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Comment on Prononce le Français

H

Reading edition

1º L’H final ou intérieur.

Après une voyelle finale, l’h allongeait la voyelle dans quelques mots étrangers; mais nous avons vu que le phénomène n’est plus guère sensible chez nous[606]. Il l’est davantage dans le corps des mots, où l’h peut encore parfois fermer et allonger la voyelle qui précède; mais ce sont aussi des mots étrangers: ohm, fœhn[607].

Après une consonne, sauf le groupe français ch, étudié plus haut, l’h ne change rien généralement au son de cette consonne: ainsi kh égale k partout; quant au g, l’h ne fait que lui rendre le son guttural devant e et i; th égale t pour nous, rh égale r.

Dans le Midi, lh et nh représentent l et n mouillés.

D’autre part, sch allemand et sh anglais ou russe ont le son du ch français[608].

Tous ces groupes se prononcent à la fin des mots, sauf ch final dans almana(ch), et gh final ou devant t en anglais[609].

2º L’H initial, muet ou aspiré.

Mais ce n’est pas après une autre lettre, voyelle ou consonne, c’est en tête des mots que l’h joue un rôle intéressant en français. Il est vrai que ce rôle a été contesté. Et assurément l’h dit muet ne sert absolument à rien et aurait dû disparaître depuis longtemps de l’orthographe, ou plutôt n’aurait jamais dû y être introduit sous prétexte d’étymologie.

Mais quoi qu’on en dise, il n’en est pas de même, de l’h aspiré. J’avoue que, d’aspiration proprement dite, il n’y en a plus guère depuis plus d’un siècle. Pourtant il y en a certainement une dans quelques onomatopées ou exclamations comme ha, hé, hola, hom, hue; il y a aussi aspiration entre oh! oh! et ah! ah! quoique ici l’h soit final et non initial, et aussi, par emphase, quand on exprime un sentiment violent: je le hais, c’est une honte. Mais ce n’est pas tout: même sans accent oratoire, il y a toujours l’interdiction absolue de l’élision et de la liaison, et par suite l’obligation de l’hiatus, qui est une caractéristique assez remarquable.

Il est parfaitement vrai qu’on prononce il est hardi ou des homards sans plus d’aspiration que dans il est allé à Paris ou alvéole; mais tout de même, tant qu’on dira il est hardi ou des homards sans liaison, et par suite avec hiatus, tant qu’on dira le hameau ou la hotte sans élision, et par suite encore avec hiatus, et cela en vers comme en prose, par nécessité, tant qu’on distinguera, par la liaison, en eau de en haut, les auteurs de les hauteurs, etc., aussi longtemps l’h jouera son rôle, à moins qu’on ne le remplace par un autre signe diacritique, ce qui est parfaitement inutile[610].

Je sais bien que ces finesses n’appartiennent pas à la langue populaire, et que même les erreurs nombreuses que fait le peuple en cette matière montrent bien la répugnance instinctive qu’il a pour l’h aspiré: si la langue était livrée à elle-même, l’h aspiré deviendrait promptement identique à l’h muet. Mais ces erreurs, les gens instruits ne les font pas, et c’est la langue des gens instruits qu’on enseigne ici.

Il y a donc en français un h aspiré. Toutefois nous sortirions de notre sujet pour entrer dans le domaine de la grammaire ou de la lexicographie, si nous énumérions ici les mots dont l’h est aspiré. D’ailleurs, les dictionnaires sont là pour renseigner sur ce point, s’il en est besoin. Il convient toutefois d’énoncer la loi générale qui domine ici les faits, en indiquant les exceptions essentielles.

3º La loi de l’H initial.

La loi est celle-ci: l’h est muet quand il est d’origine latine ou grecque, aspiré ailleurs, et surtout quand il est d’origine germanique.

I.—L’h est muet quand il vient du latin: (h)abile, (h)abit, (h)erbe, (h)omme et (h)umain, (h)ospice, (h)ôtel, (h)umeur, etc.; à fortiori dans quelques mots qui ne devraient point avoir d’h, n’en ayant point en latin: (h)eur, (h)ermine, (h)ièble, (h)uile, (h)uis, (h)uître[611].

Il n’y a donc pas lieu d’aspirer (h)ameçon, (h)allucination ou (h)altères, ni (h)iatus, malgré le sens, ni (h)irsute, ni (h)oir et (h)oirie, ni enfin les dérivés d’(h)uile[612].

L’h est tout aussi muet quand il remplace, très inutilement, l’esprit rude du grec, notamment dans tous les mots qui commencent par hecto-, hélio-, hémi-, hémo-, hepta-, hétéro-, hexa-, hiéro-, hippo-, homo-, etc., et tous ceux qui commencent par hy-[613].

Il y a aujourd’hui une tendance très marquée à aspirer l’h dans (h)y-ène; mais il n’y a à cela aucune raison; et si l’(h)yène paraît dur avec diphtongue, il est assez simple de dire l’(h)y-ène, comme Victor Hugo, conformément à l’étymologie grecque, tout comme on dit l’(h)y-acinthe et non le hyacinthe; cela vaut certainement mieux que la hyène, ou des hyènes sans liaison[614].

II. L’h qui n’est pas latin ou grec est presque toujours aspiré.

Il l’est d’abord dans nombre d’exclamations ou d’onomatopées sûres ou probables, ou même simplement prises pour telles, haleter, han, hennir, hisser, hola, hoquet (qui a peut-être altéré hoqueton), houp, hourra, huer, etc. L’h n’est pas aspiré dans hallali.

Il l’est surtout dans un grand nombre de mots (une centaine de racines) d’origine germanique. On y voit figurer en majorité le haut et le bas allemand[615].

On y trouve aussi l’anglais, avec handicap ou héler; les dialectes scandinaves, avec hauban, hisser et hune; le néerlandais avec happer, hêtre, hie, hobereau, houblon et houille, et vingt ou trente racines d’origine inconnue, qui ont toutes les chances d’être germaniques, ne pouvant être latines ou grecques[616].

4º Les exceptions.

Il y a, avons-nous dit, des exceptions. Cette distinction entre ces deux catégories de mots, mots latins et mots germaniques, est si certaine et si caractéristique que c’est précisément et uniquement l’influence des mots germaniques qui a fait aspirer l’h de certains mots d’origine latine, par l’effet d’une fausse analogie: ainsi harpon a été altéré probablement par harpe, huguenot par Hugues, huppe par l’allemand aussi, et surtout tous les mots de la famille de haut, qui ne devraient point avoir d’h, par l’allemand hoch, quoique l’origine latine de haut ne soit pas douteuse[617].

Il y a encore d’autres aspirations irrégulières qui s’expliquent plus ou moins bien. Ainsi, parmi les mots qui viennent du grec, on trouve halo, peut-être par euphonie pour éviter l’(h)alo, comme on dit le hulan; et encore halurgie et harpye, quoique (H)arpagon ait l’h muet.

On dit aussi, sans doute par euphonie, la hiérarchie; mais l’h de ce mot est muet par ailleurs, et généralement aussi dans (h)iérarchique, toujours dans (h)iérophante, (h)iéroglyphe ou (h)iératique.

On s’explique assez bien l’aspiration dans hors qui vient du latin, parce que l’h remplace un f[618]; et aussi dans voilà le hic[619].

Dans harceler et hargneux, il y a peut-être une espèce d’onomatopée. Hérisser ou hérisson ont pu s’aspirer aussi à cause du sens. D’autres aspirations s’expliquent difficilement[620].

Enfin il y a des racines qui ont pris un caractère hybride, tantôt aspirées, tantôt non.

1º Huit n’a même pas d’h en latin[621]. Il s’est aspiré pourtant, mais seulement en qualité de nom de nombre, comme un et onze, afin de s’isoler nettement des mots voisins, comme tous les noms de nombre: le un, le deux, le sept, le huit, le onze, le huitième, la huitaine; de même chapitre huit et livre huit, quoiqu’on dise page (h)uit; de même encore trois huit sans liaison. Toutefois huit n’est plus aspiré quand il n’est pas initial; ainsi on fait la liaison dans dix-(h)uit par s doux comme dans dix hommes et l’on prononce vingt-(h)uit comme quarant(e)-(h)uit où l’e s’élide; de même mill(e)-(h)uit cents[622].

2º L’h de héros s’est aspiré aussi par une sorte d’euphonie, et sans doute pour éviter la confusion ou plutôt le calembour que la liaison aurait faite au pluriel avec les zéros. Mais tous les autres mots de la même racine, (h)éroïque, (h)éroïsme, (h)éroïne, (h)éroïde, ont gardé l’h muet qu’ils tenaient du latin.

3º Le mot (h)uis, qui a l’h muet, comme son dérivé (h)uissier, s’aspire dans l’expression huis clos.

4º Inversement, hanse, de l’ancien haut allemand, a gardé son h aspiré, car on ne saurait dire l’(h)anse; mais on dit, avec élision ou liaison, la ligue (h)anséatique, les villes (h)anséatiques.

5º De même héraut, probablement de même origine que hanse, a gardé aussi son h aspiré; mais (h)éraldique et (h)éraldiste ont l’h muet, parce qu’ils nous sont venus par l’intermédiaire de formes latines[623].

Notes in this chapter

Note 1 · Voir page 43, note 1.Note 2 · Et surtout des noms propres: Kehl, Bœhm, Ohnet, Frohsdorf, Spohr: voir aussi page 39, note 1. Après i et u, qui ne peuvent guère se fermer, Note 3 · Pour sch, voir au CH, page 227; pour sh, voir à l’S, page 323.Note 4 · Voir ci-contre. Ranelagh se francise nécessairement à Paris. Malbrou(gh) se prononce quelquefois malbrouk, à tort.Note 5 · On peut ajouter que, même à l’intérieur des mots, l’h, évidemment inutile dans rhéteur ou Athènes, comme dans malheur ou inhabile, peut encoNote 6 · On vient de voir que ceux même qui avaient un h en latin l’avaient perdu au moyen âge; ils l’ont repris depuis par réaction étymologique.Note 7 · C’est pourtant ce que fait malencontreusement Musset dans la Coupe et les Lèvres: Capable de huiler une porte secrète.Note 8 · Hiéroglyphe n’est pas aspiré dans La Fontaine, Fables, IX, 8: Ce sont ici hiéroglyphes tout purs; on prononçait alors jéroglyphes, tout commNote 9 · Le mot hyène n’est pas dans le même cas que yacht, yak, yatagan, yole, yucca, youyou: nous avons vu plus haut, page 152 et suivantes, que ceNote 10 · Notamment dans ces mots sur lesquels on se trompe quelquefois: halle, hameau, hanche, hanneton, hanter, harasser, hardi, hareng, haricot, haNote 11 · Quelques h aspirés nous viennent aussi d’ailleurs. Ainsi l’italien nous a donné halte; l’espagnol, hâbler et hamac (mais l’h est muet dans (Note 12 · Dans exhausser (egzôcé), l’h est forcément devenu muet. On disait aussi la maison d’Hautefort, et on dit encore, à Paris, rue d’Hauteville, Note 13 · Mais il n’a pas été toujours aspiré: Scarron le fait toujours muet.Note 14 · De même dans hoc et même hile: pouvait-on dire l’hile?Note 15 · Notamment celles de haste, hâtier, hernie, herse et hercheur. Pour certains mots, l’usage a varié. Ainsi Corneille aspire hésiter dans les pNote 16 · Car il vient d’octo. Cet h a été mis devant uit, ainsi que devant uile (oléum), uis (ostium) et uître (ostrea), afin de distinguer ces mots Note 17 · On prononce naturellement quatre-vingt-huit comme quatre-vingt-deux, et aussi cent-huit, sans liaison. Mais Scarron dit fort bien, dans Don Note 18 · Le Dictionnaire général oublie l’h aspiré de héraut, comme celui de hersé et hersage; en revanche, il aspire mal à propos celui d’(h)anséati
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