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Comment on Prononce le Français

V.—LES VOYELLES I (y), U, OU.

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Les voyelles i, u, ou, étant fermées par définition, ne se prononcent pas de deux manières. Les instruments délicats de la phonétique expérimentale constatent bien une petite différence de timbre, mais encore n’est-ce guère qu’entre les voyelles atones et les toniques, celles-ci étant un peu plus fermées[310].

Au point de vue de la quantité, nous ferons les mêmes distinctions que pour les autres voyelles.

1º La voyelle I.

L’i final est moyen, seul ou avec consonne non articulée, avec ou sans accent: hardi, crédit, rendit ou rendît, radis, outil, crucifix, riz, jury, Jésus-Christ ont la finale identique. Pis, adverbe, est un peu plus long. D’autre part, dans ui final, la brièveté du premier élément paraît allonger le second: appui, minuit, muid[311].

Parmi les voyelles finales qui peuvent être suivies de l’e muet, l’i se distingue particulièrement, au moins en vers, parce que là ie devient facilement i-ye, et se trouve, par suite, singulièrement allongé:

Adieu: je vais traîner une mourante vi-ye, Tant que par ta poursuite elle me soit ravi-ye[312].

Mais il y a quelque affectation à prononcer ainsi: il faut laisser cela aux chanteurs. En tout cas, on ne le fait jamais dans l’usage courant, où il est difficile de distinguer par exemple: elle est partie ce matin, de il est parti ce matin, ou mon amie est venue de mon ami est venu. On maintient sans doute une légère différence quand on rapproche un masculin d’un féminin: un ami, une amie, et ce n’est pas grand’chose[313].

Devant la plupart des consonnes articulées, l’i est bref ou moyen: trafic et trafique, pipe, huit, profite et fîtes; riche, captif et calife; vice, visse et vis[314]; diatribe, aride et fatigue; habile, anime, fîmes et cabine. Il est plus long devant g et n mouillé: vertige et indigne; plus encore devant r, s doux et v: rire, mourir, finirent, merise et arrive. Mais surtout, contrairement aux cas des autres voyelles, la finale mouillée -ille, autrefois brève, quand on connaissait l’l mouillé, est devenue longue, depuis qu’on la prononce i-ye.

Même gradation de quantité dans cycle, disciple, gifle, litre et chiffre; libre, hydre, tigre et vivre.

Huile a encore l’i un peu plus long qu’habile, peut-être à cause du groupe ui; mais l’accent circonflexe ne sert plus à rien, non seulement dans les prétérits, fîmes ou fîtes, pareils à tous les prétérits, mais aussi bien dans île, huître, épître et bélître, et souvent même dans dîne. La prononciation oratoire ou poétique appuie également sur abîme et sublime: on voit que l’accent circonflexe n’y est pour rien. On appuie de même sur fils en poésie, et sur bis, mais seulement quand on applaudit.

L’i atone est rarement long; tout au plus est-il moins bref quand il est suivi d’un s doux, comme dans les verbes en -iser. Pourtant l’i long de pire se conserve exceptionnellement dans empirer, contrairement à l’usage des verbes en -rer, qui ont presque tous la prétonique brève, comme admirer.

L’i est également long dans les verbes en -i-er, à l’imparfait et au subjonctif présents, devant les finales -ions et -iez: pri-ions, pri-iez; c’est la seule manière de distinguer ces formes de celles de l’indicatif présent. En fait, on prononce presque priy-yons; mais le nombre des syllabes n’est pas augmenté pour cela[315].

L’i final avec tréma fait une syllabe à part en français: ha-ï, ou-ïe; mais, dans certains mots étrangers, comme le japonais banzaï ou samouraï, il vaut mieux considérer aï ou oï comme des diphtongues, où le tréma sert uniquement à empêcher de prononcer ai (è) ou oi (wa) à la française, sans pour cela séparer l’i[316].

2º L’I dans les mots étrangers.

L’i anglais se prononce i dans gin, miss et mistress (missess), dans clipper, pickles (ess) et cricket, dans gipsy, whisky et whig, dans bridge, dans les mots en -ing, etc. D’autre part, on francise encore assez généralement esquire (ki) et rifle, et surtout outsider. Enfin, beaucoup de personnes prononcent encore flirt par i, aussi bien que par eu ouvert, d’autant plus que de flirt nous avons fait flirter: toutefois, la diffusion progressive de l’anglais tend à faire prévaloir fleurte et même fleurter, ce qui est presque aussi absurde qu’interviouver[317].

Mais il y a beaucoup d’autres mots qui ne sauraient être francisés, et on doit se résoudre à donner à l’i de ces mots un son intermédiaire entre aï (ou aye) et aë, notamment dans all ri(gh)t (olraït en deux syllabes), ri(gh)t man at the ri(gh)t place (atzéraïtplèce), hi(gh)life ou hi(gh)lander, times (taïms) et time is money, ou five o’clock[318]. Pourtant rien n’empêche un fantaisiste de s’amuser à faire rimer high life (iglife) avec hiéroglyphe. On peut même se demander si, avec toutes les Chapelleries, Draperies ou Épiceries du high life qu’on trouve partout maintenant, l’obligation d’employer ce mot, imposée à tant de gens qui ne savent pas l’anglais, n’arrivera pas à le franciser tel quel à bref délai.

L’y final, ou intérieur, devant une consonne, n’existe plus en français que dans des noms propres, et naturellement se prononce i. L’y final anglais se prononce i ou e; mais beaucoup de mots en y sont suffisamment francisés pour que ceux qui ne savent pas l’anglais puissent prononcer un i indifféremment et sans scrupule dans brandy, lady, penny, nursery, tilbury, dandy, whisky, tory, gipsy, derby, gentry, garden-party, et clergyman; on prononcera de préférence aï dans dry farming, et cross-country se prononce keuntré[319].

3º U et OU.

Il est inutile de répéter littéralement pour u et ou ce que nous avons dit pour i.

Ils sont également moyens dans fus, fut, reflux et touffu, dans j’eus, il eut, dans mou, moud, mout, remous, joug, loup et caoutchouc[320].

Brefs ou moyens devant la plupart des consonnes finales articulées, ils sont longs, comme toutes les voyelles, devant r: jour, bravoure, obscur, blessure[321]; devant s doux: épouse, douze, ruse; devant v: louve, étuve, découvre, sauf pourtant les verbes prouve et trouve, qui paraissent plus brefs.

Devant s dur, u et ou ne s’allongent pas, sauf dans le mot tous, quand il est tonique, en opposition avec tou(s) atone, qui est très bref: tous les hommes, il tousse, pour tous, font trois degrés très distincts[322].

Un certain nombre de mots en -ouille ont aussi généralement la finale longue: fouille, rouille, brouille, souille; on y joint quelquefois houille et dépouille[323].

On allonge aussi ordinairement roule et croûte; quelquefois rouge et bouge, du moins en poésie.

L’accent circonflexe se fait encore un peu sentir dans brûle et affûte, beaucoup moins dans flûte, quelquefois dans coûte, goûte, croûte, voûte et soûle, au moins quand ils ne sont pas liés au mot qui suit, car cela coûte cher n’a pas toujours le même son que cela me coûte[324].

La voyelle prétonique reste à peu près longue dans les verbes qui ont l’accent circonflexe, comme brûler, mûrir ou coûter; exceptionnellement aussi dans deux ou trois verbes en -rer: murer, bourrer, fourrer, lourer. Elle est flottante, mais plutôt longue que brève, dans fouiller, rouiller, brouiller, souiller, avec brouillard et quelquefois brouillon, mais non souillon; dans rouiller, rouler, roulure et crouler, et dans la plupart des verbes en -user et -ouser; voire même dans pourrir et les mots en -urie[325].

L’u ne s’entend pas dans l’interjection ch(u)t, où le ch est ordinairement prolongé; chut est donc une orthographe conventionnelle, qui a paru nécessaire pour désigner l’interjection, quand on en fait mention dans une phrase: on entendit plusieurs chut, et aussi pour la rime. On en a fait d’ailleurs le verbe chuter, dont l’u se prononce toujours[326].

L’u se prononce o, ouvert et bref, dans la finale latine -um, suivant la manière française de prononcer le latin, et cela, même dans les mots complètement francisés, comme album, forum, post-scriptum, géranium, etc.; et aussi barnum[327].

On prononce l’u de la même manière à l’intérieur de certains mots composés, d’origine latine, comme triumvirat ou circumnavigation[328].

L’u se prononce encore en o dans rhum et rhummerie.

Dans parfum seul, la finale est restée nasale[329].

4º L’U dans les mots étrangers.

L’u se prononce ou dans les groupes -gua- et -qua-, surtout dans les mots d’origine étrangère: nous en parlerons aux lettres G et Q.

D’ailleurs l’u se prononce ou presque partout ailleurs qu’en français[330]. Mais, à part la finale -um, nous le francisons infailliblement en u dans tous les mots étrangers que nous adoptons. Ainsi dans uhlan, où l’u non seulement se prononce u, mais est devenu bref; de même dans trabuco. On peut hésiter pour certains mots, comme négus, qu’on prononce par u et ou, ou bulbul, qu’on prononce plutôt par u; comme puff, dont nous avons fait puffisme et puffiste, alors que nous avions déjà pouff.

Il vaut mieux prononcer ou dans les mots qui ne sont pas certainement francisés, comme l’italien jettatura, furia francese, e pur si m(u)ove, et les termes de musique opera buffa, risoluto, ritenuto, sostenuto, un poco piu, tutti[331]. De même l’espagnol cuadrilla, chulo, fueros, muleta, ayuntamiento et pronunciamiento; l’allemand burg, kulturkampf et landsturm; l’anglais home rule, bull full (au poker), homespun, plumcake. Mais on prononcera: bleu dans blu (e) book et pleum-poudding (plum-pudding)[332].

Quoique l’u anglais se prononce quelquefois ou, il se prononce plus souvent comme eu ouvert: c’est le cas, par exemple, dans club, tub, studbook, rush et struggle for life[333]. Toutefois club était déjà francisé sous la Révolution, et, en histoire, on prononce plutôt club, cleub étant réservé aux cercles plus ou moins aristocratiques qui trouvent ce mot plus élégant que cercle. D’autre part, on le prononce sensiblement comme un o au poker, dans flush et bluff, d’où le verbe bluffer. L’u de gulf-stream se francise aussi en o, sous l’influence de golfe, dont il vient. Enfin budget et tunnel sont francisés complètement depuis longtemps; turf l’est sans difficulté, ainsi que ulster, tilbury, humour, gutta-percha, nurse et nursery; trust lui-même est en voie de l’être.

Ou anglais se prononce aou dans boarding-hous(e) ou clearing-hous(e); mais on se contente généralement de ou, sinon dans stout, au moins dans outlaw et outsider. Il se prononce o dans four in hand.

Notes in this chapter

Note 1 · On avouera, d’ailleurs, que la différence qu’il peut y avoir entre les deux i de midi n’intéresse que la science, et n’a guère d’utilité praNote 2 · Le peuple dit volontiers et pis pour et puis.Note 3 · Corneille, Le Cid, acte III, scène 4.Note 4 · Castries se prononce Castre.Note 5 · Michaëlis et Passy trouvent qu’i est long dans les mots en is.Note 6 · Ce qui n’a pas empêché H. de Régnier de faire ri-i-ons de trois syllabes: Nous ri-i-ons en regardant la parodie. Jeux rustiques, la Grotte. Note 7 · De même on sépare l’i dans des mots français ou francisés, comme Acha-ïe, Isa-ïe, A-ï, Sina-ï, Adona-ï, et aussi Godo-y. Shang-Haï n’est pasNote 8 · On rattache souvent ce mot au fleurette français, dont les Anglais auraient jadis tiré leur flirt. Cette étymologie est plus que douteuse, eNote 9 · De même dans Bri(gh)t et Bri(gh)ton, Childe-Harold, Fife, United States, Wi(gh)t ou (W)ri(gh)t, et aussi Shylock et Wyoming. Girl se prononcNote 10 · Pour baby, voir page 43, note 4. On prononce nécessairement i dans Cantorbéry, qui est la forme française de Canterbury (beuré); généralemenNote 11 · Et dans fût substantif et fût verbe, dans dû, mû, crû, et affût, comme dans (a)oût, coût, goût, dégoût, ragoût, moût et saoûl. Pour -ue et -Note 12 · Moins dans sur préposition, qui est proclitique, à moins qu’on ne dise, par exemple, j’aime mieux sous que sur.Note 13 · Il ne faut pas confondre les finales latines en -us, qui sont moyennes, avec les finales grecques en -eus: voir page 92, note 2.Note 14 · La Noue, auteur, bien avant Richelet, d’un excellent «Dictionnaire des Rimes» (1596), distinguait déjà fouille long et farfouille bref, et cNote 15 · L’accent n’est pas plus sensible dans les prétérits en -ûmes et -ûtes que dans les autres. Il ne l’est guère dans bûche et embûche. Il ne peNote 16 · Il serait bon de faire longs quelques u latins: ab uno disce omnes, audaces fortuna juvat, dura lex sed lex, in utroque jure, nec pluribus iNote 17 · Il faut éviter avec le plus grand soin d’élider l’u de tu devant un verbe: cette prononciation révèle une éducation insuffisante. Il en est Note 18 · La finale -um était autrefois francisée en on nasal; par exemple, te Deum se prononçait tédéon. Cela dura jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, eNote 19 · Ou en latin devant un autre m: consum-matum est, sum-mum jus, sum-ma injuria; mais num-mulite, et num-mulaire ont pris le son u.Note 20 · On prononce naturellement -um par o dans les noms propres latins: Latium, Herculanum, Pæstum, etc.; mais on prononce par u Vertumne, Dum-norNote 21 · On vient d’en voir des exemples. L’u scandinave ou hollandais se prononce toutefois comme le nôtre: Uléa, Uméa, Utrecht.Note 22 · Ad libitum, qui s’emploie aussi en musique, ainsi que les mots précédants, n’est pas italien, mais latin, et se prononce par o, suivant la mNote 23 · Nous francisons surtout une infinité de noms propres qu’il serait impossible d’énumérer, italiens ou espagnols aussi bien qu’allemands ou anNote 24 · De même Burne Jones, Burns, les mots en -burn et -burne, Burton, Churchill, Ruskin, Russel, et les mots en -bury, encore que Salisbury puiss
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