← Table of contents
La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 1 (de 2)

DEUXIÈME PARTIE (continued 2)

Reading edition

Youroâ. — Vivent dans le Chitati, à côté des Gadoâ. Il y en a aussi quelques-uns vers le Manga. Cette tribu serait apparentée aux Noreâ de l’oasis de Oun.

Ouarabba, Orabba, Orobba, Ourobba. — Tribu sédentaire quelque peu mélangée d’éléments kanembou. Vit à Kôou, dans le Chitati, à côté des Gadoa, et dans le Liloa, à côté des Dogorda.

On trouve aussi des Ouarabba dans la région de Turbanguéda, sur la Komadougou.

Ouandala. — Étaient autrefois très nombreux dans la partie ouest du Chitati. Le voisinage des Oulâd Slimân et la prépondérance acquise par les Gadoa du chef Hallouf les déterminèrent à émigrer en masse à l’ouest du lac.

Avant la rectification de la frontière séparant la Nigéria du territoire de Zinder, les Ouandala eurent des démêlés avec l’autorité anglaise : un chef influent, Aba Senoussi, fut même condamné à être pendu. Actuellement, les Ouandala sont surtout installés au nord de la Komadougou Yôou, entre Nguigmi et le Kabi (pays de Kadjel). Lorsque nous occupâmes cette région, un poste militaire fut aussitôt créé à Turbanguéda, sur la Komadougou.

Les Ouandala ont des villages et s’adonnent à la culture du mil, mais leurs troupeaux de bœufs restent dans la brousse. Quelques Kecherda (Eyima), venus autrefois du Baḥr el Ghazal, vivent avec eux.

Deux chefs ouandala, Kaïdala Tokoï et Kaïdala Zezerti, habitent le campement d’un grand chef des Kecherda de l’ouest, Moḥammed Kosso ; un troisième chef ouandala, Kaïdala Gouat, a fait sa soumission en décembre 1907.

Au Kanem, on trouve un certain nombre de Ouandala dans la partie ouest du Chitati, vers Rig-Rig, et avec les Kecherda d’Isa Maïmi.

Dogorda. — Les Dogorda seraient apparentés aux Noreâ de Oun et aux Youroâ du Chitati. Cette tribu, très nombreuse, vit dans le Liloa (ou Léloua) qui, tout comme le pays de Mao, est réputé pour ses dattiers.

Les Dogorda luttèrent contre les Oulâd Slimân, quand ceux-ci vinrent s’installer au Kanem. Après une longue résistance, ils furent obligés de reconnaître la suzeraineté des Arabes, qui continuèrent d’ailleurs à les piller de temps en temps. Les Dogorda servirent d’auxiliaires à leurs vainqueurs, dans la lutte contre les aguids el baḥr. C’est ainsi, par exemple, qu’ils prirent part au combat d’Abou Chatên contre l’aguid Keneticha et que, plus tard, l’aguid El Gadem fut tué par eux.

Les Dogorda ont la réputation d’être très courageux. On raconte que les Ouadaïens de l’aguid El Gadem réussirent un jour à surprendre un grand nombre de femmes et de jeunes filles dogorda, qu’on ligotta aussitôt pour les empêcher de s’enfuir. On croyait obliger ainsi les guerriers de la tribu à demander l’aman. Mais ceux-ci ne voulurent rien entendre et continuèrent la lutte.

Haoualla ou Famalla. — Seraient apparentés aux Dogorda. Les Famalla, qui ont beaucoup de sang kanembou, vivent à l’est du groupe de Bir Alali, dans une région riche en dattiers. Leur chef porte le nom de Médelâ. C’est pourquoi on donne très souvent aux gens de cette tribu le nom de Nas Médelâ ou, tout simplement, Médelâ. Ils sont sédentaires. Les Famalla furent très maltraités autrefois par les Oulâd Slimân.

Koumosalla et Oulâd Salem. — Au nord et au nord-ouest de Mao. Ils sont sédentaires. On les appelle Nas Kaïgamma, du nom de leur chef. Ils seraient venus du Baḥr el Ghazal. Ces fractions ne sont pas de pure race toubou et Nachtigal croit qu’elles sont issues d’un mélange de Dâza et de Boulala.

Yoroumma ou Yorouma. — Vivaient autrefois dans le Manga et étaient en bons termes avec les Oulâd Slimân. Lors de notre arrivée dans le pays, une partie de ces Toubou se réfugia au Borkou.

Les Yoroumma appartiennent à la tribu des Kecherda, dont une fraction porte d’ailleurs leur nom (Chennakora ou Yoroumma). Les Kecherda forment actuellement deux groupes : ceux de l’Est habitent, au nord du Fitri, la région appelée El Harr et vont hiverner dans le Baḥr el Ghazal, au nord de Koal ; ceux de l’Ouest mènent une existence de demi-sédentaires dans le cercle de Nguigmi. Cette tribu est autrefois venue du Nord. C’est pourquoi les Yoroumma du Kanem disent être venus des régions de l’Egueï et du Baḥr el Ghazal.

Abourda ou Ouorda. — A l’est de Mondo. On en trouve également du côté du Manga, vivant près des Gounda (d’origine tibestienne) et des Aterêta (d’origine borkouane).

Il y a aussi des Ouorda dans le Kadjel.

Oreda. — Vivent en sédentaires à Ndjikdada, dans la région de Dibinentchi. Cette tribu était alliée à celle des Nguedjim.

Noreâ ou Noarma. — Kreda de la tribu de même nom, laquelle habite le Baḥr el Ghazal. Ne pas les confondre avec les Noreâ de Oun. On trouve quelques-uns de ces Kreda à côté de Mondo et au nord de Mao.

Bogaréâ ou Oulâd Bouguer. — Kreda de la tribu des Karda, qui vivent en sédentaires dans la région de Iagoubri, entre Ngouri et Mao. Leur chef porte le titre de kachkadela, composé du mot kanembou kachalla (ou kadjalla) et du mot toubou kêdela, qui servent tous les deux à désigner le chef. Les Bogaréâ se sont mélangés aux Kanembou, comme d’ailleurs la plupart des Toubou qui habitent le sud du Kanem.

Djoura. — Kreda qui mènent la vie nomade du côté du Baḥr el Ghazal. Ils vivent en bons termes avec les Karda.

TOUBOU DES PAYS A L’OUEST DU LAC[229]

Quelques tribus toubous sont représentées à l’ouest du lac Tchad ; plusieurs des fractions, ainsi isolées, ont pris un nom particulier.

Mousso ou Moussôou. — Appelés Kangou par les Kanouri. Sont peut-être originaires du Baḥr el Ghazal, où l’on trouve les puits de Massoa ou Moussôou.

Les Mousso habitent la région de Kouka, au Bornou, où ils se sont mélangés aux Mabeur. On en trouve aussi quelques-uns en territoire français, au nord de la Komadougou. Ces Toubou dépendaient autrefois des Ouandala, auxquels ils payaient un impôt.

Kabeto. — Très anciennement fixés au Bornou. Ils habitent le pays au sud de la Komadougou.

Madâ. — Dans le nord du Bornou anglais.

Ladama, Hédirdé. — Dans le Kadjel. Les Toubou du Kadjel cultivent le mil ; ils possèdent des bœufs, des moutons et quelques rares chameaux.

Adoumara. — Peu nombreux. Ils élevaient autrefois des chameaux dans le Koutous. Ils vivent actuellement dans la région de Chirmalek et ne possèdent que des bœufs et des moutons.

Tedâ. — On trouve des Arinda dans le Kadjel.

Des Gounda, originaires du Tibesti, vivent avec les Kecherda de l’Ouest, dans les régions de Gouré et de Nguigmi. Venus du Tou, par Bilma, ils restèrent quelque temps à Agadem : chassés de ce pays par les razzias incessantes des Touareg, ils allèrent demeurer avec les Kecherda, dans les pays avoisinant le lac Tchad. Lorsque ceux-ci quittèrent le Kadjel pour remonter vers le Nord, les Gounda revinrent à Agadem. Mais ils n’y restèrent pas longtemps et retournèrent s’installer définitivement avec les Kecherda. Les deux tribus se sont d’ailleurs fortement mélangées.

V

LES TOUBOU DU BAḤR EL GHAZAL ET DU OUADAÏ

Nous allons étudier maintenant les Toubou vivant dans le Baḥr el Ghazal : les Kreda et les Kecherda.

Nous verrons également ceux qui habitent le Ouadaï : Kreda, Noreâ et Cherafadâ.

Tous ces Toubou sont soumis à l’autorité française.

I

LES KREDA

Les Kreda, qui se donnent le nom de Karra, forment la fraction la plus nombreuse des Gourân. Ils seraient venus, s’il faut en croire la tradition, d’un pays appelé Lougoum. « Lorsque les Arabes venus de la Mekke, disent-ils, se dirigèrent vers le Kanem, une partie de nos gens suivit Maï Denâ[230] ; les autres restèrent au pays de Lougoum, sur les bords du Baḥr er Rigueïg[231]. Ce n’est que plus tard que nos aïeux descendirent du côté du Baḥr el Ghazal, où ils s’installèrent et où nous sommes encore. » Ils célèbrent, dans leurs chansons, les délices du pays de Lougoum et, de même que pour les Toundjour il n’y a pas de pays comparable à Tunis la Verte, le pays des Lougoum est, d’après les Kreda, le paradis du monde.

Lougoum tchosô, Lougoum est un beau pays ;

Ferâ montô, il y a de nombreux troupeaux de vaches ;

Askâ montô, etc.., beaucoup de chevaux...

Quand les Kreda quittèrent ce pays et qu’ils descendirent vers le Sud pour aller s’installer au Baḥr el Ghazal, ils perdirent au change. El baḥr meskenna djidoudna, disent-ils : le baḥr a appauvri nos aïeux.

Fôdi abba ntrô, Le baḥr de nos pères ;

Dézeâ ntraou, de nos aïeux ;

Moskenter, nous a appauvris ;

meskin djênto, etc.., nous a rendus « mesâkin »...

Les Kreda vinrent donc s’installer dans la région du Baḥr el Ghazal, où ils menaient la vie nomade. Ils occupaient la région nord du Baḥr, car, à ce moment-là, la région moyenne était occupé par les Arabes : à l’Ouest, les Dagana ; à l’Est, les Oulâd Hemed.

Vers la fin du XVIIIe siècle, les Kreda commencèrent à descendre plus au Sud et entamèrent avec les Arabes une longue série de luttes, pour la possession de la partie du baḥr occupée par ces derniers. Les Arabes furent refoulés petit à petit et la lutte se termina, en dernier lieu, par le départ définitif des Arabes Dagana (1868).

Entre temps, quelques Kreda, poussant vers l’Est, avaient trouvé la région du Mourtcha. Elle leur convint et ils s’y fixèrent à demeure. L’exode continua entre le Baḥr el Ghazal et le Mourtcha, et ce dernier pays se couvrit de nombreux villages kreda.

Dans le Voyage au Ouadaï, Nachtigal écrit, à propos des Kreda : « Les Toubou étaient jadis sédentaires dans le Baḥr el Ghazal, et ils étaient alors sous l’autorité du Bornou. Mais après qu’Arous[232] et Kharout es Saghir[233] les eurent razziés à plusieurs reprises, ils abandonnèrent leurs villages et devinrent nomades. Ils conservent d’ailleurs des établissements dans le Baḥr el Ghazal ainsi que dans les pays d’Ambar et de Rimela, où ils viennent résider temporairement ».

L’intervention du Ouadaï chez les Kreda ne remonte pas au-delà de Kharifeïn (1815-1829). ʿAbd el Kerim Saboun (1805-1815), son père, était allé au Baguirmi et au Kanem, mais il n’avait pas paru chez les Kreda. Ce fut sous son fils, Kharifeïn, que, pour la première fois, les aguids ouadaïens vinrent piller le Baḥr el Ghazal. Plus tard, sous Moḥammed Chérif, Guignek et le djerma Saber, qui étaient en lutte avec le sultan, se réfugièrent au Baḥr. Ils y furent rejoint, battus, et, par la même occasion les Kreda furent razziés. Chérif poursuivit ensuite ses adversaires du côté du Chari[234]. Cette année-là — qui fut, pour le Kreda une année de famine — est restée tristement célèbre chez eux sous le nom de Senet omm adhem سنة ام عظام : l’année des ossements. On ne voyait — paraît-il — qu’ossements blanchis dans toute la région du Baḥr el Ghazal.

A l’origine, les Kreda étaient tous nomades. La majeure partie d’entre eux, d’ailleurs, mène toujours la vie nomade dans le Baḥr el Ghazal. Il n’y a de Kreda sédentaires qu’au Mourtcha et dans quelques villages du Kanem. Voici comment les premiers villages furent installés au Mourtcha.

Du temps de Kharifeïn, certains Kreda poussaient leurs troupeaux jusqu’à Er Remeli. Puis quelques mehadjirin[235], مهاجرين, trouvant le pays à leur convenance, parce qu’il y avait de l’eau et que la terre se prêtait bien à la culture du mil, allèrent demander à Moḥammed Chérif la permission d’y installer un village. Ils ajoutèrent que leur exemple serait bientôt suivi par d’autres Kreda du Baḥr el Ghazal. La permission fut accordée et les Kreda construisirent quelques villages dans la région d’Er Remeli. Mais Er Remeli se trouvait sur la route des Ouadaïens, lorsque ceux-ci se rendaient d’Abéché au Fitri. Or, les aguids et leurs troupes ont été de tous temps un véritable fléau pour les pays traversés. C’est pourquoi, vers le milieu du règne de Chérif, les Kreda sédentaires commencèrent à remonter plus au Nord. Ils allèrent s’installer progressivement dans la région qu’ils habitent encore actuellement, le Mourtcha, dont Ambar (Ngalamiya) est un des villages les plus méridionaux.

Nous avons déjà dit que les Kreda du Baḥr avaient toujours été sédentaires. Il y eut cependant, à deux reprises différentes, des villages et des cultures au Baḥr el Ghazal. Mais ce ne fut que temporaire. Dès que les Kreda eurent pu acquérir quelques animaux, ils reprirent la vie nomade. La première fois, sous Yousof (1874-1898), ce fut lorsque l’aguid el baḥr, Oualdi Chaïb, mangea les Kreda de telle manière que beaucoup de ces malheureux, n’ayant plus rien, furent obligés de construire des villages et de semer du mil, afin de pouvoir vivre. La seconde fois, il y a une vingtaine d’années, vers 1886, ce fut lorsqu’une épidémie bovine, em massarin, décima leurs troupeaux. Mais, comme nous l’avons déjà dit, ces installations ne durèrent pas longtemps.

Contrairement à ce que croit Nachtigal, la misère a forcé les Kreda à devenir pendant quelque temps, non pas nomades, mais sédentaires. D’une façon générale d’ailleurs, des gens qui ont toujours été nomades se résignent difficilement à renoncer à leur vie libre et indépendante[236]. Et, toujours d’une façon générale, ils ne le font que si la misère les y contraint — comme les Kreda dont nous venons de parler — que si la vie nomade leur est rendue impossible par le climat humide des nouvelles régions où ils se sont fixés (Arabes Dagana, Salamat, etc.), ou enfin, et cela alors se comprend sans peine, que s’ils y sont astreints et parce qu’on voit d’un mauvais œil leurs déplacements continuels[237].

Les Kreda sont célèbres par leur turbulence. Avant notre arrivée dans le pays, ils se battaient avec la plupart de leurs voisins : habitants du Kanem, du Dagana, Kouka d’Aouni, Boulala du Fitri, etc. Il faut dire aussi d’ailleurs que, indépendamment des attaques qui étaient une riposte à des agressions de la part des Kreda, les beaux troupeaux de bœufs de ces derniers et le grand nombre de leurs chevaux excitaient bien des convoitises.

Ouachîla iertchentô bi sontôdo

Kinîna zaïla iertchentô Fadalassoudou

Bagreï Massnia karnak iertchentô.....

Kouga Ouarado iertchentô, etc.

C’est nous qui avons mis fin à leur lutte séculaire avec les Arabes Dagana, qu’ils venaient piller à tout instant. Nous verrons plus tard que, du côté des Arabes, les cheïkhs Mousa Abou Doumou et ʿAli oueld Handja furent les derniers héros de cette lutte.

Du côté d’Aouni, c’était la même chose. Les Kreda arrivaient subitement, au grand galop de leurs chevaux, et, indépendamment des quelques moutons qu’ils pouvaient trouver chez ces malheureux Kouka, ils enlevaient aussi femmes et enfants. Les ravisseurs disparaissaient ensuite rapidement. Il était difficile aux Kouka de les poursuivre, étant donné le petit nombre de chevaux qu’ils pouvaient rassembler contre des adversaires très bien montés et s’enfuyant dans un pays où l’eau est relativement rare. Mais il leur arrivait de temps en temps de tomber en nombre sur les Kreda et de leur infliger de bonnes leçons.

Même situation avec les Boulala. Les Kreda venaient également chez ceux-ci enlever les troupeaux et surtout des femmes et des enfants. Les Boulala se réunissaient alors, mais, tout comme les Kouka, ils n’atteignaient que rarement leurs adversaires disparus. S’ils les atteignaient d’ailleurs, le combat livré ne tournait pas toujours à leur avantage. On dit que, lorsqu’ils surprenaient un campement ennemi, les Boulala massacraient jusqu’aux femmes et aux enfants.

Du côté du Kanem, les Kreda étaient plus circonspects. Là, les Dalatoua aussi bien que les Toundjour avaient, indépendamment de leurs hommes, des Ḥaddâd à leur disposition, et les flèches empoisonnées de ceux ci inspiraient aux Kreda une terreur salutaire[238].

Quant aux Oulâd Slimân, ils allaient de temps en temps piller au Baḥr el Ghazal. Les Kreda les craignaient beaucoup car ces Arabes étaient armés de fusils[239]. Les aguids el baḥr protégeaient les Kreda d’une façon plus ou moins efficace, car il arrivait parfois aux Ouadaïens d’être mis en fuite par les Oulâd Slimân et leurs alliés. En tout cas, les Kreda ne pouvaient guère lutter, à eux seuls, contre leurs redoutables adversaires ; et, une fois entre autres, le cheïkh ʿAbd el Djelil se battit avec les Kreda près du puits d’Alakhérit et en tua environ 300.

Quelques-uns des Arabes Oulâd Hemed, qui avaient autrefois quitté le Baḥr el Ghazal pour aller au Fitri, étaient revenus depuis et partageaient le sort des Kreda.

Nous savons déjà que la domination ouadaïenne n’empêchait nullement les populations soumises de se piller réciproquement et de se battre entre elles, d’une façon à peu près constante. Les Ouadaïens, par leurs querelles intestines, ne faisaient d’ailleurs que donner l’exemple.

Les aguids administrant les régions de l’Ouest (aguid el Baḥr, aguid el Moukhelaya, aguid el Djaadné, le djerma) restaient la plus grande partie de l’année à Abéché. Durant cette absence, leurs sujets avaient à se défendre par leurs propres moyens contre les incursions des ennemis du Ouadaï. La lutte contre ces derniers (Oulâd Slimân et autres Ouassali, Dazagadâ du Kanem) avait commencé sous ʿAli (1858-1874). C’est l’aguid el Baḥr qui était chargé de les combattre. Les Kreda, bon gré mal gré, lui servaient d’auxiliaires, et aussi parfois les Kanembou, les Toundjour, etc.

Les premiers aguids el Baḥr — sous Moḥammed Chérif — traitèrent les Kreda avec bienveillance : tels furent Bechara et Atoca[240]. L’aguid Yaya Kouroum, un captif diongoraï, ne brillait pas par son courage. Une fois entre autres que, selon la mode ouadaïenne, il venait de percevoir un impôt en razziant les Kreda, il fut mis en demeure par ceux-ci d’avoir à leur restituer les troupeaux. Et Yaya Kouroum rendit presque tout, pour éviter un conflit avec ses administrés. Il dut se contenter de bien peu de chose qu’il alla remettre au sultan.

Mais cela changea avec Keneticha, un esclave bidey. On était alors sous ʿAli. Cet aguid pilla les Kreda sans merci, et entama la lutte contre les Oulâd Slimân et leurs alliés. Il a laissé une grande réputation de bravoure. On raconte que, dans un combat, un coup de fusil tiré de près avait mis le feu à son turban (kademoul). Comme Keneticha restait impassible, ses gens se précipitèrent pour éteindre le feu. Et lui de les rassurer, en disant que « le feu ne pouvait pas brûler le kademoul d’un chef ». Il se battit deux fois avec les Oulâd Slimân : il fut vainqueur la première et battu la seconde.

El Gadem oueld Atoca — sous Yousouf — se montra, comme son frère, bienveillant envers les Kreda. Il trouva la mort dans un combat livré aux Dogorda.

Abou Zenat ne fut aguid el baḥr que pendant un an : il avait peur des Kreda. Il fut remplacé par le borgne Moḥammed oualdi Chaïb. Les indigènes appelaient celui-ci Kolo madé tchodogo[241], parce que son œil unique était tout rouge, ce qui, paraît-il, lui donnait l’air d’un diable (chèïṭân). Cet aguid fut un pillard fieffé. Très aimé de Yousouf, à cause des nombreuses prises qu’il envoyait à Abéché, il razziait fréquemment les Kreda du Baḥr et de Mourtcha, ainsi que les Kecherda. Il pillait tout aussi bien au Ouadaï, d’ailleurs et jusque sur le marché d’Abéché. Il fut tué par Rabah devant Mandjaffa (1894).

Son sucesseur, le Tedâ Haggar Kébir, fut encore pire. Il fit mettre à mort un grand nombre de Kreda et il pilla le Baḥr, le Dagana, les Assâlè et les Kouka de la Batah. Devenu aguid er Rachid à la place de Guelma, il fut tué devant Am Dem (1902), dans la lutte entre Doud-Mourra et Aḥmed abou Ghazali.

A ce moment-là, nous avions déjà fait notre apparition dans le pays (fin 1899) : le Kanem était occupé (Bir Alali, janvier 1902), Yao aussi (1902). Indépendamment de notre présence, la lutte entre Aḥmed abou Ghazali et Acyl d’abord, entre Aḥmed et Doud-Mourra ensuite, avait empêché les aguids el baḥr de paraître chez les Kreda.

Au début de notre installation dans le pays, les Kreda pillèrent comme par le passé, les populations soumises du Dagana et du Kanem. Mais la riposte ne se fit pas attendre et, après avoir subi quelques razzias, ils commencèrent à demander l’aman. Les dissidents furent malmenés et, en fin de compte, tous les Kreda du Baḥr el Ghazal se soumirent (1904). Ceux du Mourtcha continuèrent à appartenir au Ouadaï (aguid el Moukhelaya).

Du moment que le Baḥr el Ghazal nous appartenait, la charge d’aguid el Baḥr n’était plus qu’un titre honorifique. Elle continua cependant à exister au Ouadaï, de même d’ailleurs que celles de djerma du Kanem, d’aguid ed Debaba, d’aguid ed Dagana, etc.

Au début de 1905 eut lieu la fuite de Badjouri au Ouadaï. Après l’arrestation d’Acyl, Badjouri était devenu le chef des Ouadaïens réfugiés chez nous et il avait servi d’auxiliaire contre les Kreda dissidents. Mais il avait aussi razzié des Kreda soumis (Noarma) et, craignant nos châtiments de ce fait, il repassa au Ouadaï. Il quitta Massakory, gagna le Baḥr et essaya, en route, de piller les Kreda. Mis en fuite par ces derniers, Badjouri atteignit le pays des Kecherda, puis Er Rouhoud. Il envoya de nombreux présents à Doud-Mourra, avec une lettre dans laquelle il disait au sultan qu’il était resté deux ans chez les Français, qu’il connaissait leur manière de combattre et que, par suite, il pouvait lui être très utile.

Doud-Mourra, après avoir fait attendre sa réponse pendant quelque temps, manda Badjouri à Abéché et le nomma aguid el baḥr, en remplacement d’Abou Zenat oueld Atoga. Badjouri fut chargé de garder la frontière occidentale du Ouadaï et de razzier les Arabes réfugiés au Fitri, ainsi que les Kreda du Baḥr el Ghazal.

Comme nous le verrons plus loin, Badjouri pilla les Arabes à Rahad es Salamat, en novembre 1905, et les Kreda du Baḥr, à la fin de 1906.

Les tribus kreda. — L’ancêtre commun à tous les Kreda est un nommé Karra, qui a donné son nom à la tribu. Les Kreda forment deux groupes inégaux : les Koyo et les Karda. Les premiers, qui se réclament d’un descendant de Karra appelé Koyo et sont de beaucoup les plus nombreux, comprennent : les Ngalamiya ou Yorda, les Noreâ ou Noarma, et les Yria. Les Kreda comprennent donc, en somme, les quatre fractions suivantes : Ngalamiya, Noarma, Yria et Karda. Nous les étudierons par ordre d’importance.

1o Ngalamiya ou Yorda. — C’est la plus nombreuse des quatre fractions[242]. Elle comprend : Brokhara, Tchoandâ, Nedjouma, Chelantâ, Oulâd Toubô, Bayâ, Djeroâ, (Mallemâ, Tchiankarâ, Nioulou), Tagaramma, Koderâ (Djihalâ, Mallemâ), Oualtchena, Oueddiê, Nedjouméa, Matchidâ.

Il y a une certaine parenté entre les Tchoandâ et les Kanembou Nguedjim, lesquels sont d’origine boulala. Cela laisserait donc supposer que, tout comme les Kecherda Chennakora, les Tchoandâ sont le produit d’un mélange de Gourân et de Boulala.

Les Brokhara et les Kodera ont de nombreux Ḥaddâd chasseurs (Ḥaddâd cherek).

Les Ngalamiya sont les ennemis héréditaires des Karda. Ils ont toujours été plus nombreux et plus puissants que leurs adversaires, sur lesquels ils avaient l’avantage chaque fois que les deux fractions étaient seules en présence. Mais les chefs des Karda avaient reçu du Ouadaï le commandement de tous les Kreda du Baḥr. Ils prélevaient l’impôt et servaient d’intermédiaire entre l’aguid el Baḥr et les Kreda. Ils portaient d’ailleurs le titre de djerma : tels furent, par exemple, djerma Kebir et son fils djerma Doungousou. Les Karda, avec l’appui des Ouadaïens, avaient alors la haute main sur les Ngalamiya. Mais la situation changeait lorsque les Karda étaient réduits à leurs seules forces ; et, une fois entre autres les Ngalamiya les refoulèrent du côté de Ngourra, les empêchant de revenir dans le Baḥr. Les Karda firent alors appel à des Kouka, des Boulala, des Arabes Khozam et même quelques Baguirmiens, afin de pouvoir reprendre l’avantage.

Un incident contribua à augmenter l’animosité qui régnait entre les deux tribus. Un jour, au cours d’une discussion, le chef karda ʿAmer abou Mousa tua un jeune Kodera. Or, il est d’un usage formel chez les Kreda que l’homme qui a commis un meurtre doit quitter le Baḥr pendant un certain nombre d’années. Puis — à moins toutefois qu’il ne soit réputé comme dangereux — la famille de la victime consent à prendre le prix du sang (100 vaches) et le meurtrier peut rentrer dans sa tribu.

Les Ngalamiya, selon la coutume, mirent alors les Karda en demeure de chasser ʿAmer abou Mousa. Ceux-ci refusèrent et ce chef resta avec sa fraction. Les Ngalamiya tirèrent vengeance de ce refus en razziant les Karda. La lutte a continué depuis, et les deux fractions sont toujours ennemies. Vers la fin de 1906, les Karda (ʿAmer abou Mousa et Digueï), avec l’aide d’éléments non kreda, ont surpris et battu les Ngalamiya, dont plusieurs chefs furent tués.

Les Ngalamiya promènent leurs campements dans la région du Baḥr el Ghazal voisine du Kanem. Ils ont toujours été d’accord avec les Toundjour, qui les aidaient autrefois dans la lutte contre les Karda. C’est chez eux qu’ils s’approvisionnaient en mil. Les autres fractions kreda ne pouvaient pas toujours se ravitailler en grain au Kanem, au Dagana, à Aouni ou au Fitri ; elles allaient parfois en chercher au Mourtcha.

2o Karda. — Les Karda sont, après les Ngalamiya, la fraction la plus importante des Kreda.

Ils comprennent : Arsâda ou Arsamadâ, Oulâd abou Bouker, Bettelouma, Tagama, Adaya, Tongoyo, Guemmirâ, Saladâ[243], Addéâ, Méchéâ, Senda (Bedossa, Aouadâ), Héllamâ, Sôoudâ, Ouânia[244].

Les Bedossa (Senda) ont des Ḥaddâd cherek. Comme nous l’avons déjà dit, les chefs karda avaient autrefois le commandement de tous les Kreda.

3o Noreâ ou Noarma. — Ils sont moins nombreux que les Karda. Il ne faut pas les confondre avec les Noarma de Oun ou de l’Ouadi Yên, lesquels se rattachent aux Amma Borkouâ. Malgré l’identité des noms, il n’existe pas d’étroite parenté entre les deux fractions. Pour en donner une idée, il suffira de dire qu’un indigène, qui a tué un Noarma de l’ouadi Yên, peut aller demeurer avec les Kreda Noarma.

Cette fraction comprend les subdivisions suivantes : Béréâ, Aouchéyâ, Keridâ, Derguima[245], Tchodéa, Madéâ, Todosséya, Bôltiya[246], Abkourouma, Nouma, Méhméya.

Les Norma ont été autrefois en lutte avec les Kodera (Ngalamiya), parce que ces derniers avaient pillé un convoi de bœufs noarma rapportant du mil du Kanem. Il y a une vingtaine d’années environ, les deux fractions se battirent vivement pendant deux mois.

4o Yria. — Ils sont à peu près aussi nombreux que les Noarma.

Ils comprennent : Koyoma ou Kirdiâ[247], Boltignâ, Hadjeréa, Ioskôma, Tchangaïma, Ouaharaya, Attéma, Débéréâ[248], Djogochillâ, Bassassâ, Dogodâ.

Caractères de la population kreda. — Comme la plupart des Toubou, les Kreda n’ont aucunement la physionomie du nègre : les cheveux sont presque toujours lisses, les traits réguliers, le nez droit et les lèvres minces. Certains d’entre eux ont le type sémite, mais ceux-là sont moins nombreux que chez les Kecherda.

Les Kreda ont généralement le teint azreq, c’est-à-dire noir-gris. Les autres teintes sont : akhder (litt. : vert), ou bronze foncé, et ḥamer (litt. : rouge), teinte cuivrée plus ou moins claire. Cette teinte rougeâtre est la moins répandue. Elle provient d’alliances avec des femmes toundjour ou des femmes arabes (Oulâd Hemed, Beni Ouaïl, Dagana). Il est à remarquer d’ailleurs que cette même teinte claire semble être plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, et que, à ce point de vue là, certaines d’entre elles ressemblent à des femmes arabes.

D’une façon générale, les Kreda ont la tête rasée et ne gardent pas la barbe ; toutefois beaucoup de jeunes gens possèdent une chevelure longue et frisée. La coiffure de leurs femmes est celle des femmes arabes : de petites tresses qui encadrent le visage. Les petites filles laissent pousser une longue touffe de cheveux sur le sommet de la tête.

Comme tous les nomades qui vivent dans des pays où l’eau est relativement rare, les Kreda sont assez souvent d’une propreté corporelle douteuse. Il nous a bien semblé cependant que les Kreda et les Kecherda étaient supérieurs, au point de vue de la propreté, à tous les Arabes, nomades ou non, et à certaines populations sédentaires (Kouka, Boulala, etc.).

La description que Nachtigal fait des Tedâ peut, à peu de chose près, s’appliquer aux Kreda. Ils sont d’une taille généralement peu élevée, sont bien proportionnés et très maigres. Leur maigreur ne les empêche pas d’ailleurs d’être vigoureux, et leur résistance à la fatigue, à la chaleur, à la faim, à la soif est proverbiale[249].

Ils sont nomades, sauf cependant au Mourtcha, et le lait entre pour une large part dans leur alimentation. Ils sont bons musulmans et observent strictement les pratiques de leur religion. Ils ne pratiquent pas l’excision des femmes. Ils sont très sobres : ils ne boivent ni merissé ni khal et ils ne prennent pas de tabac.

Nous avons déjà vu que, autrefois, leurs instincts pillards les rendaient très turbulents. On vante beaucoup leur agilité et l’adresse de leurs cavaliers à éviter les sagaies pendant le combat. Ils sont assez courageux, surtout quand il s’agit de défendre leurs troupeaux, qui constituent d’ailleurs leur seule richesse et auxquels ils tiennent beaucoup. Les exemples ne sont pas rares de Kreda se faisant tuer bien inutilement, plutôt que d’abandonner leurs troupeaux.

Nous donnerons une mention particulière à leurs femmes. Les femmes gourân — surtout celles des Kreda et des Kecherda — ont une certaine réputation. Les indigènes vantent la beauté de leurs traits, leurs longs cheveux, leur taille svelte, et le bon cheïkh Moḥammed et Tounesi disait des Gourân : « J’ai vu de leurs femmes qui m’ont paru d’une beauté remarquable, leurs yeux percent comme la flèche et vous pénètrent jusqu’au cœur. » Les souverains du Ouadaï, d’ailleurs, les appréciaient beaucoup et les aguids el Baḥr choisissaient les plus jolies jeunes filles pour les envoyer grossir le harem du sultan[250]. Hababa Kili, femme légitime du sultan ʿAli, et Hababa Zamzom, femme légitime du sultan Youssef, appartenaient à la tribu des Kecherda[251]. Le fils de la première, Aḥmed abou Rhazali, devint même sultan du Ouadaï : pendant son règne — qui fut court, d’ailleurs — les Gourân jouirent d’une certaine influence à la cour d’Abéché. Comme leurs sœurs du Tibesti, les femmes kreda ont la réputation d’être fidèles à leur mari. Les vieilles femmes, par suite de leur maigreur native et aussi de la vie qu’elles mènent, sont particulièrement desséchées et flétries.

Les Kreda ont de beaux troupeaux de bœufs. Ils ont aussi des moutons et quelques rares chameaux. Ils possèdent de nombreux chevaux. Une partie d’entre eux appartient à une espèce particulière au Baḥr, qu’on appelle Khèl Ganastô[252].

Leur corps porte de grandes parties blanches, qui tranchent sur le reste de la robe — exactement comme pour la biche-robert. Les Kreda leur font boire du lait. Ils prétendent que ces chevaux sont supérieurs à tous les autres comme vitesse et comme fond. Ils disent d’ailleurs Ganastounga danna bîdi : Celui qui ne possède pas un cheval de Ganastou est semblable au piéton. C’est avec ces chevaux que les Kreda chassent la girafe et l’autruche.

Une légende s’est formée au sujet de l’origine de ces chevaux. On dit qu’une jument qui pâturait fut saillie par un cheval tout blanc et aux parties noires, animal fantastique qui disparut aussitôt après. Le produit de ce croisement, qui appartenait à des Arabes, fut acquis par les Kreda et eut comme descendance les chevaux Ganastou.

Nous avons déjà vu que, chez les Kreda, les meurtriers doivent s’expatrier pendant quelque temps. Ce temps est variable : un, deux, trois, cinq ans. Bien entendu, les parents du meurtrier sont tenus de payer le prix du sang (dia), avant le retour de celui-ci dans la tribu. S’il est réputé dangereux, le meurtrier pourra même n’être jamais plus accepté dans la tribu. Pour le meurtre d’un homme, le prix du sang (dia), qui est théoriquement de cent chameaux ou de deux cents vaches[253], n’est dans la pratique que de cent vaches. Pour une femme, le prix du sang est la moitié du précédent, soit cinquante vaches.

Régions occupées. — On trouve des Kreda au Baḥr el Ghazal et au Mourtcha : les premiers sont nomades, les autres sédentaires.

Le Baḥr el Ghazal. — Le nom de « Fleuve des Gazelles » n’est donné au baḥr que dans la région des Kreda[254] : ceux-ci l’appellent tout simplement Fôdi (le fleuve), et les Kecherda désignent la partie où ils ont coutume de passer l’hivernage sous le nom de Sôro, dans le Dagana, le sillon du baḥr est appelé Massakôry. A l’ouest de ce dernier pays, il ne porte plus de nom particulier : il se perd, du reste, au milieu d’un grand nombre de baḥrs, qui étaient autrefois remplis par les eaux du lac.

Dans les environs de Massakôry, le lit du baḥr est à peine indiqué : c’est une légère dépression, large de 100 à 150 mètres ; comme elle est couverte de champs de mil sur presque toute sa longueur, l’Européen qui passe là ne se doute guère qu’il franchit le Baḥr el Ghazal. A l’ouest de Massakory, le baḥr s’élargit parfois, comme tout près de Zol Mustafa Belleï : il se divise alors en plusieurs bras, qui enserrent d’anciennes petites îles. Il lance à droite et à gauche des ramifications, qui réunissent entre eux deux points du lit du baḥr ou qui finissent à une certaine distance dans l’intérieur des terres : les indigènes leur donnent le nom de ridjoul el baḥr (pieds du baḥr).

Au fur et à mesure qu’on se rapproche du lac, la dépression s’élargit et se creuse. Les berges dominent alors le lit du baḥr d’une hauteur de 5 à 10 mètres. Mais, comme nous l’avons déjà dit, il devient bientôt impossible de reconnaître quelle est la continuation du Baḥr el Ghazal[255].

Au nord-est du Dagana, dans le pays des Kreda, le lit du baḥr se rétrécit tout d’abord et n’a plus qu’une cinquantaine de mètres aux environs d’El Achim ; il va ensuite en s’élargissant : vers Bir Gara il atteint 300 mètres et, à hauteur de Bir Chedera, enserre quelques anciennes îles. Cette partie du baḥr envoie également des ridjoul, dont un important, entre autres, qui se dirige vers Mondo. Le sillon est limité par des lignes de dunes. Plus loin encore, le lit du baḥr continue à s’élargir et, au-delà de la région où les Kecherda viennent passer l’hivernage, atteint une ampleur de plusieurs kilomètres : les limites en sont nettement marquées par des dunes ou des falaises. D’une façon générale, le sillon du Baḥr el Ghazal est indiqué par une végétation plus abondante que sur les abords.

On a maintes fois discuté la question de savoir si le Baḥr el Ghazal était un affluent ou un effluent du Tchad. La première hypothèse a été pendant longtemps admise. Cependant Denham et Clapperton avaient déjà entendu dire au Bornou que les eaux du Tchad s’écoulaient jadis dans le baḥr et que le flot de sortie avait été interrompu par le meurtre d’un saint homme. Barth recueillait les mêmes renseignements auprès des habitants du pays et se refusait à croire que le baḥr ait amené autrefois les eaux du lac jusqu’au Borkou. Nachtigal, au cours de son magnifique voyage d’exploration, devait solutionner provisoirement le problème.

D’abord, les témoignages des indigènes lui confirmèrent tout ce qu’avaient déjà appris les autres voyageurs, au sujet de l’écoulement des eaux du lac dans le Baḥr el Ghazal. De plus, Nachtigal — qui, à son départ de Kouka, s’était muni d’un excellent anéroïde — constata que l’Egueï et le Bodelé étaient au-dessous du niveau du lac. Il trouva d’ailleurs, dans ces régions, une grande quantité de vertèbres de poissons et de débris de coquillages. Se basant sur les observations faites et sur les renseignements donnés par les habitants du pays, il conclut en disant que « jadis le Baḥr el Ghazal conduisait les eaux du lac dans les immenses dépressions du Bodelé, de l’Egueï et du Borkou Sud[256]. »

Certains voyageurs combattirent la solution donnée par Nachtigal et soutinrent que l’hypothèse contraire était probablement la vraie. Le dernier en date, le capitaine Freydenberg, écrit que la région du Bodelé et du Borkou doit se trouver à une altitude supérieure à celle du Tchad : les observations, faites avec des anéroïdes par Nachtigal et le capitaine Mangin, auraient été systématiquement faussées par le centre de basse pression qu’est le lac[257].

La mission Tilho effectua des mesures altimétriques qui confirmèrent pleinement les altitudes qu’avait données Nachtigal pour l’Egueï, le Toro et le Korou. De l’ensemble des observations faites, elle conclut :

« 1o Que la cuvette tchadienne se continue, sans transition sensible d’altitude (dunes mises à part) et sans différenciation morphologique, par les terrains (Kanem, Chitati, Manga) qui la bordent à l’Est et au Nord ; 2o qu’au-delà du Kanem et vers le Nord-Est dans la direction du Borkou, le sol s’abaisse sensiblement jusqu’au Korou que l’on trouve à 80 mètres en contre-bas du Tchad.

Nous avons cru pouvoir réunir sous la dénomination de « Pays-Bas du Tchad » toutes les régions situées au niveau ou en contre-bas du lac et nous les avons divisées en deux catégories :

1o La région de steppe située en bordure et sensiblement au même niveau que le lac et qui comprend, du Sud vers le Nord par l’Est : le Baḥr el Ghazal, le Kanem, le Lilloa, le Chitati, le Manga ;

2o La région désertique située au Nord-Est du lac et franchement en contre-bas : l’Egueï, le Toro, le Korou, dont l’ensemble constitue le Bodeli. »

La mission constata, en particulier, que, pour la partie du Baḥr el Ghazal visitée par elle, l’altitude des divers points d’observation ne diffère pas sensiblement de celle de la nappe liquide du Tchad. « Ceci est d’ailleurs d’accord avec tout ce que l’on a pu savoir de certain sur l’envahissement du Ghazal par le Tchad à l’époque des fortes crues. Et cela nous permet de dire en toute certitude que, pour la partie comprise entre le lac et Fantrassou, le Baḥr el Ghazal n’est ni un affluent, ni un émissaire, mais un simple prolongement du Tchad.

Quant à la partie que nous n’avons pas visitée, comprise entre Fantrassou et le Djérab, nous ne pouvons mieux faire, en attendant que des mesures précises aient pu y être faites, que de nous ranger à l’opinion du lieutenant Ferrandi qui l’a suivie sur tout son parcours, et qui conclut en faveur d’une pente descendante continue depuis Fantrassou jusqu’au Djérab..... La pente générale du terrain va donc en s’abaissant du Tchad vers le Borkou, et non du Borkou vers le Tchad.....

Les formations coquillifères de l’Egueï sont, d’après M. Garde, le géologue de notre mission, « des dépôts sédimentaires et non alluvionnaires », et l’envahissement de l’Egueï, du Toro et du Korou à une époque relativement récente par des eaux tranquilles est, d’après lui, un fait certain....... M. Louis Germain, le distingué spécialiste du Muséum......., conclut ainsi : « Le Kanem, l’Egueï, le Toro, le Korou et le Djérab étaient recouverts par les eaux à une époque récente et certainement quaternaire. Le lac Tchad couvrait ainsi une énorme surface d’où émergeaient, ça et là, quelques îles, qui, probablement, étaient de peu d’étendue[258]. »

Les eaux du Baḥr el Ghazal — qui constituait autrefois un véritable prolongement du Tchad — subissaient nécessairement le contre-coup des variations du lac. En ce qui concerne les quarante dernières années, il est possible de savoir, dans une certaine mesure, jusqu’où arrivait l’eau du Baḥr el Ghazal ou celle de la région appelée Karga[259] par les indigènes.

En 1870, l’eau du Baḥr el Ghazal pénétrait à environ 100 kilomètres dans l’intérieur des terres.

Vers la fin de 1872, des Oulâd Slimân se rendant de Mondo au Fitri, voyaient l’eau du baḥr atteindre le poitrail de leurs chevaux. En mai 1873, il n’était plus possible de repasser le baḥr au même endroit (vraisemblablement Tororo[260]) et les Oulâd Slimân, retour du Fitri, durent chercher vers le Nord-Est un emplacement plus favorable. Les indigènes croyaient alors que l’eau du Baḥr el Ghazal allait reprendre possession de son ancien domaine jusqu’au Bodelé[261].

En mars 1873, Nachtigal avait constaté que l’eau dépassait El Gara et il estimait à 80 kilomètres environ la longueur de la nappe liquide remplissant le baḥr.

Les eaux du Tchad reculant vers l’Ouest, les baḥrs se vidèrent et le village de Branguel se trouva sur la terre ferme vers 1895. Doum-Doum, Bolakolo, Maloui et Sourdjia étaient encore des îles. L’eau du Baḥr el Ghazal[262] finissait alors entre Kondjerti et El Achim, et tous les ridjoul étaient encore pleins d’eau (ridjoul de Balaboussou, Abou Sourra, Abou Taïbé, Kankouri, etc.).

Mais l’eau du baḥr continua à reculer et, en février 1900, lors du passage de la mission saharienne, elle ne dépassait pas la région Tagaga-Bolakolo-Maloui. A partir de ce moment-là, la vitesse de recul s’accentua. En six ans, l’eau se déplaça d’une quarantaine de kilomètres vers l’Ouest, jusqu’au baḥr de Berirem (août 1906). La région de l’eau du lac ne commençait que là pour continuer à l’ouest de ce village : les Kouri-Kaléâ se trouvaient sur la terre ferme — alors qu’au début de l’occupation du Territoire (1901-1902), les vapeurs du Tchad apportaient à Berirem le mil destiné à approvisionner l’intérieur du pays. Nous avons déjà dit que la crue du lac de 1906 fut exceptionnelle et qu’en octobre-novembre l’eau envahit de nouveau les baḥrs du pays Kouri[263].

On trouve, dans le Baḥr el Ghazal, de l’eau natronée ou sulfatée : il y a aussi du natron en certains endroits, par exemple à Koal. A une journée de marche environ au nord de Massakory, tout près de Koloula Semaïla Madi, il existe une grande mare natronée très connue dans le pays. Les troupeaux du Dagana et beaucoup d’autres troupeaux, appartenant à des habitants du Kanem ou à des Arabes qui hivernent dans le Baḥr el Ghazal, viennent tous les ans y faire une cure, au début de la saison sèche. Les Arabes y prennent des chargements de natron, avant de partir pour le Fitri : ils peuvent ainsi faire boire de temps en temps à leurs chameaux une solution d’eau natronée ; les chameaux en sont très friands et ce breuvage leur fait d’ailleurs le plus grand bien[264].

Les Kreda du Baḥr el Ghazal occupent la région comprise entre Koal et Massakory. C’est un pays sablonneux, où abondent palmiers-doum, nabaq, makhèt, etc. L’eau est généralement peu profonde : 3 et 5 mètres. En certains endroits, il suffit de gratter légèrement le sol ; en d’autres points, au contraire, il faut creuser à 15, 16 ou même 18 mètres. Il y a des nayalas : on appelle ainsi les puisards qui, creusés peu profondément, donnent de l’eau se répandant à la surface du sol comme une source.

Les Kreda mènent la vie nomade dans le baḥr et s’y déplacent avec leurs troupeaux. Aujourd’hui, grâce à notre occupation, ils vivent en paix avec leurs voisins et peuvent s’approvisionner facilement en mil soit au Kanem, soit au Dagana, soit du côté d’Aouni. Il n’en était pas de même autrefois, car ils vivaient alors en état d’hostilité avec leurs voisins et ils faisaient une bien plus grande consommation qu’aujourd’hui de fruits sauvages tels que le doum, le hadjlidj, le nabaq, le makhèt, etc., ainsi que de graminées comme le kreb, l’abou sabé, etc.

Le Mourtcha[265]. — Le Mourtcha est un pays également sablonneux, ondulé et très peu couvert. Ce n’est guère que dans le lit de l’ouadi Rima que l’on trouve des épineux assez denses. Ailleurs, les arbres sont rares et rabougris et n’offrent même pas un léger abri contre la chaleur du jour.

La région située au sud du Mourtcha, entre ce pays et celui des Oulad Rachid, est particulièrement déshéritée. On y trouve quelques maigres épineux, quelques rares hadjlidj, et l’herbe à chameau, le brhèl, que les Gourân appellent goâr. Ajoutons que, à la saison sèche, il n’y a pas une goutte d’eau et qu’on ne peut pas imaginer alors région plus désolée. Les rares animaux qui l’habitent doivent être d’une sobriété remarquable.

Le mil vient bien au Mourtcha, et c’est la raison pour laquelle les Kreda qui y sont tiennent à y rester. L’eau est rare et les puits ont une profondeur de 50 à 60 mètres : mais ils sont solidement construits, et aménagés de telle sorte que plusieurs personnes peuvent tirer de l’eau en même temps.

A la saison des pluies, l’herbe verte est assez abondante et les troupeaux peuvent pâturer à leur aise. Mais l’herbe ne vient jamais à une bien grande hauteur et, à la saison sèche, elle est rare et courte. A ce moment-là, le pays ne convient guère au bétail : pas d’herbe et des puits profonds. C’est pourquoi les habitants du Mourtcha expédient la majeure partie des troupeaux chez leurs parents du Baḥr el Ghazal, où les bêtes se trouvent d’ailleurs à l’abri des pillages ouadaïens. Ils ne gardent avec eux qu’un certain nombre de vaches et quelques chèvres, afin d’avoir le lait indispensable à leur nourriture. Pour faire boire ces animaux, les captifs restent aux puits du matin au soir et tiennent constamment remplis les trous (hètan) qui servent d’abreuvoirs. Comme ce métier n’est pas intéressant, les Kreda leur mettent des fers aux pieds (guinzirt), pour les empêcher de s’enfuir.

Le Mourtcha était autrefois bien plus peuplé qu’aujourd’hui : les villages étaient plus nombreux et plus considérables. L’aguid el Moukhelaya avait le commandement de la plus grande partie des habitants ; l’aguid ez-Zebada et l’imâm el Djezouli se partageaient le reste. Mais les pillages des Ouadaïens firent que nombre de Kreda, pour échapper plus facilement, allèrent au Baḥr el Ghazal rejoindre leurs frères nomades. Ce mouvement s’est accentué depuis que nous sommes dans le pays et que le Baḥr el Ghazal nous appartient. Les Kreda qui restent au Mourtcha appartiennent à l’aguid el Moukhelaya. En juillet 1907, lors de la reconnaissance de la 1re Cie (capitaine Jérusalémy, lieutenant Carbou), le Mourtcha comprenait encore une cinquantaine de villages. Les cases sont faites avec les tiges du mil.

C’est près de Ras el Fil que se trouvait le village d’Ali Agré, un chef toubou du Kanem réfugié au Ouadaï, qui renseignait les aguids sur nos mouvements et faisait la contrebande des armes et des munitions. Après le raid de la compagnie Jérusalémy, Ali Agré, en dissidence depuis 1902, vint demander l’aman au Kanem (décembre 1907). Trois de ses hommes furent alors chargés d’apporter une lettre du lieutenant-colonel Largeau au sultan Doud-Mourra : ils furent emprisonnés à Abéché et on ne les revit plus.

II

LES KECHERDA

Les Gourân donnent aux Kecherda le nom de Dâza. On dit qu’une femme du Prophète — car les musulmans rapportent tout à lui — quitta le domicile conjugal, après une querelle de ménage, et passa de l’autre côté d’un grand baḥr qui se trouvait à proximité. Mais, pendant cette fugue, le diable (djann, djinn) sortit du baḥr et la rendit enceinte. Quand les gens du Prophète allèrent la chercher, ils la trouvèrent dans cette intéressante position. Mahomet la fit mettre dans une case à part, où elle accoucha de deux jumeaux, un fils et une fille. Ils furent appelés El Djinn oueld el Djinoun et Absa bit el Djinoun. Ils eurent comme descendants Allaï et, après lui, Ouollou, qui sont — paraît-il — les ancêtres des Kecherda[266].

Les Kecherda comprennent quatre fractions : les Chennakora ou Yoroumma, les Medoumia, les Saqerda ou Toumbouliâ et les Yria.

Les Chennakora prétendent être d’origine boulala. Cela n’a rien d’extraordinaire, et l’on comprend fort bien que les Boulala — au temps où ils étaient au Kanem ou à Mossoua — se soient mélangés aux Gourân avec lesquels ils étaient au contact.

Les Medoumia se disent d’origine hébraïque[267]. Les autres Kecherda leur reprochent cette origine, quand ils ont une querelle avec eux : neuntâ ihouda, vous êtes juifs ! Et tel Medoumié s’écriera également, quand il est en colère : tané ihoudi, je suis juif ! Il faut reconnaître, en tout cas, que l’on trouve le type hébraïque d’une façon bien caractérisée chez certains d’entre eux[268].

Les Saqerda seraient venus du Kanem, où l’on trouve d’ailleurs un village de Saqerda à Sagardaré (entre Ntiali et Ngouri). Ils sont moins nombreux que les Chennakora et les Medoumia.

Les Yria sont peu nombreux.

La tradition rapporte que, dans leur mouvement vers le Sud-Ouest en même temps que les autres Dazagada, une scission se produisit chez les Kecherda, alors qu’ils se trouvaient au Borkou. Les uns allèrent s’installer dans la partie septentrionale du Baḥr el Ghazal et les autres se fixèrent dans la région comprise entre le lac et le Borkou, à l’est de la route d’Agadem. Les pillages des Oulâd Slimân forcèrent ceux-ci à descendre plus au Sud et, vers 1840, ils franchirent même la Komadougou. Plus tard, ils revinrent au nord du lac et continuèrent à mener l’existence de demi-nomades, dont ils avaient pris l’habitude au Bornou. Ces Kecherda prirent part à la lutte menée par Barka Hallouf contre les Oulâd Slimân : après la défaite des Gadoa, ils furent obligés de s’enfuir. Ils sont actuellement installés dans la région comprise entre Nguigmi et Gouré.

Il y a donc deux groupes de Kecherda, l’un à l’Est (dans le Baḥr el Ghazal, à côté des Kreda), l’autre à l’Ouest (à côté des Ouandala).

Nous allons nous occuper successivement de chacun des deux groupes.

Kecherda de l’Est. — Après le départ des Arabes Oulâd Rachid, les Kecherda de l’Est s’installèrent au Baḥr el Ghazal et dans la région Alakhérit — Am Délé — Am Naïala, où ils sont encore.

On lit, dans Nachtigal, à propos de ces Toubou : « Ils étaient très nombreux, mais ont été cruellement traités par le Ouadaï ; il est vrai qu’en revanche ils sont devenus meilleurs musulmans. »

Il semble à peu près certain que les Kecherda — de même que tous les Gourân — étaient déjà musulmans, lorsque les Ouadaïens embrassèrent l’islamisme. La conversion de ceux-ci et la constitution du royaume d’ʿAbd el Kerim ben Djamé ne remontent d’ailleurs qu’à trois cents ans à peine et, en ce qui concerne cette période, la tradition est suffisamment précise. C’est pourquoi il y a lieu de croire — ainsi que le rapporte la tradition — que les Kecherda pratiquaient depuis longtemps la religion de Moḥammed, quand les Ouadaïens firent leur apparition au Baḥr el Ghazal.

Les Kecherda habitent, au nord du Fitri, la région comprise entre les Arabes Khouzam et les Kreda. On trouve également trois de leurs villages au Kanem, à l’est et au sud de Mondo, et trois autres villages au Mourtcha, au nord de Ras el Fil. Rappelons enfin que la tribu toubou du Kanem, qui porte le nom de Yoroumma ou Yorouma, est d’origine Kecherda.

Les Kecherda passent la saison sèche dans la région appelée El Ḥarr, région de palmiers-doum, de hadjlidj et de kitré. Ils y font la cueillette du doum, qui entre pour une large part dans leur alimentation. Ils ne descendent guère au sud de Am Naïala (Alakhérit — Am Délé — Am Tallèho — Am Naïla — Ouadi et Temraya). Cette région est sablonneuse et parsemée de petites vallées, appelées oudian (sing. ouadi), et de dépressions plus profondes, appelées rhoat. C’est là que se trouvent les puits et une végétation très abondante de palmiers-doum.

L’eau n’est pas profonde (1 à 3 m.). On trouve assez souvent de l’eau natronée ou magnésiée dans la région et, à Alakhérit par exemple, elle provoque une purgation énergique. Cette eau natronée convient parfaitement aux chameaux des Kecherda.

A l’hivernage, les Kecherda remontent vers le nord et vont s’installer au Baḥr el Ghazal, du côté de Koal. Les Kecherda du Baḥr et du Mourtcha étaient autrefois administrés par l’aguid el Moukhelaya. Ils furent souvent pillés par lui et parfois aussi par l’aguid el Baḥr. C’est ainsi que Oualdi Chaïb, poursuivant les Kecherda, qui le fuyaient à juste titre, les rejoignit à Oualéat et les razzia complètement — les « mangea » (akelhoum), comme disent les indigènes.

Les Kecherda vivaient autrefois en mauvais termes avec leurs voisins immédiats : les Kreda, à l’Ouest, et les Arabes, à l’Est. Ils étaient aussi les ennemis du Fitri, où ils venaient assez souvent piller les troupeaux et surtout enlever des femmes et des enfants. Les Boulala, n’ayant que des chevaux habitués au Fitri, ne pouvaient guère entreprendre de poursuite dans les régions sèches du Nord. Mais, quand par hasard ils pouvaient surprendre des Kecherda, ils se montraient impitoyables : ils tuaient tout, jusqu’aux femmes et aux enfants.

Les Kecherda allaient même piller au Kanem. Il y a une trentaine d’années, ils assaillirent Ngossorom, village ḥaddâd des Toundjour. Mais le fougbou réunit ses Toundjour et ses Ḥaddâd, suivit la trace des pillards et les surprit pendant la nuit. Plus près de nous, il y a une quinzaine d’années environ les Kecherda se réunirent à quelques Noarma et à quelques Chirédat (Oulâd Slimân) pour aller tomber, à Bir es Samoq, sur les Kanembou des Toundjour.

Quand nous fûmes installés à Yao, les Kecherda continuèrent à agir comme par le passé. Cela amena notre intervention en mai-juin 1904 : les Arabes Djaadné nous servirent de guides. Les Kecherda demandèrent alors l’aman. L’année d’après, les Saqerda pillèrent des Arabes du Ouadaï réfugiés chez nous (Zebada). Cela leur valut une répression sévère (avril 1905), à la suite de laquelle les Saqerda passèrent au Ouadaï et allèrent s’installer avec les Noarma. Ils vinrent dès lors faire des incursions sur notre territoire et coopérèrent aux coups de main de Badjouri. Mais ils furent pillés par les Ouadaïens et repassèrent chez nous.

Ajoutons enfin que, quoique situés sur la frontière, les Kecherda n’ont jamais rien eu à craindre de l’aguid el Baḥr, Badjouri, avec lequel ils vivent en bons termes. C’est ainsi que, en fin 1906, celui-ci razzia les Kreda mais ne toucha pas aux Kecherda. Badjouri a d’ailleurs épousé la sœur d’un notable Kecherda, l’amin Dezgouad.

Les Kecherda sont bien moins nombreux que leurs voisins, les Kreda. Ils sont riches en bétail, surtout en chameaux : les chameaux des Saqerda, en particulier, sont très estimés. Ils ont également de nombreux et bons chevaux.

Les Kecherda présentent beaucoup d’analogie avec les Kreda. Ils en ont le physique et, comme eux, sont très bons musulmans. Ils ne boivent ni merissé ni khall. Quelques-uns d’entre eux, assez rares d’ailleurs, chiquent du tabac.

Kecherda de l’Ouest. — Passons maintenant au groupe kecherda de l’Ouest.

Ces Kecherda sont plus nombreux que leurs frères de l’Est, avec lesquels d’ailleurs — et quoique éloignés — ils sont restés en relations. Les Kecherda du secteur de Nguigmi vivaient autrefois dans la région de Mallem Moussa (70 kilomètres au nord de Kouloua). C’étaient des pillards fieffés, et ils razziaient volontiers — quand ils pouvaient le faire — tout ce qui passait à leur portée. Ils allaient piller également du côté du Bornou. Ils se procuraient ainsi des captifs, qu’ils vendaient ensuite à Kawar. Comme tout le monde, ils payèrent leur tribut aux pillards Oulâd Slimân.

Plus tard, ils furent razziés à Mallem Moussa par les méharistes du Kanem (capitaine Mangin). Depuis leur soumission, et par crainte des pillards du Nord (Tedâ, Medjabera, Haggaren, etc.), il sont descendus plus au Sud. Ils sont installés actuellement dans la région de Ez Zi et de El Djiéga, entre Bir Koufeï et Nguigmi. Ils ont beaucoup de chevaux et de nombreux troupeaux de bœufs et de chameaux. Leur chef, Moḥammed Kosso, réside à Krizziria.

Plus à l’Ouest, entre Nguigmi et le Kabi, on trouve encore quelques Kecherda mélangés aux Ouandala.

Une fraction des Kecherda de Nguigmi, les Tordou[269], a émigré depuis quelques années au Kanem : elle s’est installée vers Rig-Rig, dans le Chitati. Avec les Tordou vivent les Mustaouagani, Toubou mélangés d’éléments kanembou.

Il existe enfin un groupement de Kecherda dans le secteur de Gouré : il est commandé par Kaïdalala Salé.

III

LES NOREA

Ces Dazagadâ sont originaires du Borkou. Il ne faut pas les confondre avec les Kreda de même nom. Nous avons déjà vu que des Noreâ vivaient avec les Ankatzâ de Oun et du Djourab. Il y a encore d’autres Noreâ au nord du Ouadaï, où ils mènent la vie nomade. Ils sont d’ailleurs restés en relations avec leurs frères du Borkou.

Cette tribu des Noreâ, peu nombreuse, promène ses troupeaux dans la région comprise entre Ḥadjer Djoumbo, Am Chalôba et le Borkou. A la saison sèche, elle campe sur les bords de l’ouadi Yên, entre Ḥadjer Djoumbo et Am Chalôba. A la saison des pluies, elle réside à Am Chalôba. Elle va aussi au Borkou faire la récolte des dattes et du blé.

Les Noarma possèdent des chevaux et de superbes troupeaux de chameaux. Ils sont obligés de prendre des précautions extraordinaires, pour soustraire leurs bêtes à la rapacité des Ouadaïens. Les chevaux restent au campement, mais les troupeaux en sont toujours éloignés. Le lait est mis dans des korios et apporté sur des chameaux. S’il y a une alerte quelconque, des hommes sautent à cheval et vont immédiatement prévenir leurs camarades préposés à la garde des troupeaux. Ceux-ci s’enfuient alors dans des régions sans eau, où il est impossible aux Ouadaïens de les atteindre.

Les Noarma sont à peu près seuls dans le pays qu’ils habitent. Leurs plus proches voisins sont les Tedâ d’Am Chalôba et les Arabes Maḥâmid d’Ourada. Le lait de chamelle est la base de leur nourriture. Ils font une grande consommation de hadjlid et ont souvent recours, comme boisson, à l’eau contenue dans une espèce de pastèque (bettèkh), qui pousse dans les régions sablonneuses. Leurs chameaux mangent cette pastèque.

Les Noarma paient l’impôt aux Ouadaïens et vivent d’accord avec eux. S’ils prennent tant de précautions pour éviter d’être razziés, c’est qu’ils connaissent parfaitement les habitudes de pillage des Ouadaïens. Il est en effet dangereux d’avoir des troupeaux qui puissent exciter les convoitises de ces derniers. De plus, comme les éleveurs de chameaux peuvent s’enfuir dans des régions sans eau et échapper ainsi à toute tentative de razzia, les Ouadaïens ne les aiment guère. C’est pourquoi, en 1907, l’aguid ez Zebada, Aḥmed el Mâgné, enleva tous les chameaux d’une fraction des Arabes Missiriyé.

Les Noarma vont à Abéché vendre leur beurre et le sel rouge du Borkou. Ils prennent des maqta[270] en échange et achètent avec cela des chameaux et du mil.

Les Noarma ont comme ennemis les Arabes Maḥâmid ; ils vivent à l’Ouest et toujours assez loin de ceux-ci, car les deux tribus se volent les chameaux.

Les Noarma sont à peu près aussi nombreux que les Kecherda du Baḥr el Ghazal.

Note. — L’occupation du Ouadaï par nos troupes et l’installation d’une compagnie méhariste à Ourâda, chez les Arabes Maḥâmid, ont amené les Norea à faire leur soumission.

IV

LES CHEURAFADA[271]

Les Cheurafadâ vivent avec les Ayal Baba[272], Arabes auxquels sont confiés les troupeaux du sultan. A l’hivernage, les deux fractions vont ensemble dans la région d’Ourada, chez les Arabes Maḥâmid. A la saison sèche, elles reviennent dans le pays de Mourra (village du sultan[273], à deux jours à l’est d’Abéché, sur la route d’El Fâcher). Là, se trouvent quelques villages, où vivent en sédentaires les plus pauvres des Cheurafadâ. La majeure partie de la tribu fait avec ses troupeaux — et en même temps que les Ayal Baba — la navette entre Mourra et Ourâda. Les Cheurafadâ se mélangent volontiers aux Arabes : ils parlent le gourân (médi Dazagadâ) et l’arabe.

Les Ayal Baba sont chargés de garder les troupeaux du sultan. Chaque année, au moment du retour à Mourra, le sultan envoie un lettré (faguih) faire le recensement des troupeaux. Celui-ci reçoit, en récompense, le dixième de l’augmentation du troupeau depuis l’année précédente. Quant aux Ayal Baba, Arabes du sultan, ils ont pour eux le lait et les menus bénéfices du métier. Les troupeaux du sultan sont marqués d’un signe particulier, qui est la représentation indigène de la trace du lion (derb ed doud).

VI

LES ḤADDAD GOURAN

Nous allons parler maintenant d’une population non moins curieuse que celle des Ḥaddâd Siyâd nichâb du Kanem : les Ḥaddâd Gourân.

Les Ḥaddâd Gourân sont nombreux et ils sont, tout comme les autres Ḥaddâd, méprisés des populations avec lesquelles ils vivent. Nabi Djibrila[274] — racontent les indigènes — donna autrefois à deux frères respectivement une enclume et un filet, en leur disant : « O vous, hommes d’une race méprisable, allez et gagnez votre vie à l’aide de ce que je viens de vous remettre ». Et ce sont leurs descendants — paraît-il — qui constituent les deux principales fractions des Ḥaddâd Gourân : les Ḥaddâd Siyâd sandala (forgerons), et les Ḥaddâd Siyâd cherek (chassant au filet).

Les premiers — en gourân : Azâ aguildâ — sont les moins nombreux. Ils travaillent le fer. On les trouve chez tous les Gourân, d’une façon générale, mais aussi chez d’autres populations. Au Kanem, presque tous les forgerons sont des Ḥaddâd Gourân — en kanembou : Dogoâ touôbé[275]. Ils sont considérés comme formant une caste inférieure. Nous avons déjà vu, d’ailleurs, que, dans toute la région qui nous occupe, le travail du fer était jugé dégradant.

Passons aux Ḥaddâd chasseurs — en gourân : Azâ séguidâ. Ils sembleraient devoir être des Ḥaddâd Kreda et, plus spécialement, des Ḥaddâd Ngalamiya. Ils comprennent trois fractions : Ḥaddâd Brokhara, Ḥaddâd Kodera et Ḥaddâd Bedossa (Oulâd Béchené). Les Ngalamiya nient toute parenté avec eux et disent que ce sont simplement des Ḥaddâd de Brokhara, de Kodera, de Bedossa (Ḥaddâd hana Brokhara, hana Kodera, hana Bedossa).

Ces Ḥaddâd sont tout aussi méprisés que les forgerons. Leur nom de Ḥaddâd — quoiqu’ils ne travaillent pas le fer — est d’ailleurs caractéristique à cet égard. Les indigènes racontent, sur ces pauvres chasseurs, l’anecdote suivante : Moḥammed avait une petite biche apprivoisée, à laquelle il tenait beaucoup. Comme il la laissait errer en liberté, il avait demandé aux siyâd cherek de ne pas la prendre dans leurs filets. Mais ceux-ci avaient refusé et, malgré toute la vigilance du Prophète, ils capturèrent la biche et l’égorgèrent. Mahomet, furieux, les avait alors maudits : Allah isill barkatou ![276]

Ces Ḥaddâd sont les plus nombreux et on les trouve, exerçant leur industrie, dans tout le pays qui s’étend entre le Kanem et la région des Maḥâmid. Leurs filets ont environ 2m,50 de longueur et sont, à leur extrémité, fixés à deux bâtons de 1m,50 à 1m,60 de hauteur. Ces bâtons sont enfoncés peu profondément dans le sol et le filet se trouve ainsi placé verticalement. Un grand nombre de filets sont dressés de la sorte, les uns à côté des autres, sur une longueur considérable. A partir des deux extrémités de la ligne des filets, les Ḥaddâd disposent dans la brousse des espèces d’épouvantails — khayâl ech cherek : ce sont des peaux de mouton, noires, que l’on accroche aux arbres. Quand tout est installé, les Ḥaddâd s’en vont au loin, se dispersent et se mettent à battre la brousse, en poussant de grands cris. Les animaux, effrayés par les cris et par les épouvantails, sont rabattus sur la ligne des engins de chasse. Ils viennent donner dans les filets, qu’ils renversent et dans lesquels ils se prennent les pattes. Sauf les gros pachydermes (éléphant, rhinocéros, girafe), qui, eux, brisent tout, tous les autres animaux sont capturés : toutes les variétés d’antilopes (ouaḥch, ariél, têtel, etc.), les phacochères[277], les autruches, les pintades[278], etc. Les Ḥaddâd les assomment à coups de bâton, pour ne pas abîmer les peaux. Il arrive aussi fréquemment que des animaux comme le lion, la panthère, la hyène, le chacal, etc., se prennent dans les filets. Inutile de dire que ceux qui sont dangereux sont tués de loin, à coups de sagaie.

Les Ḥaddâd vont ensuite vendre les peaux et la viande séchée dans les différents marchés. Ils y vendent également les diverses variétés de sacs en peau qu’ils fabriquent :

dabia, sac à ouverture étroite (riz, haricots, mil).

kourtâla, musette pour le cheval.

kefâoua, sac de chargement pour le chameau.

djourab, grand sac pour le mil.

Autrefois, les Ḥaddâd de l’Ouest étaient parfois malmenés et pillés par les autres indigènes. Ils n’avaient alors qu’une peau de bête autour des reins. Depuis que nous sommes dans le pays, ils jouissent en paix du fruit de leur travail et ils ont des boubous, comme tout le monde. Mais les indigènes prétendent que les Ḥaddâd conservent toujours, sous leur vêtement, la peau de bête d’autrefois.

Les Ḥaddâd mènent généralement la vie nomade. On les rencontre en grand nombre chez les Gourân du Kanem, les Kreda, les Kecherda, au Mourtcha, chez les Bornouans de l’Ouadi Rima et chez les Maḥâmid. Plus au Sud, on en trouve aussi un village à Massaguet (sur la route de Fort-Lamy à Massakory).

Quand les Ḥaddâd partent en chasse, ils mettent leurs filets sur des bœufs porteurs et des ânes, et tout le monde suit, même les petits enfants, lesquels vont ainsi apprendre à gagner leur pitance dans la brousse.

Il y a aussi des Ḥaddâd cherek dans les pays du Sud, et ils ne sont pas tous Gourân : certains d’entre eux se disent Arabes. Signalons, par exemple, les Ḥaddâd arabes de la région d’Ourel, les Maskéa (près de Gouêno, dans le Médogo), les Oulâd Ḥammad (à Tchalaga, près de Bédanga), les Ḥaddâd cherek du Baguirmi, etc.

On trouve également des Azâ chasseurs à l’ouest du lac. Citons, en particulier, le groupe important qui nomadise dans le Koutous, au nord de Gouré (chef Taïba).

PETITE ÉTUDE PRATIQUE DE LA LANGUE TOUBOU (DIALECTE DES DAZAGADA)[279]

La langue toubou ne présente, au point de vue de la prononciation, aucun caractère particulier. Elle n’est pas gutturale comme l’arabe, elle n’est pas nasillarde comme le kanembou et elle n’a pas l’accentuation exagérée du tar lis (Kouka, Médogo, Boulala). L’accent tonique est sur l’une des trois dernières syllabes. Il peut d’ailleurs varier, pour un même mot, avec la place de ce mot dans la phrase.

Nous ferons tout d’abord quelques remarques au sujet de la prononciation de certaines lettres.

Les lettres d et t sont parfois employées l’une pour l’autre[280] :

nous voulons, ⎰ ⎱ tantaï brantergé[281] ;

tantaï brandergé.

Même remarque pour i et é, pour k et g, tch et dj :

je, moi, | tani, tané.

je fais, ⎰ ⎱ tani kessergé ;

tani guessergé.

je vends, ⎰ ⎱ tané tchoassergé ;

tané djoassergé.

La lettre k prend quelquefois un son nasal, intermédiaire entre k et tch.

il a tué, kidô, tchidô ;

travail, kida, tchîda ;

nez, kiâ, tchâ.

D’ailleurs, d’une façon générale, il ne faudra point s’étonner si un mot toubou n’est pas toujours rendu de la même façon. On n’en comprendra que mieux quelle doit être la prononciation exacte de ce mot.

Comme beaucoup de langues africaines, le toubou a une syntaxe rudimentaire. Quelques exemples le montreront facilement.

Cet homme est allé chasser dans la brousse.

agnéhomme aïcet ouônobrousse îniviande tchêdégéil tue

Quand les Kreda n’ont pas de mil, ils mangent du doum.

KarraKreda ngaélamil béïne pas sôoudoum ouôdégéils mangent

Chez les Kreda, l’intérieur des cases est tapissé en haut de peaux de mouton afin d’empêcher le soleil de rentrer.

KarraKreda arouépeau arkôoude mouton yegécase derôdedans ngoulien haut dintouils mettent ezeïsoleil yegécase zodogérentre beïne pas

Les Tedâ, ces mauvaises bêtes mortes, mangent le goar

TedâTedâ agafrâbêtes mortes zentâmauvaises goârgoar ntodamangent

Les Baguirmiens de la forteresse de Massnia se sont levés

BagreïBaguirmiens MassniaMassnia karnakforteresse iertchentôse sont levés

Et sont venus prendre nos troupeaux

ErdoIls sont venus ferâvaches tantânos gouyêntoils ont pris

Ils les ont emmenés dans leur pays marécageux[282]

DettouIls ont emmené lôouargile dorodedans dintouils ont mis

L’article n’existe pas. Le verbe « être » se rend au moyen du pronom personnel.

Je parle la langue des chrétiens.

TaniMoi médilangue nessarachrétiens hanandregéje sais

Je suis malade

TaniMoi ouochémalade

Les Kanembou font un grand usage de ôô et les Boulala de éé[283]. Ces sons explétifs servent à bien mettre en relief certains mots ou certaines phrases. En toubou, on emploie é[284] et a.

Un homme du Borkou aou Borkou

Des gens du Borkou ammâ Borkouâ

Les Ḥaddâd Bedossa tuent beaucoup de gibier

AzâḤaddâd berossâaBedossa oudânigibier bodobeaucoup tchetegétuent

Les Kanembou et les Bornouans ont un même ancêtre

AoussâéKanembou agâéBornouans dezéancêtre sontôleur tronun

Les Toubou emploient souvent le mot dé qui, ajouté à un mot, est parfois influencé par le son de la dernière voyelle de ce mot et devient alors da, di, dou. Ce mot peut servir à indiquer :

1o L’origine, la provenance, le but :

homme du Dagana, Daganadé ;

homme du Borkou, Borkoudé.

L’ancêtre des Kreda est venu du Borkou

KarraKreda dezéancêtre sontôleur Borkoudédu Borkou révint

Les Oulâd Slimân se sont levés de leur pays ;

OuachîlaOulâd Slimân iertchentôse sont levés bipays sonto-doleur

Les Touareg se sont levés de leur pays et sont venus à Fadalassou..... ;

KininaTouareg zaïlapays iertchentôse sont levés Fadalassou-douà Fadalassou

Les Ouadaïens de Ouara se sont levés[285].....

KougaOuadaïens Ouara-dode Ouara iertchentô.....se sont levés

2o Une idée de relation :

père, abba ;

oncle paternel, abba-dé ;

diable, démon, miché ;

fou, idiot (possédé du démon), michi-dé[286] ;

faux, inexact, mou ;

menteur, médé ;

grand, bô ;

beaucoup, très, bodo ;

force, dona ;

fort, donadé ;

froid, kiri ;

qui a froid, kiridé.

3o Le moyen :

Les Kouri tuent l’hippopotame avec la sagaie

KouraKouri grintihippopotame édi-disagaie tchitouils tuent

Le mot dé est encore employé pour donner l’apparence toubou à des mots d’origine arabe.

tu es ivre, entadé sekrantédé [enta, toi ; sekrantédé (du mot arabe : sekrân), ivre] ;

je suis très fâché, tané bodo deloumtédé [deloumtédé (arabe : mazhloum), lésé, fâché].

Les mots dé, da, do, di sont enfin employés comme explétifs.

La peau de cette femme est très sale

kassarpeau adéoufemme aïcette djênosale monto-débeaucoup dielle a

Le mot né ou neï est parfois employé à la place de dé :

noble, maï-na (de maï, sultan) ;

humide, inneï (de î, eau) ;

Il s’approche de la case

yégécase téde[287]-niil s’approche

Il lui lança une flèche

féréflèche tchobô-niil frappa

J’ai beaucoup de bétail : des chevaux, des vaches et des moutons.

reuzôbétail montonombreux taréj’ai askâ-né,chevaux, forâ-ni,vaches arkoâ-ni.moutons.

Le suffixe ou, ôou est parfois employé pour indiquer une idée de relation et correspond aux mots français : du, des ; de, en.

koueï, endroit — ouni, feu — aké, akké, bois.

le feu (endroit), koueï ouniou ;

le bois à brûler, aké ouniou ;

la bride du cheval, lidjom (ar.) askéou.

merdjan (ar.), corail — lefêlla (ar.), argent — aoué, doigt

corde de corail, azi merdjanôou ;

vase d’argent, djoundou leféllôou ;

bague (argent du doigt), lefêlla aouéou.

yégé, case — kaoué, natte — Aroua, Arabes.

case en nattes, yégé kaouéou.

Les cases des Kreda sont plus grandes que celles des Arabes.

yégécase Karraoudes Kreda kaouéouen nattes Arouaoudes Arabes dou bocase grande

Le mot gé sert aussi à indiquer une idée de relation.

ié, î, eau ;

igé, puits ;

Aroua, Arabes ;

araga, langue arabe ;

Daza, les Toubou du sud ;

dazaga, langue des Toubou du sud ;

Dazagada, ceux qui parlent le dazaga,

Celui qui ne possède pas un cheval de Ganastou est semblable au piéton.

Ganastoungacheval de Ganasto dannane pas bidià pied

moi, tani ;

de moi, mon, tango ;

grand, âgé, bô ;

vieillard, chef, bougoudi.

Le mot gé peut aussi avoir le sens de : semblable, pareil, comme.

ouni, feu ;

oungo, blessure (qui brûle, semblable au feu).

VERBES

Les verbes n’ont guère que deux temps : le présent et le passé.

Impératif. — La racine du verbe forme généralement l’impératif.

prends, gon, gouôn ;

chante, douônou (chanson) gon ;

donne, tén ;

place, mets, nak, naou ;

frappe, blesse, tire (un coup de fusil), ouöb ;

tue, ii ;

dis, parle, fa ;

mange, ouô ;

bois, iâ ;

va, pars, der, sotto ;

enlève, ôte ; ter, der ;

viens, ir, iourrou ;

achète, iob ;

vends, djoas ;

regarde, ra, ran ;

laisse, sop, sob, soor ;

cours, iak ;

emmène, déd ;

écris, rôno ;

apporte, korto, kourtou ;

verse, dok, dokk ;

dors, niango, gnango

lève-toi, iero, ierro ;

ajoute, zinnou ;

veux, veuille, aime, brano, dak ;

reste, assieds-toi, patiente, douboussou.

Le pluriel peut s’obtenir par l’adjonction de dou, to au singulier.

ouô, mange ; ouodou, mangez ;

gouôn, prends ; gouênto, prenez ;

sop, laisse ; sôppo, laissez.

Présent. — Le présent s’obtient, d’une façon générale, en ajoutant certains suffixes à la racine du verbe.

Singulier : Pluriel :

1re personne — rgé ; 1re personne — trgé ;

2e — — ngé ; 2e — — tngé ;

3e — — egé, égé ; 3e — — tegé, tégé.

Nous allons donner comme exemple le présent du verbe djoas, vends.

je vends, djoassergé ; nous vendons, djoassedergé ;

tu vends, djoassengé ; vous vendez, djoassedengé ;

il vend, djoasségé ; ils vendent. djoassedégé.

Première personne du singulier. — D’une façon générale, on peut dire que le suffixe rgé (ergé, regé, régé) est la caractéristique de la première personne du singulier du présent du verbe.

je prends, tani gonergé,

je chante, gouendergé ;

je crie, je chante, doôn gouendergé ;

j’emporte, dounergé ;

j’emmène, tani dédergé ;

je donne, tani énergé, iendergé, adôwandergé ;

j’apporte, tani kourtergé ;

je veux, je cherche, tani branergé, brandergé[288] ;

je veux, j’aime, dakergé, daregé ;

je sais, tani hanandregé ;

je vois, tani dôdergé ;

je dis, je parle, tani fadrégé ;

je me tais, tani dangergé ;

je dis vrai, tani djéré fadrégé ;

je mens, tani mou fadrégé ;

je pleure, tani yodergé ;

je ris, tani gazergé ;

je mange, tani bôregé, bourgé ;

je bois, tani iargé ;

je reste, je m’assieds, je patiente, tani doubouzergé, bouzergé ;

je vais, je pars, tani darégé, deregé ;

j’enlève, tani térergé, tregé ;

je viens, tani roregé ;

je sors, tani tchorergé, tani agâ roregé ;

j’achète, tani iobergé ;

je regarde, tani randergé ;

je salue, tani kallahandregé ;

je vole, tani oundirgé ;

j’attache, tani tounergé, tondergé ;

j’ai peur, tani aouzergé ;

je fais, tani kessergé ;

je peux, tani rangergé ;

je compte, tani ketergé ;

j’écris, tani roonergé, roondregé ;

je laisse, tani sobergé, sorgé, soorgé ;

je change, tani forozergé ;

je tranche, je coupe, je casse, tani kobergé, korgé ;

je passe le baḥr, tani fôdi kobergé ;

je pisse, tani kossozombregé ;

je place, je mets, je pose, tani nakergé, tindrigé ;

je mets un vêtement, tani algué mosrogé ;

je me déshabille, algué térergé ;

je lave, touloudergé ;

je dors, niangregé (gnangregé) ;

je tue, nidrigé, idrigé ;

je tue un homme, tani agné idrigé ;

je frappe, je blesse, je tire (un coup de fusil), babergé, ioubergé, ébourgé, bourgé, tani (ouni) baargé ;

je réussis, j’apprends, tani hangregé, fangregé[289] ;

j’atteins, je joins, tani goumbregé ;

je cours, je fuis ; tani iakergé, iarégé ;

je cherche, tani kouendregé ;

je meurs, tani donassergé ;

je rentre, tani derô dofodregé, zodergué ;

je sors de ma maison, tani yégénder roregé ;

je me cache, je me dissimule, tani djeradenergé.

Deuxième personne du singulier. — La deuxième personne du singulier a généralement comme caractéristique le suffixe ngé (angé, engé, ingé).

tu manges, entaï boungé ;

tu bois, entaï yangé ;

tu changes, entaï forozengé ;

tu veux, entaï braningé ;

tu écris, entaï roonengé ;

tu fais, entaï kessengé, kessedengé ;

tu laisses, entaï soengé.

Troisième personne du singulier. — La troisième personne du singulier a comme caractéristique le suffixe gé (égé, igé, ogé — iengé). Les verbes dont la racine finit par on et an prennent la terminaison iengé, yengé.

il mange, segeni ouôgé ;

il parle, segeni fadégé ;

il rit, segeni gazegé ;

il insulte, maré zakkégé ;

il tue, il chasse, maré tchidigé, tchédégé ;

il fait, maré kességé ;

il sort, segeni tchorogé ;

il entre, segeni zodégé ;

il meurt, segeni nossegé ;

il laisse, segeni soôgé ;

il demande, segeni djouodégé ;

il entend, il comprend, segeni bazégé ;

il met, segeni dintigé ;

il prend, segeni gougengé (au lieu de : gouongé) ;

il sait, segeni anayengé (au lieu de : anangé) ;

il écrit, segeni royengé (au lieu de : roongé) ;

il veut, segeni brayengé (au lieu de : brangé) ;

il court, il s’enfuit, segeni tchaougé, djaougé ;

il dort, segeni niakengé (gnakengé) ;

il apporte, il donne, il paie. segeni djentégé.

Première personne du pluriel. — La première personne du pluriel est caractérisée par le suffixe trgé, drgé (tergé, tregé, dergé, dregé).

On a déjà vu que les lettres t et d sont parfois employées l’une pour l’autre.

nous prenons, tantaï gouentergé ;

nous mangeons, tantaï ouodregé ;

nous buvons, tantaï idrigé ;

nous voulons, tantaï brantergé ;

nous écrivons, tantaï roontregé ;

nous faisons, tantaï kessedregé.

Deuxième personne du pluriel. — La deuxième personne du pluriel est caractérisée par le suffixe tengé, dengé.

vous prenez, neuntaï gouentengé ;

vous voulez, neuntaï brantengé ;

vous écrivez, neuntaï roôntengé ;

vous faites, neuntaï kessedengé ;

vous changez, neuntaï foroztengé, forostengé.

Troisième personne du pluriel. — La troisième personne du pluriel est caractérisée par le suffixe tegé, degé.

ils prennent, segentâ gouyentégé ;

ils mangent, segentaï ouodégé ;

ils vont, ils partent, segentaï dourtigé ;

ils veulent, segentaï braïntégé ;

ils écrivent, segentaï roôntegé ;

ils changent, segentaï forozentegé, forochentegé ;

ils font, segentaï kessedegé ;

ils boivent, segentaï kidigé ;

ils courent, ils s’enfuient, segentaï tcharkétégé ;

ils apportent, ils donnent, ils paient, ils font. segentaï djintigé, djentégé ;

ils savent, merâ annayentégé.

Futur. — Le futur se rend au moyen du présent. L’idée de futur peut être indiquée soit par l’emploi d’un adverbe de temps, soit par l’emploi du verbe « vouloir » : brandergé, darégé[290].

Demain j’irai au Baḥr el Ghazal.

Fekkédemain fôdibaḥr deregéje vais

Je crois que j’irai bientôt à Boullong.

Aorcœur dorôdans edinbientôt BoullongBoullong déréguéje vais

J’irai au village.

Tanimoi beranderje veux nivillage daréguéje vais

Passé. — La règle que nous allons donner pour reconnaître le passé du verbe est assez généralement applicable.

Le passé est, comme le présent, caractérisé par certains suffixes.

Ce sont les suivants :

Singulier : Pluriel :

1re personne — er ; 1re personne — ter ;

2e — — om ; 2e — — tom ;

3e — — ô ; 3e — — tô.

Nous allons citer comme exemple le passé du verbe dodergé : je vois.

j’ai vu, doder ; nous avons vu, dôdtor ;

tu as vu, dodom ; vous avez vu, dôdtom ;

il a vu, dôdo ; ils ont vu, dôdto.

Première personne du singulier. — Terminaisons ar, er, or.

j’ai pu, ranger ;

j’ai réussi, j’ai obtenu, j’ai gagné, j’ai atteint, j’ai trouvé, j’ai appris, j’ai compris, hanger, fanger ;

j’ai fait, kesser ;

j’ai donné, ninder ;

j’ai mangé, bour ;

j’ai acheté, iober, ior ;

j’ai tiré un coup de fusil, ouni bar ;

je suis venu, dêré, têré[291] ;

j’ai laissé, soôr.

Deuxième personne du singulier. — Terminaison om.

tu as acheté, iobem ;

tu as vendu, djoassem ;

tu as frappé, tu as tué, idoum[292] ;

tu as trouvé, hangem ;

tu as eu peur, aouzem ;

tu as dit, fâdem, tefâdem ;

tu savais, hanânem ;

tu as pleuré, iôdom.

Troisième personne du singulier. — Terminaison ô, o, ou.

il s’est enfui, tcharkô, tchâou ;

il a tué, tchidô ;

il a frappé, il a blessé, tchobô ;

il est resté, il s’est arrêté, bozô, tozô ;

il a volé, ouïnto ;

il a entendu, il a compris, bazô ;

il a vu, dôdo ;

il est allé, ntêdo ;

il a refusé, tchédo ;

il est sorti, tchorô.

PLURIEL. — Comme pour le présent, le pluriel du passé s’obtient en faisant précéder des dentales t ou d la terminaison du singulier.

Première personne du pluriel. — Terminaisons ter, der.

nous avons mangé, beder ;

nous avons voulu, branter ;

nous avons écrit, roonter ;

nous avons acheté, iobeder ;

nous avons vendu, djoasseder ;

nous avons grandi, garter ;

nous sommes devenus des hommes, agnénter ;

nous avons fait des enfants, iala fossoder ;

Deuxième personne du pluriel. — Terminaisons tom, dom.

vous avez attaché, tountom ;

vous avez emmené, dêdtom ;

vous avez vu, rantom ;

vous avez vendu, djoassedom ;

vous avez écrit, roontom ;

vous avez changé, foroztom ;

vous avez mangé, boudom ;

vous êtes venus, rédom.

Troisième personne du pluriel. — Terminaisons to, tou, do, dou.

ils sont venus, rédo ;

ils sont allés, ⎰ ⎱ deurtou, teurtou ;

dourtou, tourtou ;

ils se sont levés, iertchentô ;

ils ont pris, gouïénto ;

ils ont emmené, dédtou ;

ils ont placé, ils ont mis, dintou, dintigda ;

ils ont fait fuir, foïênto ;

ils ont tué, tchédto ;

ils ont détruit, ils ont cassé, gertou, kertou ;

ils ont vu, ranto.

REMARQUES SUR LES VERBES

Parfois, quand il y a une phrase conditionnelle, on emploie la terminaison o ou oô, qui rappelle un peu les ôô dont les Kanembou émaillent leurs discours. Mais il ne semble pas qu’il y ait de temps spécial. On se sert d’une forme correcte ou populaire, qu’on fait suivre ou non de la terminaison oô.

Si tu fais cela, je te tue.

entatoi aïcela kégécomme kossongodotu fais nidrigéje te tue

Quand tu viendras dans ma case, je te donnerai un mouton.

entatoi yegétangôma case niroôtu viens arkômouton adoandergé.je te donnerai.

Si tu prends ce chemin, tu ne te tromperas pas.

zoulônchemin aïce gouônprend tchénimitu ne te tromperas pas.

Participe passé. — Le participe passé, peu employé, semble être caractérisé par un t placé avant la racine.

korgé, gorgé, je casse ; tegertô, cassé ;

tonergé, j’attache ; toïontô, attaché.

Il est facile de voir que, dans ces deux exemples, le participe passé est surtout formé par la troisième personne du pluriel du passé.

Mais cette forme n’est pas générale.

vieux, déchiré, teredên ;

plein, tougoumtéré ;

Forme passive et forme réfléchie. — Les Dazagada n’emploient presque pas, dans les verbes, la forme passive et la forme réfléchie.

Je me lave

kassarnderma peau touloudergéje lave

Il se lave

bérésennson visage touloudigéil lave

Signalons cependant le rôle que jouent t, tch, dj, djitti, dans les verbes qui expriment la forme passive ou la forme réfléchie.

il lave, touloudigé ; il se lave, toultchingé ;

ils prennent, gouodjédégé ; ils se battent, gouôttoga.

Modifications des formes régulières du verbe. — Nous avons vu, par les exemples donnés, que la racine du verbe peut être modifiée avant de s’adjoindre les suffixes indiqués dans la règle générale.

1o Une des lettres de la racine disparaît.

iak, cours ; iarégé, je cours ;

dak, aime ; daregé, j’aime ;

iôb, achète ; ioregé, j’achète.

Cette modification est assez fréquente. Il peut arriver, d’ailleurs, que la forme régulière et la forme modifiée soient toutes les deux en usage : par exemple dakergé et daregé, iobergé et ioregé.

2o La racine prend un préfixe.

ir, viens ; roregé, je viens ;

ouô, mange ; boregé, je mange.

3o La racine prend un suffixe avant de recevoir la terminaison de la règle générale.

gouôn, prend ; gouôndergé[293], je prends ;

ra, regarde ; randergé, je vois ;

fa, dis, parle ; fadrégé, je dis, je parle.

Cette modification est très fréquente. De même que pour les premiers cas, la forme correcte et la forme modifiée peuvent être toutes les deux en usage : gouônergé et gouôndergé.

4o La racine est altérée et subit à la fois plusieurs des modifications précédentes.

der, ter, va ; tadégé, il va ;

iâ, bois ; kidigé, ils boivent ;

nak, nâou, place, mets ; dintikda, dintou, ils ont mis ;

tén, donne, iendergé, je donne ;

ierro, lève-toi ; iertchentô, ils se sont levés.

La racine peut d’ailleurs, pour un même verbe, être modifiée de différentes façons.

frappe, blesse, tire un coup de fusil (à quelqu’un) : ouôb ;

je frappe : babergé, baargé, ébourgé, bourgé, ioubergé.

va, pars : der, ter ;

il est allé : sourtou[294], ntêdo.

Terminons enfin en citant les verbes suivants :

Boire : iargé, je bois ;

iangé, tu bois ;

itchigé, il boit ;

idrigé, nous buvons ;

idingé, vous buvez ;

tchidigé, kidigé, ils boivent.

Mourir : donossergé, je meurs ;

nonossengé, tu meurs ;

nossegé, il meurt.

Tuer : idrigé, je tue ;

idengé, tu tues ;

tchédégé, il tue.

Après ces exemples, on comprendra fort bien que les différentes modifications à faire subir à la racine du verbe ne puissent s’apprendre que par l’usage.

On a naturellement remarqué que, étant donnée la facilité avec laquelle les verbes sont modifiés, il peut parfois y avoir confusion.

bourgé, je mange, je blesse ;

idrigé, nous buvons, je tue.

Mais ce n’est là qu’une difficulté apparente.

Parfois, dans la pratique, les Dazagada suppriment la terminaison gé du présent. On pourrait alors croire qu’ils emploient le passé[295]. C’est encore là une difficulté plus apparente que réelle.

Nous allons voir d’ailleurs, par les exemples suivants, quelles sont les modifications que les Dazagada font subir le plus fréquemment à la forme régulière du verbe.

dédégé, j’emporte, j’emmène ; au lieu de dédergé ;

ntadégé, tu vas ; — ntadengé ;

houendé, il sait ; — houendégé ;

forossergé, nous changeons ; — forozedergé ;

dourtigé, vous allez ; — dourtengé ;

gessérégé, ils font ; — gesserdégé ;

douazo, j’ai compris ; — douazer ;

ii, tu as frappé ; — idoum ;

intchi, il a tué ; — tchidô ;

dourto, nous sommes allés ; — dourter ;

ranto, vous avez vu ; — rantom ;

soppo, ils ont laissé ; — sopto.

Nous éviterons de parler la langue toubou d’une façon plus correcte qu’elle n’est parlée en réalité. Les nombreuses phrases qui vont suivre montreront le dialecte des Dazagada tel qu’on le parle ordinairement, avec les tournures et les abréviations le plus fréquemment employées. Par conséquent, il sera très facile de voir dans quelle mesure les Dazagada appliquent ce que nous avons dit plus haut, dans nos remarques sur la conjugaison des verbes.

Si parfois la modification que subit le verbe ne permet pas de voir quelle est la racine, nous mettrons la forme correcte à côté de la forme populaire.

ces infidèles, fils de chiens, mangent des pintades,

yongorâinfidèles kidiâchiens iâlafils gouleïpintades ntoda (ouôdégué) ;mangent

Enfin, pour terminer nous attirerons l’attention sur la place de l’accent tonique dans les verbes. On ne saisit qu’une partie de ce que disent les Toubou, quand on n’a pas l’expérience de leur langue. C’est ainsi que, au lieu de :

branergé boregé (je veux manger), on entendra : branereg bereg ;

deregé (je vais), — dereg ;

ngouondergé, ngouonergé (je prends), — ngouonereg ;

tchêtegé (je tue), — tcheteg ;

kouêndergé, kouenergé, — kouônereg, etc.

Remarque. — Les Kanembou articulent certaines consonnes d’un mot d’une façon à peine sensible à l’oreille.

Tououâ, les Tobou ; au lieu de : Toubouâ ;

Rekdôou, fraction kanembou ; — Rekdôbou ;

Intchâlou, id. — Intchâlbou ;

Diâou, id. — Diârou, etc.

Les Toubou font un peu de même. Ils négligent parfois de prononcer certaines consonnes, ou bien l’on croit entendre articuler une autre consonne que celle qui est prononcée en réalité. C’est ainsi que les Touareg, appelés Kindin par les autres indigènes, sont appelés Kinina par les Toubou, et que la prononciation du d le fait parfois prendre pour un r : Berossa, au lieu de Bedossa ; monto-ro au lieu de monto-do ; bori au lieu de bodi, zéré, au lieu de zédé (vert), etc.

Nous emploierons de temps en temps les deux prononciations : le mot prononcé correctement et le mot que l’on croit entendre articuler par les Toubou.

Ḥaddad forgerons, Azâ agildâ (égillâ) ;

vert, zédé (zéré) ;

vieillard, chef, bougdi (bougouri) ;

LA FAMILLE

le père, abba ;

la mère, aïa ;

le fils, mé ;

la fille, dôou ;

la vierge, la jeune fille, dôou dôoudji ;

le frère, dinbiri ;

le grand frère, dagé ;

le petit frère, édi[296] ;

la sœur, dedib ;

la grande sœur, droho ;

le grand’père, l’aïeul, dezeï, dezé ;

grand’mère, kaga ;

oncle paternel, abbadé ;

oncle maternel, ayadé ;

tante, baa ;

homme, agné ;

femme, adé ;

veuf, agné doui ;

veuve, adé doui ;

enfant, jeune homme, kallé ;

ami, saa, laou ;

petit, jeune, addi, addé ;

grand, âgé, bô ;

vieux, âgé ; vieillard, chef, bougdi, bougoudi[297] ;

vieille, âgée, atché ;

bon, gâlé ;

mauvais, zeuntô, zontô, zountô ;

patient, kénédé ;

joli, gâlé ;

beau, joli, tiri, tri ;

laid, genasso ;

gras, karandé ;

maigre, derendo ;

long, grand, haut, douroussou ;

court, petit, kouéré ;

moi, tâni, tâné ;

toi, entâ, entaï[298] — naré ;

lui, elle, segen, segeni — mâré ;

mon, nder — tango ;

ton, nom, nema ;

son, seun, senn ;

je suis vieux, tani bougdi ;

ma sœur est grande, dedibnder bô ;

mon enfant, kallénder ;

ma fille. dôoutango ;

mon père, abbander ;

mon fils, métango ;

ta mère, aïanom ;

son frère, dinbirisenn ;

ma grande sœur est jolie, drohonder gâlé ;

ton frère est petit, dinbirinom addé ;

tu es maigre, entâ derendo ;

un beau jeune homme de vingt ans, kallé gâlé digdembé[299] ;

une femme laide, adé béré (visage) genasso ;

ma femme est méchante, je changerai de femme, adétango zonto, forozergé ;

tu as frappé une petite fille, entâ dôoué addi idoum ;

j’aime beaucoup le miel, abibioumiel bodobeaucoup dakergé.j’aime

LE VILLAGE ET LE CAMPEMENT

village, geni ;

campement, ni, né, némanga[300] ;

ville, geni bô, ni bô ;

marché, kâssogo ;

case, yégé, dou ;

tas d’immondices ; kouroundou ;

silo, bourtrou ngaéla ;mil

chef, sultan, derdé ;

kademoul, turban du chef, lôdoun, derdé derridé[301] ;

chef, seigneur, maï (peu employé) ;

maître du monde, maï denâ ;

noble, maïna ;

meskin, sujet, homme pauvre, téfé, aouhomme talakaa[302] ;pauvre

maître, patron, mâgré (maï âgré) ;

captif, âgré ;

captive, béré ;

interprète, *tordjman[303] ;

faqih, *malloum ;

mosquée, girki ;

Coran, *logorân bô ;

je jure, logorân bô bourgé[304] (je frappe) ;

livre, ngôno ;

papier, tâfo ;

écrit, *ouâgéda (ورقة) ;

amulette, djofrom ;

prière, *selli ;

je prie, *sellinergé ;

jeûne, *euzoum ;

je jeûne, *euzoumergé ;

diable, démon, miché — *chetân, *chedân ;

paradis, *andjalla (جنة) ;

tribunal, loi, *cheré ;

partager, genessou ;

voleur, oudé ;

menteur, médé, modé, madé ;

langage, paroles, palabre, médi ;

vrai, djéré ;

faux, mou, djeré ché (ne pas) ;

faute, mal, délit, crime, djenïa ;

amende, *hokoum ;

prison, assar ;

tam-tam, *nangâra ;

je bats le tam-tam, nangâra babergé ;

danse, aoua ;

je danse, je m’amuse, aouamourgé ;

chant, dôna, doôn, douônou ;

il chante, dôno fadégé ;

— doôn gouadjégé ;

cris, kôrroro[305] loulou ;

il crie, il fait du bruit, lologé ;

— loulou dindigé ;

je crie, kôrroro dounergé ;

sagaie, édi, addi ;

lance, édi bô ;

le manche de la lance, édidi ;

le bâton, kolaï ;

couteau, djana ;

sabre, agasso ;

arc, kapi ;

flèche, féré ;

bouclier, kifi ;

fusil, ouni (feu), ounoufoul ;

j’allume le feu, ouni founergé ;

éteins le feu, ouni ii ;

je tire un coup de fusil, tani foulounergé ;

je blesse d’un coup de fusil, tani baargé ;

poudre, *baroud ;

cartouche, *ressas ;

cheval, aské ;

selle, terké (سرج ?) ;

tapis de selle, *ferrâcha ;

bride, bidjom askéou ;

bétail, reuzô, ferâ (vaches) ;

chien, kidi ;

couverture, borkô ;

vêtement d’homme, algé ;

vêtement de femme, bedelé ;

chemise, gouadji ;

pantalon, achéren, achrên ;

botte, zerebîla ;

burnous, deïrom ;

fez, fîni ;

thaler, gourssa (du turk) ;

forgeron, azé ;

fer, âsso, âssou ;

plomb, *touta ;

cuivre, laiton, merré zédé[306] ;

cuivre rouge, goureï ;

argent, *lefêlla (الفضة) ;

or, *deheb ;

bracelet, kafatto ;

bague, toukoulia ;

— lefêlla aouéou (du doigt) ;

collier, éré ;

anneau de pied, merré, merrâ ;

rasoir, bobori, boberi ;

perles, zédéa ;

lourd, tékkédé (ثقيل ?) ;

léger, kololôou ;

blanc, tchô ;

noir, iesko ;

rouge, mâdo ;

jaune, *safra ;

vert, zédé, zéré ;

nous, tentâ, tantâ, tantaï ;

vous, neuntâ, neuntaï, naraï ;

ils, eux, merâ, meraï ;

— segentâ, segentaï ;

— ambâ, ambaï[307] ;

notre, tantâou, ntrâou, ntrô ;

votre, ntom ;

leur, sontô ;

notre frère, dinbiri tantaou ;

votre frère, dinbirintom ;

leur frère, dinbiri sontô ;

Les pronoms compléments sont rendus par les mêmes mots que les pronoms personnels.

cette femme m’a mordu, adé aï tani djogé ;

regarde-moi, raden (ra-tani) ;

On leur ajoute parfois le suffixe gé.

je te tuerai

tani entaga nidrigé ;

les gens disent que je suis Kanembou

tangodomoi aouchéKanembou djentô.ont fait

On peut aussi négliger le pronom complément, ou bien le remplacer par le nom auquel il se rapporte.

as-tu vu son chien, kidisenn dodomba[308]

je l’ai vu, o doder ;

je l’ai rattrapé, tanimoi agnéhomme aïcet njander[309] ;ai rattrapé

j’ai, târé (târégé) ;

tu as, taï (tangé) ;

il a, ti, di (tâgé, tîgé) ;

nous avons, tantaï tîdri, tédrou (tadrégé) ;

vous avez, naraï, neuntâ, tidéï, tidî (tatengé, tadengé) ;

ils ont, merâ tidî, didî, (tadégé) ;

j’ai un cheval, aské taré ;

oui, o ;

non, aa ;

L’interrogation s’exprime au moyen du mot da ou de l’expression arabe o alla.

as-tu un couteau ? entâ djana taï da ;

as-tu le livre ? ngounou taï da ;

as-tu de la viande ? ini taï da ;

as-tu un sabre ? agasso taï o alla ;

oui, j’en ai un, o agasso taré ;

Les mots aï dé[310] rendent les pronoms démonstratifs ce, cette, ces ; celui-ci, celle-ci, ceux-ci.

cet homme, agné aï ;

cette femme-là, adé aï ;

ce couteau-là, djana aï ;

vend cela (cette chose-là), éné aï djoas ;

cet homme est-il malade ? agné dé ouoché o alla ;

non, il est bien portant, a a, kallaha ;

je suis guéri (j’ai recouvré la santé)[311] tani kallaha hanger ;

cet homme est un voleur, agné aï oudé ;

cet homme est venu, agné aï ré.

Les pronoms démonstratifs ce... là, cette... là, etc. se rendant au moyen de l’expression aï maré.

cette femme est méchante, (femme elle méchante), adé mâré (adéma) zontô ;

cette fille est jolie, dôou maré gâlé ;

ce que dit cet homme est vrai, agné aï maré medisenn aï djéré ;

un homme a tué cette femme, djel adé maré tchidou ;

il y a[312], tché ;

assez, cela suffit, tchî, tché ;

encore, nintchidou ;

ajoute ; encore, zinnou[313] ;

redonne-moi, donne-moi encore ⎰ ⎱ zinnouou tén ;

nintchidou té ;

il n’y a pas, il manque, beï[314] ;

ne pas, ché-denni, danni ;

non, ce n’est pas cela, a a, maré danni ;

fini, terminé, tozo ;

c’est fini, il n’y en a plus, tozo-beï ;

ce n’est pas fini, tozo denni, tozonné ;

il y a, tchéké ;

il y a encore, il reste, saga tchéké ;

il m’en reste deux, tchou (deux) sagatchéké ;

derrière, saga ;

viens, ir, irrou ;

reviens, retourne, sagaï ourrou ;

il y a, il reste, gabtché ;

il manque, gabtché ché ;

cela est faux, médi aï djéré ché ;

il n’y a pas de voleur dans le village, ni aï derô (dans) oudé béï ;

je n’ai rien fait de mal, tani djenïa taré denni ;

— tani djenïa kesser denni ;

as-tu un fusil ? entâ ounoufoul[315] taï da ;

oui, j’en ai un, o tché ;

malade, ouoché, kezêni ;

bien portant, avec la santé, kallaha (avec Dieu) ;

bonjour, salut, la paix, ⎰ ⎱ kallaha ;

kallahada ;

kallahani ;

est-ce que tu vas bien ? kallahadé intchéré ; laha dintchêda[316] ;

hier j’étais un peu malade, mais aujourd’hui je vais bien, ngodaï (hier) tani addeï ouoché ; bêni tané kallaha ;

as-tu dormi en paix ? lahada nissidâ ;

as-tu fait une bonne sieste ? lahada ntougoudâda[317].

Pour donner à un verbe le sens négatif, il suffit de le faire accompagner de danni, denni : ne pas.

j’ai, taré ;

je n’ai pas, taré danni ;

Notes in this chapter

Note 1 · Voir l’article du capitaine Martin, Notes sur les Toubous (Bulletin du Comité de l’Afrique française, 1910).Note 2 · Ce Maï Denâ (maître du monde) serait l’ancêtre des Maguemi.Note 3 · En toubou, Fôdi tinnémou : le fleuve mince.Note 4 · Sultan du Ouadaï (1681 à 1707).Note 5 · Sultan du Ouadaï (1707 à 1745).Note 6 · Guignek se noya en passant le fleuve. Saber fut pris et mis à mort.Note 7 · Élèves-marabouts qui vont de village à village.Note 8 · Ajoutons aussi que, dans des pays secs, c’est l’existence qui convient le mieux aux troupeaux.Note 9 · On pourra objecter, il est vrai, que certaines tribus arabes devenues sédentaires (Oulâd Hemed, Oulâd Aḥmed, etc.) ne se sont résignées à reNote 10 · Les Kreda vivaient assez d’accord avec les Toundjour : ils se battirent cependant contre le fougbou Adem.Note 11 · Narhoum fasel : leur feu est mauvais.Note 12 · D’origine kouka (min ’ayal kemersa), surnommé Atoca pép, à cause de ses incongruités.Note 13 · Kolo madé tchodogo (toubou) : le tueur à l’œil rouge.Note 14 · Le chef actuel s’appelle Isa Orî.Note 15 · Les Saladâ doivent avoir habité autrefois la région de Bir Salâdo, dans l’Egueï.Note 16 · Les Ouânia sont probablement originaires de l’oasis de Ouanianga, dont les habitants actuels (Bideyat) portent précisément le nom de Ouania.Note 17 · Les Derguima (gens de Dergui) tirent certainement leur nom de l’oasis de Dirgui, dans le Kawar.Note 18 · A rapprocher de Boltoâ, nom donné aux habitants de l’oasis d’Ollouboï, dans le Borkou.Note 19 · Probablement originaires de l’oasis de Kirdi, au Borkou.Note 20 · Ce nom est le même que celui des Kanembou Déberi.Note 21 · « Quand un Gourân est perdu dans la brousse — disent les indigènes — il ne marche pas pendant la chaleur du jour. Il reste alors caché dans Note 22 · Il faut croire apparemment que le goût ouadaïen s’est modifié, depuis le temps où Moḥammed et Tounesi écrivait les lignes suivantes : « Ce qNote 23 · Hababa Kili était de la fraction des Saqerda et hababa Zamzom de celle des Yria.Note 24 · Chevaux de Ganastô. Ganastô est le nom du chef de la fraction Yria.Note 25 · Un chameau vaut deux vaches ou quarante moutons.Note 26 · Ce nom a été étendu à la région située le long du baḥr, principalement du côté de l’Est, qui constitue la zone de parcours des Kreda et des Note 27 · A Bolakolo, le baḥr se divise en deux : le bras le plus important passe à Derdom, Hadid, Sôoué, Kabirom, Sigdia, Dabéram, Douloumi, Martou, Note 28 · Les observations de Nachtigal furent confirmées par le regretté capitaine Mangin, qui avait beaucoup circulé avec ses méharistes dans la régNote 29 · Freydenberg, Le Tchad et le Bassin du Chari, page 79.Note 30 · Documents scientifiques de la mission Tilho, tome II.Note 31 · Pays des Kouri, à l’ouest du Dagana.Note 32 · Notons, en passant, que tororo est le mot employé par les habitants de la région pour désigner le bois d’ambadj (herminiera).Note 33 · Nachtigal.Note 34 · La largeur du baḥr n’excédait pas celle du lit que nous voyons actuellement dans le Dagana et auquel, comme nous l’avons déjà vu, les indigèNote 35 · La lagune Fitri reçut également beaucoup d’eau cette année-là. Il en fut de même pour la Batah de Laïri et le Baḥr Bourda, qui amenaient resNote 36 · Le natron (soude carbonatée plus ou moins mélangée) est assez abondant dans toute cette partie de l’Afrique Centrale : mares à natron du lacNote 37 · Nous désignons sous le nom de Mourtcha le pays habité par des Kreda sédentaires, dans la partie occidentale du Ouadaï (à l’est du Baḥr el GhNote 38 · « La légende sur l’origine des Kecherda se trouve appliquée à d’autres pays de l’Afrique orientale, par exemple à l’histoire de la fondationNote 39 · Étant données la mésestime en laquelle la tribu kecherda est tenue par les autres Toubou et l’origine hébraïque attribuée à l’une de ses fraNote 40 · L’origine hébraïque des Medoumia est plus que suspecte : elle a la même valeur que l’origine hébraïque attribuée aux Pouls et Afghans. (RenéNote 41 · Tordou est vraisemblablement le même mot que Torodoâ (gens du Toro). Ces Kecherda doivent avoir habité autrefois la partie du Baḥr el GhazalNote 42 · Pièce d’étoffe légère d’environ 12 coudées, qui sert de monnaie au Ouadaï.Note 43 · Cheurafadâ : gens du Cheurafa. — Cela veut-il dire qu’ils se sont mélangés à une tribu arabe de Cheurafa ? Il n’y a cependant de Cheurafa, aNote 44 · Ayal Baba : les enfants du père, les gens du sultan.Note 45 · D’où le nom de Doud-Mourra (lion de Mourra), donné au sultan. Son vrai nom est Moḥammed Sâlèh.Note 46 · L’ange Gabriel.Note 47 · Généralement originaires du Chitati.Note 48 · Que Dieu vous retire sa bénédiction ! (الله يسل بركته) Cette légende se retrouve chez les Arabes, soit avec Jésus (ʿIsa) pour héros (Aḥmed ENote 49 · Les musulmans ne peuvent pas manger la viande de phacochère. Aussi les Ḥaddâd se contentent-ils de recueillir la graisse, qui sert d’onguentNote 50 · Il y a des filets spéciaux pour la chasse aux pintades.Note 51 · Les documents qui sont donnés ici devront être comparés avec ceux qu’a réunis Barth (Sammlung und Bearbeitung Central-Afrikanischer VokabulaNote 52 · On prononce parfois nd et nt.Note 53 · Le g est toujours dur.Note 54 · Chanson kreda.Note 55 · Ils commencent parfois leurs phrases par akôonoo (k) et élbéné (b), qui correspondent à l’arabe goul ké (je dis comme cela). On emploie akôoNote 56 · C’est ce qui explique l’emploi simultané des pronoms entâ et entaï (toi), segentâ et segentaï (ils, eux), etc.Note 57 · Chanson kreda.Note 58 · Correspond à l’arabe chéïtan fi.Note 59 · Abréviation de tédégé.Note 60 · Correspond au verbe arabe dar, idour (دار, يدور).Note 61 · Correspond au verbe arabe ligi, ielga (يلقى, لقى).Note 62 · Les verbes darégé, je veux, et deregé, je vais, sont souvent employés l’un pour l’autre.Note 63 · Quand la racine est analogue à celle des deux derniers verbes (bar, der), on néglige souvent de lui adjoindre le suffixe de la première persNote 64 · Correspond au verbe arabe qetel, ieqtel (يقتل, قتل).Note 65 · La première personne du singulier et la première personne du pluriel sont alors identiques : Je prends, gouônergé, gouondergé ; Nous prenonsNote 66 · Ce mot semble avoir subi l’influence du verbe arabe sar, aller, marcher, partir.Note 67 · Il est en effet facile de voir que le passé peut souvent s’obtenir du présent par la suppression de la terminaison gé.Note 68 · de addi, « petit, jeune ».Note 69 · Analogue à l’arabe chèkh.Note 70 · Ce mot est arabe et est le plus souvent employé.Note 71 · Le mot digdembé est formé par la contraction de digidom « vingt » et de bô « grand ».Note 72 · némanga est peut-être composé des mots né « campement » et maï « chef ». Dans ces conditions, la lettre n serait employée par euphonie, et lNote 73 · derridé est probablement formé par la contraction de daou « tête » et de erri « tout autour ».Note 74 · Probablement du touareg. Cf. Ghat : talak’aï pauvre, sujet ; Ahaggar talek’k’i (coll.) les pauvres ; ellouk’ être pauvre. ⵜⵍⵈⵉ ⵜⵍⵆ ⵍⵈNote 75 · Les mots marqués d’un astérisque sont empruntés à l’arabe.Note 76 · Correspond à l’expression arabe : bedouggou el kitab.Note 77 · Ce mot est employé en arabe : bekorek, je crie, korrorat, cris.Note 78 · Le mot zédé veut dire « vert ». Le mot merré sert aussi à désigner l’anneau de pied, la chevillère. Beaucoup de femmes indigènes portent en Note 79 · ambâ, ambaï est probablement une corruption de ammâ, les gens.Note 80 · ba pour da.Note 81 · Il semble aussi que les premières lettres t (tané), n (naré), s (segeni) des pronoms personnels, employés comme préfixes du verbe, peuvent sNote 82 · Le mot dé est d’origine arabe : er radjel da, cet homme.Note 83 · Analogue à l’expression arabe : ligitou el ’afia.Note 84 · Tché, dans le sens de : il y a, correspond à l’arabe fi.Note 85 · A probablement comme origine le mot arabe zid.Note 86 · Correspond à l’arabe ma fi.Note 87 · De ouni, le feu.Note 88 · Le mot dintchêda peut se décomposer ainsi : endi (quoi), tché (il y a), da (interrogatif).Note 89 · De : tougoudi, midi.
Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings