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Voyage au Ouadây

EXPLICATION DES FIGURES

Dr. (Nicolas) Perron translation

PAR M. PERRON.

Toutes les figures de ce voyage ont été dessinées par mon ami M. Machereau, ancien élève de M. Perron, peintre, élève de David. M. Machereau (qui est aussi musicien, élève du Conservatoire de Paris) est depuis longues années professeur de dessin à l’École de cavalerie de Gyzeh, en Égypte. (Aujourd’hui cette école est supprimée.)

La ressemblance de tous les portraits est frappante de vérité, malgré la rapidité avec laquelle ils ont été faits. Cette rapidité était une condition indispensable ; il a fallu en quelque sorte saisir et surprendre ceux qu’ils représentent, chez le cheykh El-Tounsy ; c’est là que nous les ayons rencontrés tous, excepté deux, à plusieurs reprises. Si ces braves Soudaniens se fussent seulement doutés que l’on dessinait leur figure, ils se fussent enfuis à toutes jambes, persuadés que nous voulions leur jeter un sort, les ensorceler. Il n’y a que le cheykh El-Tounsy qui ait posé. (Voyez son portrait en face du titre.) Le Barnâouyen a été dessiné, aussi par surprise, chez le sultan Abou-Madiân, dont le portrait est dans le volume du voyage au Dârfour. Le sultan, après avoir posé, fit appeler le Barnaouyen chez lui, le fit causer, l’entretint longtemps et donna le loisir à M. Machereau de tracer et de modeler notre homme.

Je dois encore à M. Machereau la notation musicale de quelques chants que j’ai placés à la fin des planches de ce volume. M. Machereau a écrit ces airs sous le chant même du cheykh El-Tounsy, tout comme il a tracé et dessiné les instruments, les armes, l’accoutrement militaire, la vue de Ouârah, etc., sur les croquis grossiers et les explications de ce même cheykh.

Planche I. Essai de carte du Ouadây, ou Dar-Séleîh, pour le Voyage au Soudan du cheykh Mohammed-el-Tounsy, dressée d’après les indications de ce cheykh, du Ouadayen Ilaly, d’un Barnâouy, etc., par M. Perron. Kaire, 1845. Voyez, sur la construction de ce dessin, les observations insérées dans l’ouvrage. On a reproduit dans un angle de la carte, et plus en grand, les environs de la capitale.

Nota. Les collines entre lesquelles sont comprises les vallées de Botayha et de Batha sont plus prononcées dans le dessin original que dans cette planche.

Figure 1, Planche II. Demeure de Sâboûn avant qu’il fût sultan : on voit ici une double enceinte ou double zérybeh en branches de bois épineux. L’enceinte extérieure est fermée par une branche brute, no 1, c’est la porte. L’enceinte intérieure est fermée par une porte grossière, no 2, faite d’ais liés entre eux à claire voie, et fixée au sol par un de ses montants. Le tirdjeh, no 3, est une élévation située entre les deux enceintes. Voy. chap. IV, 1re partie. La plus grande hutte est celle du prince ; les autres sont celles de ses femmes ; de ses concubines et de ses eunuques.

Fig. 2, Pl. III. Aperçu de la ville de Ouârah, capitale du Ouadây, avec les noms des demeures de plusieurs individus, placées aux endroits que m’a indiqués le cheykh El-Tounsy, et que ces personnes occupaient lorsqu’il était dans cette ville. Voy. chap. II, 2e partie. Ouârah est divisée en deux grands quartiers, l’un au nord, l’autre au sud. Au devant du palais du sultan, au point A, est une mosquée de médiocre grandeur et de construction plus médiocre encore. C’est la seule mosquée qu’il y ait dans tout le Ouadây. A Tendelty, capitale du Dârfour, il y en a quelques-unes ; plusieurs autres encore se trouvent dans quelques-unes des principales localités du Dârfour, mais il n’y en a qu’une seule dans chacune de ces localités, et toujours c’est une construction grossière et de chétive apparence.

La partie la plus profonde de la demeure du sultan, c’est-à-dire l’espace ou sorte de grande cour qui en forme la portion Est, à partir du bâtiment E et de la quatrième porte, est réservée aux nombreuses huttes ou cabanes du harem du prince. En arrière, à droite de H, au nord-est de ce même bâtiment E, sont trois autres petites maisons encloses d’un même mur, bâties en terre et en pierres, et terminées en plates-formes au lieu de toit conique. De ces trois bâtisses, l’une renferme le trésor du sultan ; les deux autres renferment ses hardes, ses armes, tout l’attirail de parure et de représentation impériale.

Après la porte de fer, c’est-à-dire, entre le troisième et le quatrième mur, à gauche en entrant, est la grande étable des chevaux du prince et les huttes des saïs ou grooms.

L’enceinte de montagnes qui entoure Ouârah, forme trois masses d’inégale longueur et trois échappées ou passages dont deux sont au midi et un au nord. L’épaisseur et la hauteur de cette chaîne varient. A l’est, les masses sont plus serrées, plus abruptes, plus élevées, plus larges, et sont infranchissables. Cette disposition se modifie et s’adoucit insensiblement à mesure que, venant des deux côtés nord et sud, on arrive à la ligne de l’ouest. A l’ouest, il y a même un endroit par où l’on peut sortir de l’enceinte et y entrer. Cette issue, praticable seulement aux piétons, est au-dessus et vis-à-vis de la lettre G, fig. 2, et A, fig. 2 bis.

Dans l’intérieur de Ouârah, il n’y a pas d’autres arbres que les quelques seyâl (mimosa seyâl) qui sont sur la place du Fâcher. Les environs de la ville sont également sans arbres et aussi sans culture, jusqu à une distance d’un quart de lieue ; du côté du sud surtout, jusqu’à une distance d’une heure au moins, le sol est dur et nu, sans trace de végétation, même dans les premiers villages que l’on rencontre.

A la sortie la plus à l’est, du côté du sud de la chaîne des monts Ouârah, est l’endroit appelé Byr-Ochar, ou encore Byr-Sâboûn, c’est-à-dire les puits d’Ochar, ou de Sâboûn. Ce sont quelques puits d’eau potable situés à quelques minutes des monts. La terre est élevée autour de ces puits ; car tous les ans on est obligé de les déblayer et de les débarrasser de la terre qu’y entraînent les grandes pluies.

Les demeures ou huttes entourées de zérybeh sont la plupart celles d’individus riches ou de hauts fonctionnaires du gouvernement. Les gens de leur suite ou de leur service ont leurs huttes en dehors et à proximité des zéribeh.

La population de Ouârah, toujours selon notre cheykh El-Tounsy, peut s’évaluer à 40,000 âmes, hommes, femmes, enfants et esclaves. Environ 8,000 hommes armés pourraient être fournis par cette population, en supposant qu’on réunît tous les individus en état de porter les armes ; car au Ouadây, et en général dans tout le Soudan, tout homme pouvant porter les armes est soldat au jour du besoin.

Du reste, pour les guerres, il est de principe, au Ouadây, de ne lever, au plus, que la moitié des hommes capables d’être soldats, et cela même dans les grandes nécessités. Habituellement on reste au-dessous de cette proportion. Les levées ordinaires peuvent amener sous les armes jusqu’à 80 et 90 mille hommes. L’effectif possible des forces militaires du Ouadây s’élèverait au moins à 200,000 hommes. En tenant compte du nombre d’individus qui composent les familles, terme général, et en considérant que les Ouadayens adultes ont presque tous plusieurs femmes, un certain nombre d’enfants et même d’esclaves des deux sexes, on peut évaluer les habitants du Ouadây, au moins à 5,000,000 d’individus. Ce nombre, comparé à l’étendue du pays, serait encore loin de ce que le cheykh El-Tounsy et les faguyh Délyl et Ilâly, etc., m’ont répété si souvent, en me parlant des troupeaux de population (c’est leur terme) qui abondent sur le sol ouadayen.

Fig. 2 bis, Pl. IV. Ville de Ouârah, capitale du Ouadây, d’après les informations et les documents reçus du cheykh El-Tounsy. Voy. chap. II, 2e partie.

Fig. 3, Pl. V. Dabboûz ou dabboûs, assommoir, casse-tête, sorte de masse d’armes. C’est une tige en bois, longue de deux ou trois pieds au plus, à renflement revêtu de rubans de fer. Il y a d’autres dabboûs en bois, longs de quatre ou cinq pieds, comme des gourdins, et dont le renflement arrondi, non garni de fer, est formé du haut de la racine même de l’arbre. Voy. chap. IV, 1re partie.

Fig. 4, Pl. VI. Oreille percée de plusieurs trous vers le bord du pavillon. Voy. chap. III, 2e partie.

Fig. 5, Pl. V. Kourbâdj recourbé, ou couteau en forme de faucille. Instrument ou arme d’attaque d’une peuplade anthropophage. Voy. chap. III, 2e partie.

Fig. 6, Pl. V. Acrab ou scorpion, sorte d’entrave. C’est une barre de fer recourbé en S. Voy. chap. V, 2e partie.

Fig. 7, Pl. V. Brancard à traverses en cordes, pour transporter les morts. Voy. chap. VI, 2e partie.

Fig. 8, Pl. VI. Bras gauche armé du grand couteau Kirdâouy. Voy. chap. V, 1re partie, et chap. IX, 2e partie.

Fig. 9, Pl. VI. Couteau simple attaché au-dessus du coude. Dans la Nubie et dans le Soudan, cette arme est portée presque constamment par les hommes. Voy. chap. IX, 2e partie.

Fig. 10, Pl. VI. Femme portant le Karandjalah. Voy. chap. IX, 2e partie.

Fig. 11, Pl. V. Gorgerin ou pièce antérieure du caparaçon des chevaux harnachés en guerre. Des cordons attachent sur l’encolure et maintiennent cette pièce en avant du poitrail. Voy. chap. XI, 2e partie.

Fig. 12, Pl. V. Pièce du caparaçon fixée sur la croupe, et garantissant le train postérieur. Les deux extrémités se nouent sous le ventre du cheval. La coupure facilite le rapprochement du bord, en avant, pour nouer cette pièce à la pièce qui protége le ventre du cheval et sur laquelle passe l’étrier. Voy. chap. XI, 2e partie.

Fig. 13, Pl. V. Pièce du caparaçon garantissant le milieu du flanc du cheval, elle s’attache à la pièce du poitrail et à celle de la croupe par le moyen de cordons. Voy. chap. XI, 2e partie.

Fig. 14, Pl. V. Sayon ou saie. Le dessin indique les losanges de diverses couleurs et assez irréguliers qui couvrent le sayon en dehors. La châyeh ou saie est à manches qui viennent ordinairement jusqu’au poignet ; elle descend jusqu’au milieu des cuisses et est fendue en arrière depuis le bord inférieur jusqu’à la hauteur d’un pied environ pour s’écarter suffisamment de chaque côté de la selle, ou pour ne pas gêner la marche des fantassins. Voy. chap. XI, 2e partie. Sous la châyeh, les soldats fôriens et surtout les cavaliers, portent la chemise de mailles ou cotte de mailles en fer. Cette cotte de mailles est en forme de chemise, fendue en bas par devant, descendant jusque vers le milieu de la cuisse et parfois jusqu’aux genoux. Lorsque les manches de cette cotte composée d’anneaux de fer entrés les uns dans les autres ne viennent que jusque vers le coude, l’avant-bras est protégé par un brassart formé de deux plaques de fer blanc arrangées et courbées de façon à couvrir le bras, revêtues de drap à leur face interne et maintenues sur l’avant-bras avec des crochets qui se trouvent alors sur la direction du radius. Des charnières sur le bord opposé des deux pièces du brassart, permettent d’écarter et de rapprocher les deux parties de cette armure. Ce brassart porte le nom de komounah ou koumounah. Du reste les soldats, fantassins ou cavaliers, sont toujours jambes et pieds nus. La cavalerie n’a pas de boucliers. Le cavalier a souvent deux lances kaukâb.

Fig. 15, Pl. VI. Cheval préparé et harnaché pour le combat. Ce cheval, haut monté sur jambes, a par là même un caractère dongolâouy ou de race de Dongolah. Il est habillé de son caparaçon ; la tête est munie de plaques ou joues en fer-blanc réunies par des liens au frontail qui est bombé et aussi en fer-blanc. Toutes ces pièces en fer-blanc sont doublées de drap qui les déborde à l’entour et fait ainsi une sorte de parure. La têtière passe sous ces plaques qui d’ailleurs sont tenues entre elles sur le front et derrière les oreilles du cheval.

Deux sabres droits sont suspendus par un bout à l’avant de la selle, et par l’autre bout au troussequin.

Le cheval ainsi harnaché rappelle ceux dont se servaient en guerre les anciens chevaliers, et les miniatures du manuscrit des miracles de Saint-Louis (époque du XIIIe siècle).

Lorsque le cheval s’abat, il s’embarrasse tellement dans ses caparaçons et couvertures, qu’il ne parvient pas toujours à se remettre sur jambes. Le cavalier lui-même risque d’être gravement blessé, ou d’être pris ou tué, car il a, lui aussi, un embarras énorme dans ses lances, sa châyeh et sa cotte de mailles qui parfois encore est double.

Le cavalier placé debout au côté droit du cheval est couvert de la saie piquée et coiffé de la tasse ou bassinet rond à trois baguettes, une sur chaque tempe, et l’autre sur le front et le nez ; la nuquière est en mailles de fer et tombe jusque sur les épaules. Ce cavalier porte la grande lance kaukâh dont le kindâb ou talon est rendu pesant par une pièce d’ébène qui y est fixée, ou bien par quelques tours d’un ruban de fer. Un esclave est en tête du cheval ; un fantassin ordinaire est en arrière. Voy. chap. XI, 2e partie.

Fig. 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 24 bis, 25, 25 bis, 26, 27, Pl. V. Différentes formes de fers de lances et de javelines. Voy. chap. XI, 2e partie. Le fer de lance, no 24 bis, est hérissé de piquants au point a. La fig. 25 bis a été dessinée sur une lance d’une seule pièce et entièrement en fer. Vers le bas de la hampe, au point c (25 ter), elle était revêtue d’un morceau de peau d’animal avec ses poils, servant à tenir l’arme plus fermement.

Fig. 28, 28 bis, 29, 30, 30 A, 30 B, Pl. VI. Boucliers de différentes formes. Voy. chap. XI, 2e partie. La fig. 28 porte deux courroies, l’une, a, pour suspendre le bouclier à l’épaule ; l’autre, bb, pour le porter en bandouillère. En cc, sont des lannières étroites qui ne servent que d’ornement. La fig. 28 bis, a, b, représente un bouclier assez grossièrement travaillé, d’une forme singulière, et qui est aussi en usage chez les peuplades des bords du Nil ou Fleuve-Blanc, vers les 4o et 5o de latitude, m’a été donné par mon ami M. d’Arnaud, et je l’ai envoyé avec d’autres objets au cabinet de la Société historique et archéologique de Langres. Ce bouclier a 71 centimètres de long et 9 centimètres de large à son milieu. C’est une sorte de grosse pièce de bois plus large à son milieu, bombée en dehors et en avant. La partie saillante en avant forme une crête épaisse qui va en dédolant sur chaque côté comme le représente la fig. 28 bis, b, où le bouclier est vu de face. La partie opposée, tenue par la main, est amincie et forme une longue crête, de haut en bas, creusée d’un sillon dans toute sa longueur pour permettre d’y poser une lance cc qui alors est maintenue solidement le long du bouclier par la main qui le tient. Car l’individu a toujours deux lances, l’une portée, comme je viens de le dire, par la main qui a le bouclier, l’autre portée par la main droite et qui est celle avec laquelle on combat réellement. Lorsque l’individu a cru nécessaire de lancer cette dernière lance à un ennemi, il reprend aussitôt celle qui est maintenue dans le sillon du bouclier par la main gauche. Cette lance est toujours plus forte et plus longue que l’autre, car l’individu ne s’en sépare jamais dans le combat. Le bouclier en question ici est percé, au milieu et dans la direction d’une face latérale à l’autre, d’un trou oblong assez grand, ce qui fait une sorte d’anse par laquelle la main tient le bouclier et la lance cc. La fig. 28 bis, a, présente cette disposition ; le bouclier y est vu latéralement.

La fig. 30 A, est un bouclier à deux échancrures très-bien arrondies, dont l’entrée est un peu plus rétrécie que l’intérieur. L’umbo porte une côte ou saillie qui n’est qu’un repoussement du cuir en dehors, de même que l’umbo tout entier. Le bouclier sur lequel a été dessiné cette fig. 30 A, et que j’ai envoyé aussi au musée de Langres, était en peau de bufle. Autour de l’umbo il y avait une couronne de légers dessins d’angles. L’échancrure du bouclier sert souvent à poser la lance pour viser l’adversaire et la lui lancer plus sûrement. C’est ce qu’indique la fig. 30 B. Les courroies servent à suspendre le bouclier à l’épaule.

Fig. 31, Pl. V. Guerfeh, sorte de grand sac de cuir pour voyager. Il sert à mettre les hardes, les provisions de bouche. Voy. chap. III, 3e partie.

Fig. 32, Pl. VII. Femme ouadayenne coiffée de la parure appelée am-chinga. Voy. chap. IX, 2e partie. L’arrangement des cheveux n’est point disposé par étages et par renflement sur les côtés et derrière la tête, comme chez les Fôriennes, voy. fig. 10, pl. VI ; c’est une simple accumulation d’une foule de frisures très-fines et allongées, laissées pendantes à leur place naturelle, comme chez nous dans les coiffures à l’enfant. Les Ouadayennes de condition aisée passent beaucoup de temps à l’arrangement de leur chevelure, à coordonner la multitude des tuyaux de frisure qui leur forment comme une perruque serrée. En arrière, ces cheveux finement bouclés, en boucles aussi longues que le permet le crépu des cheveux, tombent sur le cou, d’une oreille à l’autre, et arrivent même jusque sur les épaules ; mais, pour cela, les Ouadayennes adaptent très-souvent de faux cheveux à leur chevelure, et, par cette ressource, allongent la chute de leurs frisures par derrière la tête. Il n’y a que les femmes d’origine arabe, me dit le cheykh El-Tounsy, qui n’aient pas besoin de cet emprunt pour se coiffer à la grande mode, à frisures tombantes.

Les tuyaux frisés du milieu du devant de la tête ne descendent pas du côté du front. Ils sont au contraire remontés et couchés de bas en haut ; de plus, il y a, au milieu, une ligne de séparation marquée depuis le front jusqu’au bout de la tête ; c’est là que s’applique l’am-chinga.

Fig. 32 D, Pl. VII. L’am-chinga, parure que portent sur le devant de la tête les femmes des personnages distingués. Les crochets supérieurs de l’am-chinga se fixent dans les cheveux qui sont frisés et serrés comme on l’a dit. Voy. chap. IX, 2e partie.

Fig. 33, Pl. VIII. Portrait d’un Mandarâouy ou Mandaraouyen (habitant du Mandarah), province méridionale du Barnau. Les Mandaraouyens sont une population à part, conquise par le Barnau. L’individu représenté par le portrait, était soldat au service du pacha d’Égypte. Il arriva au Caire après la guerre de Syrie à laquelle il avait assisté. Je le fis dessiner, sans qu’il s’en doutât, à l’hôpital de Casr-el-Ayny où il était entré légèrement malade. Sa conversation (il parlait bien l’arabe), ses mouvements, toute sa physionomie, exprimaient la vivacité et l’intelligence.

Fig. 34, Pl. VII. Le faguyh Délyl, grand câdi du Ouadây. Il était d’origine arabe, mais né au Ouadây. Il avait fait ses études à la mosquée El-Azhar, au Kaire. Il mourut en pèlerinage. Voy. chap. X, 1re partie.

Fig. 35, Pl. VII. Le faguyh Ilâly, Ouadayen d’origine, né à Ouârah qu’il habite encore. Il occupe la maison même qu’occupait le cheykh El-Tounsy. Voy. Introduction.

Fig. 36, Pl. VII. Un Ouadayen du village de Koudkous dans la province du Batha, au centre du Ouadây. Il accompagnait le faguyh Ilâly lorsque celui-ci passa au Caire pour aller en pèlerinage à la Mekke. Sa physionomie, fine d’expression et de malice, avait l’air railleur.

Fig. 37, Pl. VIII. Portrait du Barnâouy ou Barnâouyen (habitant du Barnau), dessiné chez le sultan Abou-Madiân, au Kaire. Le portrait de ce Barnâouyen, comme tous les autres portraits précédents, est d’une ressemblance parfaite : figure longue, lèvres grosses, nez peu saillant, yeux petits, pommettes avancées ; air bénin, dévot et sanctifié, assaisonné de l’expression un peu niaise qui va si harmoniquement avec son tarbouche allongé. Ce Barnâouyen, né au Birny du Barnau, a passé quatre ans au Caire à faire ses études. Il a appris ce que l’on enseigne si médiocrement à la mosquée El-Azhar, la Sorbonne d’Égypte, et il s’est en allé cheykh bréveté jugé digne d’être câdi au Barnau.

Nota. Les détails relatifs aux figures ont été reçus du cheykh de vive voix.

MUSIQUE.

Pl. IX. Parmi les chants dont je donne la musique, il en est deux, le 7e et le 8e, dont le texte n’est pas cité dans le courant de cet ouvrage. Voici l’explication des mots qui composent ces deux chants :

No 7. Chout-Koum, vous pourriez. Koum est le mot arabe vous, régime. — Toçalo, que vous obteniez, atteigniez à, arriviez à. C’est le mot arabe toûçaloû qui a ce même sens. — Lé, préposition arabe, à, jusqu’à. — Khdeyrah, diminutif arabe Khodeyrah, nom propre. — Le sens est : « Vous pourriez arriver à ma belle Khodeyrah, celle que j’aime ? vous pourriez y arriver ? vous le pourriez ? Non, jamais. Et si vous le tentiez, je vous tuerais ; elle est à moi seul. »

No 8. Yobané eyo ebné. Ces mots n’ont pas de sens ; c’est une sorte de mise en train, comme nos la la déri déra, etc. — El-leyl, la nuit ; mot arabe. — Bobé, est avancée, avancée au tiers (et je suis encore seule !). — Dâr-Fôr, le Dârfour, c’est-à-dire ici, le monde entier ; car, pour les Fôriens, le Dârfour c’est l’univers. — Guéfé, c’est le mot arabe djafa ou djéfé, s’éloigner, c’est-à-dire : le monde se disperse, s’éloigne ; ceux qui s’aiment dans ce monde sont souvent éloignés l’un de l’autre, forcés de se séparer. — Ana, moi, je, nominatif ; mot arabe. — Râcy, ma tête ; arabe. — Naouei, mot d’origine arabe, pour nâouy, a désir ; c’est-à-dire : je veux fuir ; ma tête, mon esprit veut que j’aille de par le monde à la recherche de mon amant. — Cet air n’est chanté que par les femmes, il est fôrien.

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