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Comment on Prononce le Français

II.—LA VOYELLE E

Reading edition

Il ne sera pas question ici de l’e muet proprement dit, qui sera l’objet d’un chapitre spécial, et qui d’ailleurs n’est jamais tonique[118]. Nous parlerons seulement de l’e accentué. Peu importe d’ailleurs qu’il soit ou non surmonté du signe qu’on appelle accent: aimé ou aimer, succès, mortel ou rebelle appartiennent également à ce chapitre[119].

1º L’E final.

En règle générale, l’e tonique est fermé quand il est final, ou suivi d’un e muet, ou d’une consonne qui ne se prononce plus (sauf dans les finales -et et -ès); il est au contraire toujours plus ou moins ouvert quand il est suivi d’une consonne articulée[120]. L’e est donc ouvert en somme dans presque toutes les catégories; mais les catégories, en très petit nombre, où il est fermé, ont beaucoup plus de mots que toutes les autres ensemble.

I. E final fermé.—Les mots qui ont l’e final fermé sont les suivants:

1º La lettre e elle-même et les noms des consonnes b, c, d, g, p, t, v, et les innombrables mots en -é, substantifs, adjectifs, participes: bonté, zélé, aimé, etc., etc.

Il faut y joindre les mots latins, francisés ou non, c’est-à-dire écrits ou non avec l’accent aigu[121]. Par suite vic(e) versa, qu’on entend parfois, est aussi inacceptable que fac-simil(e).

Nous devons parler aussi des mots italiens à e final. Quand nous ne les francisons pas du tout, nous leur conservons l’accent italien, qui est ordinairement sur la pénultième, et nous faisons très peu sentir l’e, comme dans lazarone, cicerone, farniente, sempre, con amore, furia francese, anch’ io son pittore, e pur si muove. D’autres mots sont francisés, mais nous avons pour cela deux méthodes. Ou bien c’est la francisation complète, avec e muet, comme dans dilettant(e), et aussi andant(e), si bien francisé avec e muet, qu’on le prend comme substantif: un andante; on peut y joindre canzon(e), et même vivac(e), qui s’est naturellement confondu avec le français vivace: c’était fatal. Ou bien, et c’est le cas le plus fréquent, nous ne francisons les mots qu’à demi, et c’est alors un e fermé que nous prononçons, comme dans piano forte, cantabile, a piacere, dolce, mezzo-termine. Dans fara da se, l’e est accentué, même en italien[122].

2º A la catégorie de l’e final fermé appartiennent aussi: pied, qui devrait s’écrire et s’est longtemps écrit pié, même en prose, et non pas seulement pour la rime; puis sied et messied, assied et assieds. Mais la prononciation d’assied est moins sûre que celle de pied. Elle paraît flotter entre l’e fermé de pied et l’e ouvert des mots en et. Peut-être est-ce l’s d’assieds qui en est cause; en tout cas l’e d’assieds-toi est plutôt moyen.

Je ne parle pas de clef, qui s’écrit aussi clé.

3º Les innombrables mots en -er, ou -ier, dans lesquels l’r ne se prononce pas: aimer, prier, pommier, meunier, régulier, archer, messager, léger, etc.[123].

4º Les mots en -ez où le z ne se prononce pas, à savoir: les formes verbales de la seconde personne du pluriel, aimez, aimiez, aimeriez; le substantif nez; la préposition chez; l’adverbe assez; enfin l’ancienne préposition lez (près de), des noms de lieux[124].

Il y avait aussi autrefois un adverbe rez (au niveau de), qui était également fermé: il n’existe plus que dans le substantif rez-de-chaussée, où il s’est ouvert et abrégé, en devenant atone[125].

La distinction entre l’e final, qui est fermé, et l’e suivi d’une consonne articulée, qui est ouvert, est si marquée et si constante, que quand les infinitifs en -er (é) se lient avec la voyelle suivante, liaison qui se maintient au moins en vers pour éviter l’hiatus, l’e s’ouvre aussitôt, au moins à moitié: tous les efforts des grammairiens, comme Domergue, pour maintenir l’e fermé, ont échoué. Ainsi dans l’hémistiche pour aller à Paris, avec liaison, l’e est intermédiaire entre l’é fermé d’aller et l’è ouvert de colère. Peut-être aussi l’affaiblissement de l’accent contribue-t-il à cette ouverture.

Les finales masculines en -é sont fermées en quelque sorte si nécessairement, que même des finales qui furent longtemps ouvertes—par la volonté des grammairiens beaucoup plus que par une tendance naturelle—ont fini par se fermer de nouveau définitivement: ce sont les articles et pronoms monosyllabiques les, des, ces, et mes, tes, ses[126]. A la vérité, beaucoup d’acteurs, de professeurs, d’orateurs, s’efforcent encore d’articuler lès hommes, et essayent de résister à l’usage universel, mais cette prononciation est absolument conventionnelle. Elle est bonne tout au plus dans le chant, qui a des exigences propres: quand on parle, on ne saurait prononcer mes dans mes sœurs autrement que dans mesdames, où il est certainement fermé. Même après un impératif, le pronom les, devenu tonique, est aussi fermé que l’article dans l’usage universel. Sans doute les poètes continuent à faire rimer donne-les avec poulets ou balais, mais c’est affaire à eux, et on ne voit pas pourquoi les aurait deux prononciations, une en prose, une en vers[127].

II. E final ouvert.—Ainsi le français ignore l’e ouvert final. Il y a pourtant, nous l’avons dit, deux exceptions, non pas pour é tout seul, mais pour l’e suivi de consonnes non articulées.

1º Les mots en -et, assez nombreux, avec ou sans s: gibet, cadet, mets, rets, etc. Il faut excepter encore la conjonction et, qui est toujours fermée, mais qui pourtant semble avoir tendance à s’ouvrir par analogie.

L’e est tellement ouvert dans les mots en -et, qu’il ne l’est pas sensiblement plus dans les mots en -êt[128]: benêt et bonnet, foret et forêt riment parfaitement ensemble. Il est, qui a gardé son s, est de la même famille, mais son e est moyen, même quand il est tonique, à fortiori quand il est atone, c’est-à-dire le plus souvent: qu’est-ce que c’est? c’est lui, ainsi dans c’est vrai, est est moins ouvert que vrai.

Fouet s’est longtemps prononcé foi, mais l’orthographe a réagi sur la prononciation.

2º Un certain nombre de mots en -cès, -grès ou -près, dérivés de mots latins en -cessus, -gressus et -pressus, à savoir: décès, procès, abcès, excès et succès; progrès et congrès; près, après, auprès, exprès, et le substantif cyprès[129]. De plus, sans doute par analogie, grès, agrès et très; enfin dès et profès. Tu es a plutôt l’e moyen, un peu plus ouvert dans folle que tu es que dans tu es folle.

La tendance à fermer l’e final est si marquée en français que, même pour ces deux catégories, -et et -ès, dans beaucoup de provinces on ferme l’e, comme dans mes ou les. Cette prononciation, qui n’est pas nouvelle, est peut-être destinée à triompher un jour de nouveau; en attendant, elle est tout à fait vicieuse, et c’est un des défauts dont il faut se garder le plus.

En parlant de l’e fermé, ou plutôt de l’e final, même ouvert, nous n’avons rien dit de la quantité. C’est qu’elle est la même partout: sans être tout à fait bref, l’e final n’est jamais long; comme l’a final, il est moyen partout, dans succès, cabinet ou même forêt, comme dans aimer, aimé ou aimez. La question est donc sans intérêt[130].

Pourtant les finales féminines en -ée et -ées furent jadis et peut-être même devraient être un peu plus longues que les masculines. Elles ont fait comme les finales en -oie, et nous retrouverons le même phénomène dans les finales en -aie, -eue, -ie, -ue, -oue. Dans toutes ces finales, sauf tout au plus les finales en -ie (et encore!), la distinction d’avec la finale masculine a complètement disparu de l’usage courant: elle ne se maintient plus que dans une prononciation très soutenue, et surtout en vers, où le prolongement du son a pour but de faire encore distinguer, s’il est possible, les rimes masculines des rimes féminines. Ce n’est plus qu’un artifice de diction[131].

2º L’E suivi d’une consonne articulée.

Ainsi l’e fermé français n’est jamais long, mais toujours moyen. Au contraire l’e ouvert peut être, suivant les cas, bref, moyen ou long. C’est ce que nous allons voir en étudiant l’e suivi d’une consonne articulée. Cet e, comme nous avons dit, est toujours plus ou moins ouvert[132]. Mais il est surtout beaucoup plus ouvert quand la voyelle est longue que quand elle est brève ou moyenne: ouvert et long sont ici proportionnels[133].

L’ordre adopté pour la voyelle a s’impose également pour l’e.

I. E bref.—Les finales brèves sont celles qui ont une explosive brusque, c, p, t, ou une spirante sourde, f, ch, s.

1º -ec (avec -ech non chuintant ou -eck) et -èque: bec, échec, varech, bifteck, chèque, pastèque[134].

2º -ep et -eppe: julep, steppe. Cèpe, qui n’a qu’un p devant l’e final, est resté plus long et plus ouvert que steppe ou cep: nous retrouverons ailleurs cette différence entre la consonne simple et la consonne double[135].

3º -et et -ète ou -ette: net et nette, sept, diète et miette, cachète et cachette, complète et emplette, secrète et regrette[136].

Naguère encore la finale -ète était moins brève que -ette: il est bien difficile de saisir aujourd’hui une différence entre les mots qu’on vient de lire[137]. Vous êtes s’est lui-même fort abrégé, malgré l’accent circonflexe, surtout devant un mot, parce qu’il perd l’accent: vous êtes fou. En vers pourtant, la finale -ète reste souvent plus longue et plus ouverte, au moins pour rimer avec -ête, et cette ouverture se maintient parfois dans la diction soutenue pour certains mots, comme prophète et surtout poète[138]. Mais quand on dit dans le langage courant les poètes français, il est bien certain que l’e de poète n’est pas plus ouvert que celui de muette.

Couette et bouette s’écrivent aussi coite et boite, et se prononcent ainsi. Quelques-uns prononcent encore foite et foiter pour fouette et fouetter, mais cette prononciation est désormais surannée, presque autant que celle de foi pour fouet: c’est toujours la réaction fâcheuse de l’orthographe sur la prononciation, mais on n’y peut rien[139].

4º -ef et -effe ou -èphe: f, relief, chef, greffe[140].

5º -èche: bobèche, sèche. Malgré l’accent circonflexe, pimbêche a aussi l’e bref. Pourtant il s’écrivait autrefois avec un s[141]; ainsi:

Haute et puissante dame Yolande Cudasne Comtesse de Pimbesche, Orbesche, et cætera;

mais il faut croire que l’e s’est abrégé, ou bien cet sch venait de l’allemand, et équivalait au ch français: l’accent circonflexe ne serait donc pas justifié. En revanche on allonge quelquefois l’e dans crèche et brèche, en achevant de l’ouvrir[142].

6º -èce et -esse ou -esce, mais non -ès: la lettre s (écrite aussi esse), nièce et vieillesse, espèce et papesse, noblesse, allégresse, vesce, etc. Les verbes cesse et presse et leurs dérivés ont conservé généralement un e un peu plus long; les autres se sont abrégés[143].

Quant aux mots en -ès à s articulé, ils ont tous l’e long, comme les mots en -as, dans le même cas; mais, de même que les mots en -as, ils ne sont pas français: ils sont latins, comme palmarès ou facies, ou étrangers, comme londrès ou cortès[144]. L’e n’est bref ici que quand il est suivi de deux s, comme dans express et mess, et ces mots sont aussi étrangers.

Est-ce devrait être long, mais il ne l’est guère, même quand il est tonique: à qui est-ce diffère peu de acquiesce; à plus forte raison quand il ne l’est pas: est-ce à lui? D’autre part l’article pluriel composé archaïque ès (en les) avait autrefois l’s muet et l’e ouvert, comme dans la préposition dès; on prononce aujourd’hui l’s, mais l’e reste bref et n’est qu’à demi-ouvert: bachelier ès lettres. Ces deux mots rentrent donc dans la règle générale.

Pour ce qui est de pataquès, une anecdote bien connue, racontée par Domergue, le tire de la phrase je ne sais pas-t-à-qu’est-ce, pour je ne sais pas à qui c’est[145]. A ce compte, il devrait avoir l’e bref; mais il a suivi l’analogie de tous les mots en ès[146].

II. E moyen.—L’e est un peu moins bref devant une explosive retardée, b, d, et g guttural, devant l, m et n, et devant les consonnes mouillées, ainsi que devant la spirante sonore j (ou g devant e et i).

1º -eb et -èbe: éphèbe, glèbe. On allonge quelquefois les monosyllabes glèbe et plèbe, mais ceci n’est pas d’un bon exemple[147].

2º -ed et -ède: z, remède, possède[148].

3º -eg et -ègue: bègue, grègues[149].

4º -el et -èle ou -elle: l, appel, appelle ou épèle, tel, telle ou attelle, martèle ou immortelle[150]. On voit que la différence entre les formes verbales en -èle et -elle est une simple question d’orthographe, assez ridicule d’ailleurs et souvent douteuse[151].

Pourtant le monosyllabe hèle est généralement long; de même zèle et aussi stèle, qui garde la quantité grecque. Ces mots se prononcent comme ceux qui ont l’accent circonflexe[152].

En revanche, le substantif grêle, autrefois gresle, comme l’adjectif, s’est différencié de lui en s’abrégeant.

D’autre part le pronom elle s’allonge aussi quand il est tonique, mais seulement à la suite d’une préposition: bref ou moyen dans dit-elle, aussi bien que dans elle dit, il paraît long dans pour elle, sur elle, avec elle, etc. De même réelle, à cause de la nécessité de distinguer les voyelles identiques, et quelquefois pelle.

Il y a la même différence entre moelle et poêle qu’entre belle et bêle, mais c’est oua qu’on entend, ouvert dans moelle (mwal) et dans ses dérivés, ainsi que dans moellon, fermé dans poêle (pwâl) et ses dérivés[153].

5º -em et -ème ou -emme: m, harem, sème, dilemme, centième.

Toutefois, dans beaucoup de mots en -ème, surtout des mots savants, la prononciation soutenue, un peu oratoire, fait l’e aussi long que dans les mots en -ême[154]. On ne perçoit guère de différence entre blême et emblème, carême et théorème, baptême et anathème. De même, en vers, on allonge généralement poème et diadème, surtout à la rime, sans parler de crème ou stratagème[155]. L’étymologie grecque, d’une part, la poésie et la rime d’autre part, et l’enseignement, qui insiste outre mesure sur l’accent grave, ont dû contribuer à amener cette confusion. Les seuls mots, ou à peu près, qui ne soient pas atteints, sont les adjectifs numéraux en -ième, où l’e reste toujours moyen, et surtout sème et ses composés, qui suivent l’analogie des verbes en -eler et -eter. On pense bien d’ailleurs que dans système métrique, l’e ne peut être que moyen, de même que dans les poèmes français[156].

Quant à femme, il se prononçait autrefois fan-me, avec son nasal, comme flan-me. La syllabe s’est dénasalisée de la même manière que celle de flamme, puisque la prononciation était la même, et voilà pourquoi on prononce femme par un a, mais cet a est plus bref que celui de flamme[157].

6º -en et -ène ou -enne: n, cyclamen, ébène et benne, étrenne et gangrène[158]. Mais, ici aussi, sans doute pour les mêmes raisons que -ème, -ène se prononce très souvent comme -êne[159]. Par exemple on voit peu de différence entre rênes et arène, entre gêne et indigène[160]. Les seuls mots, ou à peu près, qui ne soient pas atteints, sont les formes verbales des verbes en -ener et même -éner, qui suivent aussi l’analogie des verbes en -eler et -eter: emmène, égrène, assène, etc., avec aliène, rassérène, réfrène[161]. Mais on allonge parfois jusqu’à ébène et gangrène, ce qui est excessif.

Couenne se prononce encore coine, mais est en voie de s’altérer[162].

7º -ègne, avec trois mots: duègne, règne et imprègne, qui s’allongent quelquefois, mais sans nécessité[163].

8º -eil et -eille[164]: sommeil et sommeille, pareil et pareille, orteil et merveille, sans qu’il y ait aucune distinction entre les deux comme il y en a entre -ail et -aille[165].

On ferme encore l’e dans vieille, comme autrefois, au moins dans la conversation.

9º -ège: piège, collège, abrège, et aussi puissé-je et dussé-je, malgré l’accent aigu, qui se conserve par tradition, mais qui ne saurait empêcher l’e de s’ouvrir dans cette finale[166].

On notera en outre que l’e, en s’ouvrant dans la finale -ège, s’est en même temps abrégé, tandis que l’a s’allongeait dans la finale -age. La spirante sonore j se sépare donc ici de ses sœurs v et z[167].

III. E long.—Voici enfin les consonnes qui achèvent d’ouvrir et allongent tout à fait l’e qui les précède. Il n’y en a plus que trois: r, v et z.

1º -er (avec ou sans consonne) et -ère ou -erre: r, fier, tiers et entière, fer, offert et enferre, clerc, nerfs, vénère et tonnerre. Il n’y a qu’une prononciation pour ver, vers, vert et verre; et, de même que pour la finale -ar ou -are, il n’y a aucune exception[168].

Cette prononciation de la finale -er, avec e ouvert et r sonore, est purement française (ou latine); elle n’est la même pour les mots étrangers en -er que quand ils sont francisés ou à peu près. Ainsi l’anglais placer, spencer, tender, porter, reporter, ulster, revolver, au besoin outsider et starter[169]; l’allemand thaler ou bitter[170]; le hollandais stathouder et polder; le danois geyser; le suédois eider, sans compter vétiver, qui vient du tamoul, et messer, qui vient de l’italien. Tous ces mots s’accommodent parfaitement de notre e ouvert, ou même n’en ont plus d’autres chez nous[171].

Au contraire, beaucoup de mots anglais d’usage peu populaire conservent plutôt le son eur ouvert: canter, clipper, coroner, farmer, for ever, globe-trotter, highlander, over-coat et leader, cover-coat, porter, rally-paper, remember, schooner, settler, stepper, walkover, water. Cutter s’est francisé en cotre. Quaker et même bookmaker font entendre quelquefois la finale ècre[172]. Quant à fox-terrier, il est complètement francisé et identifié au français terrier: fox-terrieur est assez ridicule, même chez les personnes qui savent l’anglais.

2º -ève: fève, brève, grève, sève. On notera que les e de bref et de brève sont presque aux deux extrémités[173].

Toutefois les formes verbales, achève, lève, crève et grève, et leurs composés (et par conséquent les substantifs élève et relève), ont l’e plutôt moyen, suivant l’analogie des verbes de même forme: achète, gèle, sème ou égrène, et cela surtout quand ils perdent l’accent, comme dans relève-t-il[174].

3º -èse, -ez et -èze: dièse, obèse, fez, mélèze et trapèze[175]. Toutefois les verbes pèse et empèse ont l’e moyen, comme lève et crève.

En résumé l’e reste bref, ou tout au plus moyen, devant quinze consonnes, sauf les exceptions, et s’allonge devant trois; et plus il est long, plus il s’ouvre.

3º L’E suivi des groupes à liquides.

Les groupes de deux consonnes que terminent des liquides sont encore moins abondants et sont aussi plus réguliers pour e que pour a.

Ceux dont la seconde consonne est un l sont quatre: -èble, -ècle, -èfle, -ègle (-èple n’existe pas), avec six mots en tout: hièble, siècle (et Thècle), nèfle et trèfle, espiègle et règle. Ces mots correspondent exactement, et appartiennent même, si l’on veut, aux finales en -eb, -ec, -ef et -eg, sauf que leur e est un peu moins bref; mais nulle part il n’est long[176].

Parmi les finales dont la seconde consonne est un r, les plus brèves sont -ècre, -èfre et -èpre: exècre et lèpre[177].

Les mots en -èbre, -èdre, -ègre, ont l’e moins bref: moins bref que -eb, -ed, -eg, moins bref aussi que -ècre, -èfre, -èpre, mais non pas long tout à fait pour cela, sauf en vers, bien entendu, où les poètes se plaisent à prolonger la rime funèbres-ténèbres; mais je ne vois pas que, dans la conversation ordinaire, on prononce célèbre, algèbre ou vertèbre autrement que zèbre[178]. Cèdre s’allonge volontiers en poésie; mais en prose l’e de cèdre est aussi moyen que celui des mots géométriques en-èdre, dièdre, trièdre, etc.[179]. Enfin l’e est également moyen dans allègre, nègre, intègre et pègre (haute et basse).

Il ne reste plus dans cette catégorie que les finales en -ètre ou -ettre et en -èvre, les plus abondantes de toutes, et celles où l’e est le plus bref ou le plus long.

L’e est bref dans mettre et lettre et leurs composés; mais je ne vois pas que mètre se prononce autrement que mettre[180]; et les deux e de pénètre sont, si on le veut, presque identiques. Il faut bien allonger urètre quand Victor Hugo le fait rimer avec prêtre; mais en dehors des cas pareils, -ètre doit être tenu pour pareil à -ettre, de même que complète et emplette, épèle et appelle. La seule différence est la faculté qu’ont les mots en -ètre d’allonger leur finale en cas de besoin[181].

Quant aux mots en -èvre, en principe ils ont l’e long, comme les mots en -ève, mais moins sans doute que les mots en -èse. Et il y a des distinctions à faire[182]: orfèvre et lèvre paraissent avoir l’e plus constamment ouvert que les autres; chèvre l’a beaucoup moins, et aussi sèvre, qui a l’e plutôt moyen, comme lève et crève; plèvre est douteux, et aussi les mots en -ièvre: fièvre, lièvre, mièvre et genièvre, du moins en prose, car en vers on tend à les ouvrir[183].

* * *

Remarque.—Cette observation à propos des vers, déjà faite plusieurs fois, ne veut pas dire du tout qu’il faille en principe prononcer les mots autrement en vers qu’en prose. Et je veux bien qu’il y ait tout de même une prononciation oratoire ou poétique, qui ouvre les e un peu plus que ne fait l’usage courant. Mais c’est de la rime surtout qu’il faut tenir compte, car les poètes font volontiers rimer des mots dont la quantité n’est pas la même. Or il importe beaucoup de distinguer les cas.

Race et grâce, malgré la consonne d’appui, font une rime médiocre et que rien ne peut pallier, car les voyelles diffèrent à la fois de timbre et de quantité, et on ne peut ni allonger et fermer race, ni abréger et ouvrir grâce; de même trône et couronne, rime si fréquente chez Victor Hugo. Fleurette et arrête diffèrent déjà un peu moins; mais il est encore impossible d’identifier les sons, de même que ceux de mettre et maître, et la rime reste médiocre.

Au contraire, les finales qui ont un accent grave sur l’e ont la faculté de s’ouvrir davantage pour se rapprocher de celles qui ont l’accent circonflexe. Or il n’y a pas assez de mots en -êche, -êle, -ême, -êne ou -être, pour que les poètes ne soient pas amenés à les faire rimer avec des mots à accent grave. En ce cas, il faut bien faire quelque chose pour eux. On ne doit donc pas souligner fâcheusement des licences nécessaires, en accentuant la différence de prononciation, mais au contraire rapprocher l’è de l’ê, et en général l’e qui peut s’ouvrir davantage de l’e très ouvert, qui ne peut guère s’ouvrir moins. Par exemple, si le poète fait rimer crèche et prêche, cisèle et zèle, centième et Bohême, gangrène et frêne, pénètre et fenêtre, rimes excellentes d’ailleurs et peu discutables, ce serait le trahir que de ne pas ouvrir l’e partout aussi également que possible, comme il a probablement voulu qu’on l’ouvrît. Et si même il a fait une erreur, il faut pallier cette erreur quand on le peut.

Il résulte aussi de toutes nos observations que le degré d’ouverture de l’e est souvent discutable, et qu’on a le droit de différer d’opinion sur ce point. Il ne faut donc pas attacher à ce détail trop d’importance: on ne sera jamais ridicule parce qu’on l’ouvrira un peu plus ou un peu moins, et il y a des fautes beaucoup plus graves. La faute grave ici consiste à fermer des e qui sont certainement ouverts. On a pu voir que la tendance générale, due peut-être à la poésie, est de les ouvrir, et beaucoup sont ouverts qui jadis étaient fermés, comme ceux des mots en -ège. Or dans beaucoup d’endroits on continue à les fermer: on prononce collége, bonnét et même bônét, achéte et emméne; c’est là une prononciation dialectale, qui est tout à fait vicieuse.

4º L’E atone.

Nous savons déjà qu’en principe l’e atone est moyen dans tous les sens; du moins il n’est jamais complètement fermé, notamment devant un r. Et il n’est pas plus fermé quand il a l’accent aigu que quand il est suivi de deux consonnes: révéler ou dégeler n’ont de vraiment fermé que l’e final, dont les autres diffèrent peu ou prou; il en est de même de desseller ou effréné. Beaucoup de ces e ont été fermés autrefois, notamment tous ceux qui ont l’accent aigu, et particulièrement les préfixes é- et dé- (autrefois es- et des-): élèves, défaire; ils s’ouvrent aujourd’hui de plus en plus, au moins à demi, et plus qu’à demi[184]. Nous avons vu l’e fermé de rez s’ouvrir à moitié dans rez-de-chaussée, aussi bien que celui de pied dans piéton; et quoique l’e généralement fermé de mes, les, des, reste fermé aussi dans les composés, mesdames, lesquels, desquels, etc., il s’ouvre à demi dans messieurs, parce que les composants n’y sont plus reconnus. Inversement, celui de fièvre ou nègre se ferme légèrement dans fiévreux ou négresse.

Toutefois, de même que l’a tonique fermé restait souvent fermé en devenant prétonique par suite de la flexion, de la dérivation ou de la composition, de même l’e tonique ouvert et long reste souvent tel ou à peu près dans les mêmes conditions.

Ainsi l’e prétonique est ouvert et long d’abord quand il a l’accent circonflexe, mais naturellement un peu moins dans pêcher ou pêcherie que dans pêche, beaucoup moins même dans prêter, revêtir ou traîtresse que dans prête, revête ou traître.

Cette conservation de l’e ouvert est d’ailleurs combattue par la tendance que l’e prétonique paraît avoir à se fermer devant une tonique fermée: phénomène d’assimilation ou d’accommodation. Ainsi l’e se ferme tout en restant long dans fêlure, bêtise, têtu et même entêté, malgré l’e ouvert de fêle, bête, tête. Toutefois cette prononciation appartient presque uniquement à la langue courante et familière, et ne serait point admise par exemple en vers[185].

L’e prétonique est encore fermé, sans être proprement long, devant un e muet: fé(e)rie, gré(e)ment.

Beaucoup d’e prétoniques sans accent circonflexe restent aussi ouverts et longs un peu plus qu’à demi: zèle, pierreux ou empierrer, serrer ou serrure, terreau, terrer ou enterrer, verrée, brièvement, grièvement et les adverbes en -èrement rappellent d’assez près zèle, serre, terre, brève, etc. On y joindra perron, je verrai, j’enverrai, la bobinette cherra.

On notera que l’e des verbes en -érer, comme celui des verbes en -arer, est tout à fait moyen, ce qui met une assez grande distance entre libérer et libère, tolérer et tolère; cela tient sans doute à ce que l’e des formes toniques a dû être ouvert et allongé par l’r final, tandis que l’e atone gardait sa quantité normale.

Il en est de même de ferrer, ferrure, guerrier, verrière, et des mots où deux r se prononcent, comme terreur. Par analogie peut-être, des mots comme maniéré ou arriéré ont pris aussi l’e moyen[186]; à fortiori ferrailler, guerroyer, terrasser ou atterrissage, verroterie, etc., où l’e est plus éloigné de la tonique.

5º Quelques cas particuliers.

Fainéant se prononce fégnan dans le peuple; mais les personnes cultivées ont droit d’articuler fai-né-ant[187].

On a vu plus haut que l’e de femme se prononçait a, et pourquoi. Il en est de même de celui de solennel ou solennité, de rouennais et rouennerie, et des adverbes en -emment, comme fréquemment et ardemment, etc.: dans tous ces mots aussi, le son primitif an s’est dénasalisé en a et en même temps s’est abrégé[188].

Le même phénomène s’est produit dans bien d’autres mots, comme ennemi, passé de en-nemi nasal à a-nemi; mais a-nemi est devenu depuis e-nemi, à cause de l’orthographe. C’est ce qui s’est fait aussi, malgré les efforts désespérés des grammairiens, dans nenni et dans hennir ou hennissement, qui, après être passés de an à a, sont aussi passés de a à e[189].

Dans indem-niser ou indem-nité, il en est de même, et la prononciation indamnité, qui n’est pas rare, sera bientôt aussi surannée que hanir: toujours l’influence de l’orthographe. Cette influence commence même à se faire sentir, non pas peut-être dans solennel, mais du moins dans solennité[190].

Il faut éviter avec soin de traiter l’é de déjà comme un e muet: il est d’jà venu[191].

L’e intérieur latin, qui ne prend pas d’accent, est aussi généralement un e moyen, plus ou moins ouvert[192].

Il en est de même des diphtongues œ et æ: œsophage, œdème, œcuménique, œnophile, ærarium, ad vitam æternam, etc.[193]. Toutefois on ferme œ dans fœtus ou cœcum, æ dans ex æquo ou æquo animo.

6º L’E des mots étrangers.

Dans les mots étrangers, l’e intérieur, aussi bien que l’e final, n’a pas d’accent aigu dans les cas où nous en mettrions un; mais il se prononce comme s’il l’avait, surtout s’il porte l’accent tonique. Ainsi l’e est à demi ouvert dans impresario ou mezzo, dans brasero, romancero, torero, et aussi dans event, revolver, remember; il est même fermé dans peseta; mais il est muet dans record, qui est complètement francisé, si bien qu’il ne se prononce même pas dans recordman, qui est manifestement étranger[194]. D’autre part, quand l’e intérieur est atone, il est souvent presque muet, surtout en allemand[195].

L’o germanique surmonté d’un tréma se prononce eu en allemand et aussi en suédois. L’œ, par lequel nous le représentons, faute de caractère typographique spécial[196], se francise quelquefois en é dans certains noms propres[197]. D’autres fois, mais rarement, il se décompose en o-ë[198]. Mais le plus souvent il garde le son germanique eu, comme dans fœhn[199].

Dans beaucoup de mots étrangers, surtout allemands, l’e ne sert qu’à allonger l’i qui le précède, comme dans lied, mot savant qui a pu garder sa prononciation originale lîd[200].

L’e double germanique n’est qu’un e fermé long[201].

L’e double anglais, final ou non, se prononce encore i, par exemple dans meeting, sleeping, queen, spleen, keepsake, yankee, pedigree, street, speech ou steeple[202]. Cet i est long; mais nous l’abrégeons souvent, notamment dans keepsake, parce que nous déplaçons l’accent[203].

7º Les groupes AI (ay) et EI (ey).

Ai ou ei, ainsi que ay ou ey, se prononcent généralement comme è ouvert[204].

I. AI final.—Ai final, sans consonne, était jadis fermé comme é. Il ne l’est plus guère aujourd’hui que dans j’ai, mais non pas dans ai-je, qui suit l’analogie des mots en -ège.

A Paris, on continue à fermer la finale dans geai, gai (avec gaie, gaiement, gaieté) et quai, au pluriel comme au singulier; mais cela n’est point indispensable: cela devient même dialectal[205]. D’ailleurs, cette prononciation est probablement destinée à disparaître dans ces mots comme dans les autres. Mai prononcé mé est tout à fait suranné, et aussi incorrect que vrai prononcé vré[206]. Dans je sais, le son fermé, qui remonte sans doute à l’époque où l’on écrivait je sai, n’est guère meilleur aujourd’hui que dans mai[207]. Enfin les futurs, qui jadis se distinguaient des conditionnels (aimerai par é, aimerais par è), ne s’en distinguent plus aujourd’hui que par un effort volontaire, qu’il est inutile de s’imposer[208].

Même les mots anglais en -ay et -ey, qui se prononcent é en anglais, se francisent parfaitement, mais ne le font qu’en s’ouvrant: tramway, jockey, trolley, poney, jersey, comme boghei, transcrit de l’anglais buggy, et parfois écrit boghet ou boguet[209].

Donc, d’une façon générale, ai final est devenu sensiblement identique à ais, qui est très ouvert, quoique le peuple le ferme souvent, à Paris et ailleurs; et l’on peut dire qu’en définitive ai est ouvert à peu près partout et se prononce è, qu’il y ait ou non une consonne, et quelle que soit la consonne, -aid, -ais, -ait, -aix, et aussi -aît; car les mots en -aît, comme les mots en -êt, ne se distinguent guère des autres, et connaît ou paraît, comme benêt ou forêt, ne se prononcent pas autrement que bonnet ou cabaret.

Ainsi entre fais, parfait, portefaix, préfet, profès, il n’y a que des différences d’orthographe; de même entre essai, je sais, décès, français, forçait, corset, entre balai, palais, galet, égalait, legs, trolley, déplaît: les mots de tous ces groupes riment parfaitement ensemble pour l’oreille, et même richement[210].

Comme les finales en -é ou -et, toutes ces finales sont également moyennes pour la quantité. La finale -aie ou -aies s’allonge un peu en vers, mais cette différence est insensible dans l’usage courant: est-ce vrai ou est-elle vraie ne se prononcent pas de deux manières, et le subjonctif j’aie ne diffère de j’ai que par le timbre, c’est-à-dire par l’ouverture[211]. Il faut seulement éviter de changer -aie en -aye (ai-ye).

II. AI suivi d’une consonne articulée.—Suivis d’une consonne articulée, ai ou ei suivent naturellement le sort de l’e dans les cas correspondants, c’est-à-dire qu’étant toujours ouverts, ils peuvent être néanmoins plus ou moins brefs ou longs; mais ils sont quelquefois un peu plus longs que l’e.

1º Devant une sourde, c, t, ch ou s, il y a peu de différence. On ne prononce pas de deux manières échec et cheik, ni estafette et parfaite[212]; de même soubrette et distraite, sèche et seiche[213]; et la différence est mince, s’il y en a une, entre abbesse et bouillabaisse[214]; entre fesse et affaisse, peut-être même entre paresse et paraisse, avec serait-ce, ou encore était-ce et politesse[215].

Toutefois les finales en -aisse, autrefois longues, ont encore une tendance à s’ouvrir plus que les autres: ai est resté certainement long dans baisse, caisse et graisse, et leurs composés; les autres, laisse, naisse, connaisse, paisse, épaisse, sont devenus douteux: notamment quand on dit caisse d’épargne, ou baisse de fonds, ou graisse d’oie, on ne se soucie guère d’allonger aisse[216].

Devant d et j, ai ou ei sont encore sensiblement pareils à è, et raide se prononce comme remède[217]; on ne distingue pas neige et beige de manège et arpège, ni fais-je et vais-je de solfège ou collège. Pourtant aide et plaide s’allongent assez facilement; sais-je aussi.

De même paye, raye, bégaye, grasseye riment très exactement avec oreille et Marseille[218]; baigne, daigne, saigne et châtaigne, aussi bien que peigne, empeigne, enseigne et teigne, et tous les subjonctifs en -aigne et -eigne, ne se distinguent pas davantage de duègne et règne, et s’allongent même moins facilement, sauf tout au plus baigne, daigne, saigne et peut-être craigne, dans la prononciation oratoire[219].

2º En revanche, le mot aile s’est allongé, comme elle après une préposition[220]. Le mot aime aussi, du moins à la rime, mais non pas essaime. Et ces finales n’ont pas d’autres mots.

Les finales -aine et -eine sont au contraire très fréquentes, et celles-là, souvent brèves autrefois, sont aujourd’hui plutôt longues, comme celles de beaucoup de mots en -ène: prochaine rime très exactement avec chêne, comme avec chaîne et Duchesne[221]; de même reine et marraine avec rênes et sirène. Pourtant graine et migraine ont plutôt ai bref ou moyen, et aussi daine (féminin de daim), et bedaine, et peut-être naine[222].

Les finales -air et -aire, -aise et -eize sont longues à fortiori, sans exception, ainsi que le mot glaive[223]. Il n’y a qu’une prononciation pour r, air, ère, hère, erre, aire et haire, et lorsque grammaire avait encore le son nasal, il se confondait avec grand’mère, au moins à partir du XVIIᵉ siècle[224]. De même c’est l’identité de prononciation qui a fait transformer les pantoufles de vair de Cendrillon, qui étaient des pantoufles de fourrure, en absurdes pantoufles de verre.

Il n’y a pas d’avantage de différence possible entre treize, fraise et diérèse, seize, française et diocèse[225].

Les mots faible, aigle et seigle, aigre, vinaigre et maigre ont également la finale longue, plus longue que les mots correspondants en -èble, -ègle et -ègre; toutefois cette quantité ne s’impose ni pour faible ni pour seigle.

Les mots en -aître ont tous l’accent circonflexe[226].

III. AI atone.—Ai tonique long et ouvert garde assez facilement sa quantité, à peu près du moins, en devenant atone: fraîcheur, maigrir, aider, aimer, abaisser, laisser, fraisier, paisible, vous vous tairez, et tous les mots en -airie, rappellent suffisamment fraîche, maigre, aide, etc.; l’orthographe y aide beaucoup, l’r et l’s encore plus peut-être.

Mais les exceptions sont nombreuses. Dans affairé, ai est aussi moyen que dans parfaitement. Même dans gaîté, malgré l’accent circonflexe, ai est à peu près identique à l’e bref, à peine ouvert, de guetter[227]. Ici aussi on peut voir trois degrés différents pour la quantité, par exemple daigne, daigner et dédaigner.

De plus, ai prétonique, comme ê, a une tendance assez marquée à se fermer devant une tonique fermée, mais généralement sans s’abréger; ainsi dans aimer, aisé, laisser, saigner, etc., et même dans plaisir, saisir, épaissir, ou dans aigu, laitue, rainure. Il n’y a lieu ni de lutter contre cette tendance, ni de se croire obligé de s’y conformer; mais elle appartient plutôt à la conversation très familière[228].

Mais voici qui est plus particulier. Aujourd’hui encore, ai se réduit à un simple e muet dans les formes de faire et les mots dérivés où ai atone est suivi d’un s: nous faisons, je faisais, nous faisions, faisant, et aussi bienfaisant et malfaisant, faisable et faiseur, qui doivent se prononcer fesais, fesons, etc., en opposition avec bienfaiteur et malfaiteur, où ai est suivi d’un t.

C’est encore une des bizarreries de notre orthographe; nous écrivons bien je ferai au futur, comme nous prononçons, et non pas fairai, malgré l’identité constante d’orthographe entre le futur et l’infinitif; pourquoi pas aussi bien je fesais? C’est ce que faisait ou fesait Voltaire. Pourquoi l’Académie n’a-t-elle pas suivi son autorité, comme elle s’est décidée à le faire pour les mots en -ais, au lieu de -ois? La conséquence, c’est qu’on se met de plus en plus à prononcer faisais, faisons, et surtout bienfaisant et bienfaisance, comme on écrit, et il y a des chances pour que cette prononciation fautive finisse un jour par prévaloir.

Cette prononciation d’e pour ai a été longtemps aussi la seule correcte pour faisan, faisane, faisandeau, faisander; mais elle tend déjà à disparaître dans ces mots, en attendant qu’elle disparaisse dans les autres.

Le groupe ouai s’est prononcé oi dans certains mots, comme le groupe oue: on disait doirière, comme on disait foiter; mais cette prononciation est aussi surannée aujourd’hui dans douairière que dans souhait et souhaiter, ou dans fouet[229].

IV. Le groupe AIGN.—Il en est du groupe aign comme du groupe oign, non pas partout, mais dans beaucoup de mots; il contenait à l’origine une voyelle simple, a, suivie d’un n mouillé, qui s’écrivait ign[230].

Ceux de ces mots qui ont perdu leur i, ga-(i)gner, monta-(i)gne, a-(i)gneau, compa-(i)gnon, ont sauvé leur prononciation; ceux qui ont gardé leur i, ara-igne, châta-igne se sont altérés, l’i s’étant joint indûment à l’a: arai-gnée, châtai-gne. Tous ces mots se prononcent depuis longtemps comme ils s’écrivent[231].

V. Les mots étrangers.—Nous avons vu les finales anglaises -ay et -ey se prononcer en français comme e ouvert et non fermé; nous ouvrons aussi ai dans bar-maid, cock-tail, mail-coach, daily(-News) ou rocking-chair. Quelques-uns prononcent de même rail ou railway.

Au contraire, bairam se prononce baïram (quelquefois béïram), aï faisant une seule syllabe, comme dans l’allemand kaiser. Mais scheik est francisé en chèc et non en cheïc. Vayvode a été remplacé par voïvode[232].

Le groupe allemand ei est une diphtongue qui se prononce à peu près aï, monosyllabique. On le francise à moitié dans gneiss ou edelweiss, où l’on fait sonner tout au moins une semi-voyelle (eye au lieu de aye). Mais il importe d’articuler nettement et à l’allemande, c’est-à-dire aï ou aye, dans reichstag ou reichsrath, dans vergiss mein nicht, dans leit-motif, zollverein, etc.; et cela vaut mieux également pour edelweiss[233].

Le mot geyser, qui devrait se prononcer comme kaiser (beaucoup, néanmoins, prononcent ka-i-ser, à l’allemande), est un des exemples les plus curieux de l’habitude que nous avons de franciser à demi; le g a gardé le son guttural et la diphtongue ey est restée diphtongue, mais en se francisant par e, et la finale a pris l’e ouvert et long qui est purement français: gheïzèr[234].

Notes in this chapter

Note 1 · Sauf un cas, qui sera examiné.Note 2 · On sait que l’e non muet se prononce é ou è, sans avoir d’accent, devant deux consonnes intérieures (sauf le groupe dit muta cum liquida), eNote 3 · Il n’en était pas ainsi autrefois; les finales en -ète, -ède, -ège, etc., et la plupart des finales à consonne unique ont été longtemps fermNote 4 · A latere, de profundis, ecce homo, epitome, in pace, miserere, noli me tangere, nota bene, pange lingua, salve, sine qua non, te deum, tolleNote 5 · L’e final se prononce également dans Corte, mais non dans Casert(e), Bramant(e) ou Fiesol(e). L’allemand est traité comme l’italien: l’e ne Note 6 · Voir plus loin, au chapitre de l’R.Note 7 · Plessis-lez-Tours; on l’écrit souvent les, et même lès, très malencontreusement, car l’e est toujours fermé, même en liaison: Caudebec-lez-ENote 8 · Les noms propres Dumouriez, Duprez, etc., suivent la règle, sauf Forez, qui a l’e ouvert, quoique le z n’y sonne pas non plus.Note 9 · Au XVIIᵉ siècle, l’e de ces mots était déjà généralement fermé, au moins à Paris; ce n’est qu’au XVIIIᵉ siècle et au XIXᵉ que les grammairieNote 10 · L’e final s’est également fermé dans certains noms propres grecs, Arachné, Phryné, malgré l’étymologie. Il est vrai que les érudits se croieNote 11 · Benêt (pour beneet), et ceux qui ont perdu l’s, genêt, acquêt, arrêt, intérêt, forêt, prêt, apprêt, protêt, revêt.Note 12 · On y peut joindre legs, dont il vaut mieux ne pas prononcer le g.Note 13 · Il n’y a véritablement d’e final fermé un peu long que dans des mots étrangers comme heimweh, à cause de l’h, et parce que le mot n’est pas Note 14 · L’identité de -é et -ée est déjà constatée par Mᵐᵉ Dupuis. Aux finales en -ées appartient Séez, qu’on écrit plutôt Sées, ainsi qu’il convienNote 15 · Sauf toujours des mots étrangers, comme Sainte-Wehme, Auerstædt ou Kehl, qui d’ailleurs se francisent parfois, et ne peuvent le faire qu’en Note 16 · Nous éliminons, comme pour l’a, les finales dont il est question page 38: direct, inepte, cercle, auberge, épiderme, alerte, observe, modestNote 17 · De même Québec, Gossec, Lamech, Utrech(t), Lubeck, Waldeck, Sénèque, La Mecque, etc. L’e est naturellement long et beaucoup plus ouvert dansNote 18 · Voir notamment les finales en -ome et -omme, en -one et -onne. L’e est naturellement long dans guêpe et crêpe, qui ont perdu leur s.Note 19 · On voit que le passage de complet à complète, ou pauvret à pauvrette, est encore le même que de délicat à délicate: voir page 44. Autrefois Note 20 · Au contraire l’e est toujours long dans bête, fête, honnête, tempête, quête, arête, arrête, crête, prête (adjectif et verbe), tête et vête, Note 21 · Que ne suis-je, prince ou poète, De ces mortels à haute tête, D’un monde à la fois base et faîte, Que leur temps ne peut contenir! (V. HugoNote 22 · Nous verrons le même phénomène dans douairière et souhaiter. Il est probable que couette suivra. Cf. plus loin moelle et poêle.Note 23 · De même Skobelef, Senef, Joseph, Télèphe. Où l’abbé Rousselot a-t-il constaté un e long dans greffe? (Voir son Précis, page 143.)Note 24 · Comme bêche, pêche, rêche et revêche; dans dépêche, empêche et prêche, il y a eu contraction de deux e.Note 25 · Le Dictionnaire général maintient la voyelle brève. L’e est long aussi dans Campêche, mais non dans La Flèche ou Ardèche, ni dans Fesch ou MNote 26 · Les termes qui désignent des personnes, duchesse, comtesse, princesse, déesse, altesse, hôtesse, etc., ont eu longtemps aussi l’e plus long Note 27 · La plupart sont des noms propres: Périclès, Bénarès, Ramsès, Agnès, etc. Les mots latins non francisés ou incomplètement francisés n’ont pasNote 28 · «Un beau diseur était au spectacle dans une loge, à côté de deux femmes, dont l’une était l’épouse d’un agioteur, ci-devant laquais; l’autreNote 29 · Il a l’e bref dans le Dictionnaire général: toujours l’étymologie!Note 30 · On allonge plus régulièrement l’e dans Thèbes, mais non dans Turnèbe, Erèbe, Eusèbe, etc., pas plus que dans Bab-el-Mandeb, Horeb ou MaghrebNote 31 · De même Alfred, Manfred et parfois Auerstæd(t), Suède, Tolède, Archimède, Nicomède, Tancrède, etc., et aussi Mèdes, qu’on allonge parfois, sNote 32 · De même Touareg, Gregh, don Diègue, Nimègue.Note 33 · De même Samuel, Rachel, Deschanel, Adèle, Philomèle, Praxitèle, Isabelle, Dardanelles, Sganarelle, Bruxelles, etc. On peut franciser, avec lNote 34 · Ressemèle ou ressemelle, grommèle ou grommelle, ficèle ou ficelle, etc., qu’importe?Note 35 · Bêle, fêle et vêle qui ont contracté deux e, mêle qui a perdu son s, et les adjectifs frêle et grêle, qui en avaient pris un, mais qui étaieNote 36 · Cette orthographe, qui fut longtemps aussi celle de boîte (boette), se maintint, grâce aux essais de réforme du XVIᵉ siècle, époque où oi seNote 37 · Blême, même, carême, saint-chrême, baptême, qui ont perdu leur s, suprême, extrême, qui ont gardé, ou plutôt repris la quantité latine, et lNote 38 · Cf. encore dème, enthymème, épichérème, monotrème, hélianthème, abstème, etc. Il en est de même des noms propres en -ème, Nicodème, PolyphèmNote 39 · Cf., page 59, ce que nous avons dit pour poète. Il est surprenant que l’abbé Rousselot ne fasse aucune différence entre sème, deuxième et stNote 40 · Voir page 24. Nous reparlerons de ce phénomène au chapitre des nasales.Note 41 · On peut également franciser, avec le même son ouvert et assez bref, les noms germaniques en -en les plus connus: Ibsen, Mommsen, Beethoven. Note 42 · Les mots chêne, pêne, rênes et frêne ont perdu un s, légitime ou non, tandis que cheve(s)ne gardait le sien; gêne a contracté deux e. AjouteNote 43 · Cf. troène, cène, scène et obscène (mais pas dans scène IV), alène, arène, carène, sirène, murène, les mots en -gène, les mots savants et leNote 44 · Morigène échappe difficilement à l’analogie des mots en -gène.Note 45 · Voir ci-avant, page 62 et note 3.Note 46 · On prononce trop facilement Compiène pour Compiègne.Note 47 · C’est-à-dire e suivi de l mouillé, mais qui se prononce en réalité comme eye.Note 48 · Œil et les mots en -cueil et -gueil n’appartiennent pas à cette catégorie, mais à celle des mots en -euil. Rueil, au contraire, lui appartieNote 49 · Comme on l’a vu plus haut, c’est en 1878 que l’Académie a consenti à mettre l’accent grave aux mots en -ège. On peut y joindre aussi les forNote 50 · Le Dictionnaire général marque un e long; mais ceci me paraît purement théorique. Il fait de même, bien entendu, pour les finales -ègne et -Note 51 · De même Fier, Thiers, Reyer, Auber, Cher, etc., avec les noms bibliques, comme Abner, Eliézer ou Esther, ou anciens, comme Lucifer, Vesper, Note 52 · Manager fait exception, quand on le francise, parce qu’il suit l’analogie des mots en -ger, et notamment celle de ménager, qui au fond est lNote 53 · Peut-être aussi landwehr, quoique l’e de ce mot soit long et fermé en allemand, tandis que celui de bitt(e)r s’y prononce à peine.Note 54 · Il en est de même de beaucoup de noms propres très connus, surtout allemands, Auer, Schopenhauer, Weber, Kléber, Blücher, Oder, Schiller, KéNote 55 · Qui est celle de Bædek(e)r, et fut autrefois celle de Neck(e)r, et quelque temps celle de Web(e)r; c’est celle qui convient aux noms allemanNote 56 · Aussi l’e des mots en -ève est-il à peu près aussi long que l’ê de rêve et endêve, qui ont perdu l’s, et de trêve (dont l’accent s’explique Note 57 · Il y a toujours exception pour les vers, bien entendu: A l’heure où le soleil s’élève, Où l’arbre sent monter la sève, La vallée est comme uNote 58 · Pourquoi cette orthographe? Ou pourquoi les autres ne l’ont-ils pas aussi? Même quantité dans Ephèse, Borghèse, Pergolèse, Véronèse, etc., dNote 59 · Quoique le Dictionnaire général fasse l’e long dans hièble et nèfle, et les mots en -ègle.Note 60 · Avec Boisdeffre, et aussi Abou-bekre, Bædek(e)r et quak(e)r. Quelques personnes font l’e long dans lèpre, et le Dictionnaire général les y aNote 61 · Ni Èbre, Hèbre ou Guèbres. Le Dictionnaire général fait pourtant l’e long dans toutes les finales en -èbre et -ègre, sauf zèbre.Note 62 · Ou celui de don Pèdre. Celui de Phèdre, au moins celui de l’héroïne, s’allonge aussi volontiers en poésie.Note 63 · Quoique le Dictionnaire général fasse l’e long dans mètre, urètre et pyrètre; il le ferait tel aussi sans doute dans pénètre ou perpètre, s’Note 64 · Mètre lui-même pourrait à la rigueur rimer avec maître; mettre ne pourrait pas. Mais les seuls e proprement longs ici sont ceux de être, hêtNote 65 · Quoique le Dictionnaire général n’en fasse point.Note 66 · De même les noms propres Bièvre, Nièvre et Penthièvre. Les autres noms propres, Lefèvre (ou Lefebvre), Genèvre, et surtout Sèvres, ouvrent lNote 67 · Il faut donc corriger les grammaires sur ce point: l’e surmonté de l’accent grave est toujours ouvert, mais l’e surmonté de l’accent aigu n’Note 68 · Le Dictionnaire général l’ignore. L’abbé Rousselot l’exagère. On notera ici aussi que des mots comme suprématie ou extrémité n’ont jamais euNote 69 · De même terrain ou terrasse, terrestre ou atterrir, malgré l’e ouvert de terrer et terreau. On peut aussi comparer serrer et ferrer: la diffNote 70 · La prononciation fegnan a d’ailleurs pour elle de vieilles traditions. Au XVᵉ et au XVIᵉ siècle, l’hiatus intérieur éa et surtout éan se résNote 71 · Voir page 64; on reviendra sur ce point au chapitre des nasales.Note 72 · Le Dictionnaire général ne connaît encore que la prononciation par a, quoique l’Académie se soit abstenue, en 1878, pour hennir. Thurot avouNote 73 · C’est le même phénomène qui s’est produit dans fouet ou fouetter, et qui est en voie de se produire dans couenne et couette. Les adverbes enNote 74 · Michaëlis et Passy, qui admettent cette prononciation, admettent aussi qu’rir pour quérir: je me demande dans quel faubourg ils ont pris cetNote 75 · Alleluia, et cetera, confiteor, deleatur, libera, exeat, memento, miserere, nota bene, te deum, Unigenitus, veto, et à fortiori vade mecum eNote 76 · De même Œdipe, Œnone, Œta, Mœris, Ægos-Potamos, Pæstum, Lætitia, etc. Il ne faut donc pas confondre l’œ latin d’Œdipe, avec l’œ allemand de Note 77 · Il y a de même un e mi-ouvert dans des noms italiens ou espagnols comme Angelo, Barberini, Bolsena, Cabrera ou Caprera, Consuelo, MontebelloNote 78 · Il se prononce alors comme l’e muet (eu), mais extrêmement bref et presque insensible, encore plus faible que dans les finales en -et, -en oNote 79 · Ce tréma représente en effet un e primitif.Note 80 · Par exemple dans Frœschwiller (au contraire de Wœrth), dans Kœchlin, Rœderer, Schœffer, Schœlcher. Dans Rœderer, quelques historiens voudraiNote 81 · Comme dans Gro-ënland, ou même Féro-ë.Note 82 · Ainsi Gœthe, qu’on écrivait autrefois et qu’on a prononcé parfois Go-ëthe (Th. Gautier le faisait rimer régulièrement avec poète), se prononNote 83 · Qu’il me soit permis de dire ici, en passant, que le pluriel, de lied, puisque lied est francisé, doit être lieds et non lieder, auquel s’obNote 84 · Peer Gynt, Scheele, Seeland, Steen, Van der Meer; Pourtant Beethoven n’a plus en français qu’un e bref mi-ouvert.Note 85 · Et dans Aberdeen, Beecher Stowe, Flamsteed, Gretna Green, Greenwich, Leeds, Queensland, Queenstown, Seeley, Tennessee, etc.; mais on admet éNote 86 · L’oe flamand se prononcerait correctement ou dans des mots comme Boers, Boerhaave, Goes, Moers, Woevre, mais cette prononciation est trop élNote 87 · Si ce livre était un livre de phonétique, nous aurions traité le groupe ai ou ei avec l’e, car ils ne font qu’un: ai ou ei, jadis diphtongueNote 88 · Cette prononciation est naturellement celle de Victor Hugo: ....... L’univers disloqué, Mal sorti du chaos, penche et se cogne au quai. ReliNote 89 · Les poètes, toujours traditionnalistes, font encore rimer parfois mai avec aimé; mais cela ne rime plus.Note 90 · On le trouve encore dans V. Hugo, où il surprend déjà: Tout ce que je sais, C’est que des peuples noirs devant moi sont passés. Le Petit RoiNote 91 · Voir Banville Diane au bois, acte I, scène 1: Le bon tour! O doux vin par le soleil moiré, Sois tranquille, je t’ai volé, je te boirai! CettNote 92 · On devrait aussi écrire ponet, puisque ce mot a pris un féminin, qui est ponette. Ay final n’existe plus en français que dans les noms proprNote 93 · J’étais l’Arioste et l’Homère D’un poème éclos d’un seul jet; Pendant que je parlais, leur mère Les regardait rire, et songeait. V. Hugo, CNote 94 · Voir ce qui est dit page 56, à l’occasion des finales en ée. En tout cas -aie ne saurait être moins ouvert que -ai; par suite, dans La FresnNote 95 · On peut même dire que parfaite rime mieux avec estafette qu’avec faîte, et même prophète. Il en est de même de vous faites, que les poètes sNote 96 · Qui devrait aussi s’écrire sèche (sépia); ces mots sont à distinguer de fraîche et laîche, qui ont perdu l’s, et auraient pu aussi bien s’écNote 97 · Ce mot est méridional, et les gens du Nord n’ont pas le droit de l’altérer, comme fait le Dictionnaire général, en faisant ai long.Note 98 · Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse, Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit. O Seigneur! ouvrez-moi les portes de la nuit, AfNote 99 · Ai est encore long dans Alais, qui se prononce comme les mots en -ès, et s’écrit du reste, maintenant, Alès.Note 100 · De même Leyde et Mayne-Reid, que nous francisons. Au contraire Thomas Reid se prononce Rîd. Voir page 47 ce que nous avons dit de roide.Note 101 · Tandis que La Haye, Saint-Germain-en-Laye, La Fresnaye, Houssaye, etc., n’ont que le son è, comme les mots en -aie. Ne pas confondre ces nomNote 102 · Pour aigne prononcé agne, voir plus loin.Note 103 · Mais non pas -ail prononcé à l’anglaise, dans rail (rèl), cock-tail et mail-coach. Bayle et Beyle sont douteux, mais plutôt brefs. Il va sanNote 104 · L’air est plein d’un bruit de chaînes, Et dans les forêts prochaines, Frissonnent tous les grands chênes, Sous leur vol de feu pliés. V. HuNote 105 · Et aussi Sedaine, tandis que les autres, Verlaine ou Madeleine, Maine ou Germaine, Lorraine ou Touraine, Seine ou Bazaine, Taine, Aquitaine,Note 106 · Et aussi les noms propres, Le Caire, Beaucaire, Baudelaire, Bélisaire, etc., avec Buenos-Ayres, que nous francisons; Nicaise, La Chaise, FalNote 107 · Voir ci-dessus, page 64, et note 1, et plus loin, page 131.Note 108 · L’orthographe de treize et seize est tout à fait arbitraire.Note 109 · Ce sont maître, naître, paître, paraître et traître qui ont perdu leur s; reître aussi, mais ce mot, qui venait de l’allemand reiter, n’avaiNote 110 · Il est même fermé, comme on l’a vu plus haut, pour ceux qui prononcent gai fermé.Note 111 · Il n’est pas rare à Paris d’entendre l’e fermé jusque dans maison ou raison; mais cette prononciation me paraît purement faubourienne. Les gNote 112 · Voir plus haut, page 45. L’abbé Rousselot accueille encore doirière.Note 113 · Voir plus haut, page 48.Note 114 · C’est pour les noms propres surtout qu’il y a eu longtemps hésitation. Ainsi le nom de Montaigne était à l’origine le même mot que montagne Note 115 · On prononce également par e mi-ouvert l’anglais Reynolds, Seymour, Taylor ou Ceylan, Fairfax ou Ralei(gh), ou encore Leicester, qui est souvNote 116 · Quelques noms propres francisent ei en e ouvert: Henri Heine, Eiffel, Schneider, Leibniz, Leipzig, Reischoffen, et aussi Eylau, van Eyck, DrNote 117 · Avec la manie de diérèse qui est la plaie de notre versification, V. Hugo a fait geyser et kayser de trois syllabes l’un et l’autre, dans l’
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