LIVRE SECOND.
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DESSEIN DE CE II. LIVRE. Savoir de prouver que la Rel. Chr. est véritable.
ans ce Livre, que nous ne commençons qu'après avoir adressé à Jesus-Christ régnant glorieusement dans le Ciel, de très-ardentes priéres, pour obtenir de lui le secours de son Esprit dans un degré qui réponde à l'importance de notre dessein, & qui nous rende capables de l'exécuter: nous déclarons dès l'entrée que notre but n'est pas de traiter tous les dogmes de la Religion Chrétienne, mais de montrer que cette Religion est très-véritable, & d'une certitude qui exclut jusqu'aux moindres doutes.

Que Jesus a été.
Qu'il a été crucifié.
Que les premiers adorateurs de J. C. n'étoient pas des personnes ignorantes & grossiéres.
De sorte qu'il est impossible d'en produire quelqu'un qui soit plus constant & plus assuré, puis qu'il est apuyé sur le témoignage d'un si grand nombre d'hommes, & de Peuples mêmes, d'ailleurs si oposez d'intérêts & de sentimens. C'est pourtant ce Jésus, traité avec tant d'ignominie, à qui les parties de l'Univers les plus éloignées les unes des autres, rendent d'un commun consentement les honneurs de l'adoration religieuse: & cela, non seulement dans ce siécle-ci, ou dans ceux qui l'ont immédiatement précédé, mais dans un grand nombre d'autres, & dans ceux même qui ont suivi de plus près cet événement. Car Tacite & d'autres témoignent que sous Néron la profession du Christianisme & la vénération que l'on avoit pour son Auteur, exposérent aux derniers suplices un grand nombre de personnes.
Preuve de la vérité des miracles de l'Évangile
Que ces miracles n'ont été ni naturels ni illusoires &c. mais produits par la puissance de Dieu.
Preuves de la Résurrection de J. C..
VI. Le grand miracle qui a été fait en la Personne de Jésus Christ, vérifie admirablement ceux qu'il a faits sur les autres. J'entens sa Résurrection, qui suivit sa crucifixion, sa mort & sa sépulture. Les Chrétiens de tous les tems & de tous les lieux la croyent, & ils la proposent, comme la principale preuve de leur Religion, & comme le fondement de leur Foi. Cette créance si générale ne peut venir que de ce que les premiers Docteurs du Christianisme ont persuadé ce Fait à leurs Disciples. Or ils n'eussent jamais pu le persuader à ces Disciples, qui ne manquoient ni d'esprit ni de jugement, s'ils ne leur eussent assuré positivement qu'ils en avoient été des témoins oculaires. Sans cela on ne les eût jamais crûs, pour peu que l'on eût eu de sens commun; puis qu'on ne les pouvoit croire sans s'engager dans des dangers & dans des malheurs également grands & inévitables. Il est donc sûr qu'ils se sont portez avec une grande fermeté pour témoins oculaires de cet événement. Outre cette raison, cela paroît par leurs Livres & par ceux mêmes de leurs Ennemis. Il faut voir à présent de quel poids a pu être leur témoignage.
I. Ils fortifient ce témoignage de celui de cinq cens Personnes, qu'ils disent avoir vu Jésus ressuscité. Ce n'est guére la coutume des Imposteurs, d'en apeller à un si grand nombre de témoins. D'ailleurs, il n'est pas possible que tant de personnes s'accordent à déposer d'une fausseté; particuliérement si cette déposition les met en risque de perdre le repos & la vie.
Mais le dessein de défendre leur Religion, n'auroit-il pas été sufisant pour les porter à mentir sur l'article de la Résurrection de Jésus Christ? On ne le dira pas, si l'on examine un peu la chose de près. Car, ou ils ont cru très-sincérement & de tout leur coeur que cette Religion étoit véritable, ou ils ne l'ont pas cru: s'ils ne l'ont pas cru, jamais ils ne l'eussent choisie entre tant d'autres plus respectées dans le Monde, & moins contraires à la tranquillité de la Vie. Ils n'en auroient pas même voulu faire profession, toute véritable qu'elle leur eût paru, s'ils n'eussent cru y être indispensablement obligez, puis qu'il leur étoit aisé de prévoir ce que l'expérience leur aprit d'abord; c'est que cette profession causeroit la mort de quantité de personnes; & qu'ainsi, ils ne pouvoient se regarder que comme de vrais meurtriers, s'ils les y eussent exposées sans de légitimes raisons. Si après même que Jésus-Christ fut mort, ils continuérent à croire que sa Religion étoit véritable & excellente, & qu'ils ne pouvoient se dispenser d'en faire profession, il faut nécessairement qu'ils l'ayent vu après sa mort: car il étoit impossible qu'ils persévérassent dans ces sentimens, s'il n'eût véritablement acompli la promesse qu'il leur avoit faite de ressusciter. Un manquement de parole eût, en ce cas là, fait rebrousser chemin à tout homme de bon sens, & banni de son esprit tous les préjugez favorables qu'il auroit pu avoir jusques-là, pour celui qui lui eût fait une promesse si vaine. II. Toutes les Religions du Monde, & sur tout la Religion Chrétienne, défendent sévérement le mensonge & le faux témoignage particuliérement, dans des matiéres de Foi. Comment donc auroient-ils pu mentir en faveur d'une Religion si ennemie du mensonge? III. Leur vie pure, & à couvert des reproches de leurs ennemis mêmes, ne s'acorde guére avec un pareil dessein; encore moins leur simplicité, qui est la seule chose que leurs Ennemis leur ayent objectée. IV. Ils ont tous soufert les derniéres indignitez; & plusieurs même une mort très-cruelle, à cause de la profession qu'ils faisoient de croire que Jésus étoit ressuscité. Or il n'est pas impossible qu'un homme de bon sens soutienne jusqu'à de telles extrémitez, une opinion où il est entré sincérement. Mais il est tout à fait incroyable qu'une personne, & à plus forte raison plusieurs, puissent se résoudre à tant soufrir pour une fausseté qu'ils reconnoissent telle, & à l'établissement de laquelle ils n'ont aucun intérêt. Ce seroit là l'éfet d'une extravagance qui n'a point d'exemple, & dont la vie de nos premiers Docteurs, aussi bien que leurs Écrits, prouvent qu'ils étoient incapables.
Objection: que la Résurrection est une chose impossible. Réponse.
Que la Résurrection de J. Ch. prouve invinciblement la R. Ch. Le Rabbin Béchaï Note +: Jean XVII. Luc XXIV 46. 47.
Si donc il n'implique pas que Jésus-Christ soit retourné en vie; si les preuves de cette Histoire sont si fortes, qu'elles ont même pu convaincre un célèbre Rabbin, & lui arracher l'aveu de sa conviction; si enfin Jésus-Christ a prétendu avoir une Mission divine, pour aporter aux hommes une nouvelle Religion, comme toute sorte de gens, amis & ennemis, en conviennent: il s'ensuit que cette Mission est divine, & cette Religion véritable. La force de cette conséquence vient I. de ce qu'il répugne à la Sagesse & à la Justice de Dieu,[+] d'élever à un si haut degré de gloire un homme qui auroit joué tout le genre humain, dans la chose du monde la plus importante. 2. Elle vient aussi de ce que Jésus-Christ avant que de mourir, avoit prédit sa mort, le genre de sa mort, & la résurrection; & avoit déclaré que le but de tous ces événemens, étoit de confirmer la Doctrine qu'il avoit prêchée.
Nous n'avons vu jusqu'ici que les dehors de la Religion, & nous ne l'avons prouvée que par des circonstances qui lui sont en quelque façon extérieures. Entrons présentement dans les preuves qui se tirent du fonds même & de l'essence du Christianisme.
Que la R. Chr. est plus excellente que toutes les autres.
VIII. Certes si l'on considére que de toutes les Religions qui ont jamais été, & qui sont encore dans toute l'étendue de la Terre, il n'y en a point qui l'emporte sur la Chrétienne; soit pour la perfection des Loix, soit pour la grandeur des récompenses, soit pour la maniére dont elles se sont établies; je soutiens qu'on sera forcé, ou de convenir qu'elle est véritable, ou de rejetter toute Religion: excès où ne tombera jamais un homme qui reconnoit qu'il y a un Dieu; que ce Dieu gouverne toutes les choses créées; que l'Homme a un esprit capable de le connoître, de discerner le bien & le mal, de se porter vers l'un ou vers l'autre, & par conséquent de donner matiére aux peines ou aux récompenses.
I. Avantage de la R. Chr. sur les autres, savoir les récompenses qu'elle promet. Note A: Deut. XI. Hebr. VIII. 6.
IX. Examinons par ordre les trois prérogatives que nous venons de donner à la Religion Chrétienne sur toutes les autres; ses récompenses, ses loix, & la maniére de son établissement.
Dans le tems donc que les hommes alloient errans sur ce sujet, d'incertitude en incertitude, & se partageoient en mille opinions diférentes, Jésus-Christ vint donner aux hommes la véritable connoissance de leur dernière fin. Il promet à ceux qui le suivront, qu'après leur mort ils posséderont une vie, qui non seulement ne sera ni troublée par la douleur & par les aflictions, ni interrompue par la mort, mais qui sera acompagnée d'une souveraine joye: & il leur promet aussi que le corps partagera ce bonheur avec l'ame.
On avoit bien eu jusques-là, soit par tradition, soit par conjecture, quelque espérance que l'ame seroit heureuse après cette vie; mais à peine pensoit-on que le corps dût avoir part à ce bonheur. N'est-il pas juste, cependant, qu'il ne soit pas privé de la recompense, puis qu'il entre avec l'ame en société de peines, de traverses & de tourmens? Ces joyes au reste, qui sont communes à l'une & à l'autre des deux parties qui composent l'Homme, ne sont pas de la nature de celles où quelques Juifs grossiers, & les Mahométans, tournent toutes leurs espérances. Les festins que les premiers atendent, & les plaisirs charnels dont ceux-ci se flatent, ne sont que des choses à tems, des remédes à la foiblesse de l'Homme; l'un pour la conservation de la vie; l'autre pour la conservation de l'Espéce. Le bonheur que l'Évangile promet est une vigueur éternelle, & une beauté plue brillante que celle des Astres; une connoissance claire & sure de toutes choses, mais particuliérement de Dieu, de ses Vertus, de ses desseins, & de tout ce qu'il a voulu nous cacher, ou ne nous révéler qu'en partie; une ame tranquille, & toute ocupée de la contemplation, de l'admiration, & des louanges de Dieu.
En un mot, ce bonheur renferme des choses & si grandes & si excellentes, que toutes les grandeurs & tous les plaisirs que nous connoissons, ne peuvent nous aider à les concevoir, que d'une maniére très imparfaite.
Que la Résurrection des corps dissous & réduits en poudre n'est pas impossible.
X. Nous avons déjà répondu à l'objection qu'on tire de la prétendue impossibilité de la Résurrection, lors que nous avons prouvé la vérité de celle de Jésus-Christ. On la fait encore ici revenir sur les rangs, & même beaucoup plus plausible, puis qu'il s'agit de la résurrection des corps dissous, & réduits en une forme toute diférente de celle qu'ils avoient. Mais cette dificulté n'est appuyée sur aucune raison. Presque tous les Philosophes tombent d'acord que quelques changemens qui arrivent aux choses matérielles, leur matiére demeure toûjours & demeure capable de recevoir diverses formes. Il faut donc, ou convenir que la Résurrection n'est pas une chose impossible, ou dire que Dieu ignore en quels endroits du Monde, proches ou éloignez, sont les parties de cette matiére dont le corps humain a été composé; ou dire qu'il n'est pas assez puissant pour les rassembler, les rajuster, & leur redonner leur premiére constitution. Mais comment ne pourroit-il pas faire dans ce grand Univers, dont il est le maître absolu, ce que nous voyons faire aux Chymistes dans leurs fourneaux, & dans les instrumens de leur Art, où après avoir comme détruit une chose en la dissolvant, ils la reproduisent en réünifiant ses parties? La Nature ne nous présente-t-elle pas aussi dans les semences des plantes & des animaux, des exemples du retour d'une chose à sa premiére forme, après en avoir reçû d'extrêmement diférentes?
II. Avantage de la R. Chr. savoir la sainteté de la Morale, dans ce qui concerne le service de Dieu. Note A: Val. Max. Liv. II. c. 10.
La Religion Judaïque n'avoit à la vérité rien de tel. Rien n'y choquoit les Loix naturelles, & en particulier celles de l'honnêteté. Cependant le penchant qu'il avoit à l'Idolatrie, fut cause que Dieu le chargea de beaucoup de Préceptes sur des choses, qui n'étoient moralement ni bonnes ni mauvaises. J'entens par là les Sacrifices, la Circoncision, l'observation exacte du jour du repos, & la défense de quantité de viandes. La plûpart de ces choses de trouvent aussi dans le Mahométisme, qui y a ajoûté la défense de boire du vin.
La seule Religion Chrétienne nous enseigne un Culte proportionné à la nature de Dieu. Elle nous aprend que Dieu étant Esprit, nous lui de vouons une adoration spirituelle & pure. Si elle nous prescrit outre cela quelques Actes extérieurs & visibles, ils sont par eux-mêmes justes & saints, & n'obligent pas seulement en vertu de l'ordre exprès qui les exige de nous. Selon cette Religion, ce n'est plus la chair qu'il faut circoncire, c'est le coeur. Elle ne nous ordonne plus l'abstinence de tout travail, mais l'abstinence de toute action mauvaise & illicite. Elle ne nous demande plus le sang ou la graisse de nos bêtes: elle nous demande de plus nobles Victimes, & veut que nous sacrifiïons nos biens aux nécessitez des Pauvres, & nôtre sang à ses Véritez lors qu'il peut servir à les confirmer. Au commandement de s'abstenir de certaines viandes & de certains breuvages, elle substitue celui d'user de tout, & d'en user avec cette modération qui est propre à conserver & à afermir la santé. Si elle commande le jeûne, c'est afin d'élever l'esprit, en abatant un peu le corps. Mais d'ailleurs, tous ses Préceptes tendent à exciter dans l'homme une confiance tendre & respectueuse, qui le disposant à une obéïssance exacte, lui fasse trouver tout son repos en Dieu, & le porte à croire invariablement ses promesses. Par ces Principes, l'Evangile produit une ferme espérance & un véritable amour pour Dieu, & pour le Prochain. Lors qu'il a rempli le coeur du Fidéle de ces sentimens, il le tourne sans peine vers Dieu comme vers son Pére, son bienfaiteur & son remunérateur; & l'anime à une obêissance, dont le motif n'est plus la crainte servile des châtimens & des peines, mais la crainte de lui déplaire. La priére, qui est l'acte le plus essentiel du Service divin, trouve aussi ses régles dans l'Evangile. Selon ces régles, nous ne devons demander ni les richesses, ni les honneurs, ni en un mot tout ce qui pourroit être pernicieux aussi bien qu'utile. Mais 1. toutes les choses qui sont à la gloire de Dieu: 2. entre les choses caduques & passagéres, celles dont la Nature ne se peut passer; laissant le reste à la Providence, & nous tenant préparez à tout événement. 3. Nous sommes obligez de demander de tout nôtre coeur & avec toute l'ardeur dont nous sommes capables, les choses qui ménent à l'Éternité, le pardon de nos péchez, & le secours du saint Esprit, qui nous rendant inébranlables aux menaces des hommes, & invincibles aux atraits de la chair, nous fasse perséverer jusqu'à la fin dans nôtre course spirituelle. Se peut-il rien imaginer de plus digne de Dieu, qu'un Culte de cette nature?
Avantage de la R. Ch. sur les autres dans les devoirs qui regardent le Prochain.
La Loi de Jésus-Christ défend de rendre injures pour injures, de quelque nature qu'elles soient. Elle ne veut pas que nous aprouvions par l'imitation, ce que nous regardons comme criminel dans les autres. Elle nous ordonne de faire du bien généralement à tous, & si elle donne aux personnes vertueuses le premier rang entre les objets de nôtre amour & de nos bontez, elle ne manque pas de donner le second à ceux dont la malice sembleroit les en exclurre. Pour nous y engager plus fortement, elle nous met devant les yeux l'exemple de Dieu, qui fait servir toutes les créatures aux nécessitez de tous les hommes indiféremment.
Dans le devoir de la chasteté, & dans ce qui regarde le mariage Note A: Dent. XXIV. 1-4. Note B: Herodot. L. VI. Plut. Vie de Lycurg. & de Caton d'Utique.
Dans la maniére d'acquerir & de conserver les richesses. Note A: Diod. Sic. L. I. Plut. Vie de Lycurgue. Note B: Deut. XXIV. 20.
XIV. Venons aux devoirs de l'Homme par rapport aux richesses, & aux commoditez de la vie. Les Égyptiens & les Lacédémoniens[A-marg.] permettoient le vol. Les Romains, qui le défendoient entre Particuliers, le savoient très-bien pratiquer de Nation à Nation. La plûpart de leurs Guerres étoient d'honnêtes Brigandages; & Cicéron a reconnu que s'ils eussent été obligez de faire restitution, ils en auroient été bientôt réduits à leurs anciennes Cabanes.
La Loi défendoit le vol aux Juifs; mais elle leur permettoit[B-marg.] de donner leur argent à usure aux Étrangers: s'acommodant en cela à leur naturel assez avide de biens, & au génie des promesses qu'elle faisoit à ses observateurs.
Mais comme ce seroit peu d'avoir réglé l'extérieur si on laissoit le coeur dans toute sa liberté, la Loi de J. C. n'oublie pas de marquer quel doit être le vrai principe de nos bienfaits. Elle nous aprend que l'espérance du réciproque ou de la réputation, en ôte tout le prix; & qu'ils ne sont de quelque valeur aux yeux de Dieu, qu'autant que son amour en a été le motif, & sa gloire, la derniére fin. Elle prend soin de renverser tous les prétextes dont l'amour du bien colore une épargne excessive. Elle dissipe la crainte qu'on auroit, ou qu'on feroit semblant d'avoir, de tomber dans l'indigence par trop de libéralité, & de se dérober par là les secours dont la vieillesse a besoin, & dont on peut se soulager en cas de quelque disgrace. Elle prévient tous ces prétextes, en promettant que Dieu aura des bontez toutes particuliéres pour ceux qui observeront ses Loix. Elle ajoûte même le raisonnement à la promesse. Elle nous fait jetter les yeux sur les soins tout visibles de la Providence, dans la production des plantes & des fleurs, qu'elle veut bien même orner & embellir. Elle nous oblige à penser que Dieu étant si bon & si puissant, nous lui ferions outrage, si nous ne nous fiions à lui, qu'à proportion des gages présens & visibles qu'il nous donne de son amour.
Dans les Loix qui réglent le serment.
XV. Enfin les autres Loix défendent sévérement le parjure. Les Loix de l'Évangile défendent le serment même, excepté quand il est d'une absolue nécessité: outre qu'elles nous forment à une habitude si [Matth. V. 33-37.] constante de dire la vérité, que les ocasions d'être réduit à faire serment, deviennent par là extrêmement rares.
Perfection de la Morale Évangélique
Objection tirée de la diversité de sentimens qui est parmi les Chrétiens.
XVII. Quelqu'un objectera peut-être contre l'excellence de la Doctrine Chrétienne, dont nous tirons avantage, cette grande diversité d'opinions qui partage les Chrétiens, & qui les divise même en tant de Sectes diférentes.
La Réponse est aisée. Il n'arrive en cela à la Religion Chrétienne que ce qui arrive à tous les Arts, & à toutes les Sciences humaines. Ce malheur si général est un éfet de la foiblesse de l'esprit de l'Homme, ou des préjugez qui lui ôtent la liberté de juger sainement des choses. Mais ces diversitez d'opinions ont d'ailleurs cela de bon, qu'elles ne vont que jusqu'à un certain point, au de-là duquel il y a des véritez dont tout le monde convient, & qui répandent même des lumiéres sur les Articles contestez. Dans les Mathématiques on dispute sur la quadrature du Cercle; mais on est d'acord sur cette maxime, par exemple, que si de choses égales on en ôte des portions égales, ce qui demeure est égal. On pourroit faire voir la même chose dans la Physique, dans la Médecine, & dans les autres Sciences. De même, la diversité de sentimens qui régne parmi les Chrétiens, n'empêche pas qu'ils ne conviennent des principaux Articles, c'est-à-dire, de ces Préceptes que nous avons fait regarder comme la gloire du Christianisme. Leur certitude paroît sur-tout, en ce que ceux qui par le principe d'une haine & d'une animosité mutuelle, cherchent toujours de nouveaux sujets de se contredire, n'en sont jamais venus jusqu'à nier que ces Préceptes ne viennent de Jésus-Christ. Je n'en excepte pas même les Personnes déréglées, qui refusent de se conduire selon ces saintes maximes. Et en éfet il n'y auroit pas moins d'absurdité à nier que la doctrine Chrétienne procéde de Jésus-Christ, qu'il y en avoit dans les chicanes que quelques Philosophes ont fait autrefois contre la blancheur de la neige. Si les sens nous aprennent que la neige est blanche, la vûe de tous les Peuples Chrétiens, & la lecture des Livres de tous leurs Auteurs, depuis les plus anciens jusqu'aux plus nouveaux, & de ceux même qui ont rendu témoignage à la Religion par une mort violente; tout cela, dis-je, forme aussi une preuve de sens & d'expérience, qui anéantit tout doute sur l'origine de nos Dogmes. On croit aisément sur le témoignage de Platon, de Xénophon, & des autres Sectateurs de Socrate, que ce qu'ils nous donnent comme la doctrine de ce Philosophe, est véritablement sa doctrine. On ne doute pas que Zénon n'ait enseigné ce que les Philosophes de sa Secte lui atribuent. Quelle équité donc y auroit-il à former des doutes sur la validité du témoignage de tous les Chrétiens, touchant l'Auteur des enseignemens de leur Religion?
III. Avantage de la R. Ch. tiré de la maniére dont elle s'est établie.
XVIII. Le troisiéme avantage que nous avons remarqué dans la Religion Chrétienne par-dessus toutes celles qui sont actuellement, ou que l'imagination pourroit se figurer, consiste dans la maniére dont elle a été enseignée, & dont elle s'est répandue dans le Monde. En quoi nous avons à considérer 1. Son Auteur. 2. Sa grande étendue. 3. La qualité de ceux qui l'ont prêchée. 4. Les dispositions de ceux qui l'embrassérent les premiers.
Où l'on considére 1. Son Auteur.
Pour ce qui est de Mahomet, dont la Religion a gagné un si grand nombre de Peuples; ses Sectateurs mêmes nous ôtent la peine de le convaincre de crimes, par l'aveu qu'ils font de ses débordemens. On peut aussi remarquer qu'il n'a donné aucun gage indubitable de la certitude du Paradis charnel, qu'il promet à ceux qui le suivent. Les Mahométans ne disent pas qu'il soit ressuscité; & quand ils le diroient, son corps, qui est encore à Medine, les démentiroit.
Moyse le Législateur des Hébreux a été un grand Homme à tous égards; mais il a été homme & a eu ses foiblesses. Ce ne fut qu'après une longue résistance, qu'il put se résoudre à accepter la Commission que Dieu lui donnoit d'aller trouver Pharaon de sa part. La promesse expresse qu'il lui fit de tirer des eaux du rocher par son ministére, ne put bannir toute sa défiance. Ce sont là des Faits dont les Juifs mêmes conviennent. S'il a proposé des récompenses, il n'en a presque pas jouï lui-même. Il n'entra pas dans la Terre promise; mais il mourut dans le Désert, après y avoir passé une grande partie de sa vie au milieu des révoltes presques continuelles de son Peuple.
2. Sa grande étenduë dès le commencement même.
Voyons à présent les succès dont la Prédication de l'Evangile a été suivie. Ils sont tels, qu'à les bien considérer, il faut reconnoître que l'Evangile est divin, ou ne pas croire que Dieu se mêle de ce qui concerne les hommes. Il étoit digne des soins paternels de sa Providence, de donner à des sentimens vertueux & bons, des succès & une étendue qui répondissent à leur excellence. Tel a été le sort de la Religion Chrétienne. Toute l'Europe, même jusqu'aux endroits les plus proches du Nord, fait profession de la croire, & de l'enseigner. Elle est connue par toute l'Asie, & dans les Iles de l'Océan qui l'environne, dans l'Égypte, dans l'Éthiopie, dans quelques autres Païs de l'Afrique, & presque par tous les endroits de l'Amérique où l'on a pu pénétrer.
Le Mahométisme ocupe un très-grand nombre de Païs; mais il ne l'ocupe pas seul. Presque par-tout où il régne, notre Religion y a ses Sectateurs & même en quelques endroits ils surpassent en nombre les Mahométans; au lieu qu'on trouve très-peu de ceux-ci dans la plûpart des Païs que les Chrétiens possédent.
3. Ceux qui l'ont les premiers prêchée. Note A: Rom. XV. 19.
4. Les dispositions des premiers qui l'embrassèrent.
Quelques sentimens qu'ils cachassent dans le fond de leur coeur, ils avoient du moins la complaisance de conformer leur extérieur au goût de ceux à qui ils étoient suspects. Il n'y a donc proprement que les Juifs & les Chrétiens qui ayent soufert la mort uniquement pour la gloire de Dieu. À l'égard des Martyrs de la Religion Judaïque, on n'en trouve que dans les tems qui ont précédé la venue de Jésus-Christ; encore y en a-t-il eu si peu en comparaison des Martyrs du Christianisme, qu'on en compteroit plus de ceux-ci dans une seule Province, que des autres dans toute l'étendue de leur État, & dans toute la durée de leurs soufrances. En éfet, cette durée n'a pas été bien longue, puis qu'elle ne comprend que les Régnes de Manassé & d'Antiochus.
Cette multitude innombrable de Personnes de tout rang & de tout sexe, séparées par l'intervale de tant de lieux & de tant de siécles, & qui ont sêllé de leur sang la Foi Chrétienne, doit avoir eu sans doute quelque raison de persévérer si constamment. Or cette raison ne pouvant être que la force de la vérité, & le secours de l'Esprit de Dieu; c'est avec justice que nous regardons nos Martyrs comme une bonne preuve de la Religion Chrétienne.
Réponse à ceux qui demandent des preuves encore plus démonstratives.
Conclusion.
Je conclus, que puis que la longue durée du Christianisme, & son établissement par toute la Terre, ne peuvent pas être la production de l'Esprit humain, il faut, ou les atribuer à quelques miracles éclatans, ou avouer que cette durée & ce progrès si extraordinaire, où l'on ne veut reconnoître rien de surnaturel, sont le plus grand de tous les miracles.
