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Comment on Prononce le Français

IV.—LA VOYELLE O

Reading edition

1º L’O final.

L’o final est fermé, comme é et eu, et moyen, comme a, é et eu: adagio, numéro, domino[259].

L’s non articulé ne saurait ouvrir l’o: chaos, repos, gros, des dominos. Nos et vos eux-mêmes, quoique proclitiques, et par suite dénués d’accent, restent fermés, et leurs o sont même plus longs que les autres.

Il n’en est pas tout à fait de même du t non articulé, quoique les mots en -ot se soient progressivement fermés: sans être assurément ni ouverts ni brefs, ils sont cependant un peu moins fermés en moyenne que les précédents. Je dis en moyenne, car il faut distinguer.

Ceux qui ont une voyelle devant l’o ont toujours l’o fermé, ou à peu près: cahot, idiot, chariot, et, par analogie, fayot, caillot, maillot. D’autres encore font comme eux: mégot, margot, sergot, livarot, paletot, pavot; mais c’est la minorité[260].

La plupart des autres sont souvent beaucoup moins fermés, au moins hors de Paris. Le moins qu’on puisse dire est que leur prononciation est un peu flottante: ainsi jabot, calicot, cachot, fagot, gigot, grelot, mot, canot, pot, pierrot, dévot, et aussi bien leurs pluriels[261]. Sans doute, l’o de ces mots n’est jamais proprement ouvert chez les personnes qui prononcent correctement, mais il arrive souvent qu’il n’est pas fermé non plus, même chez ceux qui ont l’habitude de fermer l’o final. La différence est rendue particulièrement sensible par le voisinage immédiat de mots à son fermé:

Et Malherbe et Balzac, si savants en beaux mots, En cuisine peut-être auraient été des sots.

Beaux est ici fermé, comme partout: quoiqu’il soit moins accentué que mots, ce qui aurait pu contribuer à l’ouvrir un peu, c’est pourtant lui qui est le plus fermé des deux. La différence est moindre assurément que dans beaux hommes; elle est cependant certaine, et la demi-ouverture de mots entraîne celle de sots[262]. Il se pourrait, d’ailleurs, que le mot mot fût précisément celui qui s’ouvre le plus fréquemment ou le plus facilement, sans qu’il y ait lieu de distinguer comme autrefois entre le singulier et le pluriel. Toutefois, celui-là même n’est jamais ouvert qu’à moitié.

Il n’y a qu’un seul mot en -ot dont l’o soit tout à fait ouvert et bref, mais c’est parce que le t se prononce: c’est dot, la prononciation do étant dialectale.

Il va sans dire que cet o, même fermé, s’ouvre dans les composés, où il cesse d’être tonique, et où, très souvent, le t se lie avec le mot suivant: sot-l’y-laisse, mot-à-mot, pot-à-l’eau, pot-au-lait, pot-au-feu, pot-aux-roses, et même, sans liaison, pot à tabac.

Aux mots en -ot se joignent quelques autres mots à consonne non articulée, dont la finale n’est pas non plus tout à fait ou toujours fermée. Ce sont: broc, croc, avec accroc et raccroc, escroc, galop, sirop, et trop[263]. On notera que trop est presque toujours proclitique, et, par suite, a tendance à s’ouvrir tout à fait: c’est trop juste, ou mieux encore avec liaison: vous êtes trop aimable; aussi est-il bien difficile de ne pas l’ouvrir un peu, même quand il est tonique: j’en ai beaucoup trop. De même l’o est ouvert dans le composé croc-en-jambe, où le c sonne.

Malgré ces restrictions, on peut maintenir néanmoins que le son o final est, en général, fermé ou à peu près, surtout à Paris. Et la tendance est si marquée que, dans les mots raccourcis de la fin, qui se créent précisément à Paris, l’o intérieur, qui était au moins à demi ouvert dans le mot complet, se ferme en devenant final: on peut comparer kilogramme et kilo, typographe et typo. De même mélo, chromo, métro, photo, hecto, aristo, Méphisto, et même auto, malgré le son fermé qui précède l’o[264].

2º L’O suivi d’une consonne articulée.

Quand l’o est suivi d’une consonne articulée, il est, comme eu, assez généralement ouvert; mais lui aussi est fermé dans certains cas et, de plus, long.

I. O fermé.—L’o est fermé et long, avant tout, dans tous les mots en -ose, comme eu dans la finale -euse: on peut comparer chose et fâcheuse, dose et hideuse, rose et peureuse; et, de même que pour -euse, c’est un des points sur lesquels il importe le plus de corriger certaines prononciations dialectales, qui ouvrent partout o et eu[265].

A part les mots en -ose, o tonique avec consonne articulée n’est plus fermé et long qu’avec l’accent circonflexe, et dans un certain nombre de mots en -ome, -one, -os et -osse, que nous allons voir dans leurs catégories respectives.

Partout ailleurs l’o tonique est ouvert, mais, comme a, e et eu, avec certaines différences de quantité[266].

II. O ouvert bref.—L’o est naturellement bref devant une explosive brusque, c, t, p, ou une spirante sourde, f, ch, s: roc, coke, baroque, loch et même l(o)och, en une syllabe; dot, radote et carotte; stop, stoppe et métope; sous-off, étoffe et philosophe; roche; rosse et féroce[267].

Il n’y a d’exceptions que pour l’s.

D’abord l’o est long et fermé dans adosse et endosse (de dos), dans grosse et engrosse (de gros), dans fosse (on ne sait trop pourquoi), et aussi désosse (du pluriel os).

Mais surtout les mots en -os demandent un examen particulier. En principe, l’o y est ouvert et bref, mais il y a une tendance manifeste à le fermer et à l’allonger, peut-être par analogie avec les mots en -os à s non articulé. On dit, et on doit dire de préférence: un os, avec o ouvert et en faisant sonner l’s, des o(s), avec o fermé, comme do(s) et gro(s); toutefois, on dit de plus en plus des os avec o fermé et s articulé; et cette prononciation réagit parfois sur le singulier: un os, avec o fermé[268]. D’autre part, les avis sont partagés sur rhinocéros, mérinos, albatros, et même albinos; je pense qu’il vaut mieux fermer l’o dans ces quatre mots[269].

A vrai dire, les mois en -os, dont le nombre s’est fort augmenté, sont empruntés au grec le plus souvent, et la plupart sont des noms propres. Ceux qui n’en sont pas, mots savants, comme pathos, tétanos, peplos, cosmos, ou sphynx atropos, devraient tous avoir l’o bref, en vertu de l’étymologie. Mais cette prononciation, qui est de pure érudition, est en contradiction avec la tendance du français pour les mots en -os. Dès lors, une foule de gens fort instruits, et même sachant du grec (il est vrai qu’ils le prononcent fort mal), ferment l’o sans hésitation, par exemple, dans ce vers de Molière:

On voit partout chez vous l’ithos et le pathos!

Il en est de même pour tétanos, et cette prononciation est peut-être destinée à l’emporter sur la bonne. Elle ne peut, d’ailleurs, choquer que les érudits[270].

III. O ouvert moyen.—L’o est un peu moins bref devant une sonore, soit explosive, b, d, g, soit surtout spirante, j, v (et même parfois z), et devant l, m, n, et gn mouillé: ainsi snob et robe, pagode ou rapsode, grog et drogue; puis col, école, décolle, et même alc(o)ol, réduit à deux syllabes[271]; homme et métronome; micron, matrone et patronne; enfin, horloge, innove et ivrogne[272].

Seules les finales -ome, -one et -oz appellent quelques observations.

1º Autrefois on distinguait les finales -omme et -ome: les mots en -omme, mots de la langue commune, qui sont bien huit ou dix, avaient seuls l’o ouvert[273]; les mots en -ome, mots savants, avaient au contraire l’o fermé, au moins à partir du XVIIᵉ siècle. Cette prononciation était justifiée dans beaucoup de cas par l’étymologie, notamment dans symptôme et diplôme, qui ont pris l’accent; dans idiome et axiome, qui ne l’ont pas pris, et aussi dans brome, chrome, amome, gnome et arome. Est-ce par analogie que tant d’autres suivirent? Toujours est-il que prodrome et hippodrome, tome, atome ou épitome (remplacé depuis par épitomé), nome, économe, et même astronome, et aussi majordome, n’avaient aucune raison de fermer leur o[274]. Ils le fermèrent pourtant, sans doute en qualité de mots savants. Que dis-je? On en vit deux, à o également bref d’origine, qui allèrent jusqu’à prendre l’accent circonflexe: dôme et monôme, avec binôme et polynôme[275]. Ceux-là sont altérés pour longtemps par l’orthographe. Pour les autres, on est revenu en arrière, mais on y a mis le temps, et il en reste encore quelque chose.

Quoiqu’il n’y ait plus guère de divergence sur la prononciation de métronome, astronome, autonome, qui ont certainement l’o ouvert, on trouverait sans peine des vieillards qui ferment encore l’o dans économe; et l’on hésite souvent sur les autres[276]. La tendance à ouvrir est cependant très marquée; et même on voit se produire depuis une génération le phénomène inverse: on avait fermé des o légitimement ouverts; on a ouvert des o légitimement fermés. Amome, ou du moins cinnamome, ne se dit plus guère avec o fermé[277]; gnome et arome ouvrent leur o de plus en plus souvent, et polychrome encore davantage. Je ne vois guère, sans accent circonflexe, que idiome et axiome qui résistent avec succès; et encore ils sont certainement touchés[278].

2º C’est une observation toute pareille qu’on peut faire sur les mots en -one, mots savants ou noms propres, qui autrefois avaient l’o long et fermé, par opposition aux mots en -onne, mots de la langue vulgaire, qui l’avaient bref et ouvert. Ici aussi, l’o fermé pouvait se comprendre dans des mots comme carbone, aphone, polygone, anémone, matrone, mots savants où se conservait la quantité étymologique[279]; ou encore dans automne, autrefois nasal, comme damne; il ne s’expliquait ni dans madone ou belladone, de l’italien donna, ni, et moins encore, dans atone ou autochtone, et pas davantage dans prône et trône, qui ont imité dôme et monôme[280]. Aujourd’hui, à part les mots que l’orthographe a altérés, prône et trône, cette prononciation a disparu à peu près, par assimilation de -one à -onne: sans parler d’anémone et matrone, qu’on ne discute pas, atone ne saurait garder l’o fermé à côté de monotone, ni aphone à côté de téléphone ou saxophone. Carbone et les termes mathématiques de la famille de polygone résistent encore, mais pas pour longtemps[281]. Je ne vois plus avec o long fermé d’une façon assez générale que zone et amazone, cyclone et icone; encore ces mots sont-ils atteints, surtout amazone[282].

3º Pour ce qui est de l’s doux, nous avons vu plus haut que les mots en -ose avaient l’o fermé. Comme il n’y a pas de finale féminine en -oze, il ne reste que les mots en -oz, sur lesquels l’accord n’est pas parfait; mais cette finale appartient exclusivement aux noms propres[283].

IV. O ouvert long.—De même que a, e et eu devant r, l’o est allongé dans -or (avec ou sans seconde consonne non articulée) et dans -ore (ou -orre), tout en restant très ouvert sans exception: or et hors, abord et abhorre, cor, corps, recors, accord, encor et encore, porc, port et pore, tord, tords, tort, retors, store et mentor, ne se prononcent pas de deux manières[284].

3º L’O suivi de groupes à liquides.

Dans les groupes à liquides, l’o est également ouvert. Il est plus ou moins bref ou moyen dans les finales en -ocle et -ocre, -ople et -opre, -otre, -ofle et -ofre, où l’o est suivi d’une sourde: socle et médiocre, sinople et propre, notre et votre, girofle et coffre[285]; il est un peu plus long dans les finales en -oble, -obre et -ogre: noble, sobre, ogre[286].

4º L’O atone.

L’o atone est exactement dans le même cas que l’a: tandis que l’o tonique peut être long en restant ouvert, l’o atone ne peut être long qu’autant qu’il est fermé, et ce n’est pas très fréquent. Ainsi l’o de dore ou dévore, n’étant pas fermé, s’abrège dans dorer ou dévorer.

L’o reste long pourtant, d’abord quand il conserve sur la prétonique l’accent circonflexe de la tonique: enjôler, enrôler (ou enrôlement), frôler, chômer, prôner, trôner, aumônier, ôter, côté, hôtel, prévôté, rappellent sensiblement geôle, rôle, prône, trône, etc., quoique l’accent circonflexe ne soit pas toujours justifié[287].

La prononciation de coteau, dérivé de côte, comme côté, a quelque chose d’irrégulier, car l’o de ce mot est tout à fait bref et ouvert; aussi a-t-il perdu son accent. Il est vrai que beaucoup de gens ouvrent aussi celui de côté (cf. accoter); et même il est assez rare qu’on maintienne fermé celui de côtelette, qui n’a pourtant que deux syllabes pour l’oreille.

A plus forte raison, quand l’accent circonflexe est plus éloigné, l’o reste difficilement fermé: il peut l’être dans fantômatique, qui est savant, et d’ailleurs fort peu usité, et aussi dans Hôtel-Dieu, car hôtel ne peut y changer de nature; mais l’accent d’hôpital, qui est le même mot qu’hôtel, ne sert plus absolument à rien[288].

On ouvre aussi assez généralement l’o de rôtir et de ses dérivés.

Même sans accent circonflexe, l’o reste ordinairement fermé et long dans ossements ou désosser[289]; dans dossier, adosser, endosser; dans grosseur, grossir ou grossier; dans fossé[290].

L’o est surtout fermé devant s doux ou z: oseille, groseille, osier, gosier, égosille, rosier, rosée, arrosoir, explosif, corrosif, et tous les verbes en -oser, avec les substantifs en -osion et même -osité, comme arroser, érosion ou générosité[291]. Il est moins fermé dans les mots en -osition, notamment dans préposition. Il est naturellement plus ouvert dans hosanna, mosaïque et prosaïque, et tous les mots qui commencent par pros-, ou même plus généralement par pro-.

L’o prétonique est encore fermé dans momier, momerie et momie, et dans les mots en -otion: lotion, émotion, notion, potion, dévotion[292]. Il est encore à peu près fermé, mais avec tendance à s’ouvrir, dans obus et odeur, et il s’ouvre naturellement dans leurs dérivés, qui sont polysyllabiques. Il est douteux et plutôt ouvert dans toper, dans vomir et ses dérivés, dans à l’orée, dans motus.

Malgré l’étymologie, l’o est tout à fait ouvert et bref dans disponible et poney[293]; de même dans moteur et motrice; il l’est surtout dans les verbes en -orer, et dans les dérivés des mots en -ot, suivant l’analogie des mots en -ote: cahoter, saboter, tricoter, flotter, voter ou votif, et même numéroter; de même abricotier ou idiotisme, tout comme escroquer ou galoper; et encore, peut-être par analogie, malotru ou otage.

Beaucoup de Parisiens ferment l’o dans ovale, mais ceci est purement dialectal, car o est ouvert partout devant v, comme devant r (à part alcôve, bien entendu).

Le souvenir de la quantité latine fera fermer correctement l’o dans variorum ou quorum (en opposition avec décorum ou forum, dont l’o est ouvert et bref); de même dans olim, dans ex voto ou ab ovo, dans le premier o de pro domo, qui est un o final; mais il est ouvert dans factotum et toton, dans soliste, et souvent même dans solo, dans quiproquo, oratorio et sanatorium, et naturellement les polysyllabes qui commencent par dodéca[294].

Remarque.—Par un phénomène d’assimilation que nous avons déjà constaté pour e ou ai, qui se fermaient devant une tonique fermée, la répétition de la même syllabe fait que l’o prétonique est presque aussi fermé que l’o tonique dans bobo, coco, rococo, dodo, gogo et lolo. Même le premier o de rococo, qui est le même que l’o ouvert de rocaille, tend à se fermer comme les deux autres. Ces mots étant uniquement du style familier, il n’y a pas lieu de réagir ici[295].

Devant une voyelle aussi, l’o tend à se fermer à demi: co-alition, co-habiter, co-efficient, bo-a, clo-aque, oa-sis, poème, assourdiraient leur syllabe initiale, si l’on ne veillait à la distinguer de la suivante; et cette tendance, livrée à elle-même, irait jusqu’à changer o en ou consonne, ainsi que cela s’est fait plus d’une fois, notamment dans moelle[296]. On fera bien d’y résister et d’ouvrir l’o. De plus, on doit prononcer les deux o séparément et ouverts dans quelques mots savants où on les trouve: co-opération, épizo-otie, zo-ologie, etc.[297].

5º L’O de quelques mots étrangers.

L’o est fermé dans l’anglais home, at home, et l’allemand kronprinz (sans nasale), mais l’r l’a ouvert dans folk lore; il est assourdi en ou dans time is money, ou to be or not to be[298].

L’o double anglais se prononce ou dans coolie, qu’on écrivait jadis couli, fort justement; dans book, arrow-root, foot-ball, groom, sloop, schooner, snowboot, waterproof[299].

L’o double flamand n’est qu’un o long, comme dans vooruit[300].

6º Le groupe AU.

Le groupe au (ou eau) se prononce généralement comme o fermé[301].

I. AU tonique.—Au final est pareil à o final: radeau, landau ou eldorado, panneau et piano, marteau et in-quarto ne se prononcent pas de deux manières.

Il en est de même quand il y a une consonne non articulée: faux, défaut, échafaud, avec cette différence que -aut (ou -aud) est un peu plus long et surtout plus fermé que -ot[302].

Devant une consonne articulée, tandis que les groupes oi ou ai sont toujours ou presque toujours ouverts, et souvent brefs, comme a ou e, au contraire le groupe au est régulièrement et très également fermé et long comme ô: aube, débauche, émeraude, chauffe, gaufre, sauge, saule, baume, faune, taupe, rauque, cause, fausse et sauce, faute et pauvre.

On ouvre quelquefois sauf, qui devient bref, surtout employé comme préposition, et aussi holocauste, en vertu du principe général des deux consonnes[303].

Mais l’exception capitale, c’est la finale -aur ou -aure: au y est toujours long, plus long que jamais, mais il y est ouvert autant et plus que fermé, car c’est le propre de l’r d’ouvrir les voyelles.

Ainsi au est ouvert d’abord dans saur, qui est pour sor (comme Paul pour Pol), et dans taure, qui est aussi pour tore (comme taureau est pour toreau), car au n’est dans ces mots que par réaction étymologique[304].

Et partout le groupe latin aur serait devenu or si on l’avait laissé faire, ce qui veut dire aussi que partout aur se prononcerait or ouvert, si l’érudition ne maintenait parfois le son o fermé. Ainsi l’usage le plus ordinaire ouvre la finale de centaure et Minotaure, proches parents de taure, et que les érudits seuls continuent à fermer, et plus encore celle de restaure, sur qui l’érudition n’a pas de prise. La finale -aure s’ouvre même dans des termes techniques, comme ichtyosaure ou plésiosaure[305].

II. AU atone.—Au atone est généralement fermé aussi, surtout quand il est prétonique, sauf devant un r: aubépine, auberge, audace, autel, etc., cauchois, caution, clabauder, chauffer, chausser, faussaire, mauviette, peaussier, etc., et les finales en -auté: cruauté, loyauté. Il est fermé même dans saurien, tauromachie et centaurée, malgré l’r, parce que ce sont des mots savants, et aussi dans vaurien, où le verbe primitif se reconnaît toujours.

Mais les exceptions sont fort nombreuses.

Au atone est ouvert d’abord devant un r, dans taureau, comme on vient de voir, et sauret; généralement aussi dans les futurs et conditionnels d’avoir et savoir[306]; dans aurore, auréole, aurifère ou aurifier[307]; et tout au plus est-il douteux dans laurier (pour lorier), lauréat, lauréole.

En second lieu il tend naturellement à s’ouvrir devant deux consonnes, non seulement dans augment et augmenter, où le phénomène est général, mais souvent aussi dans des mots comme ausculter ou auxiliaire, où il s’impose beaucoup moins, et même dans des mots où il est prétonique: auspice, austère, austral, cauch(e)mar ou encaustique.

Il s’est même ouvert sensiblement aussi devant une seule consonne, dans autoriser et autorité (mais non dans auteur), et surtout dans mauvais, sans parler de rigaudon, qui s’écrit aussi rigodon. D’une façon générale, il tend à s’ouvrir dans quelques mots très usités, d’abord dans les polysyllabes, authentique, automate, autonome, autopsie, cautériser, et aussi dans aumône, où il se distingue ainsi de l’ô qui suit, dans auguste, automne, épaulette (malgré épaule), paupière, ou même naufrage. Toutefois on prononce encore la plupart de ces mots plus correctement en fermant au, aussi bien que dans aujourd’hui, où il est tout à fait incorrect de l’ouvrir[308].

La diphtongue allemande au se prononce comme o fermé quand elle se francise: blockaus[309].

Notes in this chapter

Note 1 · On devrait le faire un peu plus long dans Vanlo(o) et Waterlo(o), puisqu’il en représente deux, mais nos finales ne comportent pas ces distiNote 2 · Ceux-là se prononcent exactement comme clôt, dépôt (avec entrepôt, impôt et suppôt), rôt, tôt et prévôt, qui ont perdu l’s, et Prévo(s)t, quNote 3 · Et même Goths, ainsi que beaucoup d’autres noms propres: Didot, Renaudot, Carnot, Guizot, etc. Les poètes ne font pas ces distinctions, et lNote 4 · Il en est exactement de même dans telles expressions toutes faites, comme aller au trot, ou dans tel nom propre, comme Renaudot.Note 5 · Avec palinod et quelques noms propres en -od, comme Pernod et Gounod.Note 6 · Le français avait autrefois la finale muette oe (Pirithoe, redevenu Pirithoüs, coe devenu queue, ou roe devenu roue), et sans doute elle étaNote 7 · C’était sans doute pour empêcher qu’on ne s’y trompât, que Fabre d’Églantine, d’origine méridionale, a cru devoir mettre un accent circonfleNote 8 · Nous ne parlons pas non plus ici des finales dont il est question page 38: docte et dogme, golfe et révolte, absorbe, écorche et informe, moNote 9 · De même Maroc, Enoch, Bankok, Shylock, Locke ou Archiloque; Eliot, Scott, Naboth, Hérodote, don Quichotte, La Mothe; Ésope; Romanof, MalakofNote 10 · En revanche, chez le boucher, on dit volontiers des os avec o ouvert, comme au singulier, et de même désosser, la distinction étant trop délNote 11 · Le Dictionnaire général l’ouvre (à volonté dans albinos), mais cela, c’est peut-être la théorie plutôt que la pratique. Michaëlis et Passy lNote 12 · Il en est de même pour les noms propres. Beaucoup d’entre eux ont remplacé simplement la forme latinisée en -us, seule usitée autrefois, comNote 13 · Cependant alco-olisme garde les o séparés, comme Bo-oz ou zo-ologie, qui ne sont pas des mots populaires.Note 14 · Suivant son principe, le Dictionnaire général fait o ouvert, mais long, dans les finales -oge, -ove et -ogne. L’accent circonflexe s’est misNote 15 · On y joignait généralement Rome, qui pour ce motif s’est longtemps écrit avec deux m.Note 16 · De même Deutéronome, Chrysostome et Sodome, à côté de Rome, qui gardait seul l’o ouvert.Note 17 · S’ajoutant à diplôme et symptôme, qui auraient pu s’en passer aussi bien qu’idiome et axiome. L’accent est encore dans chôme (par confusion Note 18 · Sauf peut-être sur majordome. Le Dictionnaire général fait aussi l’o ouvert dans prodrome et hippodrome, tome et atome, et Deutéronome; maisNote 19 · Le Dictionnaire général fait l’o fermé dans amome et ouvert dans cardamome et cinnamome. L’opinion a pu changer au cours de l’impression.Note 20 · Il y a encore quelques termes de médecine qui ferment l’o, comme sarcome, fibrome, etc. Mais il faut bien que chrome suive polychrome, et ilNote 21 · De même que dans Babylone, Dodone et Pomone, Bellone et Suétone.Note 22 · Pas davantage dans Antigone, Tisiphone ou Gorgone, qui longtemps eurent l’o long, comme Barcelone.Note 23 · Tous ces mots ont l’o ouvert dans le Dictionnaire général, ainsi qu’ozone, pour lequel Michaëlis et Passy admettent quatre prononciations diNote 24 · Outre prône et trône, l’accent s’est mis sur cône et pylône, qui avaient l’o long; quant à aumône qui a perdu son s, son o s’était néanmoinsNote 25 · Dans les noms anciens ou étrangers l’o est ouvert: Booz, Badajoz. En France, la finale -oz, comme la finale -az, est assez fréquente dans leNote 26 · De même Médor, Cahors, Niort, Chambord, etc.Note 27 · Notre et votre ne sont que la forme atone de nôtre et vôtre, qui ont perdu leur s, ainsi qu’apôtre et patenôtre. L’o est également ouvert daNote 28 · De même Grenoble et Hanovre, dont l’o s’est également ouvert (comme partout devant v), quoi qu’en disent Michaëlis et Passy. Et c’est tant pNote 29 · On notera ici aussi que des mots comme conique ou conifère, drolatique, polaire, diplomate et ses dérivés, ou symptomatique, n’ont pas conseNote 30 · L’o fermé qu’indiqué le Dictionnaire général est-il là pour l’accent circonflexe, ou est-il dû à une faute d’impression? En revanche MichaëlNote 31 · Mais non dans osseux, ossuaire, ossifier, où les deux s se prononcent le plus souvent, et oss(e)let, où l’e est suivi de sl, pour l’oreille.Note 32 · Mais, malgré Michaëlis et Passy, il est plus souvent ouvert dans fossette, toujours dans fos-sile, surtout si l’on prononce les deux s, généNote 33 · Beaucoup moins régulièrement, ou même rarement, malgré rosier, dans rosace, rosat, roséole, rosaire, roseau, rosette, et même rosière, si biNote 34 · Et dans Phocion, et plus sûrement encore dans Procyon, comme dans Momus. Il est douteux dans Salomon. Il est fermé dans Ohnet ou Frohsdorf, Note 35 · Michaëlis et Passy croient qu’on peut fermer l’o dans poney, et aussi dans toast, et même dans diagnostic! Il en résulte que pour eux poney Note 36 · Et même dans gratis pro Deo, et encore, à cause de l’r sans doute, dans ad honores, ad valorem, coram populo, ou ad majorem Dei gloriam. On Note 37 · Cf. maman, page 39. Le Dictionnaire général ouvre le premier o de ces mots (les deux premiers dans rococo).Note 38 · Voir plus loin, à la fin du chapitre des semi-voyelles, page 199 et la note.Note 39 · Et dans quelques noms propres anciens, comme Bo-oz, et aussi bien Démopho-on ou Laoco-on, qui autrefois se contractaient.Note 40 · L’o tend vers eu ouvert et très bref dans les noms propres en -son et -ton, non francisés, comme Addis(o)n, Emers(o)n, Palmerst(o)n, et aussNote 41 · De même dans Atwood, Booth, Brooklyn, Cook, Cooper, Robin Hood, Lammermoor, Liverpool, Longwood, Moore, Rangoon, Woolwich, etc.Note 42 · Et dans Berg-op-Zoom, Cloots, Loos, Roosevelt, Roosebeke, aussi bien que dans Vanloo et Waterloo: où a-t-on vu qu’il fallait dire la prise dNote 43 · Au est encore diphtongue au XVIᵉ siècle, et eau parfois triphtongue. Depuis le XVIIᵉ siècle, ce n’est plus qu’une voyelle simple.Note 44 · De même dans Beauveau ou Boileau, Regnaud, Escaut, Géricault ou La Rochefoucauld, Despréaux, Chenonceaux ou Roncevaux. La finale eaue a aussNote 45 · Au est de même fermé dans les noms propres: Aube, Claude, Gaule ou Beaune. Mais on ouvre toujours Paul, qui devrait s’écrire Pol. On ouvre mNote 46 · Cf. l’espagnol toro ou torero. On sait que la diphtongue latine au devient régulièrement o en français, transformation qu’on trouvait déjà dNote 47 · On l’ouvre aussi en majorité dans Maures, qui s’écrit aussi Mores, et dans Faure, Dufaure, Laure, Roquelaure, Saint-Maur. Les érudits le ferNote 48 · Mais non dans ceux de valoir, malgré Michaëlis et Passy.Note 49 · Le Dictionnaire général ferme partout au initial, même dans aurore et augmenter! C’est évidemment l’étymologie et non l’expérience qui en a Note 50 · De même pour les noms propres: on ferme correctement Aurillac, malgré l’r, aussi bien que Auber, Audran, Augias, Auguste, Aulis, Aumale, AusNote 51 · De même dans Auerbach, Auerstædt, Augsbourg, Austerlitz, Eylau, Gauss, Glauber, Haguenau, Haussmann, Nassau, Naundorff, Rantzau, Rauch, Scho
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