DEUXIÈME PARTIE (continued 3)
Reading edition
je vois, randergé ;
je ne vois rien, tani daré[318] randergé ;
j’ai peur, aouzergé ;
je n’ai pas peur, aouzergé danni ;
Dans la pratique, il y a une contraction du verbe et de la négation et l’on dit :
je n’ai pas peur, aouzerenné.
Nous allons citer quelques exemples[319] :
je veux, j’aime, daregé, verbe négatif, darenné ;
j’achète, iobergé, — ioberenné ;
je vends, djoassergé, — djoasserenné ;
je mange, boregé, — borenné ;
je donne, iendergé, — iénderenné ;
La forme que nous donnons ci-dessus est la forme correcte du verbe négatif. Elle peut être altérée dans le langage courant.
je n’ai pas peur, aouzenné ;
je ne donne pas, iérenné ;
Nous signalerons également la forme suivante :
je ne fais pas, je laisse, je refuse, kesserrô (au lieu de : kesserenné) ;
je n’atteins pas, je n’obtiens pas, je ne gagne pas, je n’ai pas, hangerrô (au lieu de : hangerenné) ;
Enfin, le mot dé, employé comme suffixe d’un verbe, donne également à ce verbe le sens négatif.
j’ai peur, tani aouzergé ;
je n’ai pas peur, tani aouzerdé ;
j’ai de l’argent, gours taré ;
je n’ai pas d’argent, gours tarédé ;
j’ai fait, kesser ;
je ne l’ai pas fait, non, kesserdé ;
je vois, tani randergé ;
je ne vois pas, tani iardé ;
je comprends, je sais, tani hanandregé ;
je ne comprends pas, je ne sais pas, tani hanandredé ;
je vais au village saluer mon frère ; geni darégé dinbirinder kallahandrégé ;
je vais saluer le chef du village, darégé derdé ni kallahandregé ;
le chef de ce village est un grand chef, derdé geni dé derdé bô ;
comme, kor, gouor ;
comme cela, aï gouor, aï ké ;
grand comme la tête, bô daou (tête) aï gouor ;
avec, kéé ;
kéé peut parfois être réduit à un simple k au commencement d’un mot par exemple.
kallaha (k-Allah) : avec Dieu, la paix, bonjour,
kolo (k-ôlou) mâdé : borgne rouge, avec un œil rouge ;
« Kolo mâdé » était le surnom de l’aguid el baḥr Meḥammed oualdi Chaïb.
je vais avec cet enfant, tani kallé ai kéé darégé ;
veux-tu venir avec moi, au campement des Kreda ? entâ tanikéé ni Karda dourtigé o alla ?
je n’y vais pas, denni (ne pas) ;
est-ce qu’il est parti ? têdo o alla denni ;
je veux aller devant le tribunal, tani berander chera darégé ;
je ne veux pas y aller, chera denni ;
regarde comme mon vêtement neuf est joli, tani raden. Algétango eski (neuf) gâlé ;
faqih, prends la plume, fais un écrit et donne-le moi, mallem legalem gouodji mektoub gessé djangé ;
le faqih règle (tranche, coupe) cette affaire, mallem médi eï gouéregé[320] ;
ils sont d’accord, segentâ médi toïontô (ils ont attaché) ;
je vais prier, dédo sellindérégé ;
mon ami apporte ses dix thalers d’amende, saander gourssa mordom kokoum djentégé ;
paie l’amende ! hokoumbergé djentégé ;
cet homme m’insulte, agné aï tani zakkégé ;
ce captif ne veut pas travailler, agré dé tchîdo (travail) dagenni[321] (ne veut pas) ;
c’est un mauvais captif, zeuntô agré dé ;
le blanc met ce captif en prison, nessara agré dé assar dintigé ;
cette femme travaille, adé méré tchîda gasségé ;
cet homme sait très bien danser, agné aï aoua montoro ouendé (ouendégé) ;
tout, tous, gannâ, gennâ ;
un, tron ;
chaque, chacun, tout, gannâ tron ;
personne, gannâ denni ;
chaque homme, agné gannâ tron ;
tous les hommes ont leur femme, agnâ gannâ adéï didî ;
seul, seulement, aïéré ;
moi-même, toi-même, etc. tani aïéré, entâ aïéré, etc.
autre, kôdé, kouédé ;
j’ajoute, kôdé tindrigé (je mets) ;
— kôdé iendergé (je donne) ;
chose, eni, éné ;
autre chose, eni kouédé ;
cet homme vend ce qu’il a (sa chose), agne aï maré inisenn djoasségé ;
va, der, douro ;
viens, ir, iourrou ;
reviens, sagaï ourrou ;
vite, vite, korér korér — koré koré ;
viens vite, korér ir ;
— korér iourrou ;
va doucement, kéaï kéaïdé sottô ;
LES ANIMAUX
berger, dîdri ;
troupeau, reuzô ;
tête de bétail, bête, (vache, chameau, etc.), aï, pl. aïâ[322] ;
de nombreuses bêtes, aïâ monto ;
vache, for, four, pl. ferâ ;
troupeau de bœufs, ferâ[323] ;
de nombreuses vaches, ferâ monto ;
une vache, aï ferô ;
bœuf, dor ;
veau, derini ;
chèvre, arkô ;
bouc, arrô ;
brebis, adeni ;
bélier, ouni, ouôni ;
de nombreux moutons, adenâ monto ;
chameau, gôni, gouôni, gouéni ;
de nombreux chameaux, gouenâ monto ;
chamelle, di, pl. dô, dou ;
une chamelle, aï di ;
de nombreuses chamelles, dô monto[323] ;
cheval, aské ;
j’abreuve le cheval, aské ié iendergé ;
étalon, aské anker[324] ;
jument, aské édî ;
chien, kidi ;
de nombreux chiens, kidiâ monto ;
chienne, kidi édî ;
lévrier, kidi zaïla ;
chat, ki, tchi (son nasal) ;
rat, koro ;
de nombreux rats, korâ monto ;
lapin, lièvre, tchor ;
porc, gôdou ;
lion, dougouli ;
panthère, ouadjé ;
hyène, moloufour ;
âne, ager (pl. agrâ) ;
ânesse, ager édî ;
girafe, oulé ;
antilope, ouden, ouéden ;
antilope bubale, ngarân ;
leucoryx, trô ;
hippopotame, grinti ;
éléphant, koun ;
défense, pointe, té koun ;
singe, degel ;
caïman, âdé ;
poisson, bossô, boissô ;
oiseau, tchefouri, tchôouri ;
poule, kogoïa ;
coq, kogoïa anker ;
pintade, gouleï ouôno ;
corbeau, ouôgé (qui mange) ;
milan, faucon, elî ;
vautour, zinki ;
autruche, soôn ;
fourmi, mêlé ;
termite, tchenôou ;
mouche, sôdon (pl. sodona) ;
taon, sôdon berkeï ;
moustiques, ntégi ;
viande, gibier, îni ;
graisse, ôdou ;
peau, aché ;
enlève la peau, écorche, aché der (ter)
peau de mouton, aroué ;
peau de bœuf, delâ ;
lait, ié ;
lait frais, ié deressô ;
lait caillé, kanéché ;
beurre, émpé ;
beurre frais, takéré ;
corne, yaga, yaï ;
pied, dégé ;
trace (pied de cheval), dégé aské ;
patte, koskol ;
queue, fédé ;
fiente, fourtché ;
bête morte, agâfer ;
œuf, kouli ;
des œufs, koulé ;
nid, yégé tchôourou ;
plume, legâlem ;
aile, afiré ;
bec, ki ;
beaucoup, nombreux, montô ;
beaucoup, très, bodo ;
peu, addi, addé ;
Singulier et pluriel. — La lettre é est généralement la caractéristique du singulier.
dôou, la fille ;
dôoué, une fille ;
On forme le pluriel soit en ajoutant a, â au singulier, soit en remplaçant par cette lettre la voyelle finale du singulier.
adé, une femme ;
adéâ, des femmes ;
kidi, un chien ;
kidiâ, kidâ des chiens ;
azé, un forgeron ;
azâ, des forgerons ;
Karré, un Kreda ;
Karrâ, des Kreda ;
Dâzé, un Kecherda ;
Dâza, des Kecherda ;
bô, pl. bâ, grand, long, haut ;
gâlé, pl. ngelâ bon joli ;
adéâ karrâ bodo ngelâ, Les femmes kreda sont très jolies.
Il y a aussi des pluriels en ô, ou,
di, une chamelle ;
dô, dou, des chamelles, des chameaux ;
édi, lance, arme,
oudou, lances, armes ;
tchefouri, tchôouri, oiseau ;
tchefourô, tchôourou, oiseaux.
Les pluriels en é sont assez rares.
kouli, un œuf ;
koulé, des œufs.
Il y a enfin quelques pluriels irréguliers.
aou, un homme, une personne ;
ammâ[325], les gens.
J’ai une vache qui a beaucoup de lait, tani for tron taré ié montédé ti.
Je veux vendre ma vache quinze thalers, tani fornder berander gourssa mordomé (dix) safôou (cinq) tchoassergé.Dâza dou monto.
Les Kecherda ont beaucoup de chameaux. Dâza dou monto didi.
As-tu vu le slougui ? entâ kidi zaïlaou dodomba[326].
Le chat a mangé dix rats, grands comme la main, ki korâ bâ (grands) ké (main) aïgouor mordom oué.
Tu manges de la viande, entaï îni boungé.
Tu laisses le lait, entaï ié soengé.
Veux-tu cinq thalers ? entaï gourssa safôou braningé o alla.
Les fétichistes mangent les bêtes mortes, yongora agafra odégé.
Les Kreda boivent beaucoup de lait, Karra ié monta kidigé.
Cet homme m’a volé deux moutons, agné dé arkondera (mes moutons) tchou (deux) oudjé.
Il a volé mon âne et s’est enfui, agernder ouïnto tcharkô.
Je l’ai rattrapé, tani agné aï ndjander[327].
Les Kouri tuent l’hippopotame avec la sagaie, Koura grinti édidi tchitou.
Je dis la vérité. Je les ai vus dans le baḥr, djéré fadrégé. Fôdi (baḥr) doro (dedans) doder.
Ce chameau est malade. Les mouches l’ont piqué, gouéni ouôché. Sodôn gouéni ouôgé.
Je monte à cheval, tané aské digé.
Sais-tu monter à cheval ? entâ aské hananem migi da.
Je sais beaucoup, bodou hanandregé.
Ce cheval court très vite, aské bodou djaougé.
Je te donne un mouton, tani arkô adôouandergé.
Les Kreda ont de nombreux troupeaux, mais ils ne mettent pas de vêtements neufs et gardent des pagnes déchirés, Karra reuzô monto dedî, algâ eski mosso denni zezerâ (déchirés) doro tagantegé.
bois, aké, akké.
La termite mange le bois, tchenôou aké ouogé.
Regarde cet éléphant, koun aï râ.
Qu’il est grand ! mofindi.
Que mange ton singe ? degelnom endi (quoi) ouogé.
Je vais vendre ma chamelle, dêdo dinder djoassergé.
LES POPULATIONS
homme, habitant, aou, pl. ammâ, ambâ,
infidèle, aou kirdi ;
— yongor, pl. yongora ;
musulman, aou meslem ;
chrétien, nessara ;
Européen, nessara tchô (blanc) ;
Juif, iôoudi ;
les Toubou, Dâza ganna ;
les Toubou du Sud, les Gouran, Dazagadâ ;
les Kreda, Karra ;
les Teda, Tedâ ;
les Kanembou, Aoussâ ;
les Haddad, Azâ ;
Haddad forgerons, Azâ agildâ (égilla)
enclume, égeli, ageli ;
Haddad de filet, Azâ segidâ ;
filet, ségi ;
Haddad de flèche, Azâ battardâ ;
sac en peau pour les flèches, battara ;
Toundjour, Kourâda ;
Ouadaïens, Koursa[328], Kouga ;
Baguirmiens, Bagréa, Beugréa ;
Touareg, Kinina ;
Oulâd Slimân, Ouachila ;
Fezzanais, Fizâna ;
Kouka, Kouka ;
Boulala, Boulala ;
Kouri, Kourâ ;
Boudouma, Kourâ Boudouma ;
Arabes, Aroua ;
Haoussa, Hâoussa ;
Bornouans du Kanem (Dalatoua), Kagâ ;
Bornouans du Bornou (Kanori), Azâ ;
Les nomades (gens de la brousse), ambâ ouoni ;
ennemi, erdé, irdi ;
je pille, boregé (je mange)[329] ;
je détruis, je casse, korgé ;
La langue des chrétiens est difficile, médi nessara tosso (difficile).
Les Ouadaïens se sont levés de leur pays et viennent nous faire (apporter) la guerre, Koursa bi (pays) sontô iertchento, rêdo ngôou (guerre) djetégé.
Le chrétien a emmené le chef de village, bougdi (bougouri) némanga nessara ndêto (ndit).
Ces hommes-là sont Kanembou, amba da Aoussâ.
Nous voulons l’aman, tantâ aman brantregé.
Ces gens-là sont méchants, ammâ da zontâ.
Ils nous refusent l’aman, aman braïn denni ;
— amma da aman tchêtto.
Les Kreda ont fait fuir les Arabes, Karra Aroua foïento.
Ils ont pris du bétail aussi nombreux que les grains de sable (que la terre), reuzô monto tafô (terre) kégé (comme, semblable) gouïento.
Les Arabes ont eu peur des Kreda. Ils s’enfuient, Aroua Karra aouché (peur) ntô. Tcharkétégé.
Les Kreda n’ont pas peur, Karra aouché ndenni.
Ils aiment beaucoup la guerre, ngôou bodo braïntégé.
Cet homme-là a peur, agné dé aouchéngé (aouzégé).
Cet homme-là n’a pas peur, agné dé aouchénné.
Les Kreda aiment beaucoup se battre, Karra oudou (lances, armes) monto braïntégé.
Les Oulâd Slimân ont de longs fusils, Ouachila ouni (feu) douroussou di.
Les Kouri vont pêcher beaucoup de poisson, Kourâ bossô idouro[330] (dartégé) dertégué.
Badjouri a fait la guerre aux blancs. Il a fui. Badjouri erdé (ennemi) nessara ké (avec). Tchaou.
Les Boudouma sont infidèles, Boudouma yongora.
Ils ne font pas salam, selli denni.
Les chrétiens sont très savants, ils connaissent tout, Nessara éné (chose) monto annaïentégé. Ganna (indina)[331] annaientégé.
Les Bornouans sont des marchands, Agâ tezer[332] djintigé.
Les Bornouans vendent beaucoup de choses : pagnes, sucre, miel, oignons, tabac, Agâ éné monto djoassédégé : algâ, souger, abibou, bassel, tâoua.
Les Karda sont allés se battre avec les Ngalamiya, Karda teurtou (sont allés) gôdou (ils se sont battus) Ngalamiya
Les Karda ont détruit le village, Karda teurtou ni gerto (ils ont cassé).
Les Kanembou et les Bornouans ont un même ancêtre, Aoussaé Agaé dezé sontô tron.
L’ancêtre des Kreda est venu du Borkou, Karra dezé sontô Borkoudé ré.
Les Boulala se sont jadis mélangés aux Arabes. Arouaï Boulalaï gené (autrefois) kazâ (mélangés).
Les Ouadaïens se battent avec les Bornouans. Ils ont beaucoup de soldats, Koursa Kaga ké (avec, ensemble) gouottoga. Asker bodo deï (didi).
Pourquoi les Karda et les Ngalamiya sont-ils en désaccord ? (se battent-ils ?) Ngalamiya Karda gouettegé bosso[333] (raison de guerre) gna (quelle).
Je suis Tedâ (fils de Tedâ), Tané Tedémi — Tané Tedéou mi.
J’ai vu cinq Teda, Tané Tedâ fôou doder.
Les gens du Kanem sont très nombreux, amba Kounouma monto.
Nous sommes Kecherda, tantâ Dâza.
Les Foulata ont détruit la ville des Kanouri, Foulata ni Agâ bô gerto.
Les Haddâd Bedossa tuent beaucoup de gibier, Azé Beurossâa oudani bori tcheteg.
Ils le prennent dans leurs filets, ségi sontô doro gouïentégé.
J’ai peur du chrétien, tani nessara aouzergé.
Je m’enfuirai, tani yargé.
Les Kreda ont beaucoup de bétail : des chevaux, des brebis, des chèvres, des vaches, Karra reuzô monto : askané monto, adena monto, arkoani monto, forani monto.
L’HOMME
L’homme, la personne, aou ;
les gens, ammâ ;
tête, dâou ;
visage, figure, bérê ;
cou, gorge, taï ;
nez, tchâ ;
langue, terché, tréché ;
œil, sa ;
bouche, ki, tchi ;
dent, dents, té, téâ ;
lèvre supérieure, tchi ngoulidé ;
sur, dessus, en haut, ngouli ;
lèvre inférieure, tchi geskeïdé ;
dessous, en bas, geskeï ;
oreille, si ;
cheveux, defeni, tounouhou ;
barbe, kayassa ;
moustache, charra ;
peau, kassar ;
bras, djessé ;
avant-bras, goui ;
pied, dégé ; dégé bidôou ;
à pied, bidi ;
à cheval, askédé ;
jambe, dégé ;
cuisse, gerré ;
fesses, modi, moura ;
verge, wo, foudi,
testicules, bourto ;
vulve, ou, kogo ;
main, ké ;
doigt, aoué ;
poitrine, koundjou ;
cœur, aor, aouor ;
je crois, je pense, aor derô ;
flanc, terkên ;
épaule, âferi ;
dos, koussour, koussar ;
ventre, kedji ;
sein, mamelle, togom, tougoum ;
os, sôro ;
ongles, torkon ;
sueur, dêfi,
je sue, tani dêfi ;
abcès, tumeur, droub tchorô[334] ;
pus, dou ;
plaie, blessure, ngo, oungo ;
aveugle, arô ;
borgne, ôlou ;
œil rouge, kolo mâdé ;
sourd, mougo ;
muet, sôdor nôssédé ;
imbécile, magazi ;
fou, idiot, michidé ;
propre, bôli, djêno danni ;
sale, djêno ;
plein de graisse, empêdé djênidé ;
fort, solide, donadé ;
faible, lêdé ;
fatigué, lobbé, lobtché ;
vivant, niri ;
mort, noss, nôsso ;
je meurs, nossergé ;
content, hananer — kannaï tchidou ;
triste, aouerdé[335] ;
bon, bien, tchossô ;
paresseux, têfi ;
vaillant, kayasou ;
faim, agaï ;
j’ai faim, agaïdergé ;
qui a faim, ag édé, oudé, ouré ;
qui a soif, gôdé, gouédé ;
ivre, sekrantédé (ar. سكران), égichidé ;
dedans, dorô, derô ;
dehors, agâ ;
Je te crois (il y a dans mon cœur) médinom aortango dorô tché[336].
J’ai mal à la tête, dâou djezentégé (fait mal).
J’ai mal au cœur, aouornder djezentégé.
Je crois que je suis malade, aouornder dorô tani ouoché.
Je réfléchis, je cherche, dâounder derô bodo kouendregé
Les Kreda sont courageux (leur cœur est dur), karra aorontô (aor sontô) kedjesso[337].
J’ai faim, tani oudé.
Mange du couscous, ti ouô.
Tu as soif, entâ gouédé.
Je suis un peu fatigué, tani addeï lobbé.
Nous sommes très fatigués, teuntâ bodo lobbâ.
Nous voulons nous reposer, teuntâ berander dôssergé.
Ma mère est morte, aïander noss.
Voilà pourquoi je suis malade, djellando (à cause de) tani ouoché.
Pourquoi êtes-vous tristes ? neuntâ indi djelando (pourquoi ?) aouerdâ.
Notre mère est morte, aïâ tantâ noss.
Voilà pourquoi nous sommes tristes, djellando tantâ aouerdâ.
Je ne suis pas content, tani aouornder tchossô (bien) ché.
Tu es très content aujourd’hui, enta bêni (aujourd’hui) bodo aornom tchossô.
Les chrétiens ont beaucoup de barbe, nessara kayassa monto.
Cette femme-là m’a mordu, adé dé tani djogé (ouogé).
Cet homme-là a été tué, aou dé noussedé.
Crois-tu ce qu’il dit ? médisenn aï aor doro taï da.
Je le crois, médisenn aor doro taré.
Je crois que c’est vrai, médi djéréro aor doro taré.
Je n’ai pas vu ta femme, adénema doderda.
Est-ce qu’elle est malade ? ouoché oalla.
Elle n’est pas malade, ouoché ché.
Elle est allée à Gamzous, Gamzous tér.
Cette femme a mordu son mari à l’oreille, adéï aï agnésenn si dero ouogé.
Tu es triste, aornom ouodô (amer).
Cet homme est fâché, agné aï bodo deloumtédé.
Cet enfant a une grosse tête, kalléï dé dâou bô.
Il n’a pas de cheveux, defenî danni. tounouhou denni.
La jeune fille kreda a des seins fermes et de longs cheveux, dôou dôoudji karré togom ouor kachara monto.
Mon ami a un nez très long, agné saander dé tcha dourousso.
La peau de cette femme est sale, kassar adéou da djêno montodé di.
Elle ne se lave pas, toultchingé beï.
Je me lave, bérênder touloudergé.
— kassarnder touloudergé.
J’ai un œil qui me fait mal, sa tron djezentégé.
J’ai frappé cet homme d’un coup de lance, agné dé édidi ébourgé.
Cet homme m’a fait une grande blessure, agné aï tani tchobé (plaie) zogol gessô.
Les cheveux de ma sœur sont pleins de beurre, kachara dedibnder empé monto di.
Cet homme lui a donné un coup de couteau au flanc, aou dé terkên djenada tchobô.
Apporte-moi le rasoir. Je vais lui raser les cheveux, bobori kourtô. Definisenn barander koregé (terergé).
La femme kreda a les cheveux très longs, adé karré dâou kachara monto di.
Cet homme est ivre, agné dé sekrantédé.
Il crie et il chante parce qu’il est ivre, loulou (cris) dindigéni doôn gouadjégéné sekrantédé djellando.
LA CASE
case, yégé ; do, dou.
case en nattes du campement, yégé kaouéou.
la porte, yégé tchi.
lit, kidi, tororo.
natte, ragâ, kaoué.
calebasse, aoueï.
pot en terre, bourma, gouro.
cruche, telti.
pierre pour piler le mil, tougou.
bagages, tîna.
caisse, sendoug (ar.).
panier, sompô.
bouteille en paille tressée, kouria, koltcha.
peau, aroué.
grand sac en peau, diouroumpou.
petit sac en peau, kougou.
bouteille, petite calebasse, gazas.
lait, ié.
couscous, ti.
sucre, souger.
miel, abibiou, assel (ar.).
tabac, tâoua, tâba.
je fume, tané tâoua iargé (je bois).
bois à brûler, aké ouniou.
feu, ouni.
je mets le feu à la brousse, ouni ouôno derô tindrigé.
le feu s’est éteint, ouni nôssedé.
fumée, zé.
feu (endroit), koueï ouniou.
âtre, mouskara.
corde, ézi, euzi, âzi.
bande de coton, gabaga, fédégé, pl. fédégâ.
sandale, ézé.
déchiré, teredên.
cassé, tegertô.
vieux, hors d’usage, kobodjé.
hôte, eussourdé.
à côté, à, sur, ouda, daa.
sur, dessus, en haut, ngouli.
dessous, en bas, geskeï.
As-tu faim ? entâ agédé o alla.
Oh oui, je veux manger du couscous et de la viande et boire du lait, ô, tani berander ti boregé, îni boregé, ié iargé.
Je veux manger du poisson, tani berander bossô boregé.
Les Kreda font leur case avec des nattes, Karra yégé kaouéou kessédégé.
Prends mon cheval et mets-le dans ta case, askétango gouôn donoum ndereddi[338].
Quand tu viendras, j’agirai ainsi, entâ néroô aïkégé kessergé.
Allons boire, iourro orenta (iardergé).
Je t’ai donné trois thalers, gourssa agouzou ninder.
Il m’en reste deux, tchou sagatchéké.
Cet homme fait des nattes, agné dé ragâ gességé.
Cet homme veut me tuer, agné aï braïnté djittigé.
Je vais chez cet homme, tani yegé agné aï darégé.
Je n’ai pas de mil, ngaéla tarédé.
Cet homme est dans la case, agné aï yegé dorô tché.
Je rentre dans la case, yegué derô dofôdrégé[339].
Viens avec moi et rentre dans la case, tanikéé iourro, yegé derô sofô.
Il sort de sa case. agné dé yégédé tchorogé.
LA BROUSSE
pays, bi, lardo[340] ;
lieu, endroit, koueï ;
cet endroit-ci, koueï aï, koyaï ;
terre, tâfo ;
eau, eyé, ié, ii, i ;
brousse, lé (herbe) ;
— ouâna, ouôno ;
fleuve, fôdi ;
Ouadi (grand), enderi ;
Ouadi (petit), koân ;
mare, barégé ;
source, nayala, tôet ;
puits, igé ;
eau natronée, erôou ;
natron, âré ;
plein d’eau, ié tougoumtéré ;
sec, ntchordo ;
tout autour, erri, erré ;
devant, kourri, koui ;
derrière, saga ;
île, tchoukou ; koueï erré kourri ié kourridé ;
sable, anéché ;
argile, boue, lôou ;
marécage, lôou montodé ;
roseaux, aoueï ;
pierres, eï ;
montagne, eï, pl. eïâ ;
— eï monto ;
caverne, grotte, bour, bourrou ;
chemin, zouleun, zoulôn ;
endroit où l’on campe, fâgé ;
bât de chameau, gômbo ;
sel, kobcha ;
pirogue, talé, ndalé ;
pirogue en bois, mâgara ;
pirogue en roseaux, ndalé aoueïo ;
filet (pour la pêche), foudou ;
morceau de bois, akké ;
voyageur, djelloub ;
comme, kégé ;
comme cela, takégé ;
même chose, semblable, tourouzé, tourzou ;
loin, dogo ;
près, édin, édené ;
près de, édin, édin ké ;
pluie, saison des pluies, année, ngêlé ;
vent, aouôn, aoueun ;
nuage, kedi, kodi ;
pluie, tornade, ié, i (eau) ; ngêlé ;
tonnerre, éclair, kendjelé ;
le froid, kiri ;
J’ai froid — Il fait froid, kiridé ;
Il fait chaud, keddé ;
ciel, saï ;
étoile, teski, teské ;
lune, mois, aouri, euouri[341] ;
soleil, ezéï, ézé ;
le soleil n’est pas encore couché, ezeï tché (il y a) ;
le soleil est couché, ezeï der, dôou ;
jour, béné ;
nuit, dogosso ;
aurore, belké, fidjeni, loufoïer[342] ;
9 heures du matin, oualtaha[343] ;
midi, tougoudi ;
je fais la sieste, tougoudergé ;
2 à 3 heures du soir, addour[344] ;
6 heures du soir, lahar ;
repas du soir, lessâ[345] ;
soir, toaï ;
coucher du soleil, magôrfo[346] ;
est, tadji ;
ouest, toouaïdji ;
nord, iâla ;
sud, eunoum ;
poste, géger ;
mur, gourou ;
soldats, askera[347] ;
où ? kondôdou ; kondô tché ;
qui, quel ? ndja ;
à qui ? ndjaou ;
ici, koyaï (koueï aï) ;
là, addou ;
quoi ? indi ;
qu’est-ce que cela ? éné aï indi ;
qu’est-ce qu’il fait ? éné aï indi kességé ;
à cause de, parce que, djalando, djellando ;
pour cette raison, c’est pour quoi, éné aï djelando ;
pourquoi ? indi djalando ;
pourquoi faites-vous cela ? indi djellando éni aï kessedengé ;
à cause de quoi ? éné djellando — édé djellando ;
combien ? indi gouor — indi kora ;
où vas-tu ? kondôdou ntédégé ;
je ne vais pas loin, dogo denni ;
je vais loin, dogo darégé ;
quelle est ta tribu ? djilénom[348] dja ;
dis-moi ta tribu, djilénom tofa (fa) ;
quel est ton nom ? kiêrnom ndja ;
qui es-tu ? entâ ndja ;
je suis Kreda, tani Karré ;
je suis Noarma, tani Noéré.
Quelle est ta tribu ? Es-tu Ngalamiya, du Mourtcha, es-tu Kecherda ? enta djilénom ndja ? Ngalamiyé o alla, Mourtchadé o alla, Dazé o alla.
A qui est ce fusil ? ounoufoul aï ndjaou ;
C’est loin comme de Massakory à El Gara, Dagana-Gara kégé dogo ;
Est-ce que Falé est loin ? Falé dogo ?
D’Aouni à Falé c’est comme de Falé à Koudou, Aounié-Falié, Falé-Koudou takégé ;
Je vais à Aouni, tani Aouni darégé ;
Cet homme me demande le chemin du Dagana, agné aï tani djouodégé zeulon Dagané kondodé tché ;
Ce soir j’irai au Baḥr el Ghazal, toaï fôdi derégé ;
Je vais prendre femme, tani adé gouendergé ;
Je veux prendre une femme kreda, tani berander adé kérédôou[349] gouendregé ;
J’ai vu une biche, tani oudên doder ;
Je suis très content, tani monto hananer ;
Je n’ai pas pu aller à Fort-Lamy, Koussri ranger denni ;
C’est impossible — On ne peut pas, aou raké denni ;
Il y a beaucoup de boue sur le chemin, lôou monto zoulen da ;
La mare est pleine de boue, barégé lôou montodé ;
Quand il a plu, l’herbe verte a poussé, i dôou, lé (herbe) zedo (verte) gorô (tchorô) ;
Il a plu énormément et la lagune du Fitri a débordé, i monto dôou, ié fôdi Fitri agâ (dehors) tchorogé ;
Tu as entendu ce qu’il a dit ? médisenn bazo da ;
Il parle arabe. Je ne comprends pas, araga fadégé. Tani hanandredé ;
Il y a beaucoup de gibier dans la brousse, ini monto ouôno tché ;
Je m’embarque dans la pirogue, mâgara derô zodergé (je rentre) ;
La mare de Djodol est à sec. Il n’y a de l’eau que dans le puits, Djodol koan ntchordo, i denni. Igé i di.
Le soleil se lève, ezeï tchorogé (sort).
Oh, qu’il fait chaud ! Je vais enlever mon vêtement, Keddé ! Ezeï bodo keddé, bi keddé ; algé tregé (derergé, terergé) ;
J’ai froid. Je vais mettre mon vêtement et un autre pantalon, tani kiridé. Algé kouédé mosrogé, achrên kouédé tindrigé.
Demain de nombreux Kecherda viendront au marché, fekké kassogo Daza monto rédégé ;
Ils vendent des vaches afin de pouvoir acheter des pagnes, algâ djalando ferâ djoassédegé ;
Je comprends ce que tu me disais hier, médinoma ngodaï (hier) dogosso (nuit) hanandregé ;
Tu as frappé ma femme, adétango ii (idoum) ;
Je te tuerai, tani entaga nidrigé ;
Parle. Qui t’a frappé ? Fa. Ndjaï gouontcheï ?
Dis donc ce que tu as à dire, médinom fa ;
Donne-moi du lait, ié tén ;
Il n’y a pas de lait, ié béï ;
Je suis pauvre. Donne-moi un peu de couscous pour ma femme, tani talaca. Ti addi tén adénder iender (je donne) ;
Emmène mon cheval au Baguirmi et tu le vendras cinquante thalers, askétango gouôn. Nabagari déd (emmène). Qourso meurtafôou (cinquante) djoas.
Il est allé chasser dans la brousse, agné aï ouôno ini tchédégé.
L’homme s’est arrêté, agné tozo tché ;
Pourquoi s’est-il arrêté ? indi ntozo tché ;
Qu’est-ce que tu fais là ? indi koueï aï kessengé ;
Je veux pisser, je pisse, tani kossozombregé ;
Je reste ici, tani koyaï (kouar) tozo ;
Cet homme s’en va, agné aï noukoungé ;
Il est resté derrière, maré saga bozô ;
Tu comprends ce que je te dis ? médinder bazo da ;
Oui, j’ai compris, ô douazo ;
Je sais parler un peu le gourân, tani médé Daza addé hanandrégé ;
Pourquoi as-tu fait cela ? indi djellando kesseï.
Pourquoi vas-tu au marché ? indi djellando kassogo ntédégé ;
Je vais vendre des gabag, fédégâ djoassergé ;
Cet homme sait bien manier la lance, agné aï édi bodo anaïengé ;
Regarde ce cavalier. Il va vite. aou dé askédé ran. Bodo tchaougé ;
Le chef est vieux, derdaï bougdi.
Il a beaucoup d’expérience, médé ed dounia[350] bodo anaïengé ;
Il sait tout, agné aï indina anaïengé ;
Cet homme va chasser dans la brousse, agné aï ouono îni tchédégé ;
Il en a tué huit, osso tchédo ;
Un Haddad est allé hier à la chasse, azé ngodaï (hier) ouôno dêdo (têdo) ini tchidigé ;
Il marcha longtemps et il vit une autruche posée sur ses œufs, bodo dêdo soôn tron kouléda issou (était couchée) tché dôdo ;
Il se dissimula, s’approcha doucement et la tua d’un coup de flèche, djeradên (il se dissimula) kéaï kéaïdé dêdo (alla) kolô tédeni[351] (s’approcha) féré tchoboni (frappa) tchidou (tua) ;
L’autruche tombe, agite ses ailes et meurt bientôt, soon dedôou (tomba) djingé (il fait) afiré énédjengé (agite). Adiné noussogé ;
Le Haddad alla enlever la dépouille et revint au village, azé sotto aroué soon gouyengé ni dêdo.
Où est mon frère ? kondôdou dinbirinder ;
A l’Ouadi, koandou koueï ;
Il est de ce côté-ci du baḥr, maré koandou koueï édené ;
Il est de l’autre côté du baḥr, maré koandou koueï dogo ;
Où est ton ami ? kondo tché saanom.
Il est dans la case, il dort, yégé doro tché niakengé (gnakengé).
A qui est ce couteau ? djana dé ndjaou.
Quel est cet homme ? agné aï ndja.
Quelle femme ? adédé ndja.
Qu’est-ce que tu vends ? enta endi tchoassengé.
Cet homme refuse de venir ici, agné aï tchédo koueï aï régé.
Les pieds enfoncent dans la boue, dégé lôou derô zedegé.
On ne peut pas aller à Fort-Lamy, aou Koussri raké (rankégé) denni.
Cet homme a pris le voleur parce qu’il s’enfuyait, agné aï oudé djaentégé djelland tchaou.
Qu’est-ce que tu es venu faire ici ? koueï ntêdo entâ endi kessengé.
Dis au boy d’aller dans la brousse chercher du bois pour faire cuire le mouton, boy dou fa ouono tédena (il va) aké gouodji qorté (il coupe) arkouaï soento[352].
Allume le feu, ouni founou.
Je mets du bois dans le feu, aké ouni dorô tindrigé.
Écorche ce mouton et mets-le sur le feu pour le faire cuire, arkoué ina (viande) aché (peau) derna (enlève), ouni soentena.
Quand il sera cuit, nous le mangerons, bâfo (cuit) bedergé.
Je suis couché, je dors, tani disrigé, tani dissigé.
Nous voulons nous reposer, tantâ berander dossergé.
Un Kouri ira demain chasser l’hippopotame, Kouré tron fekké (demain) têdo grinti tchidigé.
Il a une grande sagaie au bois de laquelle est fixée une longue corde, édi bo edîdidi[353] euzi (corde) dorosso (longue) daa (sur) toïonto.
Il lance la sagaie quand il voit l’hippopotame et celui-ci plonge sous l’eau, grinti dodô edi kossotchengé[354] grinti tchobô, grinti fôdi dero zodô (il est rentré).
La corde le suivra et quand il sera mort le Kouri mettra la viande dans la barque, euzi grinti kéé tadégé, grinti nosso Kouré ini talé doro gouyentégé.
LE TEMPS
saison des pluies, année, ngêlé ;
cette année-ci, ngélé ai ;
mois, aouri, euouri ;
jour, bé, bi ;
aujourd’hui bêni, bêné ;
demain, fêkki, fêkké ;
demain matin, belké ;
après-demain, sâgadé ;
dans 8 jours, kâgo ;
hier, ngodaï ;
avant-hier, ngarto, ngardo ;
hier dans la nuit, ngodaï dogosso ;
avant-hier soir, ngarto toaï ;
il y a cinq jours, bêné dagassa (nuits) fôou ;
il y a deux jours, bêné degessa tchou ;
autrefois, il y a longtemps, ânou, ânoou — géné ;
bientôt (près), edin, edine, édené ;
maintenant, no, nou, onno ;
après, ensuite, nîngéré ;
toujours, ioum allaou ganna[355] ;
jamais, abada[356] ;
avant, gaddé ;
après, âskidou ;
dimanche, ezel lado[357] ;
lundi, ezelé tenima ;
mardi, ezel talago ;
mercredi, ezel larafa ;
jeudi, ezel laïsso ;
vendredi, ezel eldjoa ;
samedi, ezel soudou.
Demain j’irai voir le campement kreda, fekké tani dêdo né Karraou randergé.
Demain j’irai au Baḥr el Ghazal, fekké fôdi deregé.
Il y a cinq jours que je suis malade, dagassa fôou tani ouoché.
Il y a longtemps que les Dagana ont abandonné le baḥr aux Kreda, bêni anôou Aroua Dagana zoko[358] (partirent) fôdi Karou sôppo.
Il y a dix ans, ngela mordom bozo[359] tché.
Il y a dix ans, il n’y avait pas d’Européens dans le pays, bêni nguela mordom nessara lardo da bekki.
Dis-tu la vérité ? médinom djéré da.
Je ne suis pas un menteur, tani médé ché.
Donne-moi encore du lait, ié tén nintchidou.
J’ai soif, tani gouédé.
Ce mois-ci j’ai gagné dix pagnes, aouri aï algâ mordom fanger.
L’année dernière il a tué dix hommes, ngelé kandjendédé agnâ mordom tchêto.
Nous sommes à la fin du mois, aouri edin (bientôt) tozo (fini).
Le mois est fini, aouri nôssedé (est mort).
Vas-tu au marché aujourd’hui ou demain ? bêni kassogo ntadégé o alla fêkké ntadégé.
J’y suis allé hier et avant-hier soir, ngodaï dôgosso ngardo dôgosso dêdo.
Je comprends ce que tu me disais hier, médinoma ngodaï dogosso hanandregé.
As-tu vu mon chien ? Kiditango dodomba o alla.
Oui, je l’ai vu aujourd’hui, o bêni kidinom doder.
Aujourd’hui il fait froid, bêni ouôou.
Ma femme est morte hier, adénder ngodaï nosso.
Reste longtemps, ânoou douboussou.
Cet homme est resté deux jours dans le village, agné dé ni dorô dogessâ (iouâ) tchou bozô.
Je crois que j’irai bientôt à Boullong, aor dorô edin Boullong dérégé.
Autrefois ils tuaient beaucoup de gens, géné ammâ bodo tchétto.
Cet homme veut que je parte, agné aï brayengé tani darégé.
Depuis combien de jours ? bêni dogessâ indi kora.
Dans combien de jours ? bêni nintchidou (encore) degessâ indi kora.
J’ai vu cette femme il y a cinq jours, adé degessâ fôou doder.
Je m’en irai dans douze jours au Baḥr el Ghazal, bêni nintchidou degessâ mordom satchié tani fôdi derregé.
Reste longtemps dans le village, yegé dorô anôou douboussou.
J’y resterai cinq jours et ensuite je reviendrai, tané derô dogossâ fôou doubouzergé nîngéré sagaï roregé.
LES PLANTES
arbre, akké, pl. akka ;
arbre vert, akké zédé ;
arbre mort, akké ntchordo (sec) ;
feuilles, kolou akkéou ;
branches, targaza ;
écorce, afên ;
épines, âlé ;
doum, sôou ;
palmier-doum, sogodoou, sôoudoou ;
palmier-dattier, sogodoou timbéou ;
dattes, timbé ;
dattes du Borkou, timbé Borkoua ;
bois d’ambadj, tororo ;
mil, grain, ngaéla ;
blé, alkam[360] ;
farine, di ;
son, aronko ;
maïs, mâssera ;
champ, lougan, kôlo ;
coton, kouentougo ;
melon, pastèque, eulou ;
arachides, koldjé, koltchi ;
huile d’arachides, empé koltchi ;
oignon, bessel[361] ;
ail, agoulou ;
riz, ris[362] ;
haricots, gâlo, gâlou ;
savonnier, hadjlidj, alôou ;
jujubier, nabag, tchodogo ;
châou, ouedolou ;
tamarin, ardéb, madar ;
karno, kournou ;
makhèt, môdou ;
kréb, degêr ;
bêche, bônou ;
hache, tar, toar ;
je coupe le mil, ngaéla korgé ;
je bats le mil, tani ngaéla torgé ;
vert, zédé ;
sec, ntchordo ;
humide, inneï ;
herbe verte, lé zédé ;
herbe sèche, lé ntchordo ;
mûr, bâfo ;
doux, tchoussou, tchossô ;
amer, ôdo, ouodô.
Les Kreda mangent beaucoup de doum, Karra sôou bodo odégé.
Quand les Kreda n’ont pas de mil, ils mangent du doum, Karra ngaéla beï sôou ouodégé.
Les chrétiens font de l’huile d’arachides, koltcha empé guessérégé nessara.
Les Kreda aiment beaucoup le bétail, Aoussâ reuzô bodo braïntégé.
Ils aiment aussi avoir beaucoup de mil, kolo braïntégé ngaéla monto.
Ils aiment la viande, ini braïntegé.
Quand le mil ne vient pas chez les Kouka, les femmes vont dans les ouadis, creusent dans les fourmilières et apportent le kreb afin de manger, Kouka ngaéla beï tégésso koan derô adéa tourtou mêlé loento (creusent) dégêr gouertêdo[363] ouédégé.
Les Boulala aiment beaucoup le cochon, Boulala gôdou bodo dâko (dakétégé).
Je coupe cet arbre afin de faire manger les feuilles à mes moutons, tani akké aï korgé adenânder kolou akkéou ouôdégé.
Je veux manger des dattes, tani berander timbé bourgé.
Cet homme récolte (coupe) son mil, agné dé ngaéla koregé.
NOMS DE NOMBRE
un, deux, trois, tron, tchou, agozou ;
quatre, cinq, six, touzô, fôou, dessé ;
sept, huit, neuf, toudoussou, osso, issi ;
dix, merdôm, mordôm ;
onze, mordôm satrôn ;
douze, mordôm satchié ;
treize, mordôm sagozé ;
quatorze, mordôm satouzé ;
quinze, mordomé safôou — merdom isafoé ;
seize, mordom isadessé ;
dix-sept, mordom isatoudoussié ;
dix-huit, mordom sossié ;
dix-neuf, mordom saïssié ;
vingt, digidom ;
vingt et un, digidom isatronié ;
vingt-deux, digidom isatchouié ;
trente, merta agozou ;
quarante, merta touzô ;
cinquante, merta fôou ;
soixante, mertadessé ;
soixante-dix, mertatoudoussou ;
quatre-vingts, merta osso ;
quatre-vingt-dix, merta issi ;
cent, kidri (pl. kadra) ;
mille, doubou.
J’ai acheté ce cheval pour 155 thalers, aské aï tani gourssa kidrié mertafôou safôou ior (iober).
Combien vends-tu ce mouton ? Deux gabag, arko aï indigouor tchoassengé fédégé tchou.
Donne-moi 24 thalers et 8 gabag, gourssa digidom satozo fédégé osso tén.
J’ai vu 4.852 vaches, tani ferâ doubou (godou) tozo kadara osso meurtafôou satchou doder.
J’ai cinq gabag. Je vais les donner à mon ami, fédégé fôou taré. Saander iendregé.
Combien veux-tu de ce mil, ngaéla aï fédégâ indikora damo.
Il y a dix ans, ngela mordom bozo tché.
J’ai un thaler. Je cherche du beurre, tani gours taré. Empé kouendregé.
Je serais content si le blanc me donnait 250 thalers, goursa kadara tchou mertafôou bodo aornder tchésô nessara djentô (donnait).
JURONS
Bête morte mauvaise, fils de chien blanc ! Correspond à l’arabe : tis ammek, agafro zonteï kidi tchô mé ou aïanomaou.
Qu’une lance te traverse le foie ! édi mahannom (massennom) ntchéder.
Que la foudre te tue ! kendjeleï ntchi (intchi).
Que la variole te tue ! aré ntchi.
Qu’une maladie inconnue te tue ! bâla hana dendeï ntchi[364].
Tu pues. Que Dieu te tue ! dôdo Allah intchi.
CHANSONS KREDA
No 1.
LougoumLougoum tchosôbon Lougoum est un beau pays.
Ferâvaches montobeaucoup Il y a de nombreux troupeaux de vaches.
Askâchevaux montobeaucoup De nombreux chevaux.
Kendjâcaptifs montobeaucoup De nombreux esclaves.
Iankibijou bôgrand, beaucoup Beaucoup de bijoux.
Adenâmoutons montobeaucoup De nombreux moutons.
Enéchose tiil a derdésultan béïne pas Il y a des choses que ne possède même pas un sultan.
Adâchoses gannatoutes tédrounous avons Nous y avions de tout.
Antchallaparadis dinôoudu monde C’est le paradis du monde.
BintrouNotre pays bidià tout bélsupérieur Notre pays est supérieur à tous les autres.
Kallahantrônotre paix bôgrande Nous y jouissions d’une grande paix,
Dougoulilion dannine pas Il n’y a pas de lions.
Ardiennemi, ennemis askédéà cheval Il n’y a pas de cavaliers ennemis.
Degéssédéils courent dannine pas Qui vous poursuivent.
Mouloufourhyène dannine pas Il n’y a pas de hyènes.
Koroâmorts dannine pas Il n’y a pas de nombreuses morts.
Kézennémaladies dannine pas Il n’y a pas de maladies.
Fôdile baḥr abbantrôde nos pères Le baḥr de nos pères,
Dézéâde nos ntraouaïeux De nos aïeux.
Moskenter[365]nous sommes devenus pauvres Nous a appauvris.
Meskinpauvres djêntoa fait, a rendu Nous a rendus « messakin ».
Onnomaintenant tchosôdoux ientoest devenu Maintenant le baḥr nous est devenu cher.
Fôdibaḥr derodans dossodoelles engendrèrent C’est là que nos mères nous mirent au monde.
Garternous avons grandi Nous y avons grandi.
Dorodans agnénternous sommes devenus des hommes Nous y sommes devenus des hommes.
Ialaenfants fossodernous avons fait Nous y avons créé notre famille.
No 2.
BélléBellé aïatangoma mère RachidRachid dôoufille
RachidRachid Mousaï[366]fils de Moussa dôoufille
Agnéhomme agnâhommes tchédégail tue dôoufille
KatalaKatala el khèlel khèl dôoufille
SeïtaSeïta eugoufemme sans mari mifils EurousEurous kéllâfier mifils
MéléMélé zedâqui fait fantazïa mifils
KallâSolitaire, fier berenderguerrier
MêléMêlé djiokounisagaies dégregébrise, casse
TchénakénéIl balance les bras kadjaaisselles gôougil écorche
EurousEurous degaïpille édenéprès
Nôchipeur dannamiil n’a pas
MêléMélé Hilleïfils de Hillé degâpille édinéprès
TorraChevaux gras kédoummiil possède
BézéRien dédouil a kodjidéfier ammiil fait
Euri[367]Nu tchenangeril va fièrement
Ma mere est Béllé, fille de Rachid,
Fille de Rachid, fils de Mousa,
Fille de l’homme qui tue les hommes,
Fille de Katala el khèl[368]
Seïta, fils d’une femme sans mari (’azaba), est le fils d’Eurous le fier (oueld el Gaddali).
Fils de Mélé qui marche d’une façon noble.
Du guerrier solitaire et fier.
Mélé brise les sagaies.
Quand il marche en balançant les bras, il s’écorche les aisselles.
Eurous s’en va piller tout près,
Car il n’a pas peur.
Mélé, fils de Hillé, s’en va piller tout près.
Ses chevaux sont gras.
Même s’il n’a rien, il fait le fier.
Même nu, il marche fièrement.
No 3.
Agraesclaves agafrâbêtes mortes zentâmauvaises kidiachiens ialaenfants
KoukaKouka yongrainfidèles gouleïpintades ntodamangent
DazaKecherda agafrâbêtes mortes zentâmauvaises alaala ntodamangent
TedâTedâ agafrâbêtes mortes zentâmauvaises goargoar ntodamangent
OuachilaOulâd Slimân iertchentôse sont levés bipays sontodoleur
KininaTouareg zaïlarégion iertchentôse sont levés Fadalassoudouà Fadalassou
BagréïBaguirmiens MassniaMassnia karnakforteresse iertchentôse sont levés
Erdoils sont venus farâvaches tantânos gouïéntoils ont pris
DédtouOnt emmené lôouargile dorôdedans dintouils ont mis
KougaOuadaïens Ouaradode Ouara iertchentôse sont levés
Farâvaches tantânos gouïéntoils ont pris
Eïpierres derôdedans dintigdails ont mis
Esclaves, mauvaises bêtes mortes, fils de chiens.
Les Kouka infidèles sont des mangeurs de pintades.
Les Kecherda, ces mauvaises bêtes mortes, mangent l’ala[369].
Les Teda, ces mauvaises bêtes mortes, mangent le goar[370].
Les Oulâd Slimân ont quitté leur pays.
Les Touareg ont quitté leur pays et sont venus à Fadalassou.
Les Baguirmiens de la forteresse de Massnia ont quitté leur pays.
Et sont venus prendre nos vaches.
Ils les ont emmenées dans leur pays marécageux.
Les Ouadaïens de Ouara ont quitté leur pays,
Ils ont pris nos vaches
Et les ont emmenées dans leur pays montagneux.
No 4.
Tangodomoi aouchéKanembou djentôils ont fait
Maïdenâ[371]Maïdena daleïancêtre dogoloin
AouchéKanembou zokopartit lologé[372]il fait du bruit
FaïentôIls avaient campé fayagéil campe
Kalandadépressions, vallées meursâdavaches madârouges
Dankéentrée de la vallée deredoveaux madârouges
Gourdjoufoherbe verte, kourdjoufa askadochevaux madârouges
Zoukkôrepartaient arisauterelles kégécomme
Fayentôcampaient tchonotermites kégécomme
Lahalarobagages des femmes gouénichameau
Ankoroétalon sassacase kégécomme
Ieskoïnoir abbatangomon père
Agafourcadavre tchidôil a tué tchofourôoiseaux tchengéil donne
Alalkidôviande tuée ialaenfants detchengéapporte
AouchéKanembou middémidd[373] mordomédix chéne pas
AouchéKanembou toïontoils attachaient tégapille ouapaga[374]blesse chéne pas
AouchéKanembou empébeurre gourédébourma gouïengail prend chéne pas
Ngaélamil koréï[375]rouge gouïengail prend chéne pas
AouchéKanembou tchougoula[376]trou de voleur lodeganiil creuse chéne pas
AouchéKanembou arkômouton taïcou gréga[377]tordre chéne pas
AouchéKanembou bedenimil mûr kachangapaquets chéne pas
Azicorde mardjanôou[380]en corail
AouchéKanembou MaïdenâMaïdena daléancêtre dogoloin
Les gens disent que je suis Kanembou,
Mon ancêtre est Maïdena.
Les Kanembou qui partirent avec lui faisaient beaucoup de bruit (le bruit du vent).
Ils campaient très nombreux.
Les vallées sont pleines de vaches rouges.
L’entrée de la vallée est pleine de veaux rouges.
Le milieu de la vallée, où se trouve l’herbe verte, est pleine de chevaux rouges.
Ils repartaient nombreux comme les sauterelles.
Ils laissaient l’herbe des campements mangée, rasée comme par des termites.
Les bagages des femmes sont aussi grands qu’un chameau.
Les chevaux sont grands comme des cases.
Mon père est noir (azreq : noir-gris).
Les vautours se repaissent des cadavres de ses ennemis.
Il donne à ses enfants la viande de chasse.
Je ne mesure pas le mil comme le Kanembou.
On ne m’attache pas, on ne me dépouille pas et on ne me maltraite pas, comme le Kanembou.
Je ne vais pas porter du beurre dans les bourmas, comme le Kanembou.
Je ne porte pas du mil rouge sur ma tête, comme le Kanembou.
Je ne creuse pas de trou pour aller voler dans les cases, comme le Kanembou.
Je ne vais pas voler des moutons dans la brousse comme le Kanembou.
Je ne porte pas des paquets de mil mûr sur ma tête comme le Kanembou.
Je suis un Kanembou semblable à un panier d’argent,
A une corde de puits en corail.
Je suis un Kanembou, fils du fils de Maïdena.
Note. — Les Dazagada donnent aux Kanembou le nom de Aoussâ (sing : Aouché).
Cette particularité avait fait dire à Nachtigal que les Haoussa, voisins des premiers habitants du Bornou, s’étendaient peut être alors plus vers l’Est qu’aujourd’hui, puisque les Dâza désignaient encore un habitant du Bornou sous le nom de Aousé (pl. Aousa)[381]. De plus, Nachtigal — contestant en cela l’opinion de Barth — ne croyait pas les Boulala apparentés aux Kanembou : il supposait que ces indigènes avaient habité la basse Baṭaḥ avant d’envahir le Kanem.
En se basant sur ces renseignements de Nachtigal, Élisée Reclus a pu établir les considérations suivantes, qui semblent bien hasardées : « Le mouvement de l’Est à l’Ouest qui s’est produit dans le Kanem s’est propagé aussi dans le Bornou. Les Haoussaoua, qui maintenant ont été repoussés dans le bassin du Bénué, paraissent avoir vécu sur les bords du lac Tzâdé, car les habitants de la contrée sont encore désignés par les Dâza sous le nom collectif d’Aoussa, qui n’est justifié que par la tradition[382] ».
Les Boulala ne venaient pas de l’Est quand ils ont entamé la lutte pour la conquête du Kanem. Ils venaient de la région avoisinant l’embouchure du Chari, le Ḥadjer Tious et les îles Karga. C’est là que, forcée de quitter le Kanem, s’était réfugiée avec ses gens une branche cadette de la famille royale. Ces Kanembou se mélangèrent à des Arabes Hémat et furent appelés Boulala ou Bilala, du nom d’un de leurs chefs (Boulal ou Bilal). Plus tard, ils s’emparèrent du Kanem. Comme on le voit, le mouvement d’émigration vers le Bornou n’a pas du tout été provoqué par l’arrivée d’une population venue de l’Est.
D’autre part, ce sont les Kanembou et non les habitants du Bornou qui sont désignés par les Dazagada sous le nom de Aoussâ, et il n’est pas du tout certain que ce nom donné aux Kanembou démontre que les Haoussa aient autrefois habité les bords du Tchad.
Le mot Aoussâ peut en effet s’expliquer. Son singulier est aouché (et non aousé, comme dit Nachtigal). Or, aouché peut avoir deux significations en toubou : aouché, peur ; aou-ché (homme — ne pas) : qui n’est pas un homme[383].
Le pluriel devrait être régulièrement aouchâ. Mais les Toubou passent très facilement de la lettre s aux lettres z et ch, et réciproquement.
Nous allons citer comme exemple le présent du verbe « changer ».
tani forozergé
entâ forozengé
segeni forochengé (forochegé)
tantâ forossergé (forostergé) ;
neuntaï forostengé ;
seguentaï forochentegé.
De même, de aouché, peur, on a fait aouzergé, j’ai peur. Enfin, les Oulâd Slimân, qui sont souvent appelés Ouassili et Ouassal par les autres indigènes, sont désignés sous le nom de Ouachila par les Dazagada.
L’accent tonique étant sur la lettre â du pluriel, il n’est donc pas étonnant que aouché ait fait au pluriel aoussâ.
LE DIALECTE DES TEDA ET LE DIALECTE DES DAZAGADA
Pour montrer ce que l’on sait, en Europe, de la langue toubou, nous ne saurions mieux faire que de reproduire le passage suivant de la brochure de M. René Basset sur la région du Tchad.
« Du côté du Nord, le Kanem et le Ouadaï sont en contact avec les Touaregs parlant un des dialectes du Sud, encore peu connu et par conséquent à étudier, et les Teda ou Tibbou. Nous possédons sur la langue de ceux-ci un nombre un peu plus considérable de documents qu’il faut néanmoins contrôler, mais pas de texte : le vocabulaire inachevé publié par Barth (Centr. afrik. Vokab.) ; les matériaux utilisés par Reinisch dans son ouvrage paradoxal (Der einheitliche Ursprung der Sprachen der alten Welt) ; la notice grammaticale donnée par Fr. Müller (Grundriss der Sprachwissenchaft), et les collections recueillies par Nachtigal[384]. La connaissance complète de cette langue est d’autant plus importante qu’on la tient pour apparentée au Kanouri qui se parle dans le Kanem et le Bornou. »
Notre étude du dialecte des Dazagada, faite surtout dans un but pratique, ne peut-être qu’une petite contribution à la connaissance complète de la langue toubou. Elle a été rédigée sur place, grâce à des entretiens suivis avec des Kreda du Baḥr el Ghazal et du Mourtcha.
Nous avons pu consulter en rentrant en France le Sammlung und Bearbeitung Central-Afrikanischer Vokabularien de Barth, ouvrage qui contient un vocabulaire teda. Nous avons été légèrement déçu en le parcourant et nous avouerons que la comparaison des vocabulaires teda et dazagada a paru confirmer ce que nous avait déjà dit M. René Basset : qu’il fallait quelque peu se méfier de l’oreille de Barth.
Nous avons montré, d’ailleurs, que l’intonation des Toubou induit facilement en erreur l’Européen qui n’a pas l’habitude de leur langue et qu’on ne perçoit, au début, qu’une partie de ce que disent ces indigènes. Il est donc naturel que l’explorateur allemand, qui a étudié trop de langues africaines pour pouvoir les approfondir toutes, ait parfois mal entendu certains mots toubou.
Ceci posé, nous allons comparer rapidement les dialectes teda et dazagada[385]. Voyons, tout d’abord, ce que rapporte Barth au sujet de ses sources de renseignements.
« Pendant notre séjour au Kanem, comme nous fûmes constamment en relations pendant cette partie du voyage avec quelques-unes des fractions méridionales de la tribu teda — tribu répandue sur des espaces immenses et depuis très longtemps établie au Kanem — je mis tout d’abord la main à un glossaire de la langue teda. Il est vraiment dommage que je n’aie pas eu la force[386] et le temps suffisants pour mieux profiter de cette occasion et, en particulier, pour recueillir, de la bouche de ces indigènes, plus de phrases et d’histoires, c’est-à-dire la quintessence de pareilles études linguistiques. C’est vraiment dommage, car je vis par la suite que ce dialecte du Sud présente, du moins dans le vocabulaire, des écarts extraordinaires avec le dialecte du Nord, celui de mon Gathronien, que je connus plus tard et qui est dans l’ensemble beaucoup plus pur que l’autre. Le résultat de cette première connaissance de la langue teda fut de voir en somme très clairement que cette langue était, quant aux racines, étroitement apparentée à la langue kanouri et c’est cette conviction que j’exprimai dans une lettre adressée à M. le professeur Richard Lepsius[387]. »
La langue est la même chez les Teda et les Dazagada, quoiqu’il y ait des différences très sensibles dans le vocabulaire. Nachtigal, dit d’ailleurs, que l’affinité des deux idiomes toubous saute immédiatement aux yeux et que, à tous les points de vue, ils se présentent au savant comme des dialectes d’une même langue. Il ajoute aussi que certaines divergences très nettes dans le vocabulaire font paraître le dazagada comme étant le plus jeune et le plus développé.
Le vocabulaire dazagada a subi quelque peu l’influence arabe, mais les mots empruntés à cette dernière langue sont surtout ceux que nous retrouvons chez toutes les populations musulmanes de cette partie de l’Afrique. Il est d’ailleurs fort probable que le dialecte teda parlé à Gathron a subi la même influence. Le vocabulaire de Barth contient, en effet, quelques mots arabes, que l’explorateur n’a pas pu éliminer parce que les termes correspondants n’existaient pas en teda. Barth n’a du reste pas signalé tous les mots qui ont cette origine. Citons, entre autres :
De l’arabe
djaour-énerik, je demande conseil, je conseille, chaour, consulter.
debanerik, j’abats, je tue, debaḥ, égorger.
sâga elikidé, l’année prochaine, sena el idji[388], l’année prochaine.
kobou lanergé, je teins la chemise, loun, couleur.
Par contre, c’est à tort que Barth assigne une origine arabe à certains mots teda. Si le mot ntom (de : vous, votre) ressemble au mot arabe entoum (vous), c’est pure coïncidence. Le mot ntom — nous le verrons plus loin — s’explique très bien par le mécanisme de la langue toubou, et d’ailleurs les Arabes du Tchad ne disent pas entoum, mais entou.
De même, si le mot kaserik ressemble au mot arabe kesser, c’est que Barth a mal interprété une phrase teda :
Tané denna kasserik, veut dire : je suis désobéissant.
Barth croyant que kasserik est le verbe arabe kesser, briser, casser, l’analyse ainsi : je brise l’ordre. Or la traduction exacte de Tané denna kassergé, est : je ne fais rien.
Il peut paraître étonnant que Barth se soit ainsi mépris sur un mot d’un usage aussi constant que denna (denni, denna : ne pas). Il donne en effet le mot tanen pour rendre la négation. L’explorateur ne semble pas s’être rendu compte que le t et le d sont souvent employés l’un pour l’autre. D’ailleurs, comme il a parfois mal entendu, il est tout naturel qu’il ait aussi mal interprété. Nous relèverons plus loin quelques petites erreurs de son vocabulaire.
Certains mots teda et dazagada ne diffèrent que très peu. Ainsi la lettre initiale h du teda est souvent remplacée par la lettre f en dazagada.
Teda Dazagada
hékké, demain, fekké.
lehilla, argent, lefêlla.
déhi, sueur, défi.
nohaderik, je dis, fadrégé.
La même lettre h du teda peut aussi être remplacée par la lettre s en dazagada.
Teda Dazagada
hôgodé, après-demain, sâgadé.
henoua, hentoua, son, ses, seun, sontô.
La même lettre k du teda est parfois remplacée par la lettre g en dazagada[389].
Teda Dazagada
kasoukou, marché, kâssogo.
kazergé, je ris, gâzergé.
La même lettre k du teda est parfois aussi remplacée, en dazagada, par la lettre tch ou un son analogue.
Teda Dazagada
késou, bon, tchésô.
toulkeni, il lave, il se lave, toultchingé.
Enfin, le mot dazagada peut s’obtenir du mot teda par la suppression de certaines lettres, le b par exemple[390].
Teda Dazagada
debona, chant, dona.
nebraï, vous, narâï.
sôbou, palmier-doum, sôou.
kobergé, je coupe, korgé.
tobergé, je bats, je casse, torgé.
Passons maintenant aux différences qui peuvent exister entre les pronoms et les verbes. Le tableau suivant montre, d’une façon très claire, les relations qui existent, en dazagada, entre les pronoms personnels, les pronoms possessifs et les suffixes usités pour la conjugaison des verbes.
Pron. personnels Pron. possessifs Suff. du présent Suff. du passé
tani nder ergé er
entâ, nâré nom engé om
segeni seun gé ô
tantâ tantâou, ntrâou tergé ter
nentâ, narâï ntom tengé tom
segentâ sontô tegé tô
Les suffixes engé, tengé sont des modifications des suffixes omgé, et tomgé, lesquels devraient régulièrement être employés. Cela ressort nettement des exemples des verbes négatifs donnés par Barth.
nebré boumo-ni, tu ne manges pas
nebraï boutoumou-ni, vous ne mangez pas
Il suffit, en effet, de supprimer la terminaison négative ni (correspondant à notre enné) pour obtenir la forme régulière, qui est :
boumgé, au lieu de boungé
boutoumgé, — boutoungé
De plus, nous avons vu que, dans la conversation, on supprimait parfois la terminaison gé des verbes au présent. Or, dans ces conditions-là, on n’a jamais la terminaison oun ou toun, mais oum et toum.
Sais-tu monter a cheval ? entâ hananem migi da
Cela encore semble donc confirmer ce qui a été dit plus haut.
Il suffit de jeter un coup d’œil sur le tableau des pronoms et des suffixes des verbes pour voir que le pluriel s’obtient du singulier par l’adjonction de t.
Le mot ntom s’explique donc fort bien.
Les pronoms sont à peu près les mêmes en teda et en dazagada.
Pour les verbes, Barth a parfois mal entendu et mal interprété.
Les exemples de verbes négatifs cités par Barth confirment la règle que nous avons donnée pour la conjugaison des verbes.
En effet, en supprimant la terminaison négative n, ni, in, et en ajoutant le gé, nous obtenons notre conjugaison.
Ainsi, pour le verbe, boregé (je mange), nous allons mettre en regard le présent négatif de Barth et le présent du verbe dazagada.
Teda Dazagada
bouri-n boregé, je mange
boumo-ni boungé, tu manges
kébou-in ouôgé, djôgé[391], il mange
bouteri-n bedergé, nous mangeons
boutoumou-ni bedengé vous mangez
keboute-n ouôdégé, djôdégé[391], ils mangent.
Le reste (noms, adjectifs, prépositions, etc.), est à peu près semblable dans l’étude de Barth et dans la nôtre.
Nous allons terminer par quelques exemples, pris dans le vocabulaire de Barth, afin de montrer qu’il ne faut pas se tenir d’une façon trop rigoureuse aux interprétations de l’explorateur. Celui-ci en convient lui-même, d’ailleurs, car les mots « auffallend, unsicher » et les points d’interrogation reviennent fréquemment sous sa plume.
Que devons-nous faire ? inaï indi kissetri.
Barth n’a pas su reconnaître dans kessedrégé le verbe kesser, faire — il attribuait à ce mot une origine arabe — et il croit que kissetri est la 3e personne du singulier.
Au secours ! kôrroro denneri.
Barth croit que kôrroro vient de kourtergé, j’apporte. En dazagada, kôrroro donergé : je pousse (je chante) des cris.
Le fruit mûrit, ounnou bahaougé.
Barth croit que ounnou est un nom de fruit.
En dazagada, onno bâfogé : maintenant il devient mûr.
Le fruit est encore vert, tinni bafeni.
Barth croit que baf-e-n-i n’est pas une vraie forme teda.
En dazagada, bafenné : il n’est pas mûr[392].
Nous aurions bien voulu parcourir les collections de vocabulaires recueillis par Nachtigal, car la lecture d’un pareil travail éclaire toujours certains points restés obscurs et provoque des remarques intéressantes : nous n’avons malheureusement pas pu nous le procurer et nous le regrettons fort.