intestines viendront ensuite briser l’unité de la tribu, et l’arrivée des Français sur les bords du Tchad mettra fin — une fois pour toutes — à l’anarchie chronique de ces régions et aux habitudes de pillage des tribus les mieux armées.

A l’époque où avait lieu l’attaque de Mondo, les Chirédat et les Héouat faisaient bande à part. Ces deux fractions ayant demandé à venir vivre avec les Djebaïr et les Miaïssa, le cheïkh ʿAbd el Djelil accepta, malgré l’opposition de Cheref eddin. Un Gourân Médelâ, revêtu d’une peau de mouton et muni d’un encrier et d’une plume, se présenta un jour dans le campement d’ʿAbd el Djelil, où son soi-disant titre de faqih lui valut de recevoir aussitôt l’hospitalité. Il se coucha devant la porte du cheïkh et, pendant la nuit, le tua d’un coup de couteau (1895) : ce Médelâ avait voulu venger la mort de deux de ses frères, enterrés vivants par ordre d’ʿAbd el Djelil.

On raconte aussi que le cheïkh paya de sa vie le peu de sympathie qu’il avait montré pour la propagande senoussie. Les Chirédat, plus ou moins accusés d’avoir participé au meurtre et redoutant d’ailleurs l’hostilité de Cheref eddin, prirent la fuite.

Des dissentiments se produisirent alors entre Cheref eddin et Rhèt, fils d’ʿAbd el Djelil. La lutte éclata entre eux. Rhèt rangea autour de lui les Chirédat, Héouat, Megâreba, Bedour, Guedadfa, Medjâbera, quelques Khouan et de nombreux habitants du Kanem : Toundjour, Dalatoua de l’alifa Hadji, Ḥaddâd de Kachalla Bouguer (Ngouri), Abourda, Gourân Ankourdé, Haddad Déberi, Dogorda, Famalla, etc., — soit environ 5.000 hommes. Cheref eddin soutenait Aḥmed, un jeune frère de Rhèt, avec l’aide des Miaïssa, des Djebaïr, des Gadoa et des gens de l’alifa Djerab.

La principale rencontre entre les deux partis avait eu lieu à El Ousfer, lorsque la mission Joalland-Meynier fit son apparition au Kanem (novembre 1900). La mission Foureau-Lamy arriva quelques mois après (février 1901). Les Oulâd Slimân recherchèrent l’appui des Français : Rhèt entra en relations avec le capitaine Joalland et Cherfeddine alla à Barroua demander l’aman au commandant Lamy.

L’alifa Djerab, fils de l’alifa Mousa, commandait à Mao et était soutenu par les Miaïssa. Son cousin germain, l’alifa Hadji, était l’allié de Rhèt et des habitants de Dibinentchi, Ngouri et Mondo.

Djerab, chassé de Mao par ses ennemis, vint à Dibinentchi faire sa soumission au capitaine Joalland. Hadji se déclara contre nous, et les gens de Mondo et de Ngouri attaquèrent même la mission : ils furent facilement repoussés et Kachalla Bouguer, le chef des Ḥaddâd de Ngouri, demanda alors l’aman. Quant à l’alifa Hadji, il fut tué, dans une reconnaissance, par le brigadier de spahis Suleïman Seïdou[144].

Après l’anéantissement de la puissance de Rabah au Bornou (Koussri, 22 avril 1900 ; Goudjeba, 23 août 1901), les Français cherchèrent à s’étendre dans les pays de la rive droite du Chari. Notre influence progressa sans incident notable jusqu’aux portes du Kanem, mais, dans ce dernier pays, elle se heurta aux Senoussis, qui venaient d’entrer en scène depuis peu. Le grand-maître de la confrérie avait envoyé un de ses vicaires, Moḥammed el Barrâni, s’occuper du Kanem : le délégué du Mahdi fonda la zaouia de Bir Alali et organisa la résistance contre les progrès éventuels des Français dans la région.

Au début de 1901, le commandant Tétart occupait la partie sud du Kanem (Massakory et Ngouri). El Barrâni repoussa les avances qui lui furent faites et ne voulut point entrer en relations avec nous : il fit même mettre à mort l’alifa de Mao, Moḥammed Djerab, qui nous était dévoué. Les troupes senoussies du Kanem comprenaient des Arabes de la Tripolitaine et des oasis libyennes, des Oulâd Slimân et des Touareg de l’Aïr et du Damerghou — notamment les Keloui-Mazourek de Khandjer, gendre et neveu du grand chef targui Denda[145].

Dans les premiers jours de novembre 1901, une reconnaissance, commandée par le capitaine Millot, fut envoyée de Fort-Lamy sur Ngouri. Elle poussa sur Bir-Alali et, le 10, les Khouân l’attaquèrent à 2 kilomètres environ au sud de la zaouia : le capitaine Millot fut tué et le capitaine Bablon, qui avait pris le commandement, dut se replier vers le Sud. « Il était maintenant avéré que les mahdistes n’admettraient jamais notre voisinage. Nous ne pouvions pas de notre côté rester sur un tel échec ; notre autorité en souffrait au Chari et les soldats de Barrâni, grossissant les faits, envoyaient déjà vers le Sud-Algérien la nouvelle de la grande victoire du Croissant sur les infidèles[146]. »

Barrâni avait avec lui plus de 3.000 Touareg, qui constituaient son plus solide appui. Ces nouveaux venus, étant les plus forts, commandaient naturellement au Kanem : ils percevaient l’impôt et réglaient toute question selon leur bon plaisir. Aussi les Oulâd Slimân, furieux de voir leurs vieux ennemis faire la loi dans le pays, se tenaient-ils en majeure partie à l’écart.

L’action décisive contre Barrâni eut lieu en janvier 1902. Une colonne de près de 600 hommes, sous les ordres du commandant Tétart, quitta Ngouri pour attaquer de nouveau Bir-Alali : le 18, la zaouia fut enlevée d’assaut et les vaincus s’enfuirent du côté du Borkou.

Le cheïkh Rhèt ayant été tué dans les rangs des Senoussis, lors de la première affaire de Bir-Alali, son frère Aḥmed avait abandonné Cheref eddin et les Miaïssa, pour aller rejoindre les Chirédat et Ourfalla. Ceux-ci entretenaient de relations avec les Khouân. L’attitude des autres Oulâd Slimân était différente. Barrâni avait cependant réussi à réconcilier momentanément les Touareg et les Miaïssa, et ces Arabes avaient même pris une part assez active à la lutte contre les Français. Mais, après la défaite, ils jugèrent plus utile de se rapprocher de nous. Barrâni apprit avec colère leurs nouvelles dispositions et il résolut de punir sévèrement ce qu’il considérait comme un manquement criminel à la solidarité musulmane devant les infidèles. Il excita l’hostilité des Touareg contre les dissidents : il dit même à Khandjer que les Miaïssa avaient massacré une centaine de fuyards touareg après le deuxième combat de Bir Alali. C’est pourquoi Barrâni, Khandjer et Aḥmed se concertèrent pour tendre un guet-apens aux principaux notables miaïssa. Cheref eddin fut mandé et il se rendit à cet appel avec douze hommes de sa fraction : ils furent tous massacrés. Les Oulâd Slimân du cheïkh Aḥmed et les Touareg tombèrent ensuite sur un groupe de campements miaïssa, installés à Dira.

La tribu des Miaïssa envoya alors deux délégués, dont le vieux cheïkh ʿAmer ben Allam, demander l’aman au capitaine Bablon, à Bir Alali (fin avril 1902). Cette offre de soumission fut accueillie avec méfiance, tant à cause de la duplicité notoire des Oulâd Slimân que de leur hostilité passée envers nous : cependant, sur l’ordre donné par le Commandant du Territoire, elle fut acceptée en mai.

Quelques mois après, sur l’indication donnée par les Miaïssa que les Touareg préparaient un nouveau coup de main, des tirailleurs de Bir Alali vinrent prendre position à Korofou, tout près de l’endroit où stationnait la tribu ralliée. Le 11 août, les Touareg qui se ruaient à l’attaque du camp miaïssa tombèrent sous le feu de nos tirailleurs et une partie d’entre eux resta sur le carreau. Le reste s’enfuit, poursuivi par les Oulâd Slimân, qui tuèrent un certain nombre de leurs ennemis et ramenèrent quelque butin.

Barrâni était complètement découragé depuis la seconde affaire de Bir Alali. Le 31 mai, il avait fait une démonstration sans importance contre la zaouia. D’autre part, Moḥammed el Mahdi était mort à Gouro, dans les derniers mois de 1901. Son successeur, Si Aḥmed Chérif, fort mécontent des échecs subis au Kanem, rappela Barrâni, auquel on reprochait de manquer d’activité et même de courage : il le remplaça par le zélé et fanatique Abou Aguila, originaire du Maroc ou du Sud-Oranais.

Le 21 septembre 1902, les spahis et les Miaïssa exécutèrent un coup de main très réussi contre le camp des Touareg du chef Kandjer, à 40 kilomètres au N.-E. de Kologo : Kandjer fut tué dans l’action et cette affaire eut comme résultat essentiel d’abattre considérablement le moral des Touareg.

Cependant Abou Aguila avait installé un camp au puits de Haddara, à 130 kilomètres de Bir Alali sur la route du Borkou. Le nouveau délégué ranimait l’ardeur défaillante des guerriers de la Senoussïa et se préparait à attaquer les Français. Il était activement secondé par un ancien partisan de Rabah, nommé Zin el Abdin, jadis employé par nous et passé depuis peu chez nos ennemis, à la suite d’un vol de bétail fait de complicité avec l’interprète arabe Redjem. Le 2 décembre 1902, au point du jour, l’arrière-garde d’une reconnaissance, qui rentrait à Bir-Alali, fut soudainement assaillie par les Senoussis à Tiouna, à 12 kilomètres du poste : le lieutenant Poupard réussit toutefois à se dégager. Le lendemain à neuf heures du soir, les Khouân essayèrent de surprendre le poste. Le 4, au matin, la garnison exécuta une sortie et 164 fanatiques, dont Abou Aguila, se firent tuer dans une tranchée de 150 mètres, qu’ils avaient creusée pendant la nuit à environ 250 mètres du poste. Ce fut le coup de grâce pour l’action de la Senoussïa dans l’intérieur du Kanem. La plupart des Touareg, désemparés depuis la mort de Khandjer, abandonnèrent la lutte et allèrent dans le 3e Territoire militaire demander l’aman. Si Aḥmed Chérif donna à ses agents l’ordre de se replier sur le Borkou, il quitta lui-même Gouro, peu de temps après, et rentra à Koufra.

Nos auxiliaires miaïssa avaient eu une attitude douteuse dans les diverses affaires qui se déroulèrent autour d’Alali, à la fin de 1902. D’autres incidents marquèrent d’ailleurs l’assujettissement de ces nomades à une vie régulière : en septembre 1903, ils tendirent même un guet-apens à l’un de nos détachements ; les menées du cheïkh Hamouda lui valurent d’être fusillé, et le cheïkh Boudma dut s’enfuir chez les Ourfalla.

Les Oulâd Slimân du cheïkh Aḥmed restèrent avec les Senoussis. Ils menèrent quelques rezzous chez les indigènes ayant reconnu notre domination. Mais ils furent malmenés par les reconnaissances dirigées par nos officiers : le capitaine Durand, commandant l’escadron de spahis — qui venait de soumettre les Kreda — les atteignit à Koal et leur enleva mille chameaux (juin 1904) ; plus tard, ils furent surpris à Fayanga par les méharistes du capitaine Mangin. Obligés de se réfugier au Borkou, les Oulâd Slimân ne purent pas vivre d’accord avec les Senoussis, qui y commandaient : ils furent même pillés par eux. Le cheïkh Aḥmed vint alors à Bir Alali faire sa soumission au lieutenant-colonel Gouraud, en février 1905.

La tribu des Oulâd Slimân se compose des quatre fractions suivantes : Chirédat, Héouat, Miaïssa et Djebaïr. Les autres Ouassal (Megâreba, Guedadfa, Ourfalla, etc.) sont des éléments détachés des tribus de la Tripolitaine. Ces Arabes comprennent deux groupes ennemis : celui du cheïkh Aḥmed oueld ʿAbd el Djelil (Chirédat, Héouat, Megâreba et Guedadfa)[147] et celui du cheïkh Mayouf oueld Aḥmed Bendjouéli (Miaïssa et Djebaïr).

Le premier a fait défection en août 1910 et est passé chez les Senoussis, avec lesquels certains Arabes du groupe n’avaient cessé d’entretenir secrètement des relations. Durant les cinq années que les Oulâd Slimân furent réunis sous notre autorité, des querelles incessantes s’élevèrent entre les deux groupes : notre présence seule les empêcha de régler leurs différends par les armes. On avait d’ailleurs assigné à chacun d’eux une région de parcours particulière : les gens d’Aḥmed vivaient dans le Liloa (ou Léloua), au nord de Bir Alali, et ceux de Mayouf nomadisaient dans le Chitati. A ce moment-là, l’ensemble des Oulâd Slimân du Kanem pouvait fournir 600 guerriers environ.

Le cheïkh Aḥmed est allé rejoindre les Ouassal dissidents. Ceux-ci vivent avec les Senoussis et ont toujours pris part aux rezzous menés contre nos protégés du Kanem ou du Baḥr el Ghazal. Ils comprennent : les Bedour, et des groupes moins nombreux de Guedadfa, de Djimamla et de Megâreba.

Les Bedour (fraction des Ourfalla) habitaient autrefois le Kanem, où ils avaient embrassé la cause de Rhèt. Quand nous fîmes notre apparition dans le pays, les Bedour s’enfuirent dans le Baḥr el Ghazal, à Am Gotôn. Après la soumission des Kreda, ils gagnèrent le Mourtcha et leur chef, le vieil ʿAli Benetik, se rendit à Abéché pour présenter ses hommages au sultan Doud-Mourra. Plus tard, ʿAli Benetik et son fils Oumran se réfugièrent au Borkou.

Les Guidadfa et les Djimanla sont peu nombreux. Avant la trahison d’Aḥmed, les Megâreba dissidents comptaient environ 150 fusils. Ils étaient restés en relations avec leurs frères du Kanem, qu’ils poussaient à faire défection : beaucoup de ceux-ci passèrent d’ailleurs chez les Senoussis, isolément ou par petits groupes. Actuellement, tous les Megâreba sont en dissidence. Ces Arabes sont réputés pour leurs instincts pillards : au surplus, la connaissance approfondie qu’ils ont du Kanem et du Baḥr el Ghazal fait d’eux des adversaires redoutables.

Tous ces Ouassal dissidents ont quitté le Borkou, dont le climat humide ne se prête pas à l’élevage du chameau, et ils nomadisent actuellement plus à l’Est, dans la région de Ouéta, Woï et Archeï. A côté d’eux, vivent des Arabes Zouaya du désert de Libye, des Touareg dissidents et deux groupes de Bideyat.

Nachtigal n’a eu qu’à se louer de l’hospitalité qu’il a trouvée chez les Oulâd Slimân et — tout en reconnaissant leur mépris atavique du travail et leur amour invétéré du pillage — a parlé d’eux avec sympathie. Les défauts signalés par l’explorateur rendent ces Arabes peu aptes à mener une existence régulière. Ils ont vécu jusqu’ici de l’exploitation des nègres et des Choa, de la traite et du travail des esclaves : sous notre domination, ils ont dû renoncer à de pareilles habitudes et, de ce fait, se sont trouvés considérablement appauvris. Incapables de s’adonner à un travail quelconque, bons tout au plus à servir de guides et d’auxiliaires dans les opérations contre les bandes des Senoussis, ils ont toujours regretté le temps de leur pleine indépendance, heureuse époque où ils pouvaient donner libre cours à leurs instincts tout particuliers de rapine et de meurtre. Somme toute, ces gens-là ne méritent aucun égard. Ils n’ont point voulu accepter la domination turque, et ils détestent la nôtre : réduits par la force des armes, ils restent moralement réfractaires. Leur mentalité, en l’honneur de laquelle les romantiques eussent écrit des poèmes ébouriffants, les condamne à végéter sous notre autorité. S’ils ne veulent point se résigner au travail, ils deviendront les plus misérables des habitants du Kanem. De fréquents croisements avec les populations voisines pourraient, avec le temps, les transformer de façon sensible et les rendre semblables aux paisibles Choa du Bornou et du Baguirmi. Mais leur mépris des noirs, qu’ils appellent dédaigneusement kerâda, infidèles, empêchera de longtemps encore toute transformation de ce genre.

Les Oulâd Slimân possèdent, au surplus, les défauts habituels de leur race. Voici le tableau peu flatteur que fait le capitaine Fouque du moral de ses anciens administrés : « Hypocrite et faux à l’excès, le Slimân n’a aucune parole et ne connaît pas la foi jurée ; tous ses actes sont empreints d’une arrière-pensée en vue de l’intérêt immédiat et le penchant à la trahison découle forcément de cette tournure d’esprit. Ce sont des gens qui ne gagnent pas à être connus ; malgré leurs allures doucereuses, ils se rendent vite antipathiques, puis se font détester au dernier degré. Intelligents, ils savent exploiter tous les côtés faibles de la nature humaine et malheur à l’autorité qui ne sait pas réfréner par une main ferme les écarts dont ils sont coutumiers[148] ! »

La défection du cheïkh Aḥmed a montré avec quelle désinvolture les Oulâd Slimân savent changer de camp, lorsqu’ils croient y avoir intérêt. L’échec du capitaine Sellier à Aïn Galakka, en 1908, et les succès obtenus par les rezzous senoussis au Kanem, durant l’année 1909, avaient considérablement affaibli le prestige de nos armes. D’autre part, l’antagonisme entre le groupe d’Aḥmed et celui de Mayouf avait pris un caractère aigu, et le lieutenant-colonel Moll, dans la tournée qu’il fit en avril 1910, essaya vainement de les mettre d’accord. Fréquemment, des Megâreba passaient chez les Khouân et servaient ensuite de guides aux bandes qui venaient piller les pays soumis : ils poussaient, en outre, leurs frères du Kanem à faire dissidence. Les intrigues des Senoussis travaillaient de plus en plus le groupe d’Aḥmed et, en août 1910, la désertion de ce cheïkh, montra combien notre influence avait perdu de terrain. Notre attitude défensive à l’égard des Senoussis, que les indigènes ne s’expliquaient point et prenaient pour de la pusillanimité, était tout simplement conforme aux instructions ministérielles, qui interdisaient d’aller au Borkou : au surplus, les événements du Ouadaï, où nous nous trouvions engagés à fond, ne nous permettaient pas d’entreprendre des opérations importantes sur un autre théâtre.

Les Oulâd Slimân restés au Kanem constituent le groupe du cheïkh Mayouf (Miaïssa et Djebaïr). Ces Arabes sont ceux qui nous ont toujours inspiré le plus de confiance : ils sont détestés des Senoussis et ennemis des gens d’Aḥmed, et ont par conséquent tout intérêt à rester sous notre protection. Ils ne comptent pas de dissidents. Les Miaïssa forment la fraction la plus nombreuse de leur tribu.

En terminant, nous dirons que les Oulâd Slimân ne possèdent point la vertu que, d’après leur histoire, on serait tenté de leur accorder : le courage. Il semble bien que leurs succès passés aient tout simplement tenu à la supériorité écrasante que leur donnaient leurs fusils sur de malheureux nègres armés de sagaies. Le capitaine Cornet rapporte certains faits, qui montrent de combien peu de sang-froid et de courage firent preuve les auxiliaires Oulâd Slimân. On savait apprécier les services qu’ils rendaient comme guides, mais leur valeur guerrière était tenue en assez piètre estime. Après la paix d’Aïn Galakka, en 1907, un ballot de poudre anglaise, trouvé dans le fortin, fut partagé entre les auxiliaires ayant fait preuve de bravoure et échut à des Teda ou à des captifs de races diverses, employés comme chameliers et palefreniers. « Quant aux Oulâd Slimân, faussement réputés pour leur courage — écrit le capitaine Cornet — ce ne sont que des pillards habitués à opérer par surprise contre des gens armés de sagaies. »

Cette opinion paraissait partagée des Arabes du Nord. Je me souviens, en effet, qu’une des femmes des Senoussis faite prisonnière à Ouéta, et remise en liberté quelques jours plus tard au Borkou, m’avait dit un matin en cours de route :

« — Que vas-tu faire de moi ?

« — Tu seras libre à ton arrivée à Galakka.

« — Je n’en crois rien. En tout cas, si tu m’envoies au Kanem, je te demande en grâce de pas me donner comme captive aux Oulâd Slimân.

« — Et pourquoi ? demandais-je curieusement.

« — Mon mari évitait de se salir les pieds aux traces laissées par eux dans le sable, répliqua-t-elle méprisante[149]. » Et le capitaine fait remarquer que la femme qui parlait ainsi était une esclave du plus beau noir, épousée par son ancien maître.

Ajoutons que, lors de la dernière attaque d’Aïn Galakka, en 1908, l’attitude des Oulâd Slimân qui nous servaient d’auxiliaires fut notoirement piteuse.

V

LE LAC TCHAD

Avant de quitter les habitants du Kanem, qui, pour la plupart ont toujours vécu sur les bords du Tchad, il est nécessaire de donner quelques renseignements sur ce lac, dont nous avons déjà tant parlé et dont il sera encore question à propos de certains Toubou. Du reste, en étudiant les Kreda, nous serons amené à nous occuper du Baḥr el Ghazal, qui conduisait autrefois les eaux du Tchad dans les grandes dépressions situés au sud du Borkou — la région désertique des Pays-Bas du Tchad — et c’est une raison de plus pour donner quelques indications sur le lac lui-même.

Le lac Tchad, autrefois très étendu, fut toujours peu profond. Overweg n’avait trouvé que 6 mètres d’eau dans sa partie la plus creuse, les hauteurs d’eau variant d’habitude entre 6 et 15 pieds anglais (entre 1m,80 et 4m,50). Si l’on néglige quelques entonnoirs de minime importance, les plus grandes profondeurs ne dépassaient point 4 mètres, en 1904, et elles n’atteignaient même pas 3 mètres, en 1908. La mission Tilho évalue la profondeur moyenne du lac à 1m,50 dans la zone des eaux libres, et entre 2 et 3 mètres, dans la région des baḥrs.

Nachtigal écrit, d’ailleurs, que le Tchad est une lagune du Chari comme le Fitri est une lagune de la Batah, et Elisée Reclus, se basant sur les données fournies par les explorateurs, remarque également « que le Tzâdé est moins un lac qu’une inondation permanente » et que « parmi les grands lacs, le Tzâdé doit être comparé surtout au Balkhach de Sibérie, qui paraît une mer intérieure par ses énormes dimensions, et n’est autre chose qu’une mince nappe versée par le courant de l’Ili ».

Le lac étant, pour ainsi dire, tout en surface et n’ayant pas de profondeur, se trouve soumis à tous les caprices des fleuves qui l’alimentent. Les alluvions apportées par ces cours d’eau, les crues variables du lac et le dessèchement progressif de toute cette partie de l’Afrique modifient constamment la physionomie du Tchad : c’est pourquoi il est impossible de fixer sa forme d’une façon définitive.

Nachtigal avait déjà signalé que l’eau du lac couvrait autrefois des espaces immenses. M. Chevalier écrit de même, en parlant de cette région : « A l’époque néolithique, toute la contrée, le Baguirmi compris, devait former un vaste lac dix fois plus grand qu’aujourd’hui qui envoyait certainement très loin des ramifications, et communiquait avec les dépressions du Mamoun et du Iro par des baḥrs immenses. Le Baḥr el Ghazal allait alors baigner les montagnes du Borkou. Le Kanem et l’est du Bornou disparaissaient sous les eaux et les rochers de Ḥadjer el Hamis constituaient des récifs dans cette mer intérieure »[150].

La mission Tilho (1906-1909) vient de publier une très belle étude sur le lac Tchad[151]. Nous en extrayons les renseignements qui suivent.

« Zone asséchée du Nord. — Dans le premier semestre de l’année 1908, toute la partie nord du lac Tchad jusqu’à la frontière franco-anglaise (parallèle du thalweg de l’embouchure de la Komadougou Yoobé) était entièrement asséchée, alors qu’en 1904 on naviguait normalement dans ces mêmes parages par des fonds de 1 mètre à 1m,20. La frontière marque approximativement la limite atteinte par les eaux du lac en février 1908... Là où, quatre ans auparavant, le lac Tchad, sous l’action des grands vents d’Est, roulait ses flots grisâtres en vagues hautes de près d’un mètre, s’étend aujourd’hui une steppe désolée, au sol gris-ardoise, profondément fendillé sous l’effet du soleil, où déjà la végétation arbustive est représentée par quelques oschars (calotropis procera). Les caravanes de bœufs porteurs et de chameaux traversent couramment cette zone qui représentait, au commencement de 1908, le quart environ de la superficie totale de la cuvette lacustre, soit à peu près le cinquième de celle de la Belgique.

« La partie nord de l’archipel du Tchad n’a pas échappé à l’assèchement, et le lit vide des baḥrs apparaît aujourd’hui comme le fond de vastes tranchées entre les îles, tantôt dénudé, tantôt envahi par une épaisse végétation. L’eau, en se retirant, a emporté, semble-t-il, tout ce qui faisait le charme de ces contrées ; la vie indigène est, d’ailleurs, moins large que par le passé : les cultures, en 1907, ont donné un rendement médiocre ; une épizootie a ravagé les troupeaux de bœufs. Le Sahara, qui confine à la partie septentrionale du Tchad, a-t-il déjà marqué ces régions de son empreinte ? Les indigènes ne doutent pas de voir les eaux du lac baigner de nouveau leurs îles, des cas d’asséchement analogue à celui constaté par la Mission, sinon aussi accentué, s’étant produit au siècle dernier.

« Zone des eaux libres. — En quelques rares points, notamment à hauteur de l’embouchure du Chari, le marais sans profondeur qu’est le Tchad donne l’illusion de la mer. Mais l’illusion est de courte durée, et dans une autre direction l’horizon est borné par une ligne de végétation palustre (ambachs, roseaux, papyrus, liserons, herbes de fond et de surface) haute de plusieurs mètres.

« Zone des îlots-bancs. — La zone des eaux dites libres du Tchad est séparée de l’archipel par une zone d’îlots-bancs, formée par des hauts-fonds recouverts d’une épaisse végétation palustre : quelques-uns de ces hauts-fonds émergent aux basses eaux et servent de lieu de relâche aux piroguiers et pêcheurs boudoumas. Quelques passes seulement conduisent de la zone des eaux libres dans l’archipel à travers la zone des îlots-bancs ; à mesure qu’on avance vers l’Est, le nombre des terres émergées croît, en même temps qu’augmente leur hauteur au-dessus du niveau du lac ; mais les rives se dissimulent obstinément sous la végétation palustre.

« Archipel. — L’archipel du Tchad est formé d’îles de sable siliceux, dont la hauteur au-dessus du niveau du lac varie de 1 à 12 mètres environ et dont les autres dimensions vont de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres... Depuis quelques années, la végétation palustre s’est développée dans une proportion surprenante dans tout le lac, et les rives de certaines îles sont bordées aujourd’hui par une ceinture d’herbes et d’ambach haute parfois de 6 à 7 mètres ; nous avons mesuré des troncs d’ambach de 45 centimètres de diamètre. La végétation palustre forme une barrière tellement touffue en certains points que l’accostage des îles n’est possible qu’après un véritable débroussaillement à la hache.

Les insulaires du Tchad élèvent d’importants troupeaux de bœufs, qu’ils conduisent d’une île à l’autre à mesure qu’ils en ont épuisé les pâturages. Les pasteurs, armés de pied en cap, emmenant avec eux femmes et enfants, passent ainsi une bonne partie de leur existence en dehors de leurs villages... Le Tchad n’est-il pas en voie de disparition ? Telle est la question qui se pose, surtout après la baisse de niveau et la diminution de la surface liquide constatées dans ces dernières années. Praticable en 1902 pour des embarcations de faible tirant d’eau, le lac a vu sa navigabilité diminuer progressivement à mesure que l’asséchement devenait plus intense dans le Nord et que la végétation se développait davantage. La cuvette actuelle restera, pour un nombre d’années impossibles à chiffrer, le déversoir des grands fleuves que sont le Chari et le Logone, des petits cours d’eau tels que la Komadougou Yoobé et les rivières de la poche sud-ouest du lac. Si donc on n’a pas affaire à un lac, à proprement parler, on aura au moins un vaste marécage formé par les apports de ces cours d’eau, marécage qui persistera toute l’année ou une fraction importante de l’année, suivant l’intensité de l’évaporation..... »

La conclusion est la suivante :

« Le lac Tchad est soumis à des variations de niveau et de surface dues principalement aux variations des apports de ses tributaires.

« Dans l’état actuel de nos connaissances sur la climatologie du Centre-Afrique et sur le Tchad lui-même, il paraît impossible de définir une loi périodique de ces variations.

« Le Tchad, déversoir de fleuves puissants, continuera à subsister pendant une longue période de temps, au moins en tant que marais. »

LES POPULATIONS DU LAC[152]

Les îles du Tchad sont habitées par les Boudouma (ou Yédéna) et les Kouri : les seconds se trouvent dans la partie sud-est de l’archipel, communément appelée Karga.

La langue des Boudouma diffère légèrement de celle des Kouri et présente quelque analogie avec celle des Kotoko : ils prétendent descendre « d’un ancêtre kanembou nommé Boulou, qui aurait épousé une jeune fille des Sô nommée Sado Saorom ». Certaine tradition rapporte que des captifs de Pouls se réfugièrent jadis dans l’archipel et vécurent dès lors avec les insulaires[153].

Le mot boudouma signifie « l’homme à l’herbe » ou « l’homme aux herbes » (du kanouri boudou, herbe) ; kouri veut dire « grosse tête ».

Les Boudouma ont toujours vécu isolés dans leurs îles : l’eau des baḥrs les préservait de toute attaque du dehors et, jusqu’à notre arrivée dans le pays, ils ne connurent point de sujétion. N’ayant pas de représailles à craindre, ils profitaient de leur situation privilégiée pour s’adonner à la piraterie sur les terres avoisinantes du Kanem et surtout du Bornou. Notre domination a mis fin à cet état de choses, et, à l’heure actuelle, les Boudouma — qui circulent à travers les îles du lac sur des pirogues de paille et de roseaux — s’adonnent à la pêche, au commerce, à la culture du mil et élèvent de beaux troupeaux de bœufs aux cornes immenses. Ces bœufs ont, du reste, leur légende et les indigènes prétendent qu’ils sont miraculeusement sortis du lac lui-même. Les Boudouma sont, en général, restés fétichistes, tout en adoptant certaines pratiques musulmanes. Il est probable, d’ailleurs, que l’Islam est destiné à faire des progrès parmi cette population.

Les Kouri se sont fortement mélangés aux Kanembou qui sont venus s’installer à côté d’eux, et il est possible que la légère différence existant entre leur langue et celle des Boudouma provienne de forts emprunts faits par la première à l’idiome des Kanembou. Ils sont complètement islamisés et, quoique présentant de nombreux points communs avec leurs voisins de l’archipel, sont d’un naturel moins primitif et d’un abord plus sympathique que les Boudouma. Leurs mœurs et coutumes sont, à quelques détails près, celles des Kanembou. Néanmoins, la vie des îles leur a imprimé un cachet tout particulier.

Autrefois, les Kouri pillaient également leurs voisins de la terre ferme, moins cependant que ne le faisaient les Boudouma : ils entretinrent généralement des relations médiocrement bonnes avec les Arabes et Kanembou du Dagana. Une attaque contre des Ḥaddâd récemment venus du Kanem leur apprit à connaître les flèches empoisonnées de ces chasseurs, et ils renoncèrent dès lors à toute idée d’agression contre leurs voisins de l’Est.

Les Kouri comprennent plusieurs subdivisions : les Kali ou Kaléâ habitent la région de Berirem et ont pour chef le jeune et ardent Mousa ould Daouda ; leurs voisins et rivaux, les Kerâoua, sont commandés par Djibrin, qui réside à Monoukoum ; d’autres Kerâoua sont à Kanassarem (chef Abba) ; les Kéléoua, qui se réclament d’une origine toubou, sont à Michiléla ; les Yakoudiâ, Gayaâ, Médéâ, vivent avec les fractions précédentes.

Les luttes entre tribus étaient autrefois assez fréquentes chez les Kouri, qui, au surplus, vivaient en désaccord avec les Boudouma.

Dans les premières années de ce siècle, par suite de l’asséchement du lac, les baḥrs qui entourent les îles des Kouri s’étaient en grande partie vidés et, en 1905-1906, il fallait pousser jusqu’à Berirem pour trouver enfin l’eau du Tchad. Au mois d’août 1906, nous circulâmes à cheval dans toute la région Douloumi, Derouderou, Koukouya, Berirem, Michiléla. Le seul obstacle rencontré fut le baḥr de Berirem, qui contenait un peu plus d’un mètre d’eau, et que nous pûmes, du reste, franchir à cheval.

Il est vrai que, quelque temps après notre tournée en pays kouri, la crue du lac fut exceptionnelle dans cette partie de l’archipel. L’eau du Tchad envahit les baḥrs et arriva jusque tout près de Kabirom, ce qu’on n’avait pas vu depuis longtemps. Les Kouri-Kaléâ et les Hamedj-Ngalên se retrouvèrent dans des îles, comme par le passé. Ces indigènes, qui ne pensaient pas revoir les eaux aussi subitement, avaient établi des plantations de coton dans le lit des baḥrs. Quand l’eau du lac, refluant vers l’est, atteignit la région qu’ils habitaient, ils pensèrent pouvoir l’arrêter en établissant des barrages de terre. Mais, la crue augmentant toujours, ces obstacles furent facilement franchis et les habitants virent, avec douleur, leur récolte de coton perdue.

D’après les renseignements donnés par la mission Tilho, l’eau du lac a une tendance à revenir dans cette région : « certains baḥrs de l’archipel S.-E., secs en 1903-1904, sont occupés par l’eau du lac en 1908 ; en quelques points même, le niveau paraît s’être élevé ».

L’asséchement de la partie nord du lac jusqu’à hauteur environ du parallèle de la Komadougou Yoobé et l’envahissement par l’eau constaté en 1908 dans quelques baḥrs de la partie S.-E. peuvent peut-être s’expliquer par l’existence d’un barrage, qui séparerait complètement la partie sud du Tchad (cuvette du Chari) de la partie Nord (cuvette de la Komadougou Yoobé). « Nous ne faisons l’hypothèse ci-dessus que sous les plus expresses réserves. Nous ne voulons pas dire, non plus, que le barrage en question sépare définitivement, ni même généralement, les deux cuvettes ; nous nous bornons à signaler la possibilité accidentelle de ce fait, car elle expliquerait, d’une façon simple, nous le répétons, que le niveau dans le sud du Tchad soit resté stationnaire ou même ait pu croître légèrement, alors qu’au contraire tout le nord du lac, sur une distance de 60 kilomètres environ, s’est asséché[154] ».

Notes in this chapter

Note 1 · En kanembou : kirikadji. En toubou : djô.Note 2 · الله جاب لنا اللحم : Dieu nous a procuré de la viande !Note 3 · Ils disent même que la seule odeur de l’urine du guépard suffit pour faire rebrousser chemin au lion.Note 4 · قطة نمرية : chat-panthère. En kanembou kouâou. Les indigènes nous ont apporté souvent de petits chats-tigres trouvés dans la brousse : parmiNote 5 · On agit de même pour les hippopotames.Note 6 · En Égypte, le rhinocéros est appelé khartyt et partout ailleurs kerkedân (كركدان).Note 7 · Langsdorf, Voyage et chasses en Ouganda.Note 8 · Cf. sur les traditions relatives au rhinocéros chez les Arabes Mas’oudi, Prairies d’or, t. I, p. 385-388. Qazouini, ʿAdjâib el Makhbouqât, pNote 9 · Ce nom est curieux. Nous verrons plus loin que la tradition fait venir les Toubou de l’Égypte. Or, mallem معلم est synonyme de faqih فقيه, dNote 10 · Freydenberg : Le Tchad et le Bassin du Chari.Note 11 · L’instrument de la danse des captifs fétichistes, originaires surtout du Baguirmi, porte le nom de bandala. Ces indigènes mettent, pour la dNote 12 · Les Hilâl (Benou Hilâl, Beni Hilâl) formaient une tribu arabe nomade, établie, lors de l’avènement des califes abbassides, dans les déserts Note 13 · « Emmenez-nous dans le pays de Tunis la verte, « Même si nous n’avons pas de mil, l’eau de Tunis suffira à nous faire vivre, « Emmenez nousNote 14 · Tome II, page 329 ; tome III, page 449.Note 15 · Toutefois la généalogie donnée par d’Escayrac de Lauture (Le Désert et le Soudan, p. 79-80) fait de Soulîman Solong, non un Qoreïchite, maisNote 16 · Notons cependant que la tradition des Toundjour parle aussi d’un séjour de leur tribu sur les bords du baḥr Nil. Il ne faut voir là, très prNote 17 · Slatin-pacha, Fer et Feu au Soudan, tome I, page 55.Note 18 · Gamira, قَمِرَ, être blanc ; gamar, قَمَر, la lune ; oueld el gamaré signifie : qui est d’une blancheur éclatante.Note 19 · C’est à cette idée de regret que se rattache probablement le surnom de el Merenn, qui semble provenir du verbe arabe ranna, رن : élever la vNote 20 · Birni (kanembou), dourdour (arabe), gôrou (toubou).Note 21 · Fougbou est le titre donné au chef des Toundjour. Le chef des Dalatoua est appelé alifa et aussi aguid.Note 22 · Les Ouadaïens avaient fait leur apparition au Kanem pendant que le fougbou Moustafa régnait sur les Toundjour.Note 23 · Moḥammed el Tounesi, Voyage au Darfour, page 128. Cf. aussi sur les Toundjour C. H. Becker qui les nomme Tundjer, et fait venir ce nom de l’Note 24 · Ouassili (sing. Ouassiliri) est un terme kanouri qui veut dire « les hommes blancs ». Ouachîla et Ouassal sont les mots employés par les TouNote 25 · Selon Nachtigal, Minimini serait un terme toubou, qui voudrait dire « les dévoreurs ». Cette appellation tiendrait à la gloutonnerie naturelNote 26 · L’expression aḥmer tchou est fréquemment employée pour indiquer un teint très clair. Elle est formée du mot arabe aḥmer, qui veut dire « rouNote 27 · L’émigration ne fut point totale, car certains Oulâd Slimân demeurèrent avec leurs cousins de Tripolitaine. Les descendants de ces Arabes foNote 28 · Gens du lac.Note 29 · Djerab fut mis à mort par ordre d’un chef senoussi, Moḥammed el Barrani. Il fut remplacé par son frère, l’alifa Meḥemmed. L’alifa actuel, MaNote 30 · C’est Khandjer qui avait fait assassiner à Zinder le capitaine du génie Cazemajou et l’interprète Olive.Note 31 · Capitaine Fouque, Le Kanem (Revue des Troupes coloniales, 1906).Note 32 · Les Héouat, peu nombreux, sont considérés comme étant d’origine médiocre : ma ḥourr ketir ما حر كثير. Les Megâreba (Aïd Garaga, Aïd Noufel, Note 33 · Fouque, Le Kanem.Note 34 · Cornet, Au Tchad.Note 35 · Chevalier, L’Afrique Centrale française, page 413.Note 36 · Documents scientifiques de la Mission Tilho, tome I.Note 37 · Voir l’étude de M. l’officier-interprète Landeroin (Documents scientifiques de la Mission Tilho, tome II).Note 38 · Par captifs, il faut vraisemblablement entendre « sujets ». Nous avons déjà vu que, selon la tradition, les Pouls ont précédé les Kanori surNote 39 · Cf. Labatut, Le territoire militaire du Tchad (Bulletin de la Société de Géographie d’Alger, 1911, p. 146-151).
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