Note (retour) — LIVRE TROISIEME.
Reading edition
Ajoûtons à cela que près de trois cens ans avant Jésus-Christ, la Version des Septante Interprétes, de laquelle on est redevable aux soins de Ptolomée Roi d'Égypte, mit l'Écriture entre les mains des Grecs, avec quelques petites diférences qui n'empêchoient pas que ce ne fût en gros le même Livre; & que c'étoit encore un moyen très-propre à prévenir les fabrications. Outre cette Version il en parut une Chaldaïque, & une autre dans le Langage particulier de Jérusalem, qui n'étoit autre chose qu'un demi-Syriaque; 26l'une avant & 27l'autre après la naissance Jésus-Christ. Elles furent suivies des Versions Gréques d'Aquilan, de Symmaqueo & de Théodotionp, lesquelles Origéne, & d'autres après lui, examinérent en les confrontant avec celle des Septante, & trouvérent très-conformes, avec cette Version, soit dans l'Histoire, foit dans les choses qui étoient de quelque conséquence. Philon & Joséphe, dont le premier fleurissoit du tems de Caligula, & l'autre a vécu jusqu'au Régne de Vespasien, citent l'Écriture dans les mêmes termes où nous l'avons aujourd'hui. Parmi les Chrétiens, dont le nombre augmentoit alors extrêmement, il y en avoit beaucoup 28 qui étoient nés Juifs, 29 ou qui aprenoient l'Hébreu, & qui, si les Juifs avoient introduit dans le Texte quelques changemens & quelques corruptions un peu considérables, n'eussent pas eu de peine à les découvrir par la collation des plus anciens Originaux, & l'eussent infailliblement publié. Or non seulement ils ne le font pas, mais ils en raportent même plusieurs passages précisement dans le même sens qu'ils ont dans l'Hébreu. Remarquons encore qu'on ne pourrait guére intenter contre les Juifs, d'acusation plus mal fondée que celle d'avoir corrompu le Texte, ou d'y avoir donné lieu par leur négligence; puis qu'on n'ignore pas 30avec quelle aplication & avec quel scrupule ils décrivent le Texte sacré, & le collationnent avec les meilleurs Exemplaires, Leur exactitude va même jusqu'à compter combien de fois chaque lettre se trouve dans toute l'Écriture. Pour derniére preuve que les Juifs n'ont pas même tâché de gâter le Texte, on peut aporter l'usage que les Chrétiens font du vieux Testament contre eux. Ceux-ci croyent y trouver des raisons convainquantes pour prouver que Jésus est le Messie, qui avoit été promis aux Ancêtres de ce Peuple. Si donc les Juifs eussent pu faire dans le Texte tels changemens qu'ils auroient trouvé à propos, il ne faut pas douter que depuis cette grande dispute qu'ils ont avec les Chrétiens, ils n'eussent fait disparoître ces preuves, ou que du moins ils ne les eussent obscurcies, en falsifiant les passages dont nous apuyons ce Dogme fondamental de nôtre Religion.