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Comment on Prononce le Français

VII.—L’E MUET[385]

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VII.—L’E MUET[385]

1º Considérations préliminaires sur l’E non muet et l’élision.

L’e muet est ainsi nommé parce qu’on le prononce le moins possible, et le plus souvent pas du tout; mais il s’en faut bien qu’il soit toujours muet: s’il l’était toujours, il n’y aurait rien à en dire, et il s’agit précisément de savoir quand il est réellement muet, et quand il ne l’est pas.

Éliminons d’abord ce qui n’est pas dans le sujet proprement dit.

Il y a, d’une part, un cas où l’e dit muet est tellement loin d’être muet, qu’il est même tonique; c’est dans le pronom le précédé d’un impératif: dis-le[386]. L’e dit muet est alors ouvert et bref, moins ouvert, mais aussi bref que eu dans œuf. Et de même toutes les fois qu’il se prononce: il y a, par exemple, une différence très sensible entre le rôt et leur eau, où leur est long et le très bref. C’est encore ainsi qu’il se prononce constamment devant une h aspirée: le haut, ou en épelant: l, e, d, e, tandis qu’on prononce é dans e muet.

On sait, d’autre part, que l’e n’est jamais muet ni devant z final, ni devant deux consonnes, quoique, dans ces cas-là, il ne porte pas d’accent. Nous n’avons donc point à parler non plus de celui-là[387].

Ce n’est pas tout: il y a encore et surtout l’élision, où l’e ne compte plus pour rien du tout. On sait que l’e final s’élide devant un mot commençant par une voyelle, même précédée de l’h muet: l’état, l’herbe, il aim(e) à rire, plein d’honneur, la vi(e) est courte. On voit qu’il n’importe pas que cette élision soit notée par l’écriture[388].

On doit noter ici toutefois, avant de passer outre, un certain nombre d’élisions qui ne se font pas dans l’usage courant, ce qui oblige à prononcer l’e muet: ce sont, la plupart du temps, des hiatus seulement apparents, que la versification elle-même admet ou devrait admettre.

1º On parlera tout à l’heure des semi-voyelles, et notamment du yod. L’y grec appuyé sur une voyelle devient yod, c’est-à-dire consonne, aussi bien en tête que dans le corps des mots, et l’on dit, sans élision, le yatagan, comme la yole. C’est une idée que les poètes acceptent difficilement. V. Hugo, notamment, par crainte de faire un hiatus, ne manque pas de dire l’y-ole ou l’y-atagan; et l’erreur est double, car il fait une élision qui n’est point à faire, et cette élision l’amène à donner aux mots victimes une syllabe de trop. Les poètes devraient bien parler comme tout le monde, et dire le ya-tagan (et les yatagans, sans liaison), comme le yacht, le yak, le yucca, le yod, le youyou, le youtre, car il n’y a là aucun hiatus[389].

2º Le groupe ou initial est également consonne devant une voyelle. Cela n’empêche certainement pas de dire à l’ouest, un(e) ouaille, un(e) ouïe. Mais devant oui pris substantivement, on n’élide ni le, ni de, pas plus qu’on ne lie un, les, ces, etc., ou qu’on ne remplace ce par cet, même en vers, malgré l’hiatus apparent:

Oui, ma sœur.—Ah! ce oui se peut-il supporter?[390].

Il est vrai qu’on dit fort bien, familièrement, je crois qu’oui; mais cette élision ne s’impose pas toujours, et les poètes eux-mêmes s’en abstiennent souvent. Ainsi, La Fontaine, dans un vers de Clymène, souvent cité:

Qu’on me vienne aujourd’hui Demander: «Aimez-vous?» Je répondrai que oui[391].

On dit aussi plus volontiers le ouistiti que l’ouistiti, quoiqu’on fasse fort bien la liaison dans un ouistiti ou des ouistitis.

Pour ouate, l’usage est flottant. Il est vrai qu’on dit plus ordinairement aujourd’hui de la ouate que de l’ouate, malgré une tendance fâcheuse à revenir à l’ancienne prononciation: scrupule de purisme fort déplacé, qui se manifeste, paraît-il, chez certains médecins et chez les premières des grandes maisons de couture. Mais dire la ouate n’empêche pas du tout de faire l’élision de l’e muet: un(e) ouate, plein d’ouate, sont généralement usités[392].

3º L’habitude d’isoler les noms de nombre, qui commencent généralement par des consonnes, fait qu’on traite souvent comme les autres ceux qui commencent par des voyelles, un et onze, et aussi huit, dont l’h, naturellement muet, ne s’est aspiré (et encore pas toujours) que par suite de cette convention spéciale[393]. On dit donc le onze et le onzième, et non pas l’onze et l’onzième, témoin la complainte du Vengeur:

Le onze, un gabier de vigie S’écria: Voile sous le vent.

On n’a probablement jamais dit une lettre de l’onze, et pas souvent sans doute à l’onzième siècle, quoiqu’on trouve cette façon de parler dans Th. Corneille[394]. Pourtant on dit à peu près indifféremment le train de onze heures ou le train d’onze heures; et Littré écrira dans son dictionnaire: bouillon d’onze heures.

Les astres aujourd’hui, sous le soleil d’onze heures, Brillent comme des prés[395].

Ceci est un cas spécial, qui permet même la liaison du t du verbe être: on dit presque uniquement il est onze heures avec liaison, et c’est la seule liaison qu’on fasse avec onze; l’élision d’onze heures en est la conséquence naturelle. Mais on ne dirait pas avec Corneille, l’œuvre d’onze jours[396].

L’élision est beaucoup plus libre avec un qu’avec onze. Cependant, on dira uniquement le un, soit pour numéroter, soit pour dater, en opposition avec l’un, où un n’est plus le nom du nombre[397]. On dit aussi fort bien livre un, chapitre un, comme chapitre onze, quoiqu’on élide parfois dans ces deux expressions, et qu’on dise plutôt pag(e) un et pag(e) onze. On dit de même, le huit, livre huit, chapitre huit, quoiqu’on dise quarant(e)-huit, et que mill(e) huit cents soit identique à mil huit cents.

4º Enfin, on dit aussi le uhlan et non l’uhlan. C’est peut-être pour des raisons d’euphonie; mais on dira tout aussi bien du uhlan, qui n’est pas plus harmonieux que l’uhlan, et V. Hugo lui-même a osé risquer cet hiatus nécessaire:

Quand Mathias livre Ancône au sabre du uhlan[398].

Ce mot est donc traité comme s’il avait un h aspiré sans qu’on sache pourquoi (en allemand: ulan).

Nous venons d’examiner les cas où l’e muet ne s’élide pas devant une voyelle. Il y en a un où il s’élide encore en réalité devant une voyelle, mais en apparence devant une consonne: c’est quand on désigne par leurs noms les sept consonnes dont l’articulation est précédée d’un e: l’f, l’h, l’l, l’m, l’r, l’s, l’x, plein d’m, beaucoup d’r, etc.; mais on dira au contraire suivi ou précédé de r ou s, comme de a ou i, parce que les lettres sont ici comme des mots qu’on cite; de même je crois que r ou s..., comme je crois que a..., ou je dis que x....

2º La prétendue loi des trois consonnes.

Ces questions étant éliminées, arrivons au vrai sujet, l’e muet.

Sur ce point, un certain nombre de philologues font grand état, depuis une vingtaine d’années, d’une prétendue loi des trois consonnes, qui dominerait toute la question de l’e muet; cette loi peut se formuler ainsi:

Lorsqu’il n’y a que deux consonnes entre deux voyelles non caduques, elles ne sont jamais séparées par un e muet; mais lorsqu’il y en a trois ou plus, il reste (ou il s’intercale) un e muet après la seconde, et de deux en deux, s’il y a lieu[399]. Ainsi la f’nêtre, mais un’ fenêtre, et qu’est-c’ que j’ te disais.

A vrai dire, l’auteur commence par déclarer que sa «loi» ne vaut, à Paris, que «pour le français de la bonne conversation», et non pour «le parler populaire», et il oppose ça ne m’ fait rien, qui est, dit-il, populaire, à ça n’ me fait rien. Mais alors on se demande ce que c’est qu’une loi phonétique régissant un parler qui doit avoir, qui ne peut pas ne pas avoir quelque chose d’artificiel, au moins sur certains points, et à laquelle se dérobe précisément le parler le plus naturel, le plus spontané, celui qui, en principe, obéit le plus rigoureusement aux lois phonétiques. D’autre part, on se demande en quoi veux-tu te l’ver est plus populaire et de moins «bonne conversation» que veux-tu t’lever? Et moi-même, ai-je dit on se d’mande ou on s’ demande? L’auteur traite ici les monosyllabes absolument comme les autres e muets, ce qui est une grave erreur. Il reconnaît d’ailleurs plus loin que les monosyllabes mettent à chaque instant sa «loi» en défaut.

Mais, même à l’intérieur des mots, «sa loi» n’est pas plus sûre, et il doit reconnaître que les liquides, l et r, y font de perpétuels accrocs.

D’abord les groupes de trois consonnes ne sont pas rares, quand la seconde est une muette ou explosive (b, c, d, g, t, p), ou une fricative (f, v), suivie d’une liquide, l ou r, ces groupes étant presque aussi faciles à prononcer qu’une consonne seule: arbre, ordre, pourpre, tertre, astre, terrestre, etc. Ils ne sont guère plus rares quand la seconde consonne est un s: lorsque, obscur, texte (tecste) ou expédier. On peut même avoir quatre consonnes consécutives, si les deux conditions sont réalisées simultanément, comme dans abstrait, extrême ou exprimer. Et jamais on n’a éprouvé le besoin d’intercaler un e muet après la seconde ou la troisième consonne de ast(e)ral ou abst(e)rait, pas plus que dans un’ planche.

Les innombrables mots du type chapelier, aimerions, aimeriez, contredisent aussi la «loi», en maintenant l’e muet entre les deux consonnes, si l’on n’en voit que deux dans ces mots, ou plutôt après la première, et non la seconde, si, comme il convient, on prend l’i pour une troisième consonne.

D’autre part, il y a des phénomènes que l’auteur n’a point aperçus. Je ne parle pas des mots du type achèt’rai, qui maintiennent l’e après la première consonne: on pourrait me dire que cette prononciation est artificielle. Mais pourquoi dit-on uniquement échev’lé, quand la «loi» exigerait éch’velé[400]? Pourquoi, à côté de pell’terie, ou plutôt pel’t’rie, avec trois consonnes, a-t-on papet’rie, avec maintien du premier e muet, qui même devient le plus souvent un e à demi ouvert?

Ainsi nous ne nous embarrasserons pas de cette fausse loi. Nous constaterons, si l’on veut, qu’il y a là une tendance très générale, nécessaire même, en français, du moins, et qui se manifeste certainement dans la pluralité des cas[401]. Mais une tendance n’est pas une loi. Nous nous bornerons donc à examiner sans prévention les faits, dont la variété est presque infinie, et nous nous efforcerons d’y mettre le plus d’ordre et de clarté que nous pourrons, sans méconnaître qu’on peut différer d’avis sur beaucoup de points de détails.

3º L’E muet final dans les polysyllabes.

I. Dans les mots isolés.—A la fin des mots pris isolément, ou s’il n’y a rien à la suite, l’e non accentué est réellement muet, c’est-à-dire qu’on ne l’entend plus[402]. Les instruments délicats de la phonétique expérimentale peuvent bien en constater encore l’existence après certaines consonnes ou certains groupes de consonnes (je ne parle pas de la consonne double, qui compte comme simple); mais alors il est involontaire, car ces instruments le constatent, après les consonnes dont je parle, aussi bien quand il n’est pas écrit que quand il est écrit; autrement dit, est, point cardinal, et la finale -este se prononcent de la même manière, tout aussi bien que beurre et labeur, mortel et mortelle, sommeil et sommeille[403].

Nous avons vu au cours des chapitres précédents que la présence même de l’e muet après une voyelle finale ne change plus rien ni au timbre ni à la quantité de la voyelle qui précède, au moins dans la conversation courante. Il y a exception pour la rime, mais ceci est voulu, et par suite artificiel[404]: on ne parle ici que de la prononciation spontanée[405].

Ce n’est pas tout. Quand la consonne qui précède l’e muet final est une liquide, l ou r, précédée elle-même d’une explosive ou d’une fricative, la prononciation populaire supprime souvent la liquide avec l’e: du suc(re), du vinaig(re), datent de fort loin, mais cette prononciation n’est plus admise dans la bonne conversation. Pourtant mart(r)e a fini par avoir droit de cité.

II. Devant un autre mot.—Considérons maintenant l’e muet final dans un mot suivi d’un autre mot.

Si le second mot commence par une voyelle ou un h muet, nous savons que l’e s’élide. Mais si le second mot commence par une consonne (autre que l’h aspiré), l’e muet n’en tombe pas moins: el(l)’ m’a dit[406].

Le phénomène est le même si les consonnes qui se rencontrent sont pareilles: el(l)’ lit[407].

L’e tombe encore s’il y a deux consonnes en tête du second mot: el(l)’ croit, el(l)’ scandalise, un’ statue.

Toutefois l’e se prononce, si le mot suivant commence par r ou l, suivi d’une diphtongue: il ne mange rien[408]. On dit même, sans élision, qu’il devienne roi, les trois consonnes nrw s’accommodant mal ensemble, tandis qu’on dit avec élision, si j’ crois, qui, pourtant, réunit quatre consonnes, jcrw: nous verrons plus d’une fois que la liquide ne peut figurer dans un groupe de trois consonnes réelles que si elle est première (lorsque) ou troisième (si j’ crois) et non seconde[409].

Ici encore ce n’est pas tout. Si l’e muet final est lui-même précédé de deux consonnes différentes devant la consonne initiale du mot suivant, en principe l’e se prononce: reste là, pauvre femme, Barbe-bleue. Mais il s’en faut bien que le phénomène soit général.

D’une part, on dit fort bien, en parlant vite: rest’ là.

D’autre part, devant un autre mot encore mieux qu’isolément, la prononciation populaire, ou simplement familière, supprime à la fois, et depuis des siècles, l’e et la liquide qui précède, l ou r, à la suite d’une muette ou explosive ou d’une fricative: pauv’ femme, bouc’ d’oreille.

Ce phénomène affecte surtout l’r; et on peut dire que l’r tombe régulièrement dans maît’ d’hôtel, maît’ d’étude, maît’ de conférences, où il est rare qu’on le fasse sonner; cela est même tout à fait impossible dans telle expression uniquement familière, comme à la six quat(re) deux. Dès longtemps, les grammairiens ont constaté et apprécié diversement cet usage avec les mots notre, votre et autre. Aujourd’hui cette prononciation n’est jamais considérée comme tout à fait correcte. Elle est, il est vrai, seule usitée dans la conversation courante, mais non dans la lecture, ni simplement quand ou parle à quelqu’un à qui l’on doit des égards, et devant qui on ne veut pas se négliger: je citerai, comme exemples plus particulièrement probants, Notre Père, qui êtes aux cieux, ou Notre-Dame. On dit aussi uniquement quatre-vingts.

Ajoutons que la présence d’un s après l’e muet ne change rien à l’élision, et pas davantage celle de nt dans les troisièmes personnes du pluriel: j’aim(e) bien, tu aim(es) bien ou ils aime(nt) bien, la ru(e) de Paris ou les ru(es) de Paris, tombait dru ou tombai(en)t dru, ont des prononciations identiques[410].

4º L’E muet à l’intérieur des mots.

I. Entré voyelle et consonne.—Entre une voyelle et une consonne, l’e muet ne se prononce plus depuis bien longtemps, et, pour ce motif, il est tombé dans un grand nombre de mots, sans qu’on puisse savoir pourquoi il s’est maintenu dans les autres. Aussi n’y a-t-il pas de raison pour prononcer gai(e)ment, qui a gardé son e, autrement que vraiment, qui a perdu le sien. D’ailleurs, quand l’e s’est maintenu, on peut le remplacer à volonté dans la finale -ement (substantifs et adverbes) par un accent circonflexe sur la voyelle qui précède: gai(e)ment ou gaîment, remerci(e)ment ou remercîment, dénou(e)ment ou dénoûment, dénu(e)ment ou dénûment.

Mais ceci pourrait faire croire que la voyelle qui précède l’e est réellement allongée par lui; en réalité, elle ne l’est pas plus ici qu’à la fin des mots, et la prononciation est la même partout, avec ou sans accent, avec ou sans e, dans remerci(e)ment et poliment, dans assidûment et ingénu(e)ment[411].

Le même phénomène se produit avec la finale -erie précédée d’une voyelle: soi(e)rie, qui a gardé son e, se prononce comme voirie ou plaidoirie, qui ont perdu le leur; sci(e)rie est identique à Syrie, et l’u est à peu près le même dans furie, qui n’a jamais eu d’e, tu(e)rie, qui a gardé le sien, ou écurie, qui l’a perdu[412].

Enfin, le cas est encore le même dans les futurs et conditionnels des verbes en -ier et -yer, ceux-ci changeant régulièrement leur y en i devant l’e muet: j’étudi(e)rai, je balai(e)rai, j’aboi(e)rai, j’appui(e)rai. Tout au plus y a-t-il ici cette différence, que l’e, qui ne peut pas disparaître, allonge assez facilement la voyelle précédente, surtout dans les mots de deux syllabes: je pai(e)rai, je ne ni(e)rai pas; dans les autres, l’allongement tend aussi à disparaître.

Les verbes en -ayer ou -eyer, quelques-uns du moins, ont gardé la faculté de conserver leur y dans les mêmes temps, et aussi au présent, je pay(e), je pay(e)rai. En ce cas, on entend une consonne de plus, le yod, comme dans sommeil et sommeil(le)rai; mais on n’entend pas davantage l’e muet[413]. Cette faculté est complètement perdue pour les verbes en -oyer: flamboyent, qu’on trouve dans Leconte de Lisle, en trois syllabes:

Au fond de l’antre creux flamboyent quatre souches,

est presque un barbarisme[414]. De telles formes ne valent pas mieux que soyent ou ayent, qu’on entend parfois dans le peuple[415].

II. Entre consonne et voyelle.—Entre une consonne et une voyelle, comme devant une voyelle en tête du mot, l’e muet n’est plus qu’un résidu inutile d’anciennes diphtongues, conservé malencontreusement dans quelques formes du verbe avoir: (e)u, j’(e)us, j’(e)usse, dans ass(e)oir, dans à j(e)un[416].

Il en est de même dans le groupe eau: (e)au, tomb(e)au, ép(e)autre, etc.[417].

Ou bien l’e muet n’est qu’un simple signe orthographique destiné à donner à la gutturale douce g, devant les voyelles a, o, u, le son qu’elle a normalement devant e et i, c’est-à-dire celui de la spirante palatale douce, j: mang(e)a, g(e)ai, afflig(e)ant, g(e)ôlier, pig(e)on, gag(e)ure[418].

III. Entre deux consonnes.—Entre deux consonnes, dont la première peut être indifféremment simple ou double, l’e muet tombe régulièrement, à condition que les consonnes ainsi rapprochées puissent s’appuyer sur deux voyelles non caduques, une devant, une derrière; ainsi dans ruiss’ler ou chanc’ler, aussi bien que dans app’ler ou ép’ler (où pl font un groupe naturel); de même dans gab’gie, épanch’ment[419], command’rie, échauff’ment, jug’ment, longu’ment, mul’tier, raill’rie, parfum’rie, ân’rie, group’ment, craqu’ment, dur’té, honnêt’ment, naïv’té, et même lay’tier, aussi bien que dans prud’rie, moqu’rie ou pot’rie[420].

On voit qu’il n’est pas du tout nécessaire qu’il y ait affinité entre les consonnes[421]. Mieux encore: l’e muet tombe aussi, comme entre deux mots, même si les consonnes sont identiques: honnêt’té, là-d’dans, extrêm’ment, verr’rie, trésor’rie, serrur’rie[422]. Quelques personnes répugnent à laisser tomber l’e après gn mouillé; mais c’est une erreur: renseign’ra ou renseign’ment se prononcent comme pill’ra ou habill’ment, car la difficulté n’est pas plus grande.

Toutefois, quand l’e muet est suivi d’une liquide qui s’appuie sur les finales -ier, -iez et -ions, il se prononce ordinairement: bachelier, chandelier, chapelier, muselière, hôtelier, etc.; de même, appelions, appeliez (avec e muet et non e fermé), aimerions, aimeriez[423].

Ce qui empêche l’e muet de tomber devant ces finales à liquide, c’est que, s’il tombait, il arriverait ici ce qui est arrivé aux mots tels que meurtr-ier, ouvr-ier, tabl-ier, voudr-ions, voudr-iez, où les groupes de consonnes que terminent l ou r ont diérésé les finales -ier, -ions, -iez, en -i-er, -i-ons, -i-ez[424]. Or, le français aime encore mieux conserver une diphtongue que de laisser tomber un e muet; et alors plutôt que d’avoir chandli-er ou chapli-er, on préfère articuler l’e muet[425].

Exceptionnellement, l’e muet tombe dans bourr’lier, parce que rien ne s’y oppose: c’est ainsi qu’on a, sans diérèse, ourl-iez ou parl-iez[426].

En revanche, on prononce assez généralement l’e muet dans centenier ou souteniez, et même dans un denier[427].

D’autre part, si l’e muet est précédé de deux consonnes différentes, en principe il ne tombe pas non plus, puisque le français tolère mal trois consonnes de suite: ainsi fourberie, supercherie, débordement, bergerie, aveuglement, fermeté, ornement, escarpement, propreté, appartement.

A vrai dire, là même, quand on parle vite, il y en a bien quelques-uns qui tombent encore, toutes les fois qu’il n’y a pas incompatibilité entre les consonnes; et si cela est impossible après une liquide, comme dans propreté, cela peut se faire par exemple dans appart’ment ou pard’sus, et surtout quand l’e muet sépare les groupes br, cr, etc., comme dans fourb’rie, étourd’rie ou lampist’rie; mais cette prononciation n’est plus considérée comme correcte, et quand on parle posément on ne l’emploie pas.

IV. Dans la syllabe initiale.—En tête des mots, l’e muet se prononce en principe, faute d’appui en arrière pour la consonne initiale: belette, refaire, tenir; mais aussi, que devant le mot il y ait un son vocal, l’e tombe aussitôt, dans les mêmes conditions qu’à l’intérieur du mot: la b’lette, à r’faire, vous t’nez, à côté de pour refaire, ou il tenait. Naturellement, s’il y a une finale muette devant la muette initiale, c’est la finale qui cède la place, car l’e muet final tombe, toutes les fois qu’il peut: ell’ tenait ou ell’ tenaient, et jamais elle t’nait[428].

D’ailleurs, même sans un son vocal placé devant le mot, l’e muet de la syllabe initiale tombe encore assez facilement dans la conversation courante, pourvu qu’il y ait affinité suffisante entre les consonnes qui l’enferment: b’lette ou rat, rat ou b’lette se disent presque aussi facilement l’un que l’autre, à cause du groupe naturel bl. On dit aussi très bien, v’nez ici ou c’la fait, avec spirante initiale; avec l ou r, m ou n, c’est beaucoup moins commode: m’nez moi, r’mettez-vous, sont durs et moins généralement employés. On dira moins encore c’lui-là, parce qu’il y aurait en tête du mot trois consonnes qui ne s’accommodent pas[429].

Pendant que je parle de l’e muet de la syllabe initiale, je dois mettre le lecteur en garde contre la tendance qu’on a parfois à le fermer mal à propos. Cette tendance n’est pas nouvelle, car un très grand nombre de mots ont vu un e fermé se substituer à leur e muet initial au cours des siècles; par exemple, crécelle, prévôt, pépie, séjour, béni, désert, péter ou pétiller, etc. Quelques lecteurs peuvent encore se rappeler que l’archaïsme desir (d’sir, d’sirer) faisait jadis les délices de Got, et qu’il était de tradition à la Comédie-Française; pourtant l’Académie avait donné un accent à ce mot depuis 1762[430]. Rébellion a aussi pris l’accent, malgré l’e muet de rebelle et se rebeller. Plus récemment, réviser et révision ont fait de même, ainsi que tétin, tétine ou téton[431]. Retable tend manifestement à céder la place à rétable, formé sans doute par l’analogie malencontreuse de rétablir, et que les dictionnaires admettent aujourd’hui, concurremment avec retable[432].

En revanche, les dictionnaires écrivent encore uniquement avec e muet refréner, seneçon, chevecier et brechet, qu’on prononce presque toujours avec un e fermé. Breveté paraît les suivre de près[433]. Quoique la prononciation de vedette et besicles avec e muet soit encore loin d’avoir disparu, il est probable que védette et bésicles l’emporteront prochainement. Enfin céler est en voie de remplacer celer, sous l’influence de recéler, qui a pris l’accent, probablement par l’analogie de recel.

D’autres mots sont aussi touchés, mais beaucoup moins jusqu’à présent: les personnes qui parlent correctement ne disent pas encore ou ne disent plus déhors pour dehors (comparez dedans), ni dégré, sénestre, gélinotte (de geline) ou frélon, ni enfin réfléter, malgré réflecteur[434].

Il est vrai qu’on entend bien souvent régistre, et, par suite, enrégistrer et enrégistrement, même dans la bouche de personnes fort instruites; et l’on pourrait croire que cette prononciation est aussi en voie de remplacer l’autre, si nous n’avions précisément une administration qui porte ce nom, et qui ignore l’é fermé: c’est un obstacle sérieux à sa diffusion et à sa prépondérance.

J’ajoute que secret a donné, à tort ou à raison, secrétaire et non sécretaire, qu’on entend parfois, concurremment avec secretaire ou sécrétaire, toutes formes encore fort peu admises[435].

Il nous reste à examiner un cas particulier.

On sait que l’e suivi d’une consonne double n’est pas un e muet. Il y a à cela quelques exceptions. Il a paru nécessaire de doubler l’s dans dessus et dans dessous, et après le préfixe re-, pour éviter que l’s ne prît le son du z entre deux voyelles; mais cela n’a rien changé à la nature du préfixe, qui est toujours re-, avec e muet: ressaisir, ressasser, ressaut, ressembler, ressemblance, ressemeler, ressemelage, ressentir, ressentiment, resserrer, resserrement, ressort, ressortir, ressource, ressouvenir et quelques autres, et aussi ressac, par analogie ou confusion d’étymologie. Si l’on dit ressusciter par é fermé, c’est parce que le mot vient directement du latin resuscitare, et non du français susciter. On prononce de même ressuyer, qui est composé d’essuyer. Mais prononcer un é fermé dans ressembler ou ressource est une faute très grave.

Ces e muets peuvent même et doivent tomber comme les autres: il est sans r’source, tu r’sembles et tu me r’essembles, concurremment avec tu m’ressembles.

La prononciation de l’e muet se maintient aussi dans cresson et cressonnière, au moins à Paris et dans une partie de la France du Nord, quelquefois même dans besson[436].

5º L’E muet intérieur dans deux syllabes consécutives.

Ceci est un phénomène qui se produit d’abord dans certains mots composés, et alors le traitement de l’e muet dépend des circonstances. Il est clair que, dans arrière-neveu, c’est le premier e qui ne compte pas. Mais les mots de cette espèce sont presque tous des composés d’entre et contre, dont l’e est soutenu par le groupe tr; c’est donc le premier e qui se maintiendra: s’entre-r’garder, contre-v’nir, contre-m’sure. Cependant, dans entrepreneur ou entreprenant, il faut bien les prononcer tous les deux, et je crois bien que dans entretenir, et surtout contrepeser, c’est encore le second qui se prononce le plus complètement.

Il peut arriver d’autre part, et ceci est plus intéressant, qu’à la suite d’une première syllabe muette, la dérivation transforme une syllabe accentuée en atone contenant un e: papetier, papeterie.

1º Si l’un de ces e muets se prononce nécessairement, la question est tranchée: ainsi, pal’frenier, où le second e est soutenu par le groupe fr, car frn serait impossible[437]. De même, mais inversement, bufflet’rie, marquet’rie, parquet’rie, mousquet’rie, où c’est le premier e qui est maintenu; mais on notera que l’e devient généralement mi-ouvert dans tous ces mots, soit par analogie avec tablett’rie et coquett’rie, qui ont deux t, soit sous l’influence de marquète, parquet, mousquet[438].

2º Si aucun des deux e muets ne se prononce nécessairement, l’appui manque à la fois en avant pour l’un et en arrière pour l’autre. En ce cas, la tendance populaire étant de faire tomber le plus d’e possible, et de préférence le premier qu’on rencontre, c’est souvent le premier qui tombera, et au besoin les deux. On dit, quelquefois, pell’terie, pan’terie, grèn’terie, louv’terie, suivant l’analogie de pell’tier, pan’tier, grèn’tier, louv’teau; mais on dit mieux encore, ou du moins plus souvent, et même presque toujours, pell’t’rie, pan’t’rie, gren’t’rie, louv’t’rie, grâce au groupe naturel tr[439].

D’autres fois, c’est le second e qui tombe, pour des raisons diverses: échev’lé, par exemple, a gardé l’e qui se prononce dans chev’lu, où il est initial[440]; on dit de même ensev’lir. Mais dans ce cas l’e conservé prend parfois le son de l’e mi-ouvert: ainsi on prononce généralement caquèt’erie, sous l’influence de caquet ou caquète; bonnèt’rie et briquèt’rie, sous l’influence de bonnet et briquette, en concurrence avec celle de bonn’tier, et briqu’tier; et surtout papèt’rie, plutôt que papet’rie[441]. Même l’e de brevet, qui se prononçait déjà nécessairement dans brevet, à cause du groupe br, prend très souvent le son de l’e mi-ouvert dans brev’té[442].

On remarquera que, dans breveté, les deux e muets étaient en tête du mot, comme dans seneçon et chevecier: c’est ce qui explique l’e mi-ouvert qu’on donne à ces mots, comme on l’a donné à chénevis. En dehors de ces exemples, ce cas ne se présente que dans un très petit nombre de mots, chevelu et chevelure, devenir, et une dizaine de verbes de formation populaire, avec préfixe re- et non ré-, comme dans tous les mots qui ne viennent pas directement du latin: recevoir, redemander, redevoir, regeler, rejeter, relever, remener, retenir, revenir, avec leurs dérivés[443]; de plus, quelques formes verbales de refaire et reprendre. Voyons ce qui arrive à ces mots.

Il est clair que si le mot est en tête d’un membre de phrase ou à la suite d’une consonne, c’est re qu’on prononce, sans d’ailleurs en modifier le timbre: rev’nez, il rev’nait. Si le mot est précédé d’un son vocal, on a le choix: si vous rev’nez ou si vous r’venez; le second est plus populaire et plus conforme à la tendance générale que nous avons signalée tout à l’heure. D’ailleurs, nous verrons un peu partout que re- initial est une des syllabes où l’e est le plus caduc, apparemment par suite du grand usage qu’on en fait: c’est probablement une question de sens plutôt qu’une question de phonétique. Néanmoins, il est peut-être plus correct de prononcer le premier e, comme s’il n’y avait rien devant le mot. En tout cas, c’est toujours le premier qui se prononce dans chev’lu et chev’lure, et c’est peut-être en partie pour cela qu’on prononce échev’lé et non éch’velé. Dans les formes comme reprenez, reprenais, c’est le second e qui se prononce nécessairement, et par conséquent les deux, quand le mot ne s’appuie sur rien: vous r’prenez, mais reprenez vos papiers.

Mais voici qui est plus extraordinaire: il y a deux verbes qui commencent par trois syllabes muettes, à savoir redevenir et ressemeler. Dans ces deux mots, le second e ne tombe jamais, peut-être parce qu’il rappelle et représente le premier e de devenir et de semelle; par suite, le troisième e tombe toujours; quant au premier, il peut tomber après un son vocal; mais on trouve plus élégant de le conserver. Ainsi, vous redev’nez est plus distingué; vous r’dev’nez, plus populaire, avec ses deux e qui tombent sur trois. Et peut-être les puristes seraient-ils tentés de dire vous red’venez, pour ne laisser tomber que l’e du milieu; mais c’est là une prononciation affectée, qu’on doit absolument s’interdire; quant à ress’meler, il ne s’est peut-être jamais dit.

6º L’E muet dans les monosyllabes.

J’ai réservé jusqu’ici les monosyllabes, le, ce, je, me, te, se, de, ne et que, pour les considérer à part, parce qu’ils ont un peu plus d’importance que les syllabes muettes ordinaires.

I. Un monosyllabe seul.—Le monosyllabe seul est traité en thèse générale comme les syllabes muettes initiales, et non comme les syllabes muettes finales. Ainsi l’e se maintient en principe dans je dis et tombe dans si j’ dis, et même si j’ crois, malgré les quatre consonnes, et même si j’ joue, malgré la répétition du même son, tandis qu’il reparaît dans car je dis[444]. On dit de même, la rob’ me va, à ce rien, à ce roi, à ce ruisseau, pas de scrupules[445].

Mieux encore: si le monosyllabe est précédé d’une finale muette qui se prononce nécessairement, lui aussi se prononce en même temps le plus souvent: je veux entendre le discours[446].

Toutefois, ici encore, dans la conversation courante, les trois monosyllabes je, ce et se, dont la consonne est une spirante, s’élident assez facilement, même sans appui antérieur: s’ laver les mains, j’ sais bien, c’ qu’on a fait[447]. Mais cette prononciation n’est point indispensable; elle est surtout très peu admissible avec les autres monosyllabes: l’ métier, n’ fais rien, qu’ tu es sot, réclament un appui antérieur; on ne dit guère même qu’ réclames-tu, malgré le groupe cr. Il en résulte seulement qu’on pourra dire: je veux entendre c’ qu’on dit, à côté de entendre ce qu’on dit, avec dre à peine sensible. En fait, on dit presque toujours je veux entend’ ce qu’on dit, et même, entend’ c’ qu’on dit, à cause de la spirante médiane, comme on dit fort correctement tu demand’ c’ qu’on dit, avec double élision, l’s médian permettant la consonne triple.

Mais il y a un cas particulier à considérer: le monosyllabe suivi d’une syllabe initiale à e muet. Dans ce cas, il y a hésitation. La tendance à laisser tomber le premier e se manifeste souvent: on l’ devine, pas d’ retraite, si tu t’ relèves, sont aussi usités, quoique moins élégants, que on le d’vine, pas de r’traite, où si tu te r’lèves; mais du moins on a le choix, tandis que plus haut on disait uniquement ell’ tenait, et jamais elle t’nait, elle n’étant pas un monosyllabe. D’autre part, en tête de phrase, il faut bien dire le r’pas et non l’ repas.

Avec l’s médian, on peut avoir ici encore une double élision: tu n’ s’ras pas reçu[448].

II. Deux monosyllabes consécutifs.—S’il y a deux monosyllabes de suite, il faut presque toujours que l’un des deux tombe, et c’est généralement le premier, sauf empêchement: si j’ te prends est infiniment plus usité que si je t’ prends. Mais, naturellement, on est obligé de dire, en tête de phrase, ne m’ bats pas, à côté de si tu n’ me bats pas; et je t’ prends est peut-être mieux reçu que j’ te prends, quoique moins usité.

Surtout on dit à peu près toujours fais attention à c’ que tu dis, et non à ce qu’ tu dis, qui est affecté; on va même, nous venons de le voir, grâce à l’s médian, jusqu’à pour c’ que tu dis, avec c’ que tu dis, écrir’ c’ que tu dis, car dans l’assemblage si fréquent ce que, c’est toujours ce qui s’efface devant que; et si les sons paraissent trop durs, on prononcera à la fois ce et que, comme plus haut dans parce que, plutôt que de sacrifier que. Il semble que ce soit une loi générale que que ne tombe jamais devant une consonne, quand il est précédé d’une autre syllabe muette[449].

Au contraire, le est généralement sacrifié au monosyllabe qui précède, quel qu’il soit: on me l’ donne, on te l’ donne, si je l’ savais, sont certainement plus usités et considérés comme plus corrects que on m’ le donne, on t’ le donne, si j’ le savais. C’est probablement parce que me, te, je, pourraient être remplacés par des mots inélidables, nous, vous, tu: on vous l’ donne, si tu l’ savais, tandis que le est toujours le, et toujours élidable, outre qu’on a une très grande habitude de l’élider par ailleurs.

D’autre part, je et de l’emportent aussi généralement sur ne, quand rien ne s’y oppose: si je n’veux pas, comme si tu n’veux pas, et non si j’ne veux pas[450]; de même je promets de n’pas sortir et non d’ne pas sortir, sans doute à cause de la fréquence du groupe n’pas. Toutefois on sera bien obligé de dire je promets d’ne rien manger, pour le même motif que l’e se maintient dans chapelier ou mangeriez, ou dans à ce rien.

Et maintenant, s’il y a concurrence entre que et je, ou entre que et de, c’est encore que qui l’emporte de préférence: on dit il est certain que j’viens et non qu’je viens, et plutôt que d’fuir est préféré à plutôt qu’de fuir, qui est plus familier.

On voit donc qu’il y a une véritable hiérarchie entre les monosyllabes: au sommet, que, puis je; au plus bas degré le, suivi de la muette initiale des mots, et en dernier lieu de la muette finale, celle-ci ne se prononçant que quand il est impossible de faire autrement.

Dernière observation: deux monosyllabes peuvent aussi être suivis d’un mot commençant par une syllabe muette. En ce cas, c’est elle qui s’élide de préférence quand elle peut; on dira donc il fut content d’ne r’trouver personne, et même, familièrement, j’ne r’grette rien, aussi bien que j’le r’grette ou j’me d’mande: c’est ici l’e du milieu qui se maintient, comme nous allons le voir avec trois monosyllabes, et qui se maintient d’autant mieux que le troisième e est plus faible[451]. Et si le premier monosyllabe est obligé de se prononcer, on les prononce donc tous les deux: on dit au sortir de ce ch’min, plutôt que de c’chemin; ell’ ne me r’vient pas, plutôt que ell’ ne m’revient pas, qui se dit aussi.

III. Trois monosyllabes consécutifs.—S’il y a trois monosyllabes de suite, quelques puristes prononcent le premier et le troisième: si je t’le dis; mais tout le monde prononce en général le second seul: si j’te l’dis, et même au besoin j’te l’dis, sans si, comme tout à l’heure j’le r’grette. Tout ce qu’ je dis est particulièrement affecté, et tout c’ que j’dis est la seule prononciation usitée; et si pour écrir’ c’ que j’dis paraît trop dur, nous savons déjà qu’on prononce ce avec que, c’est-à-dire les deux e médians, plutôt que d’élider que: pour écrir’ ce que j’dis, pour prendr(e) ce que j’remets (ou c’que j’remets, ou c’ que je r’mets).

Toutefois, ne étant subordonné à je et de, on dira si je n’le dis pas plus correctement que si j’ne l’dis pas; et en tête de phrase on disait bien j’ne r’grette rien, à cause de la faiblesse de re initial, mais on ne dirait pas j’ ne l’sais pas, et pas davantage j’ne l’regrette pas, avec ou sans si, mais uniquement je n’le r’grette pas. En revanche, la prédominance de que sur je fait qu’on peut dire c’que j’demande aussi bien que c’que je d’mande, et même c’est c’que j’regrette.

D’autre part, si, sur trois monosyllabes, que est en concurrence avec je, c’est celui des deux qui est médian qui l’emporte; on a donc c’est qu’je n’sais pas, et non c’est que j’ne sais pas, à côté de c’est c’que j’sais bien. On voit même je médian se maintenir à côté de que obligé: il est sûr que je n’sais pas, et non que j’ne sais pas, malgré il est sûr que j’te crains peu. Mais que reprend sa primauté, s’il y a une muette initiale supplémentaire, et qu’il faille choisir: c’est que j’ne r’viens pas est plus usité que c’est qu’je n’reviens pas.

IV. Plus de trois monosyllabes consécutifs.—S’il y a plus de trois monosyllabes de suite, avec ou sans syllabe muette antérieure ou postérieure, il y aura certainement dans le nombre que, et même ce que, ou bien je, sinon les deux; dès lors la prédominance de que, ou, le cas échéant, celle de je, et d’autre part l’effacement ordinaire de le et ne, détermineront aisément le choix, ou même couperont la série en deux ou trois membres, où que fera l’effet d’une tonique, et aussi je, le cas échéant: si je n’te l’dis pas, si je n’me l’demande pas, c’est c’que j’me d’mande, c’est c’que j’me r’demande.

On voit qu’en général les e élidés alternent avec les autres. Mais ici encore, bien entendu, que et je pourront être prononcés à côté l’un de l’autre. Ainsi l’on dira aussi bien, et même mieux, c’est c’que je r’demande, que c’est c’que j’red’mande, et nécessairement c’est c’que je n’te d’mande pas et c’est c’que je n’te r’demande pas, tu veux t’instruir’ de c’que je n’sais pas, parc’que (ou puisque) je n’te l’fais pas dire, tu réclam’ c’que je n’te r’mets pas, parce que je n’te le r’mets pas[452].

On notera que, dans ce dernier exemple, on peut prononcer jusqu’à cinq e muets sur sept, dont trois de suite; le plus fort écrasement en laissera encore trois debout, dont que et je de suite: parc’ que je n’t’ le r’mets pas, car ni que ne peut s’élider après parce, ni je devant ne.

On avait ici sept e muets de suite; en voici huit et même neuf: tiens-moi quitt’ de c’que je n’te r’mets pas, et tu t’lament’ de c’que je n’te le r’mets pas (ou je n’te l’remets pas, ou plus souvent je n’t’le r’mets pas).

7º Conclusions.

De toutes ces considérations il résulte qu’il y a souvent plusieurs façons de prononcer les mêmes phrases, même sans parler des cas où l’on tient à mettre en relief une syllabe particulière. D’une façon générale les e muets, quels qu’ils soient, peuvent tomber en plus ou moins grand nombre, suivant les personnes, suivant les lieux, et surtout suivant l’allure du débit. On parle plus rapidement qu’on ne lit: la lecture conservera donc des e muets que la langue parlée laisse tomber. On parle ou on peut parler dans la conversation plus rapidement que dans un discours: la conversation rapide ou simplement négligée écrase donc une foule d’e muets qui se conservent partout ailleurs. Mais alors on arrive facilement à des incorrections que rien ne peut justifier.

C’est le défaut des phonéticiens, et surtout des phonéticiens étrangers, de recueillir précieusement les façons de parler les plus négligées, pour les offrir comme modèles; et alors on voit des étrangers s’évertuer consciencieusement à reproduire dans un discours étudié et lent des formes de langage que la rapidité du débit pourrait seule excuser: cela est ridicule. Ces phénomènes se produiront toujours assez tôt et spontanément, quand la connaissance de la langue sera parfaite et qu’on en fera un usage habituel et constant.

Ainsi tout à l’heure nous citions parce que réduit à pasque: ces choses-là se constatent, mais ne doivent pas s’imiter volontairement.

On a vu aussi que, dans la prononciation populaire ou simplement négligée, la chute de l’e muet entraîne souvent celle de l’r: vot’ père, quat’ jours, un maît’ d’anglais, pour entend’ le discours. C’est également pour permettre à l’e muet final de tomber qu’on supprime l’l dans quelque; mais ce n’est que dans une conversation très familière qu’on dit que’qu’chose, ou que’qu’fois. On va plus loin: on dit couramment c’t homme, qui au temps de Restaut était considéré comme correct, et même c’t un fou, où l’on fait tomber non pas un e muet, mais un e ouvert; comme dans s’pas, pour n’est-pas, et même pas? tout court; et l’on dit encore p’têt’ bien (ou ben), où ce n’est plus un e qui tombe, mais eu, assimilé à l’e muet, sans compter la finale re: tout cela est-il à recommander? Le peuple, et même les gens les plus cultivés en disent bien d’autres: qu’ est qu’ c’est qu’ça, ou même simplement c’est qu’ça, ou encore qu’ça fait, sans parler de ou ’st-c’ que c’est, ou plus brièvement où qu’c’est. Car on parle uniquement pour se faire comprendre, et avec le moins de frais possible: c’est le principe de moindre action, qui s’applique là comme ailleurs. Mais d’abord ce n’est peut-être pas ce qu’on fait de mieux; ensuite on ne dit pas cela partout, ni à tout le monde; enfin, quand on parle ainsi, on n’a nullement la prétention de fournir un modèle à suivre.

On voit que l’écueil de la prononciation, relativement à l’e muet, c’est l’abus des élisions. Mais le contraire se produit aussi parfois. Comme deux consonnes tendent à maintenir l’e muet devant une troisième, il arrive aussi qu’elles en appellent un qui n’existe pas! Il n’est pas rare d’entendre prononcer lorseque, exeprès, Oueste-Ceinture, ourse blanc, qui rappellent bec ed gaz[453]. Évidemment l’est de Paris est difficile à prononcer, à cause des deux dentales qui se heurtent: on est obligé de les fondre à peu près en une seule. D’autre part le français répugne à commencer les mots par deux consonnes, si la seconde n’est pas une liquide; de là la formation de mots tels que esprit, é(s)chelle, é(s)tat, qui ont gardé ou perdu leur s après addition de l’e; mais il faut éviter d’augmenter le nombre de ces mots en disant une estatue, ou d’intercaler un e dans s(e)velte[454].

* * *

Nous ne pouvons pas terminer ce chapitre sans dire un mot de la question des vers, dont l’e muet est un des charmes les plus sensibles, comme aussi les plus mystérieux. L’e muet est une des caractéristiques les plus remarquables de la poésie française. Aussi les principes que nous venons de développer ne sauraient-ils en aucune façon s’appliquer à la lecture des vers, qui exige un respect particulier de l’e muet.

Voici un vers de l’Expiation, de V. Hugo:

Sombres jours! l’empereur revenait lentement.

On laissera les acteurs articuler neuf syllabes, comme si c’était une phrase de Thiers: ici il en faut douze, si l’on peut. L’e muet d’empereur est le seul qui évidemment ne puisse pas se prononcer, car il est de ceux qu’on ne devrait pas écrire; s’ensuit-il qu’il faille le laisser tomber complètement? En aucune façon: l’oreille doit en percevoir la trace, ne fût-ce qu’un demi-quart d’e muet; il suffira même d’appuyer un peu plus sur la syllabe précédente pour faire sentir à l’oreille qu’il y a là quelque chose comme une demi-syllabe. Et sans doute cela est difficile; mais les autres n’offrent aucune difficulté. Les e de revenait doivent se prononcer pleinement tous les deux, et quand à celui de lentement, on peut aisément le faire sentir plus que celui d’empereur: le sens même ne l’exige-t-il pas?

Voici un vers d’une toute autre espèce, qui ne peut, pas être dit non plus de n’importe quelle manière:

Je veux ce que je veux, parce que je le veux[455].

Le premier élément je veux doit être suivi d’une pause; le second a quatre syllabes dont il sera bon de prononcer la première et la troisième, contrairement à l’usage courant[456]; le second hémistiche doit se diviser en deux parties égales avec un accent fort sur que; ou si l’on accentue sur par, il faudra faire sentir tous les e muets.

Dans cet autre vers de V. Hugo:

Mais ne me dis jamais que je ne t’aime pas[457],

qui aurait huit syllabes en prose rapide, tous les e muets doivent être prononcés, sauf le dernier, qu’on doit encore sentir à moitié; et je dis sentir plutôt qu’entendre, le prolongement du son ai et aussi de l’m suffisant à marquer l’existence de la muette qui suit.

Il est bien vrai que les poètes ne manient pas toujours l’e muet avec l’art et la prudence qu’il faudrait, et qu’ils mettent souvent le lecteur à de rudes épreuves. Il ne faut pourtant pas les trahir, même s’ils le méritent parfois[458].

Notes in this chapter

Note 1 · Ce chapitre a paru à peu près textuellement dans la Revue de philologie française, 1912, 2ᵉ trimestre; on y a fait ici quelques additions.Note 2 · C’est une bizarrerie de la langue: pourquoi est-il tonique dans dis-le, et muet dans dis-je? Tonique à l’origine dans l’un et l’autre, il teNote 3 · L’e est cependant muet, ou du moins il sonne comme l’e muet, devant deux consonnes, dans le préfixe re- (ressembler, ressortir), dans dessusNote 4 · Il arrive même souvent que l’élision de l’e muet se fait par-dessus s ou nt pour éviter la liaison: tu aim(es) à rire, ils aim(ent) à rire; Note 5 · De même le Yalou, le Yang-tsé-kiang, le Yémen, le Yucatan, le Yunnan, etc., quoiqu’on dise souvent, à tort, l’Yémen. L’i initial lui-même, pNote 6 · Molière, les Femmes savantes, acte I, scène 1. On dirait de même, le cas échéant, ce ouais, et aussi bien ce ah, ce oh: en général, il n’y aNote 7 · Après d’autres mots que le, de, ce, que, l’élision se fait couramment, surtout en vers. Pourtant Molière n’a pas hésité à conserver l’hiatusNote 8 · On respecte davantage la semi-voyelle des noms propres qui commencent par oua-, comme le Ouadaï, plus usité que l’Ouadaï.Note 9 · Nous reviendrons sur huit, au chapitre de l’H.Note 10 · Quoiqu’il entrevît les raisons de ce fait, Vaugelas exigeait l’onzième; mais si Corneille aussi disait l’onzième (Cinna, acte II, scène 1), Note 11 · Mᵐᵉ de Noailles, Éblouissements, La douceur du matin.Note 12 · Corneille, Au roi, Sur sa campagne de 1676.Note 13 · Dans les cafés ou restaurants, on dit: servez à l’as, voyez à l’as, pour dire à la table 1. C’est très probablement parce que servez au un sNote 14 · Légende des siècles, XXI, II.Note 15 · Voir M. Grammont, Mémoires de la Société de linguistique, tome VIII, pages 53-57.Note 16 · Ou éch’vèlé, qu’enregistrent Michaëlis et Passy: mais où diable prononce-t-on ainsi?Note 17 · C’est ainsi que certains mots étrangers ne se sont francisés complètement que par la chute d’une consonne: sauerkraut est devenu choucroute Note 18 · Domergue l’entendait encore, mais on ne l’entend plus aujourd’hui que dans le Midi, et aussi dans le chant, où on entend même beaucoup trop Note 19 · Il y a encore des gens à l’esprit prévenu qui ne veulent pas en convenir: des raisons littéraires ou purement subjectives leur font contesteNote 20 · Voir surtout pages 56 et 117.Note 21 · Pour l’e final des mots latins ou italiens, voir page 52. On se rappelle que l’e final anglais atone ne s’entend pas non plus.Note 22 · Le peuple conserve volontiers l’e final de cette au détriment du premier: c(et)te femme; mais cette prononciation, autorisée autrefois, est Note 23 · En ce cas, on ne peut prononcer en réalité qu’une seule consonne; mais on prolonge l’occlusion totale ou partielle de la bouche, qui paraît Note 24 · Sans quoi rien se décomposerait. Nous reviendrons plus loin sur ce phénomène. Mais on notera ici qu’on dit fort bien une petit’ lieue, sans Note 25 · Pour que la liquide soit troisième dans un tel groupe, il faut qu’elle soit précédée d’une explosive ou d’une fricative, précédée elle-même Note 26 · Et cela ne date pas d’aujourd’hui: au XVIᵉ siècle, plusieurs écrivains, notamment Du Bellay, écrivaient de préférence à l’imparfait tombointNote 27 · Gré(e)ment a pourtant l’e plus fermé et plus long qu’agrément. Bien d’autres e sont tombés au moyen âge, sans laisser aucune trace: bé(e)gueNote 28 · Rou(e)rie et flou(e)rie ont cependant ou plus long que sourie ou souris, et fé(e)rie a l’e plus fermé que série.Note 29 · En vers, l’e, qui ne compte pas dans pai(e)rai, compte dans payerai, comme dans sommeillerai, précisément parce qu’il s’appuie sur une consoNote 30 · C’est dans le Lévrier de Magnus. Ailleurs, dans les Paraboles de don Guy, il écrit flamboyement en quatre syllabes, ce qui est encore pis. CNote 31 · Ou voye, ou même soye ou aye, pour soit ou ait.Note 32 · Et dans quelques noms propres: J(e)an, J(e)anne, J(e)annot, J(e)annin, etc., Dej(e)an, Maup(e)ou, Jean de M(e)ung, etc., et même Sainte-Men(Note 33 · De même M(e)aux, Carp(e)aux, etc. Mais la diphtongue ne s’est pas faite dans E-auze, quoiqu’il n’y ait point d’accent.Note 34 · Voir plus loin page 240. On essaya quelque temps du même procédé pour donner au c le son sifflant devant a, o, u: commenc(e)a; puis on adoptNote 35 · L’e est ici précédé de trois consonnes en apparence; mais an est une voyelle simple, et ch une consonne simple; plus loin, dans longuement eNote 36 · On s’explique mal que le peuple prononce quelquefois trouvérai. Dangéreux n’est pas meilleur, ni cuillèrée; et aquéduc, qui fut longtemps coNote 37 · Ici encore, quand il y a suffisante affinité entre les consonnes, il est arrivé souvent que l’e muet est tombé dans l’orthographe, sans qu’oNote 38 · Et même, par l’effet de la liaison, ils se batt(en)t avec fureur. Ici encore, bien entendu, on prononce les deux consonnes, pour ne pas confNote 39 · Et Richelieu. Deux mots qui auraient dû être aussi en -elier, sont à tort en -ellier: prunellier et dentellière. Dans ceux-là on ne se borneNote 40 · Autrefois, tous ces mots avaient deux syllabes, ayant les mêmes finales monosyllabiques que poir-ier, atel-ier, aimer-ions, aimer-iez. Les nNote 41 · Ce phénomène est si marqué que, dans ouvri-er, le peuple refait parfois la diphtongue primitive par l’addition d’un e muet: ouve-rier; de mêNote 42 · Pour que la diérèse s’impose, il faut que la seconde consonne seule soit une liquide; le groupe rl s’accommode donc de la diphtongue.Note 43 · C’est uniquement à cause de la discordance de tn ou dn, car on prononce facilement diz’nier, et derrenier est devenu sans peine dernier. On Note 44 · Toutefois une rencontre telle que il rest’ debout est un peu dure, et il arrive qu’on dit il reste d’bout, par exception à la règle généraleNote 45 · Ici encore le peuple évite l’inconvénient en supprimant la liquide avec l’e muet (voir page 182); mais ici la liquide est après l’e: c(el)uiNote 46 · Inversement premier avait autrefois un accent, et cette prononciation n’a pas complètement disparu, quoique l’Académie ait ôté l’accent depuNote 47 · Quoique l’Académie ne l’ait pas encore enregistré pour ces mots. Au contraire, on commence à dire tenacité, par analogie avec tenace; mais tNote 48 · Le Dictionnaire général dit déjà: Retable, et mieux rétable. Cet et mieux est discutable.Note 49 · Celui-là a des raisons particulières que nous allons voir dans un instant.Note 50 · De même que réfugier ne change rien à refuge, ni irréligion à religion, l’é fermé étant réservé au mot savant. Je rappelle en outre la difféNote 51 · Malgré Michaëlis et Passy. On altère aussi assez souvent l’e muet de René, Rethel, Sedan, Sedaine, Segrais, Segré, Senef, Velay, Vevey, et sNote 52 · On prononce aussi un e muet, avec une seule consonne, ou plutôt l’e muet tombe aussi dans un certain nombre de noms propres qui ont conservéNote 53 · Cf. vil(e)brequin, dont le premier e ne s’explique d’ailleurs pas du tout.Note 54 · Pourquoi ces quatre mots n’ont-ils pas pris deux t, aussi bien que les autres? C’eût été plus simple. Tous les substantifs en -erie, dérivésNote 55 · On voit que l’r est encore troisième. Cette prononciation est accueillie par le Dictionnaire général; mais je ne crois pas, malgré son autorNote 56 · Nous en reparlerons dans un instant.Note 57 · Pourquoi papèt’rie et pas louvèt’rie? C’est un fait, voilà tout. D’ailleurs on entend aussi, surtout dans le peuple, non pas peut-être caqu’Note 58 · On dit aussi Gen’vois, bien plus souvent que G’nevois, mais ici, le plus généralement, on ne ferme pas l’e; jamais dans Gen’viève. On sait qNote 59 · Receler est devenu recéler, mais receleur est demeuré; receper est devenu aussi recéper.Note 60 · Le peuple s’obstine parfois dans ce cas à laisser tomber l’e du monosyllabe, mais alors il le remplace involontairement, et de toute nécessiNote 61 · On peut choisir, dans la conversation, entre pas de dieu et pas d’dieu, pas de lien et pas d’lien: voir ci-dessus page 160 et note 1. On peuNote 62 · Cela est si vrai qu’on dira entend’ le discours, et pac’ que tu es venu, plutôt que de dire entendre l’discours et parce qu’ tu es venu; maiNote 63 · Pourvu que le même son ne soit pas répété: je jette, ce signe. On notera qu’avec je et ce initiaux, on va familièrement par l’élision jusqu’Note 64 · Mais naturellement on est bien obligé de dire les pas d’ celui qui vient, sans quoi il y aurait quatre consonnes, qui ne s’accommodent pas. Note 65 · On dit naturellement: il croit qu’ tu viens, parce qu’il n’y a qu’un seul e muet.Note 66 · A fortiori, ça n’ me fait rien (chute du premier e), et non ça ne m’ fait rien.Note 67 · On évitera cependant d’aller, surtout en tête de phrase, jusqu’à j’ ne d’mande rien; on préférera je n’ demande rien: de- initial est sans dNote 68 · Ou je n’ te l’remets pas, moins bien, parce que, si le est subordonné à te, la muette initiale de remets est subordonnée à le.Note 69 · On n’a pas oublié le président de la République que le peuple appelait généralement Félixe Faure, à moins que ce ne fût Felisque.Note 70 · Nous reviendrons sur ce point au chapitre de l’S. C’est pour le même motif que le p est tombé dans (p)tisane ou (P)falsbourg, et aussi, au XNote 71 · Rotrou, Laure persécutée, acte I, scène 10.Note 72 · De même, à fortiori, Plutôt que d’ lever tes voiles, et non plutôt qu’ de lever (V. Hugo, Contemplations, IV, III).Note 73 · Les Burgraves, acte I, scène 3.Note 74 · Par exemple, avec cet hémistiche de V. Hugo ou d’Edmond Rostand: Qu’est-ce que c’est que ça, où le second que ne peut pas rester tout à fait
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