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La région du Tchad et du Ouadaï; études ethnographiques, dialecte Toubou, Tome 1 (de 2)

Note 102 — PREMIÈRE PARTIE

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Des caravanes de pèlerins musulmans, se rendant à la Mekke, traversent fréquemment la région du Tchad. Ces indigènes sont quelquefois des Soudanais ou même des Sénégalais, mais le plus souvent des Haoussa et des Pouls de la Nigéria anglaise et du Cameroun. Ils sont presque toujours misérables ; les chevaux, les animaux porteurs (bœufs, ânes) sont très rares, et les femmes portent sur la tête les calebasses qui contiennent la fortune des ménages. Les pèlerins vendent quelques objets de pacotille qu’ils ont emportés avec eux. Mais ce petit commerce ne dure pas longtemps. Ils font alors, en route, des métiers de fortune : ils vont chercher, par exemple, du bois sec qu’ils troquent contre quelques poignées de mil. Ils vivent aussi de la charité publique. Ces passages de pèlerins sont d’ailleurs très fréquents, et le voyage à la Mekke n’a parfois été qu’un habile prétexte pour dissimuler la traite des esclaves : en août 1907, par exemple, une caravane qui traversait la région de Melfi renfermait 27 esclaves, la plupart enfants de 6 à 10 ans, qui furent libérés et confiés à des gens du cercle ; des constatations analogues furent faites au poste-frontière de Yao. C’est pourquoi, dans ces dernières années, les caravanes étaient minutieusement visitées, lorsqu’elles quittaient le territoire du Tchad pour passer au Ouadaï.

Nous donnons ci-dessous l’itinéraire qui était généralement suivi autrefois : Nigéria anglaise, Dikoa, Koussouri, Fort-Lamy, Bikoro, Yao, le Médogo, Birket-Fatmé, Am Ḥadjer, Abéché, le dar Sila, Dahor (dans le Darfour), En Nouhout (premier poste anglais), El ʿObeïd, Douyèt (Douem), sur le Baḥr el Abiad, Ouad Madâni, sur le Baḥr el Azreq, Gadâré (Gedâref), Kassala (frontière abyssinienne), et de là Asmara ou Massaoua, mais surtout Tokar et Souakin. Les voyageurs passent alors la Mer Rouge, débarquent à Djedda et vont à la Mekke (el Mekka) à dos de chameau.

Les pèlerins sont vus d’un œil assez indifférent par les populations musulmanes du Tchad et ils sont parfois même maltraités. Ces gens, musulmans fanatiques, sont généralement armés d’arcs et de flèches (Haoussa et Pouls). Leur grand nombre constitua jadis un grave danger pour les États des bords du Chari. Le faqih Cheref ed Din, Poul de naissance et originaire des pays du Niger, pénétra dans le Baguirmi, du côté de Bougouman, en 1857, avec une troupe immense de pèlerins qu’attirait sa réputation de sainteté : on le considérait comme Mahdi. L’armée du faqih fut encore grossie par des Arabes, Pouls et autres indigènes du Bornou et du Baguirmi, sa garde personnelle était constituée par des Pouls de l’Ouest, armés d’arcs et de flèches. Le sultan du Baguirmi, ʿAbd el Qâder fut battu et tué par Cheref eddin. Mais celui-ci, après sa victoire, tourna du côté du Sud, vers Niellim et le pays des Boua : la faim et la misère éprouvèrent cruellement la multitude qui le suivait, et beaucoup de pèlerins l’abandonnèrent pour retourner chez eux. Le faqih ayant été tué dans une reconnaissance, le reste de ses troupes se dispersa. Les fétichistes et les Baguirmiens en massacrèrent une partie : le fils et successeur d’ʿAbd el Qâder, Moḥammed, se montra particulièrement dur envers les Arabes qui avaient suivi le marabout poul, et sa cruauté lui valut d’être surnommé Abou Sekkin (l’homme au couteau).

Avant la prise d’Abéché, les pèlerins étaient assez souvent maltraités au Ouadaï. Ils pouvaient parfois se défendre et, en septembre 1904, des Haoussa, attaqués dans le Médogo, repoussèrent leurs agresseurs. Les Ouadaïens les ont accusés, à plusieurs reprises, d’avoir empoisonné des puits : il ne faut voir là probablement qu’un prétexte à pillage et qu’un trait de la haine qui anime les sujets de Doud-Mourra envers les étrangers. En septembre 1907, plusieurs caravanes de pèlerins furent pillées par le djerma Abou Sekkin et l’aguid el Basour. Aussi, dans ces derniers temps, la route de la Batha était-elle désertée par les pèlerins, qui passaient plus au Sud, dans le cercle de Melfi. Mais, au-delà de la frontière, les mêmes risques se représentèrent et, en 1907, le lieutenant Brûlé dut châtier les Arabes Hémat, détrousseurs et assassins de pèlerins.

La voie du Kouti était également fort utilisée. Elle présentait du reste, l’avantage de se prêter tout particulièrement au trafic des esclaves. Le sultan Senoussi, marchand d’esclaves lui-même, entretenait les meilleures relations avec les Pouls fanatiques qui traversaient son territoire. D’une façon générale, les captifs emmenés par les caravanes appartenaient aux populations païennes du Logone et de la rive gauche du Chari. Les pèlerins passaient à Ndélé, pénétraient dans le Soudan anglo-égyptien à Kafiakindji et, par Kabeluzu et Abou Gobra, allaient rejoindre la grande route de la Mekke à En Nouhout.

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