LIVRE CINQUIÈME Réfutation du Judaïsme.
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elle qu'est cette foible lueur qui se fait voir peu à peu, lors que l'on aproche de l'issue d'un antre obscur & profond, telle paroît la Religion Judaïque, lors qu'on vient à y jetter les yeux, après avoir parcouru les ténèbres épaisses du Paganisme. C'est là que l'on découvre ces grandes véritez, qui font partie du corps des Véritez salutaires, & qui en sont le Principe & la semence. Nous prions les Juifs, que cet aveu que nous faisons, les dispose un peu à nous écouter favorablement. Nous savons qu'ils sont la Postérité de ces sains hommes que Dieu visitoit autrefois par ses Prophétes & par ses Anges: que c'est d'entr'eux que nous est né le Messie, & que sont venus les premiers Docteurs de nôtre Religion: qu'ils sont l'arbre auquel nous avons été entez: qu'ils sont les dépositaires des Oracles divins pour lesquels nous n'avons pas moins de vénération qu'eux. C'est ce qui nous oblige à pousser vers Dieu avec saint Paul des soupirs véhémens pour eux, & à le prier qu'il veuille faire bientôt luire ce jour, auquel le voile, qui leur couvre le visage, étant écarté, ils verront aussi clairement que nous, l'accomplissement de leur Loi: cet heureux jour marqué par les Prophétes, auquel chacun de nous, qui naturellement sommes étrangers, empoignera & tiendra ferme le pan de la robe d'un Juif, pour aller adorer d'un même coeur, & par les mouvemens d'une même piété, le seul vrai Dieu, le Dieu d'Abraham, d'Isaac, & de Jacob.

Que les Juifs ne doivent pas douter des miracles de Jésus-Christ.
II. La premiére chose que nous les prions de nous acorder, c'est qu'ils ne regardent pas en nous comme une chose injuste & déraisonnable, ce qu'ils se croyent permis dans leur propre Cause. Si un Payen leur demandoit pourquoi ils croyent les miracles qu'ils disent que Moyse a faits, ils ne répondroient autre chose, sinon que leur Nation les a toujours crûs si constamment & si fermement, qu'il est impossible que cette persuasion vienne d'ailleurs que du témoignage de ceux qui les ont vus. En éfet s'ils ne doutent point qu'Elisée, par exemple, n'ait augmenté l'huile d'une femme veuve, qu'il n'ait guéri tout d'un coup un Syrien lépreux, qu'il n'ait ressuscité le fils d'une femme chez qui il logeoit, si, dis-je, ils n'en doutent point, c'est uniquement sur ce que ces Faits ont été écrits & laissez à la Postérité par des témoins fidèles & sûrs. S'ils croyent qu'Elie a été enlevé au Ciel; ce n'est que sur le raport du seul Elisée, comme d'un témoin irréprochable. Et pour nous, nous mettons en avant douze témoins de l'ascension de Jesus-Christ, & douze témoins d'une vie irrépréhensible. Nous en citons un nombre beaucoup plus grand, qui ont vû Jésus-Christ vivant après sa mort. Et si ces deux choses sont vrayes, il faut nécessairement que la Religion Chrétienne le soit aussi. En un mot, tout ce que les Juifs peuvent aporter pour établir la certitude de leurs miracles, nous avons autant de droit, & même plus de droit qu'eux, de le faire servir à confirmer les nôtres. Mais qu'est-il besoin d'agir par preuves & par témoignages, puis que les Auteurs du Talmud, & tous les Juifs, avouent que Jésus-Christ a fait les miracles raportez dans l'Histoire sainte: ce qui, encore une fois, prouve nôtre Religion, puis que la maniére la plus authentique & la plus éficace dont Dieu puisse autoriser une Religion, c'est de faire des miracles en sa faveur.
Que ces miracles n'ont pas été faits par le secours des Démons.
III. Quelques-uns ont dit que Jésus-Christ avoit fait des miracles par le secours des Démons. Mais cette Chicane a déjà été réfutée par la remarque que nous avons faite, que dans les lieux où la Religion Chrétienne s'est fait connoître, elle a anéanti tout le pouvoir des Démons.
Ni par la force de quelques paroles.
IV. A l'égard de ce que quelques Docteurs Juifs ont dit que Jésus-Christ a fait tous ses miracles par la vertu d'un certain nom secret, qu'il trouva moyen d'enlever du Temple de Jérusalem, où Salomon l'avoit mis en réserve, & qui y avoit été conservé par deux Lions pendant plus de mille ans; je dis que c'est là un mensonge grossier & impudent. Non seulement les Livres des Rois, ni l'Histoire de Joséphe ne disent rien de ces Lions, gardiens d'un nom si merveilleux, ce qui pourtant étoit assez considérable pour n'être pas omis; mais les Romains mêmes qui entrérent dans ce Temple avec Pompée, avant que Jésus-Christ naquît, n'y aperçurent rien de semblable.
Preuve de la divinité de ces miracles, par la Doctrine de Jésus-Christ.
Reponse à l'Objection tirée de la diférence entre la Loi de Moyse & celle de Jésus-Christ.
Qu'il y peut avoir une Loi plus parfaite que celle de Moyse.
VII. Une preuve que les Précepteurs de la Loi n'étoient pas d'une souveraine perfection, c'est que beaucoup de saints hommes, qui ont vécu sous sa Discipline, se sont élevez, pour ainsi dire, au dessus de ses Préceptes, & ont été plus loin que la Loi ne les menoit. Le même Moyse qui permet de se faire raison, tant par voye de fait, que par voye de justice, des injures que l'on a reçues, s'est rendu intercesseur auprès de Dieu pour ses ennemis, après en avoir été outragé de la maniére la plus indigne. David voulut que l'on épargnât son fils, quoi que rebelle, & soufrit patiemment les paroles injurieuses de Semeï. L'on ne lit nulle part que ceux d'entre ce Peuple qui avoient de la vertu & de la piété, ayent fait divorce avec leurs femmes, bien que la Loi le permît.
Que Jésus-Christ a observé la Loi.
Que cette partie des Loix de Moyse qui a été abolie, ne contenoit rien que d'indiférens par soi-même.
Note A: Exod. XXVII. Deut. XXIII. 12. Note B: Deut. XII. I. 20. XXVI. I. Nomb. XXXII. 52.
Et puisqu'ils nomment l'avènement du Messie, l'acomplissement du Jubilé, ou le grand Jubilé, ils doivent reconnoître qu'une Loi mérite assez le nom de perpétuelle, lors qu'elle dure jusqu'à cet avénement.
Mais à quoi bon disputer là-dessus, puis que dans le Vieux Testament Dieu promet qu'il fera une nouvelle Alliance avec son Peuple: qu'il l'écrira dans les coeurs: qu'il y expliquera si clairement sa volonté, qu'on n'aura plus besoin de s'instruire les uns les autres: & qu'en vertu de cette nouvelle Alliance, il acordera à son Peuple le pardon de ses péchez précédens. A peu près comme si un Roi après de longues & de cruelles divisions qui auraient partagé ses Sujets, vouloit rétablir entr'eux une paix durable, en ôtant la diversité des Loix selon lesquelles il les avoit gouvernez, que dans ce dessein, il fît une Loi très parfaite & commune à tous; & qu'il y ajoutât une promesse d'impunité générale pour le passé, à condition qu'ils se corrigeassent à l'avenir.
Quoi que ce que nous venons de dire sufise; nous ne laisserons pas de parcourir toutes les parties de la Loi qui a été abolie par l'Evangile, & de montrer en détail qu'elles n'étoient pas de nature à plaire à Dieu par elles-mêmes, ou à être irrévocables.
Que les Sacrifices n'étoient, ni agréables à Dieu par eux-mêmes, ni irrévocables.
On a suivi dans ces passages & dans tous les autres le Latin de Grotius.
Tous ces passages faisant voir que les Sacrifices ne sont pas de ces choses que Dieu veut principalement, & à cause d'elles-mêmes; & d'ailleurs le Peuple, par une superstition qui s'introduisit peu à peu, étant venu à regarder ces cérémonies comme le fonds de la Piété, & à croire que les victimes qu'il ofroit, faisoient une compensation assez exacte de ses péchez; faut-il s'étonner que Dieu ait aboli une chose, indiférente par elle-même, & devenue criminelle par l'abus que son Peuple en faisoit? Tout sacré que pouvoit être le serpent d'airain que Moyse avoit dressé, Ezéchias ne laissa pas de le briser, lors qu'il vit que le Peuple commençoit à le regarder avec un peu trop de vénération.
Preuve de la même vérité, à l'égard de la diférence des viandes.
2. De la diférence des jours.
XII. Pour ce qui est des jours solemnels, & distinguez des autres jours, ils furent tous instituez en mémoire de la grace que Dieu fit à son Peuple, de le délivrer du cruel esclavage qu'il soufroit en Égypte, & de le mener dans la Terre promise. Or Jérémie dit au Ch. XVI. & XVIII. qu'un jour viendroit auquel de nouvelles graces infiniment plus excellentes, obscurciroient tellement celle-là, qu'à peine en seroit-il plus parlé. Outre cela les jours de fête eurent aussi le même sort que les sacrifices. Le Peuple vint à les estimer plus qu'il ne devoit, & à croire que pourvu qu'il les observât exactement, les péchez qu'il pourroit commettre d'ailleurs, seroient extrêmement légers. C'est là-dessus que Dieu déclare au Ch. I. d'Esaïe, qu'il avoit du dégoût pour leurs nouvelles lunes, & pour leurs fêtes; & qu'elles lui étoient tellement à charge, qu'à peine pouvoit-il plus les suporter.
3. A l'égard de la Circoncision.
+ Jos. V. 5. 6.
+Act. XV. Gal. I.
Act. XVI. 1. 3. Rom. XIV. 1. 3. 5. 15. IV. 10.
Après avoir répondu à cette objection, qui est presque la seule que les Juifs ayent à faire contre les miracles de Jésus-Christ, je viens aux autres Argumens qui sont propres à les convaincre de la vérité du Christianisme.
Que les Juifs conviennent qu'un Messie a été promis.
XIV. Ils demeurent d'acord avec nous, que dans les Oracles des Prophétes, Dieu promet un homme infiniment plus excellent que tous les autres par le ministére de qui Dieu leur a fait quelques graces signalées. Ils apellent cet homme, Messie, nom commun à tous ceux qui ont reçu quelque Onction, mais qui lui convient d'une maniére infiniment plus grande & plus sublime qu'à tous les autres. Nous assurons que cet homme est venu: ils prétendent qu'il doit venir. Voilà le grand procès que nous avons les uns contre les autres. Mais qui prendrons nous pour nos Juges, sinon les Livres qu'eux & nous tenons également pour divins? Consultons-les donc, & voyons s'ils ne décident pas la chose en nôtre faveur.
Réponse à l'objection que l'avénement a été diféré à cause des péchez du Peuple. Note A: Dan, IX, 24. Note A: Es. LIII. 4. Jer. XXXI. 31. &c.
2. Preuve. Comparaison de l'état présent des Juifs avec ce que la Loi leur promettoit.
Jer. xxv. 13
Que Jésus est le Messie. Preuves tirées des prédictions. Note A: Ps. LXXXIX. 4. Es. IV. 2. &c. Note B: Mich. V. 2. Note C: Es. IV. 1. Note D: Es. XXXV. 5. Note E: Ps. II. 8. XXII. 18. Es. II. 18. 20. XXXI. 7.
Es. XI. 10.
Réponse à l'objection que quelques-unes de ces prédictions n'ont pas été accomplies. Esaïe. XXIX. 2. Dan. XXII. 4. 9.
XIX. Les Juifs nous objectent ici, que certaines choses qui ont été prédites touchant le tems du Messie, n'ont pas encore eu leur acomplissement. Je répons que les prédictions qu'ils aportent pour exemple, sont ou obscures, ou sujettes à diverses interprétations, & que par conséquent elles ne nous doivent pas faire renoncer à des choses qui sont très-intelligibles & très-claires, telles que sont, la sainteté de la Morale de Jésus-Christ, la grandeur de la récompense qu'il a promise à ses Fidéles; la clarté & l'évidence des termes dans lesquels il la propose. A quoi si l'on ajoûte les miracles, qui ne voit que ce devoient être des raisons sufisantes pour faire embrasser sa Doctrine? Pour ce qui est des Prophéties, leur obscurité, qui leur a fait donner le nom de Livres fermez, est telle qu'on ne peut souvent les entendre sans le secours de la Grace. Or il est juste que Dieu refuse ce secours à ceux qui n'ont pas voulu profiter des lumiéres plus vives & plus convainquantes que ne sont les Oracles. Pour ce qui est des passages qu'ils nous objectent, ils savent bien eux-mêmes qu'ils peuvent recevoir plusieurs explications. Si quelqu'un veut se donner la peine de confronter les anciens Interprétes, qui ont vécu pendant la captivité de Babylone, ou dans les tems de Jésus-Christ, avec ceux qui ont écrit depuis que le nom de Chrétiens est devenu odieux aux Juifs, il trouvera que les premiers ont expliqué les passages controversez, d'une maniére assez conforme au sens que nous leur donnons; & il en conclura avec raison, que si les Nouveaux Interprétes ont inventé d'autres sens, éloignez de ceux que les anciens Juifs recevoient aussi bien que nous, ils ne l'ont fait que par passion, & dans le dessein de se faire des armes contre nous.
Es. XI.6.
Mais pour dire quelque chose de plus particulier sur ces prédictions non acomplies, les Juifs, tout atachez qu'ils sont à la lettre & au sens propre des mots, n'ignorent pas qu'il y a quantité d'endroits dans l'Écriture, qui se doivent entendre dans un sens de métaphore & de figure. Tels sont ceux qui atribuent à Dieu des choses qui n'apartiennent qu'à l'Homme, qui disent qu'il est descendu, & qui lui donnent une bouche, des oreilles, des narines &c. Pourquoi donc ne pourrions-nous pas aussi expliquer dans un sens de figure la plûpart des choses qui sont prédites touchant les tems du Messie? Pourquoi n'entendrions-nous pas ainsi ce qui est dit, qu'alors le loup paîtra avec l'agneau, le léopard avec le chevreau, & le lion avec le bétail; que l'enfant se jouera avec l'aspic; que la montagne de Dieu s'élévera au dessus des autres montagnes & que les étrangers y aborderont pour y sacrifier. Enfin, il y a certaines promesses qui paroissent absolues, mais qui dans le fond renferment une condition; & cette condition se peut découvrir ou dans ce qui précéde, ou dans ce qui suit, ou dans le sens même de la promesse. C'est ainsi que Dieu a promis beaucoup de choses aux Juifs, au cas qu'ils reçussent le Messie, & qu'ils lui voulussent obéir. Et si l'événement n'y a pas répondu, c'est à eux-mêmes, & non pas à Dieu, qu'ils s'en doivent prendre. S'il y a quelques promesses absolues & indépendantes de cette condition, qui ne soient pas encore acomplies, il ne s'ensuit pas de là qu'elles soient vaines, ou que nous les apliquions mal, mais que nous en devons encore atendre l'éfet. Car les Juifs tiennent pour constant que le tems, ou si l'on veut, le Régne du Messie, doit durer jusqu'à la consommation des siécles.
Réponse à l'objection prise de la bassesse & de la mort de Jésus-Christ.
XX. La plûpart des Juifs sont choquez de la condition obscure & basse de Jésus-Christ; mais à tort. Ils devroient avoir apris en mille endroits de l'Écriture que Dieu éléve les humbles, & qu'il abaisse les orgueilleux. Ils devroient y avoir remarqué que Jacob, qui avoit passé le Jourdain sans autre équipage que son bâton, le repassa quelque tems après avec une quantité incroyable de bétail; que Moyse étoit exilé, pauvre, & réduit à la condition de berger, lors que Dieu lui aparut dans le buisson, & lui donna la conduite de son Peuple; que David fut tiré d'entre les troupeaux pour être élevé sur le Trône; qu'en un mot l'Écriture sainte est pleine d'exemples qui prouvent cette vérité. À l'égard du Messie, les Prophétes disent que la nouvelle de sa venue seroit agréable aux Pauvres; qu'il n'exciteroit ni querelles ni disputes; qu'il agiroit d'une maniére pleine de douceur; qu'il épargneroit le roseau cassé, & qu'il n'éteindroit pas dans le lumignon fumant ce qu'il y resteroit de chaleur.
Es. LXI, 1. Es. XLII. 2. 3. 4
[Note du transcripteur: Les pages 329 et 330 manquent au document source.
Examen du préjugé favorable que beaucoup de Juifs ont pour ceux qui ont condamné Jésus-Christ.
XXI. Il y a bien des Juifs qui embrasseroient la Doctrine de l'Evangile, s'ils n'étoient retenus par une grande opinion qu'ils ont conçue de la vertu & de la probité de leurs Ancêtres, & sur tout des Sacrificateurs qui par un éfet de leurs préjugez, ont condamné Jésus-Christ & rejetté sa Doctrine. Je n'ai pas dessein de faire ici des reproches à ces sortes de Juifs. Cependant la nécessité d'une juste défense m'oblige à leur dépeindre ici ces Ancêtres, pour qui ils ont tant de vénération. Je ne le ferai que par les couleurs & par les traits que me fournissent les termes exprès de leur Loi, & des Livres de leurs Prophétes. C'est là qu'assez souvent ils sont traitez d'hommes incirconcis de coeur, & d'oreilles; de Peuple hypocrite, qui pendant qu'il honore Dieu de ses lèvres, & par tout l'apareil des cérémonies, le déshonore dans le fond par un Esprit profane & éloigné de lui. Ce sont leurs Ancêtres, qui en vinrent presque à un parricide contre la personne de Joseph, & qui changérent ce cruel dessein en celui de le vendre pour esclave. Ce sont leurs Ancêtres, qui par des revoltes continuelles rendirent la vie ennuyeuse à Moyse; à ce Moyse, qui étoit leur Chef & leur libérateur; & aux ordres de qui ils avoient vû plusieurs fois l'Air, la Terre, & la Mer obéïr sans résistance. Ce sont leurs Ancêtres, qui conçurent du dégoût pour le pain que Dieu leur envoya du Ciel, & qui dans le tems même qu'ils étoient encore pleins de la chair de ces oiseaux dont il les avoit nourris miraculeusement, furent assez insolens pour se plaindre, comme s'ils eussent été travaillez de la famine la plus cruelle. Ce sont leurs Ancêtres qui abandonnérent, avec la derniére perfidie, David l'un de leurs plus grands & de leurs meilleurs Rois, pour suivre son fils dans la rebellion. Ce sont leurs Ancêtres, qui tuérent dans le Parvis du Temple Zacharie fils de Jojada; & qui par là firent du Sacrificateur même la victime de leur cruauté. A l'égard de leurs souverains Sacrificateurs, c'est de ce rang que furent ceux qui par de fausses acusations atentérent à la vie de Jérémie le Prophéte, & qui l'auroient infailliblement perdu, si le crédit de quelques Grands ne l'eût arraché à leur fureur. Toûjours eurent-ils assez d'autorité pour extorquer du Roi une permission de renfermer ce Prophéte dans un cachot, où il demeura jusqu'à la prise de Jérusalem.
Note b: Jer. III. 14. 17. Note A: Es. VIII. 14. Psau. CXVIII.
Réponse à l'Objection que les Chrétiens adorent plusieurs Dieux.
Réponse à l'Objection que les Chrétiens adorent la nature humaine. Note a: Jean, V. 19. 30. Note b: I Cor. XV. 24. Note c: Jean. XIII. 31. XIV. 13. Rom. XVI. 27.
XXIII. La seconde acusation dont les Juifs nous chargent, c'est que nous rendons à la créature le culte qui n'est dû qu'à Dieu seul. Mais elle n'est pas plus dificile à repousser que la précédente.[A] En éfet, nous ne déférons au Messie que l'honneur & que l'adoration qui nous est prescrite au Ps II. & au CX. Or David Kimchi même, grand ennemi des Chrétiens, reconnoit que le 1er de ces Pseaumes prophétiques n'a été acompli que très-imparfaitement en la personne de David; & qu'il regarde le Messie d'une maniére plus pleine & plus excellente. Pour ce qui est du Ps. CX. nous osons assurer qu'il porte uniquement sur le Messie. Rien n'est plus vain, ni plus frivole, que ce que disent là-dessus les Juifs modernes, dont les uns le raportent à Abraham, les autres à David, & quelques autres à Ezéchias. Ce Pseaume a été composé par David, comme il paroît par le tître. Ainsi, ce que le Prophéte déclare que Dieu dit à son Seigneur, ne peut être regardé comme étant dit à David, ni à Ezéchias qui a été l'un des Descendans de ce Roi, & qui n'a eu sur lui aucune prééminence qui obligeât David à l'apeller son Seigneur. À l'égard d'Abraham, il n'a pas possédé le Sacerdoce dans un degré qui l'élevât sur tous les autres Patriarches, & cela même qu'il fut béni par Melchisédec, prouve qu'il lui étoit inférieur dans la Charge de Sacrificateur, dont la bénédiction étoit une des principales fonctions. Il faut donc avouer que cette souveraine Sacrificature, aussi bien que ce Sceptre & cette autorité Royale qui devoit s'étendre de Sion jusqu'au bout du Monde, conviennent parfaitement au Messie. C'est ce qui paroît par d'autres passages, qui parlent incontestablement de lui, & par l'interprétation que les autres Paraphrastes Juifs ont donnée à ce Pseaume. La souveraine probité des Disciples de Jésus-Christ pourroit être un garand sufisant de la vérité de ce qu'ils avancent, que tous les traits de ce grand Oracle se trouvent exactement en la personne de leur divin Maître; puis que les Juifs reçoivent sur une raison semblable, ce que Moyse dit que Dieu lui a révélé en lui parlant face à face. Mais ce n'est là que la plus petite des preuves sur quoi nous croyons que Jésus-Christ a été élevé à l'autorité souveraine sur tout l'Univers. En voici de plus fortes, que nous avons déjà déduites dans le second Livre. Il a été vû vivant après avoir expiré sur la croix: il a été vu montant au Ciel: son nom seul a chassé les Démons des corps qu'ils possédoient, & guéri des maladies incurables: ses Disciples ont reçu de lui le don des Langues: & ce qu'il y a de considérable dans toutes ces merveilles, c'est que Jésus-Christ les avoit promises comme autant de marques sûres & infaillibles de son élévation sur le Trône. Il ne faut pas oublier ici, que conformément aux Pseaumes que nous avons citez, son Sceptre, qui n'est autre chose que la parole de l'Evangile, après être sorti de Sion, a passé sans aucun secours humain, & par la seule puissance de Dieu, jusqu'aux extrémitez de la Terre; & s'est également assujetti & les Peuples & les Rois. Les Juifs Cabalistes croyent sans aucun fondement qu'un certain personnage fils d'Enoch tient le milieu entre Dieu & les hommes. A plus forte raison pouvons-nous penser la même chose de Jésus-Christ, qui a donné des preuves si éclatantes de son élévation. Et qu'on ne dise pas que cette grandeur va à diminuer celle de Dieu le Pére: car [sn-a] c'est de lui qu'elle est émanée; [sn-b] c'est à lui qu'elle doit retourner; & [sn-c] elle tend uniquement à le glorifier.
Nous excéderions les bornes que nous nous sommes prescrites dans cet Ouvrage, si nous entrions dans une discussion plus particuliére de cette grande Controverse. Nous en aurions même dit moins, si nous n'avions eu dessein de faire voir qu'il n'y a dans nôtre Religion, ni impiété, ni absurdité, qui puisse fournir une juste raison de ne se pas rendre aux miracles qui lui servent d'apui, à la sainteté très-parfaite de ses Préceptes, & à la grandeur de ses promesses. Si quelqu'un touché de la force de ces preuves, & persuadé de la foiblesse des objections qu'on leur opose, embrasse la Religion Chrétienne, il doit aller plus loin, & travailler à s'informer des Articles de nôtre Créance: ce qu'il ne peut mieux faire qu'en consultant les Livres où nous avons prouvé qu'ils sont contenus & expliquez. Nous finissons en priant Dieu qu'il lui plaise de répandre ses lumiéres dans l'Esprit des Juifs, & d'exaucer encore aujourd'hui la priére que Jésus-Christ lui a présenté pour eux, lors même qu'il étoit ataché à la Croix.
