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Comment on Prononce le Français

X et Z

Reading edition

1º L’X final.

A la fin des mots français, l’x n’est plus généralement qu’un signe orthographique qui tient simplement la place d’un s[865]. Aussi ne se prononce-t-il pas plus que l’s du pluriel, notamment après u, dans tous les mots en -aux, -eux, -oux, au singulier comme au pluriel: fau(x), veau(x), aïeu(x), heureu(x), dou(x), genou(x), etc., etc.[866]. Il n’y a même pour ceux-là aucune exception, pas même pour deu(x), dont l’x s’est amui, comme l’s de troi(s), quoiqu’il se soit conservé dans six et dix, dont nous allons parler[867].

L’x final ne se prononce pas davantage dans pai(x), fai(x) et ses composés, ni dans les mots en -oix[868].

Il ne se prononce pas non plus dans pri(x), perdri(x) et crucifi(x), ni dans flu(x), reflu(x), influ(x)[869].

On vient de voir que l’x final se prononce par exception dans les noms de nombre six et dix, comme se prononcent les consonnes finales de cinq, sept, huit, neuf; mais ceci demande des explications.

D’abord cet x devrait s’écrire s, comme autrefois, car il a conservé ici le son de la langue vulgaire, où il a toujours sonné comme un s: j’en ai six, page dix, Charles dix, le six mai, le dix août.

En second lieu, il faut excepter, bien entendu, suivant la règle des adjectifs numéraux, les cas où six et dix sont suivis d’un pluriel commençant par une consonne: di(x) francs, si(x) sous, si(x) cents, di(x) mille[870].

Mais d’autre part, si le pluriel commence par une voyelle, ce n’est encore pas le son normal de l’s qu’on entend; car il se produit alors simplement un phénomène de liaison, d’où il résulte que l’s est doux[871]. De là la différence qu’il y a entre six hommes (si-zom) et six avril (si-savril): le nom du mois n’étant pas multiplié, dix et six se prononcent dis et sis devant avril, août, octobre, comme devant mai, juin ou septembre. A vrai dire, on prononce souvent si zavril comme si zhommes, comme on dit aussi entre si zet huit, mais ce sont des abus de liaison; au pis aller, pour six et huit, on peut choisir entre le son dur et le son doux, tandis que pour six hommes on n’a pas le choix: l’s est nécessairement doux.

On fait aussi la liaison par analogie, et quoiqu’il n’y ait pas multiplication, dans dix-huit (dizuite) et ses dérivés.

Par analogie avec dix-huit, on prononce également un s doux dans dix-neuf, comme on prononce le t dans vingt-quatre ou vingt-neuf.

Dans dix-sept, l’x garde le son de l’s dur à cause de l’autre s qui suit: dis-sète; d’ailleurs, quand on parle vite, on dit facilement di-sète, l’s double se réduisant à un, comme dans tous les mots populaires[872].

On prononce de même avec un s dur les termes de musique six-quatre ou six-huit, quoiqu’il y ait multiplication, parce qu’en réalité ce n’est pas quatre et huit qui sont multipliés, mais seulement les notes représentées par ces chiffres, de sorte que les deux chiffres qui indiquent la mesure restent toujours distincts; sizuit est donc encore un abus de liaison, d’ailleurs très tolérable.

Comme six et dix, coccyx se prononce avec un s simple, au moins par euphonie[873].

En dehors de six, dix et coccyx, quand l’x final se prononce, il se prononce cs. Mais cela n’a lieu que dans des mots grecs, latins ou étrangers, comme index, silex ou sphinx[874].

2º L’X intérieur.

Dans le corps des mots, l’x se prononce en principe cs devant une voyelle comme devant une consonne: d’abord dans les finales muettes, axe, rixe, sexe[875]; et aussi bien dans laxatif, axiome ou maxime, lexique ou sexuel, fixer ou luxure, comme dans textuel, bissextil ou mixture[876].

Mais en réalité tous ces mots sont des mots d’emprunt, et il en reste beaucoup d’autres où l’x ne se prononce pas ou pas toujours cs[877].

D’abord nous retrouvons l’s dur simple de la prononciation populaire dans soixante et ses dérivés, où l’x étymologique a été rétabli après coup, comme dans six et dix[878].

Nous retrouvons aussi l’s doux de la simple liaison dans les dérivés de deux, six et dix: deuxième, dixième, sixième, sixain se prononcent comme deu(x) hommes ou si(x) hommes[879].

Mais surtout les mots qui commencent par ex ou x demandent un examen spécial.

On notera en premier lieu que devant une consonne sifflante, c’est-à-dire devant ce ou ci ou devant un s, la seconde partie de l’x se confondant nécessairement avec le son qui suit, le son ecs se trouve réduit à ec: ec-cellent, ec-centrique ou ec-sangue[880].

Au contraire, devant une consonne non sifflante, on a une tendance naturelle, quand on parle vite, et même sans cela chez le peuple, à réduire ecs, non à ec, mais à es: estrême, escuse, espress[881].

Cette tendance doit être combattue en général, notamment quand il n’y a qu’une consonne, comme dans escuse, autrefois correct. Elle est plus admissible dans les mots commençant par excl- ou excr-, comme exclamation ou excrément, mais là même elle est familière et médiocrement correcte[882].

D’autre part et surtout, devant une voyelle, ex- initial (ou hex-) s’adoucit régulièrement en egz. Par exemple: exalter, exhaler, exécuter, exiger, exotique, exubérant, hexamètre, etc., et, par suite, inexigible ou inexact; il faut y ajouter sexagénaire et sexagésime, et peut-être aussi sexennal[883]. Seuls exécration et exécrable sont très souvent prononcés avec cs, par emphase.

Cette tendance à adoucir l’x après l’e initial est si forte qu’elle atteint chez nous jusqu’à la prononciation du latin. On croit même qu’elle a commencé par le latin. En tout cas, il ne nous suffit même pas de dire exeat ou exercitus avec gz: même une expression latine composée comme ex æquo, qui ne peut guère s’altérer en latin, s’altère en français, où nous la traitons comme un substantif: un ex æquo, des ex æquo, et par suite comme un mot simple. Ex abrupto s’altère beaucoup moins souvent[884].

En tête des mots, l’x ne garde le son de cs que parce que les mots, d’ailleurs en très petit nombre, sont savants et d’un usage restreint: xérasie, xérophagie, xiphoïde, xylographie; encore devient-il gz très souvent dans xylophone, qui est un peu plus connu[885].

3º Le Z

Le z final, dans les mots proprement français, est dans le même cas que l’x: il remplace simplement un s, même quand il représente étymologiquement ts[886]. Aussi ne se prononce-t-il pas plus que l’s ou l’x, notamment dans toutes les secondes personnes du pluriel: aime(z), aimie(z), aimerie(z), etc.

Il ne se prononce pas davantage dans le mot sonne(z), qui est en réalité un impératif, ni dans les substantifs ne(z) et bie(z), disparu devant bief, ni dans l’adverbe asse(z) et les prépositions che(z) et re(z), de re(z)-de-chaussée[887].

On voit que le z final muet suit généralement un e; mais le z ne se prononce pas davantage dans ra(z) de marée, ni dans ri(z); et si, en France, on le prononce ordinairement dans ranz des vaches, en Suisse on prononce ran, et on doit y savoir comment ce mot se prononce[888].

Le z final se prononce dans gaz et dans fez; mais ce sont des mots étrangers[889].

Le z final allemand, avec ou sans t devant, se prononce ts: quartz, kronprinz[890].

Et même tz après l se réduisent le plus souvent à un s: eau de sel(t)z[891].

On n’entend également qu’un s dans ruolz.

Dans le corps ou en tête des mots, le z français a toujours le son d’un s doux devant une voyelle: zèle, zone, bronzé, topaze, rizière, etc.

Il en est de même du z, simple ou double, des mots étrangers, quand nous les francisons: lazarone, scherzo, pou(z)zolane, mue(z)zin, souvent aussi ra(z)zia ou la(z)zi[892].

Quand nous ne francisons pas les mots étrangers, le z allemand se prononce ts[893].

Le z italien, simple ou double, se prononce quelquefois aussi ts, comme dans grazioso, plus souvent dz: piazza, piazzetta, lazzi, mezzo, mezzanine, pizzicati[894].

L’espagnol plaza se prononce plaça.

RÉCAPITULATION DES CONSONNES

On vient de voir de quelles manières différentes peuvent se prononcer à l’occasion les mêmes lettres, sans compter les cas où elles ne se prononcent pas du tout. Nous allons, pour récapituler ce chapitre, faire rapidement l’inverse, et montrer de combien de manières s’écrit chez nous chacun des sons que nous employons.

On a déjà vu les innombrables graphies des voyelles nasales; ceci achèvera de faire admirer comme il convient la logique de notre orthographe. Cette fois nous suivrons l’ordre rationnel qui est sans inconvénients.

Parmi les explosives, les labiales b et p et les dentales d et t se bornent à pouvoir s’écrire simples ou doubles, tout en se prononçant simples: habit et abbé, râper et appel, adieu et addition, bâtir et battre. Elles peuvent aussi s’interchanger: absent devient apsent et médecine devient metsine. Tout cela est peu de chose et, si le reste y ressemblait, notre orthographe serait une pure merveille[895].

Mais pour les gutturales, c’est une autre affaire: la gutturale forte ou sourde s’écrit c dans raconter, cc dans accord, ch dans chrétien, k dans képi, ck dans bock, kh dans khédive, q dans coq, qu dans quatre, cq dans Jacques, cqu dans becqueter, x dans excès ou Xérès, et même g dans Bourg, sans compter qu’elle fait ordinairement la moitié de l’x; la gutturale douce ou sonore s’écrit g dans grave, gg dans aggraver, gu dans gueule, gh dans ghetto, c dans second, parfois même ch dans drachme, ou qu dans aqueduc, et fait la moitié de l’x dans exemple.

De même, parmi les spirantes, nous retrouvons un peu plus de simplicité dans les fricatives et les chuintantes: les fortes s’écrivent seulement de quatre manières: f, ff, ph ou v, et ch, sh, sch ou j: fait, effet, phare, crè(v)e-cœur, et chat, shako, schisme, rej(e)ter; les douces n’en ont que trois: v, w ou f, et j, g ou ge: vague, wagon, neuf ans, et enjôler, rougir, geôle, sans compter tach(e) de vin.

Mais les sifflantes se rattrapent: la forte s’écrit s dans sel, ss dans assez, c dans ceci, ç dans reçu, sc dans scie, t dans patience, x dans soixante, z dans quartz, sans compter qu’elle fait presque toujours la seconde moitié de l’x, quand l’x se prononce, et aussi la seconde moitié du z, quand on le prononce ts; la douce s’écrit z dans zèle, zz dans pouzzolane, s dans raison, x dans deuxième, et fait la seconde moitié de l’x dans exemple.

Les sons de l, m, n, r se bornent à s’écrire par une lettre ou par deux; r devient aussi rh dans rhum.

Enfin l mouillé s’écrit ll dans bille, ill dans paille, l simple dans gentilhomme, lh dans Milhau, gli dans Broglie. L’n mouillé se contente de gn dans agneau ou ign dans oignon, et au besoin ni dans panier, sans parler de ñ dans doña.

Assurément, dans cette multiplicité de signes employés un peu partout pour les mêmes sons (et j’en ai peut-être oublié), il y en a beaucoup qui ne peuvent pas être évités. D’autres ne sont pas gênants. Mais on conviendra qu’une certaine simplification ne ferait de mal à personne et que la langue surtout s’en porterait beaucoup mieux, étant soustraite ainsi à de graves dangers d’altération.

Les langues doivent s’altérer, ou, si l’on aime mieux, évoluer avec les siècles, c’est fatal; mais en vérité est-ce le rôle des meilleurs écrivains de les y aider en s’obstinant à défendre une prétendue orthographe, qui serait la plus ridicule du monde, si la primauté sur ce point n’appartenait à l’anglaise?

Notes in this chapter

Note 1 · Voir page 262, note 1: l’x remplaça d’abord us, puis, quand l’u fut rétabli à côté, il remplaça abusivement l’s tout seul.Note 2 · De même Carmau(x), Carpeau(x), Cau(x), Bordeau(x), Meau(x) ou Saul(x)-Tavannes, Andrieu(x), des Grieu(x) ou Vieu(x)-Temps, Dreu(x), Évreu(x)Note 3 · On évitera donc deusse, aussi bien que eusse et ceusse avec autant de soin que gensse ou moinsse!Note 4 · Ni dans Saint-Yriei(x) ou Champei(x), Carhai(x), Desai(x), Roubai(x) ou Morlai(x), Foi(x) ou Mirepoi(x). Il se prononce pourtant dans Aix (aNote 5 · Ni dans Chamoni(x), qui s’écrit aussi Chamouny, ni dans Saint-Geni(x), ni dans Chastellu(x). Il se prononce aujourd’hui dans Gex, mais il neNote 6 · Voir, page 233, ce qui a été dit pour neuf. C’est avec six et dix que l’erreur de prononciation se commet le plus fréquemment dans les datesNote 7 · Et cela fait trois manières de prononcer six et dix.Note 8 · Comme pour vingt, cette prononciation de dix devant sept, huit, neuf, remonte à plusieurs siècles.Note 9 · Pour Béatrix, c’est inutile, puisqu’il y a Béatrice. Cadix lui-même se prononce aujourd’hui par cs. Mais on prononce toujours par s Morcenx Note 10 · Voici les autres: smilax, contumax, opoponax, anthrax, borax, thorax, storax et income-tax; ex-, codex, culex, apex, carex, murex, latex, naNote 11 · Le peuple intervertit volontiers les éléments de l’x dans ces mots, prononçant sesque pour sexe, comme Félisque pour Félix: ce défaut remontNote 12 · L’x amui a revécu dans le vieux mot jouxte. L’x se prononce de même dans Axoum, Ixion, Ixelles, Maxime ou Vauxhall, comme dans Expilly ou OxNote 13 · Je ne parle pas de au(x)quels, qui fait naturellement comme le(s)quels.Note 14 · C’est le même s qu’on entend dans Xerxès (ou Artaxerxès), écrit quelquefois Xercès, ainsi que dans Auxerre, Auxois, Auxonne, Sau(l)xures, BuNote 15 · Dizain a pris un z: pourquoi n’écrit-on pas aussi sizain, ou dizième?Note 16 · A l’époque où on prononçait acident, on prononçait aussi ecellent, et les personnes qui ont l’acent n’ont pas perdu cette prononciation.Note 17 · C’est le même phénomène que dans acident ou ecellent.Note 18 · Malgré les préférences de Michaëlis et Passy.Note 19 · Cette prononciation était déjà usitée au XVIIᵉ siècle. A-t-on voulu instinctivement distinguer dans la prononciation les mots tels qu’exécutNote 20 · L’x s’adoucit aussi dans Exupère, mais il reste intact dans Exelmans.Note 21 · Cf. glaude pour claude. Le même changement se produit presque toujours dans la plupart des noms propres, surtout les anciens: Xanthe, XantipNote 22 · Et en effet il se prononçait primitivement ts, comme en d’autres langues. D’autre part, il a servi longtemps dans l’orthographe, à défaut d’Note 23 · Ni dans les noms propres du Nord: Despre(z) ou Cherbulie(z), Saint-Genie(z) ou Dumourie(z), Mouche(z) ou Natche(z), Douarnene(z), Depre(z), Note 24 · On y prononce aussi Agassi(z).Note 25 · Le z final, quand il se prononçait, avait en dernier lieu le son d’un s dur, et non d’un s doux. Il a aujourd’hui le son de l’s doux dans leNote 26 · Dans tz, c’est l’accommodation régressive du z au t, plus commode que celle du t au z. On prononce de même Batz, Galatz et Gratz, Fitz, StréNote 27 · C’est encore le cas, même après une voyelle simple, dans Me(t)z, dont l’adjectif est messin, et Re(t)z, et aussi Féle(t)z ou Dujardin-BeaumeNote 28 · De même Vénézuéla, Chimborazo ou Sforza, comme Mozart et Pou(z)zoles, Fe(z)zan ou Abru(z)zes, et surtout en tête des mots: Zara, Zermatt, ZiNote 29 · Zollverein, Zwickau, Zwingle, Zwolle, Erzgebirge, Schwarzwald, Creuzer et aussi Guipuzcoa; mais on prononce d’ordinaire un s doux entre l etNote 30 · De même Arezzo, Brazza, Custozza, Fogazzaro, la Gazza ladra, Gozzoli, Pestalozzi, Pozzo di Borgo, Manzoni, Mazzini, Ratazzi, Rizzio, StrozziNote 31 · On trouve bien encore un d ou un t dans certains z: mezzo ou grazioso; du moins ceci est étranger.
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