NOTE AU SUJET DE L’OPUSCULE : THE STORY OF JA’FAR, ETC.
Dr. (Nicolas) Perron translation
Voyez ci-dessus, pages VII et XXII.
Pour que le lecteur puisse comparer à la relation du cheykh celle du prince Dja’far, je rapporterai ici quelques passages de cette dernière.
Le Wadâi est une monarchie absolue héréditaire ; Ja’far se dit le onzième descendant d’un blanc[71]. Son oncle a été placé sur le trône de Bâghermeh par Sâboûn, lors de l’expulsion, en 1804, du sultan de ce pays à cause de sa vie licencieuse.
Il y a dans le Bâghermeh un lac d’eau douce ; il faut quinze jours de marche pour en faire le tour. Ce pays, ainsi que le Wadâi, renferme des montagnes, des plaines, de grandes et de petites rivières. Le climat est très-chaud ; il tombe, au commencement de l’été, des pluies torrentielles. Le pays possède une grande variété de fruits ; le café y abonde et forme un grand article d’exportation. Il n’y a point de mines, pas de poudre d’or ni de pierres précieuses ; le commerce consiste principalement en esclaves, dents d’éléphants et plumes d’autruche. Le peuple se nourrit de riz (indian-corn) et de millet[72], de la chair des animaux domestiques et de poisson, denrée qui abonde dans les lacs et dans les rivières. On y voit la girafe et l’hippopotame, mais non le crocodile. Les hommes d’armes sont très-nombreux ; ils sont armés d’arcs, de lances, de boucliers faits de cuir de buffle et d’hippopotame ; quelques-uns ont des épées et des armes à feu qu’on se procure de Tripoli. Dans la capitale, il y a quatre petites pièces de campagne. La principale force est la cavalerie, montée sur d’excellents chevaux de sang arabe.
Wârah est bâti de briques faites de terre et séchées au soleil. Les maisons n’ont qu’un étage, excepté le palais et la grande mosquée, qui sont construits en pierre et charpente. Le harem est gardé par un grand nombre d’eunuques[73].
Les revenus du royaume consistent en impôts établis sur les produits du sol ; les provinces sont tenues de les payer en argent à Wârah, à époques fixes. Le taux de la somme est constaté d’une manière bizarre ; on en charge une branche d’un certain arbre ; quand cette branche rompt, le tribut est jugé complet.
Les mahométans sont les plus nombreux ; il y a, en outre, beaucoup d’idolâtres, des adorateurs du feu et quelques chrétiens. Les premiers sont tous noirs, les derniers ont le teint cuivré et habitent une montagne.
Ici le rédacteur de la relation ajoute ce qui suit :
« L’existence d’une race non musulmane ni idolâtre n’est pas un fait unique. Nous avons entendu parler plusieurs fois, à l’arrivée des caravanes de l’intérieur, d’un établissement de Nazaréens au midi de Jebel-Kumri. Les uns supposent que ces gens sont des chrétiens, parce qu’ils n’ont pas de mosquées et qu’ils sont d’une autre couleur que leurs voisins ; les autres croient que ce sont des juifs appartenant à une tribu depuis longtemps dispersée. En tout cas, il paraît certain qu’il existe au centre de l’Afrique une famille isolée, d’habitudes très-différentes de celles des nègres. Voici, sur ce point, l’extrait d’une lettre officielle du 24 février 1817 :
« Je dois vous informer de ce que j’ai appris de l’existence de certaines tribus chrétiennes dans l’intérieur de l’Afrique. On les représente comme une race de nègres très-robustes ; mais je n’ai pu découvrir qu’on ait observé chez eux aucun signe caractéristique religieux, croix ou autre symbole ; leurs croyances ont laissé chez eux si peu de traces, qu’à leur arrivée au marché ils embrassent aussitôt l’islamisme. Un capitaine français, qui est resté vingt-cinq ans au service du pacha de Tripoli, m’a dit que plusieurs de ces hommes avaient été amenés par une caravane, il y a quelques années, et qu’il avait été chargé d’en conduire à Alger vingt-huit, choisis parmi les plus beaux. En abordant au port, on entendit, à bord d’un vaisseau chrétien, résonner la cloche du soir ; aussitôt ceux qui étaient sur le pont manifestèrent une grande joie ; ils appelèrent leurs compagnons, et les embrassèrent, leur montrant le vaisseau d’où venait le son, et répétant le mot campaani (mot corrompu de l’italien). L’interprète les ayant interrogés, ils dirent que, dans leur ville natale, il existait un grand bâtiment, sans idole, sans natte ni divan, et que là ils entendaient les exhortations d’un prêtre. Un autre fait curieux est que le dernier bey de Benghazi, qui dans sa jeunesse avait été amené esclave, se souvenait d’une cérémonie de son pays semblable à la célébration de la messe, avec l’usage du vin consacré..... Le fait de la non-circoncision, joint à celui de l’usage de la cloche et à l’emploi du vin, indiquent suffisamment que l’islamisme ne domine pas dans ce pays. »
Il m’a semblé que ces diverses relations méritaient d’être rappelées au moment où de nouveaux voyageurs songent à pénétrer au cœur de l’Afrique, et d’être rapprochées du fait que j’ai cité plus haut d’après la légende de la carte de Hermann Moll, fait qui, je crois, a été absolument négligé.
J—D.
![[Décoration]](/illustrations/e3e234ad914ae5c3.jpg)