LIVRE TROISIEME.
Reading edition
Où l'on prouve l'autorité de l'Écriture.
Preuve générale de l'autorité des Livres du Nouveau Testament.
I. e but des preuves que nous avons déduites jusqu'ici, & de toutes les autres qu'on pourroit ajoûter, est de persuader aux Incrédules & à ceux qui sont encore dans l'incertitude, que la Religion, dont les Chrétiens font profession, est très-véritable & très-bonne. Mais ce n'est pas assez. Après les avoir convaincus de cette vérité, il faut les conduire à ces Livres très-anciens où cette Religion est renfermée, & que nous apellons les Livres du Nouveau Testament, ou pour parler plus exactement, les Livres de la Nouvelle Alliance.

Il y auroit de l'injustice à nier que ce soit à ces livres que l'on se doive adresser pour connoître nôtre Religion, & à n'en pas croire là-dessus le témoignage constant de tous les Chrétiens. Quelle que soit une Secte, bonne ou mauvaise, l'équité veut qu'on croye sur sa parole, que ses sentimens sont contenus dans les Livres où elle nous renvoye pour en être instruits. C'est sur ce Principe que nous recevons sans dificulté l'assurance que les Mahométans nous donnent, que leur Religion se trouve dans l'Alcoran. Puis donc qu'il paroît par les argumens que nous venons de proposer, que la Religion Chrétienne est véritable, & qu'il n'est pas moins évident par la raison que nous venons d'alleguer, que cette Religion est enseignée dans nos Livres sacrez; il n'en faut pas davantage pour établir solidement l'autorité de ces Livres. Si pourtant on souhaite que nous en aportions des preuves plus particuliéres, nous le ferons volontiers: mais ce sera après avoir posé une Régle qui est connue & suivie de tout ce qu'il y a de Juges équitables. C'est que quand on entreprend d'ataquer un Livre qui est reçû depuis plusieurs siécles, on s'engage nécessairement à produire des objections capables de lui ôter toute créance: au défaut de quoi, il est censé digne de cette autorité, dont il a été jusqu'alors en possession.
Preuves plus particulières. I. Que ceux d'entre ces Livres qui portent le nom de quelque Auteur, sont véritablement de cet Auteur. + S. Cyllir. L. X.
Que Julien [+ marg.] même avoue que les Écrits qui sont atribuez à S. Pierre, à S. Paul, à S. Mathieu, à S. Marc, & à S. Luc, ont été écrits par ces Auteurs: Qu'enfin, si le témoignage des Grecs & des Latins paroît à tout homme de bon sens, une raison de ne pas douter que les Poëmes que l'on atribue à Homére & à Virgile, ne soient véritablement d'eux: à plus forte raison le témoignage constant de presque toutes les Nations, prouve invinciblement que les Livres du Nouveau Testament ont été composez, par ceux dont ils portent le nom sur leurs Titres.
Qu'on n'a pas lieu de douter de ceux qui autrefois ne furent pas généralement reçus.
III. Ce n'est pas qu'entre ces Livres il n'y en ait quelques-uns qui n'ont pas été d'abord reçus de tous les Chrétiens. On a douté de la seconde Épître de S. Pierre, de l'Épître de S. Jude, des deux que nous avons sous le nom de Jean l'Ancien, de l'Apocalypse, & de l'Épître aux Hébreux. Mais ces Écrits étoient d'autre côté reconnus par un grand nombre d'Eglises, comme il paroît par l'usage qu'en font les plus anciens Docteurs, qui en citent des passages pour prouver nos Dogmes. Il y a donc aparence que si quelques Eglises ne s'en servoient pas, c'étoit ou parce qu'elles ne les connoissoient pas, ou parce qu'elles n'étoient pas assez persuadées de leur autorité; & que si dans la suite elles se conformérent à celles qui les recevoient pour divins, c'est parce qu'elles s'instruisirent plus à fonds là-dessus, & reconnurent leur ignorance ou leur erreur. Et en éfet il n'y a presque plus de lieux où l'autorité de ces Livres ne soit à présent établie. Si l'on dit qu'ils ont été suposez, on le dira sans preuve, & même contre la vrai-semblance. Car quel intérêt auroit pû obliger à les suposer, puis qu'ils ne nous aprennent rien qui ne se trouve amplement dans ceux dont personne n'a jamais douté?
Qu'à l'égard de ce que quelques-uns ne portent aucun nom d'auteur, cela ne leur préjudicie point.
IV. Le peu de connoissance que l'on a du véritable Auteur de l'Épître aux Hébreux, & le doute où quelques-uns ont été si les deux derniéres Épîtres de S. Jean, & l'Apocalypse, sont de S. Jean l'Apôtre, ou de quelqu'autre qui ait eu le même nom, ne peuvent aucunement préjudicier à l'autorité de ces Écrits. On sait qu'en matiére d'Auteurs, il faut faire plus d'atention à leurs qualitez qu'à leur nom. Nous recevons comme vrais plusieurs Livres historiques, quoi que nous ne sachions pas le nom de ceux qui les ont écrit. Le Livre de la Guerre d'Alexandrie est de ce nombre. On n'en connoit pas l'Auteur, mais parce qu'on voit que, qui que ce soit qui l'ait écrit, il vivoit dans le temps de cette Guerre, & que même il y a eu part, cela paroît sufisant pour autoriser cette Histoire. On ne doit donc pas être plus dificile à l'égard des Livres donc nous parlons, puis que ceux qui nous les donnent, assurent qu'ils ont vécu dans le commencement du Christianisme, & qu'ils avoient reçu les dons extraordinaires que Dieu conféra aux Apôtres. Si l'on dit qu'ils ont pu s'atribuer faussement ces avantages, & qu'à l'égard même des autres Livres, on leur a peut-être suposé de grans noms, pour leur donner plus de poids: nous répondons qu'il est tout-à-fait incroyable, que des Personnes qui ne prêchent par tout que la sincérité & la piété, ayent voulu sans sujet se charger du crime de faussaires; crime que tout honnête homme déteste, & que les Loix de Rome punissoient du dernier suplice.
Que tous ces Auteurs n'ont pu écrire que des choses vrayes.
V. Il demeure donc constant que les Livres de la nouvelle Alliance, ont été composez par ceux dont ils portent le nom, & que les qualitez que ces Auteurs se sont atribuées, leur convenoient éfectivement. Si l'on considére outre cela, qu'il n'est pas moins certain qu'ils n'ont rien écrit dont ils n'eussent une connoissance parfaite, & qu'ils n'ont pû se mettre en l'esprit de vouloir tromper le monde, on conclura invinciblement, que ce qu'ils ont écrit est vrai & indubitable, puis qu'on ne peut dire des choses fausses que par l'un ou l'autre de ces deux principes, ou l'ignorance, ou la malice. Mais n'avançons rien sans preuve, & faisons voir que ces Auteurs ont su ce qu'ils disoient, & qu'ils n'ont rien dit que ce qu'ils croyoient véritable: qu'en un mot ils n'ont été, ni trompez, ni trompeurs.
Preuve: on ne les peut accuser d'ignorance.
Qu'on ne peut les accuser de mauvaise foi.
VII. Nous avons posé en second lieu que nos Auteurs sacrez n'ont pu avoir dessein de mentir. Nous l'avons déjà prouvé lors que nous avons établi la vérité de la Religion Chrétienne en général & qu'en particulier nous avons montré la certitude de la résurrection de Nôtre Seigneur. Quand on récuse des témoins parce qu'on les croit de mauvaise foi, on est obligé de donner quelques raisons de ce soupçon, & de dire par quels motifs ils ont pu se laisser aller au mensonge & à la fourbe. Or c'est ce qu'on ne peut pas faire en cette rencontre. Car si l'on objecte qu'ils ont pu mentir parce que l'intérêt de leur Cause le demandoit; il faudra un peu examiner pourquoi ils se sont embarquez dans cette cause, & sont entrez dans ces intérêts. Certes, ce n'a été ni pour l'espérance de quelques avantages, ni pour la crainte de tomber dans quelques disgraces: puis que cette Cause, dont ils entreprenoient la défense, les privoit de toutes commoditez, & les jettoit dans toutes sortes de périls. Ils ne se sont donc chargez d'une Commission si dangereuse, que par la crainte de Dieu. Or cette crainte peut-elle porter un homme à mentir, principalement dans une chose dont dépend le salut éternel de tous les hommes? Si l'on considére que leurs Écrits ne respirent que la piété; que leur vie n'a jamais donné prise aux acusations de leurs ennemis, que tout ce que ces ennemis leur ont pu reprocher a été leur ignorance, défaut qui ne s'acorde guére avec la qualité d'imposteurs, on sera contraint d'avouer qu'ils n'étoient pas capables d'une impiété aussi horrible, que celle d'apuyer les intérêts de Dieu sur le mensonge & sur la fourberie. Ajoûtez à cela, que pour peu qu'ils eussent eu de mauvaise foi, ils n'auroient eu garde de laisser dans leurs Écrits des monumens éternels de leurs fautes, telles que furent, & leur fuite dans les dangers de leur Maître, & la triple abnégation de S. Pierre.
Preuve, tirée des miracles que ces Auteurs ont faits.
Cyril: cont. Jul. L. X.
Quoi que ce que nous venons de dire sufise pour établir la vérité des Livres du Nouveau Testament, nous ne laisserons pas d'y ajoûter quelque autres argumens; comme par abondance de droit.
3 Preuve, prise des prédictions que ses Livres renferment.
4 Preuve, qu'il n'étoit pas de la bonté de Dieu de permettre que l'on trompât tant de gens de bien.
X. Ceux qui reconnoissent que Dieu prend soin des choses qui regardent les hommes, & particuliérement de celles qui concernent son Culte; & où sa gloire est intéressée, doivent aussi reconnoître qu'il étoit impossible qu'il permît que l'on trompât par des Livres suposez & pleins de mensonges, un nombre infini de personnes, qui n'avoient en vue que sa gloire & son service.
5. Preuve, tirée du consentement de tant de Sectes opposées.
Après que le Christianisme fut partagé en une infinité de Sectes, à peine s'en est-il trouvé qui n'ait reçu tous les Livres du Nouveau Testament; & s'il y en a eu qui en rejettoient quelques-uns, ils ne contenoient rien qui ne se trouvât dans ceux qu'elles admettoient. Preuve assez forte, qu'on a toûjours reconnu dans ces Écrits une autorité à laquelle on ne pouvoit rien oposer de raisonnable; puisque ces Sectes qui les ont reçûs, étoient d'ailleurs si animées les unes contre les autres; qu'il sufisoit qu'une chose plût aux unes, pour être par cela même rejettée, par les autres.
Objection, que quelques Sectes ont rejetté plusieurs de ces Livres.
Act. XVI. 3. XX. 6. XXI. &c.
II. S'il a travaillé à l'abolition des Rites Mosaïques, il faut bien qu'il y ait été forcé par la Vérité; puis qu'il étoit circoncis; qu'il observoit volontairement plusieurs cérémonies de la Loi; que pour la gloire de la Religion Chrétienne il faisoit beaucoup de choses plus dificiles que la Loi ne lui en commandoit, & en enduroit de plus fâcheuses qu'elle ne lui en eût atiré; & qu'il portoit toit ses Disciples à faire & à soufrir les mêmes choses. Ce qui fait voir que s'il leur prêchoit la liberté, ce n'étoit pas pour s'acommoder à leur goût, & pour ménager le crédit qu'il avoit parmi eux, en leur traçant des routes commodes. Bien loin de cela, ce qu'il leur imposoit, étoit bien plus pénible que ce dont il les afranchissoit. Les Juifs destinoient le Sabbat au service de Dieu: S. Paul veut que ses Disciples y consacrent tous les jours. La Loi obligeoit à quelques dépenses: S. Paul leur ordonne de perdre en tems & lieu tous leurs biens. La Loi exigeoit des Sacrifices de bêtes: S. Paul veut qu'ils se sacrifient eux-mêmes. Enfin cet Apôtre dit hautement que S. Pierre, S. Jean, & S. Jaques lui avoient donné la main d'association; ce qu'il n'eût pas osé dire, si cela eût été faux, puis que le disant du vivant de ces trois Apôtres, il devoit craindre qu'ils ne relevassent un pareil mensonge.
Je conclus, que puis qu'à l'exception de ces deux sortes de personnes, de l'erreur de qui j'ai parlé, & qui à peine pouvoient passer pour Chrétiens, toutes les autres Sociétez s'acordoient manifestement à recevoir les Livres du Nouveau Testament; que d'ailleurs ceux qui les ont écrits ont eu le pouvoir de faire des miracles; qu'ils ont prédit beaucoup de choses qui ont été confirmées par l'événement; qu'enfin la Providence très-particuliére qui veille sur les afaires des hommes, n'eût pas soufert qu'ils eussent trompé le monde par des Écrits fabuleux: il est de la dernière évidence, du moins pour des Personnes équitables, que ces Livres jouïssent à juste tître de l'autorité où ils sont parmi les Chrétiens. Car, encore une fois, il y a peu d'Histoires qu'on ne croye véritables, toutes destituées qu'elles sont de ces preuves, & simplement sur ce qu'on ne peut aporter de raison solide pour en ébranler la certitude. Or je pose en fait qu'on ne peut en proposer aucune, qui puisse balancer les solides preuves de la vérité des Livres du Nouveau Testament. C'est ce que nous alons voir dans le détail.
Ce que l'on peut dire contre la vérité de ces Livres, se réduit à ces cinq objections. I. Qu'ils contiennent des choses impossibles. Il. Contraires à la Raison. III. Contraires entr'elles. IV. Contraires au témoignage des Auteurs profanes. V. Qu'enfin il est arrivé à ces Livres des changemens qui nous les ont laissez tout autres qu'ils n'étoient, lors qu'ils sont sortis des mains de leurs Auteurs. Examinons ces objections par ordre.
1. Obj. que les Livres du N. T. contiennent des choses impossibles.
XII. I. Nous avons déjà répondu à la premiére dans le second Livre, lors que nous avons fait voir qu'il ne s'ensuit pas de ce qu'une chose est impossible à l'homme, qu'elle le soit par raport à Dieu; que Dieu peut faire celles qui n'impliquent pas contradiction; & que de ce nombre sont les actions miraculeuses, & en particulier la résurrection des morts.
2. De choses contraires à la Raison. Cette Reponse donne une idée trop vague du Christianisme & ne touchant pas à nos mystéres laisse à cet égard l'Object dans son entier. Voyez M. Abbadie Tr. de la Ver. &c. IX. Tableau de la R. Chr. P. 446. du 2 Tome seconde édit. REM DU TRAD.
3. Obj. Qu'il y a dans ces Livres des choses contradictoires.
4. Objection: Qu'il y a des choses combatuës par les Auteurs étrangers.
5. Objection Que ces Livres ont été corrompus.
XVI. 5. On objecte en cinquième lieu, que nos Livres sacrez ne sont pas tels qu'ils étoient dans le commencement. Il faut avouer qu'ils peuvent avoir eu, & qu'ils ont eu en éfet, le même sort que les autres Livres. C'est-à-dire que la négligence des Copistes, ou même leur fausse exactitude y a pu introduire quelques changemens, quelques omissions, & quelques additions de lettres, de syllabes & de mots. Mais il feroit injuste que cette diversité de copies, qui étoit inévitable dans un si grand nombre de siécles, fît douter de l'autorité de ces Livres. Ce que l'on fait ordinairement en pareil cas, & avec beaucoup de raison, c'est de choisir entre toutes les copies, celles qui sont les plus anciennes, & dont il y a le plus. Mais on ne prouvera jamais qu'elles ayent toutes été corrompues, ou par la malice des hommes, ou de quelque autre maniére que ce puisse être, & cela, dans les Dogmes, ou dans les Points considérables de l'Histoire. Cela ne se peut justifier, ni par aucun Acte authentique, ni par le témoignage d'aucun Auteur contemporain. Et si, long tems après, cela fut reproché aux Chrétiens par leurs ennemis mortels, cela doit passer pour une injure que la passion leur suggéroit, plutôt que pour un témoignage valable.
Cette réponse pourroit sufire, puis que c'est à ceux qui font de ces sortes d'objections, sur tout lors qu'il s'agit de Livres qui ont pour eux l'avantage d'une longue durée, & d'une autorité reconnue par tout, c'est, dis-je, à ceux qui les ataquent par cet endroit là, à prouver ce qu'ils avancent. Cependant afin de mieux faire sentir le peu de fondement de cette dificulté, nous allons prouver que ce qu'ils nous objectent, n'est ni véritable ni possible.
I. Nous avons déjà fait voir que ces Livres ont été composez par ceux dont ils portent le nom; donc ils ne sont pas suposez. Mais, au moins, n'est-il pas arrivé quelque changement à une partie de ces Livres? Non: car puis que les auteurs d'un tel changement auroient dû se proposer en cela quelque but, on devroit remarquer, une diférence assez grande entre les Livres qu'ils auroient ou ajoûtez ou substituez à d'autres, & ceux ausquels ils n'auroient pas touché. Or c'est ce qui ne se voit en aucun de ces Écrits, qui au contraire ont entr'eux un raport admirable. II. Il ne faut pas douter que dès qu'un Apôtre ou un homme Apostolique publioit quelque Livre, la piété, & le désir de conserver les Véritez salutaires, & de les faire passer entre les mains de la Postérité, n'ayent porté les Chrétiens à en multiplier les copies avec toute la diligence possible, & que ces copies ne se soient ensuite répandues dans l'Europe, dans l'Asie, & dans l'Égypte; car dans toutes ces parties il y avoit des Chrétiens, & la Langue Gréque y étoit connue. On a même conservé quelques Originaux jusques à la fin du second siécle, comme nous l'avons déjà remarqué. Or il étoit impossible que des Livres dont on a tiré tant de copies, & qui ont été conservez par la vigilance des Particuliers & des Églises, courussent même le risque d'être falsifiez. III. Dans les siécles immédiatement suivans, ces Livres furent traduits en Syriaque, en Éthiopien, en Arabe, & en Latin. Ces Versions subsistent encore aujourd'hui & ne diférent de l'Original Grec en rien qui soit de quelque importance. IV. Nous avons les Écrits de ceux qui ont été instruits ou par les Apôtres ou par leurs Disciples, & dans ces Écrits on lit quantité de passages citez au même sens où ils sont dans les Livres du Nouveau Testament. V. Ceux qui avoient le plus d'autorité dans l'Eglise des premiers siécles, n'en auroient jamais eu assez pour faire recevoir quelques changements dans l'Écriture; comme il paroît par la liberté que S. Irénée, S. Cyprien, & Tertullien ont prise de s'oposer quelquefois à ceux qui tenoient le premier rang. VI. Depuis ces premiers tems il s'est trouvé plusieurs personnes fort savantes & d'un esprit fort juste, qui, en suite d'un examen très-particulier, ont reconnu que ces Livres étoient demeurez dans leur premiére pureté. VII. On peut encore apliquer ici ce que nous disions tantôt, que de la maniére dont les diverses Sectes du Christianisme s'en sont servies, il paroît qu'elles les avoient tout tels qu'ils sont aujourd'hui. J'excepte, encore une fois, celles qui ne regardoient pas le Dieu des Juifs comme Créateur du Monde, ou qui ne reconnoissoient pas que Jésus-Christ eût donné une Loi qui dût abolir une partie de celles de Moyse. VIII. Ajoûtons à tout cela, que si quelques-unes eussent eu la témérité de changer quelque chose dans le Nouveau Testament, on n'eût pas manqué de se récrier contr'eux, comme contre des faussaires. IX. Toutes les Sectes tiroient de ces Écrits des arguments en leur faveur contre celles qui leur étoient oposées: ce qui fait voir qu'aucune n'a jamais osé entreprendre de les changer pour les ajuster avec ses sentimens. X. Enfin, nous pouvons dire ici des principaux endroits de nos Livres, ce que nous avons dit des Livres entiers: c'est qu'il n'étoit nullement convenable à la Providence divine de permettre que tant de milliers d'hommes, qui ne se proposoient que d'avancer dans la piété, & de faire leur salut, fussent engagez dans une erreur dont il ne leur eût pas été possible de se défendre.
Nous n'en dirons pas davantage pour la défense des Livres du Nouveau Testament. Nous croyons les avoir assez munis contre la Chicane, & avoir ainsi démontré que ce sont là les véritables sources d'où l'on doit puiser la Religion Chrétienne. Mais parce que ces sources, toutes sufisantes qu'elles peuvent être, ne sont pas les seules que nous ayons, & qu'il a plu à Dieu de nous mettre entre les mains les Livres qui servent de fondement à la Religion Judaïque, qui fut autrefois véritable, & qui fait aujourd'hui l'une des grandes preuves du Christianisme, il est à propos que nous fassions voir la certitude de ces Livres.
Preuves de l'autorité des Livres du V. T.
Liv. II 11.
Note a: Ville de Thrace.
