C
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1º Le C final.
Le c est une des quatre consonnes qui se prononcent aujourd’hui normalement à la fin des mots:
I. Après une voyelle orale, d’abord, le c final sonne généralement: cognac, bac, lac, sac, bec, sec, avec, trafic, public, choc, bloc, roc, bouc, duc, caduc, suc, etc.[513].
La plupart de ces mots sont d’ailleurs des mots plus ou moins techniques ou étrangers, des substantifs verbaux, des adverbes, ou des mots où le c a reparu après éclipse, par analogie avec le plus grand nombre[514].
Contrairement à la majorité des mots, mais conformément à la règle des consonnes finales, le c est devenu ou resté muet dans un certain nombre de mots suffisamment populaires: dans estoma(c) et taba(c), et dans cotigna(c), moins usité, où il tend à se rétablir[515]; dans cri(c), machine; dans bro(c), cro(c), accro(c), raccro(c) et escro(c); dans caoutchou(c)[516].
Pendant longtemps la prononciation familière a volontiers omis le c d’avec devant une consonne: ave(c) moi, ave(c) lui: cette prononciation est aujourd’hui dialectale, et on la tourne même en ridicule.
Le c d’arsenic, qui s’était amui, s’est aussi généralement rétabli[517].
Au pluriel, le c sonne aussi bien qu’au singulier, les deux nombres ayant pris peu à peu avec les siècles une prononciation identique[518]. Même dans le pluriel échecs, qui s’est longtemps écrit échets, au sens de jeu, la suppression du c est tout à fait surannée, le pluriel s’étant à la fin, là aussi, assimilé au singulier.
Toutefois le c ne sonne pas devant l’s dans la(cs) et entrela(cs).
Le k ou le q joints au c final n’y ajoutent rien: colbac(k), biftec(k), stic(k), boc(k), etc.[519].
II. Après une voyelle nasale, le c final est resté muet: ban(c), blan(c), flan(c) et fran(c), vain(c) et convain(c), jon(c), ajon(c) et tron(c)[520].
Le cas de donc est particulier. En principe, le c n’y sonne pas non plus. Toutefois, si le mot est en tête d’un membre de phrase, pour annoncer une conclusion (je pense, donc je suis), et, d’une façon générale, si l’on veut souligner le mot pour une raison quelconque, on prononce le c (ainsi que dans adonc et onc). En dehors de ces cas, on l’articule rarement, même quand il termine la phrase: laissez don(c). Surtout on ne l’articule pas devant une consonne: vous êtes don(c) bien riche? Devant une voyelle, il est encore correct ou élégant de le lier: où êtes-vous donc allé? Mais cela même n’est pas indispensable.
Le c de zinc, se prononce toujours, mais il sonne comme un g. On n’a jamais su pourquoi; car autrefois, c’était le g final qui s’assourdissait en c, comme toutes les sonores finales; or, c’est justement le contraire qui se fait ici. Mais c’est un fait contre lequel les efforts des grammairiens n’ont pu prévaloir[521].
III. Après une consonne articulée, le c final sonne généralement: talc, arc, turc, fisc, musc[522]. Il sonne même aujourd’hui dans les composés arc-bouter et arc-boutant ou arc-doubleau, quoi qu’en disent les Dictionnaires, qui retardent sur ce point: telle est du moins la prononciation des architectes. Il faut seulement éviter arque-boutant.
Toutefois, il ne se prononce pas encore dans mar(c), résidu: eau-de-vie de mar(c); ni dans mar(c), poids: au mar(c) le franc[523].
Le c ne sonne pas davantage dans cler(c)[524].
De plus, le c de porc, qui ne sonnait plus nulle part depuis longtemps, ne sonne toujours pas à la cuisine ou chez le charcutier: on n’y achète pas du porc frais, mais du por(c) frais, du por(c) salé, etc. Si au contraire on veut désigner l’animal lui-même, on rétablit volontiers le c, même au pluriel: un troupeau de por(cs) ou de porc(s), mais surtout au singulier: un porc, et plus encore si l’on prend le mot au figuré dans un sens injurieux. Le c sonne également dans le composé porc-épic.
2º Les mots en-CT.
Les mots en -ct demandent un examen particulier, car leur histoire est complexe et n’est pas terminée.
1º Dans tact, intact, contact, et dans compact, il semble que ct s’est toujours prononcé. Exact, plus populaire, a tendu à perdre le c ou le t, ou les deux; et si l’on ne prononce plus exac(t) ni exa(c)t, on entend encore exa(ct); pourtant exact a fini par l’emporter, et sans doute on ne reviendra pas en arrière[525].
2º Parmi les mots en -ect, les mots direct et indirect, correct et incorrect ne paraissent pas avoir jamais perdu leurs consonnes finales, non plus que le mot savant intellect, sans parler de l’anglais select. Il n’en est pas de même des autres.
Abject et infect ont flotté longtemps, avec préférence pour le son è, avant de reprendre définitivement ct[526].
Restent les mots en -spect: aspect, respect, suspect, circonspect. Ils ont longtemps flotté aussi entre trois ou quatre prononciations, et La Fontaine, pour rimer avec bec, n’hésite pas à écrire respec et circonspec[527]. La prononciation par t seul a complètement disparu, mais les prononciations par c ou ct ont encore l’espoir de vaincre. La seconde, par ct, admissible peut-être pour suspect, est certainement la plus mauvaise pour aspe(ct) et respe(ct); l’autre, par c seul, est admissible en liaison, et même tout à fait générale dans respec(t) humain; mais, en dehors de la liaison, je crois qu’on peut encore provisoirement la condamner, et s’en tenir à respe(ct), aussi bien qu’à aspe(ct), circonspe(ct), et même suspe(ct)[528].
En revanche, le c et le t se prononcent également dans suspecte et circonspecte: sur ce point, il n’y a pas de discussion.
Il ne faut pas assimiler aux autres mots en -spect le mot technique anspec(t), terme de marine, qui n’a pris un t dans l’orthographe que par une fausse analogie avec les autres: c’est le seul mot où le c doive toujours se prononcer, et toujours seul.
3º Parmi les mots en -ict, le c et le t se prononcent encore dans strict et district, et naturellement dans l’anglais verdict et convict, mais non dans ami(ct), terme de liturgie, qui n’est guère employé que par des gens du métier, ce qui est une garantie contre l’altération.
4º Les mots en -inct ont flotté longtemps, comme les mots en -ect, avant de perdre leurs consonnes finales. Mais distinct et succinct les ont reprises au cours du dernier siècle, et sans doute ne les perdront plus: succin(ct), et par suite succinte, sont surannés. Au contraire, instin(ct) résiste fort bien sans c ni t, et l’on doit encore condamner instinc(t)[529].
3º Le C intérieur.
Dans le corps des mots, le c n’a le son guttural que devant a, o, u, et devant une consonne: calibre, décoller, reculer, action, instinctif, et même arctique, où le c amui s’est rétabli; il a le son sifflant devant e et i: ceci, décence, cygne, larcin[530].
On donne au c le son sifflant devant a, o, u, au moyen d’une cédille; mais aucun artifice ne lui donne le son guttural devant e et i, sauf le changement de eu en œu, dans cœur (c’est-à-dire l’addition ou le maintien d’un o), et d’autre part l’addition ou le maintien d’un u dans le groupe cueil (keuil): cueillir, accueillir, etc.[531]. Partout ailleurs le c est remplacé dans ce rôle par qu dans les mots français, par k ou ck dans les mots étrangers, comme jockey[532].
Devant une consonne, le c intérieur sonne aujourd’hui partout, même après une nasale, comme dans sanctuaire, sanction ou sanctifier[533].
Le c ne prend pas le son du g seulement dans zinc; il le prend aussi dans second et tous ses dérivés (même dans le latin secundo), qui devraient s’écrire avec un g, comme on le fait en d’autres langues[534].
Le c a eu longtemps aussi le son du g dans reine-Claude[535]; mais il a peu à peu repris le son de la forte sous l’influence de l’écriture, et le son du g y devient aujourd’hui populaire ou dialectal.
Ajoutons pour terminer qu’un grave défaut à éviter dans la prononciation du c consiste à mouiller le c initial, par exemple dans cœur, qu’on entend quelquefois sonner presque comme kyeur.
Le c double se prononce comme un c simple devant a, o, u, et devant l ou r, dans les mots d’usage courant: a(c)cabler, a(c)caparer, ba(c)calauréat, a(c)climater, a(c)créditer, a(c)croc, e(c)clésiastique, o(c)casion, su(c)comber, etc.; les deux c peuvent se prononcer dans ec-chymose, oc-clusion et oc-culte, et, si l’on veut, bac-chante, humeurs pec-cantes, impec-cable, peccadille et pec-cavi; encore n’est-ce pas indispensable, sauf dans le latin pec-cavi[536].
Devant e et i, ils se prononcent toujours tous les deux, le premier guttural, le second sifflant: ac-cident, vac-cin, ac-cès[537]; au contraire sc se réduit ordinairement à un s ou un c seul: ob(s)cène, s(c)ie[538].
Devant les mêmes voyelles e et i, quand le c est suivi de qu, on ne prononce qu’une gutturale: a(c)quitter, a(c)quérir, à fortiori be(c)queter ou gre(c)que[539].
Devant e et i toujours, le c italien reste sifflant, si le mot est suffisamment francisé, comme dans gracioso, concetti, ac-celerando (trop voisin d’ac-célérer pour se prononcer autrement) et quattrocentiste[540]. Autrement, et surtout quand il est double, il se prononce tch: dolce, sotto voce, a piacere, furia francese, fantoccini[541]. Pour sc, le son de ch suffit, sans t: crescendo (chèn), lasciate ogni speranza.
Czar se prononce gsar plutôt que csar; mais c’est là une mauvaise graphie, due sans doute à la fausse étymologie cæsar; ce mot, qui en polonais s’écrie car, doit se transcrire et se prononcer tsar[542].