LIVRE QUATRIÈME
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Réfutation du Paganisme.
I. ors qu'on est à l'abri d'un péril où l'on voit d'autres personnes engagées, on ne peut guére se défendre de quelque sentiment de plaisir à cette vue toute triste qu'elle peut être. Comme ce plaisir ne naît pas du malheur d'autrui, mais de ce que l'on s'en voit exemt, il est sans malignité, & n'a rien de blâmable. Un Chrétien donc qui du chemin sûr où Dieu l'a mis voit le reste des hommes ne tenir aucune route certaine, & s'égarer en mille maniéres, peut s'abandonner à toute la joye que lui inspire le bonheur qu'il a d'être dans la bonne voye. Mais il ne s'en doit pas tenir là; il est dans la plus étroite obligation de travailler pendant toute sa vie à secourir les Errans autant qu'il lui est possible, à leur tendre la main, à les atirer dans le bon parti, & à leur faire part de son bonheur. C'est à ce devoir que nous avons tâché de satisfaire dans les Livres précédens; où, par cela-même que nous avons établi la Vérité, nous avons réfuté toutes les Erreurs.

Mais parce que le Paganisme, le Judaïsme, & le Mahométisme, qui sont les trois grandes Religions qui s'oposent à celle que nous avons prouvée, outre ce qu'elles ont de commun entr'elles, ont chacune leurs erreurs particuliéres, & chacune leurs preuves diférentes pour se défendre & pour nous ataquer; nous croyons ne rien faire d'inutile, si nous les combatons chacune à son tour. C'est à quoi nous destinons les trois livres suivans, que nous ne commencerons qu'après avoir prié les Lecteurs d'aporter ici un esprit libre de passion, & de ces préjugez que forme une longue habitude; & de se mettre par là en état de bien juger de ce que nous allons dire.
Contre le culte des Espris créez.
Que les Esprits qui étoient adorez par les Payens, étoient les Démons.
Mais qu'est-il besoin de prouver aux Payens que leurs Dieux n'étoient autre chose que les Démons; puis qu'il y a eu autrefois, & qu'il y a encore présentement des Peuples qui en font hautement profession. C'est sous cette idée que les Perses adoroient Arimanius. Les Grecs servoient leurs Cacodémons, ou, mauvais Démons. Les Romains avoient leur méchant Jupiter, aussi bien que leur Jupiter très-bon & très-grand: & quelques Nations de l'Éthiopie & des Indes rendent leurs hommages à des Dieux qu'elles conçoivent comme malfaisans.
Impiété de ce Culte.
Contre le culte que les Payens rendoient aux Héros après leur mort.
Et en autorisant
Contre le culte des Astres & des Éléments.
Contre le culte que les Payens rendoient aux animaux.
Contre le culte qu'ils rendoient aux Passions, à la Vertu &c.
VIII. Les Livres des Payens nous aprennent que les Grecs, les Latins, & d'autres Peuples, adoroient certaines choses qui ne sont que de simples accidens. Pour ne pas parler de la Fiévre, de l'Impudence, & de telles autres choses ou afligeantes ou vicieuses; la Santé, dont ils faisoient une Déesse, n'est que la bonne température des parties du corps. Le Bonheur n'est que la conformité des événemens avec les désirs de l'homme. Les Passions, comme l'amour, la colére, l'espérance, & d'autres, qui naissent toutes de la vûe du bien ou du mal, & de la facilité des choses vers lesquelles nous nous portons, ne sont que des mouvemens dans cette partie de l'ame qui a le plus de liaison avec le corps par le moyen du sang. Or. ces mouvemens ne sont pas libres & indépendans, mais soumis à nôtre volonté, comme à une maîtresse dont ils suivent les ordres, du moins dans leur durée & dans leur détermination vers un certain objet. La Vertu, qui prend diférens noms selon la diversité des sujets où elle s'exerce, & qui s'apelle Prudence, lors qu'elle s'ocupe au choix de ce qui est utile; Vaillance, lors qu'elle nous porte à braver le péril; Justice, lors qu'elle nous empêche de mettre la main sur ce qui ne nous apartient pas; & Tempérance, lorsqu'elle modére la passion que l'Homme a pour les plaisirs: la Vertu, dis-je, n'est qu'un penchant vers la droiture, lequel se fortifie dans le coeur par une longue habitude, & peut diminuer & se détruire même par nôtre négligence. L'Honneur, ou la Gloire, à qui nous lisons que l'on consacroit aussi des Temples, n'est autre chose que le jugement que nous faisons d'une personne, & par lequel nous reconnoissons en elle de la vertu & du mérite. Mais comme, par un malheur qui nous est naturel, nous sommes extrémement sujets à errer, nous nous trompons souvent dans l'opinion que nous avons des autres; soit en estimant ceux qui n'ont aucun vrai mérite, soit en n'estimant pas ceux qui en ont. Puis donc que toutes ces choses sont, ou dépendantes, comme les passions; ou sujettes à hausser & à baisser, comme la vertu; ou souvent fausses & mal fondées comme la gloire; que toutes en général ne subsistent pas par elles-mêmes, & sont fort éloignées de la dignité des substances; qu'enfin elles ne peuvent entendre nos priéres ni recevoir nos hommages, il est aussi absurde de les honorer comme des Divinitez, qu'il est raisonnable & nécessaire d'adorer celui dont la puissance les produit & les conserve.
Il faut avouer que dans cette dispute les Payens ne sont pas tout à fait réduits au silence. Ils ont leurs preuves, qu'il nous faut examiner. Elles se réduisent à deux, les Miracles, & les Prédictions.
Réfutation de la preuve que les Payens tiroient de leurs Miracles.
Deut. XIII. 3. 2. Thess. II. 9.
Qu'on ne soit pas surpris de voir que Dieu ait soufert que les malins Esprits fissent certaines choses qui tenoient du miracle. Il étoit juste qu'il abandonnât à ces illusions ceux qui depuis long tems refusoient de l'adorer. Outre cela, il y a entre ses miracles & ceux des Démons une diférence qui empêchoit qu'on ne les prît les uns pour les autres: c'est que jamais la puissance de ces Esprits n'est allée jusqu'à faire aucun bien considérable par ces actions surnaturelles. Et s'il leur est arrivé de ressusciter des personnes mortes, ce n'étoit qu'une apparence de résurrection, puis que cette vie qu'elles avoient recouvrée ne duroit pas longtemps, et que même elles ne faisoient aucune des fonctions de personnes véritablement vivantes.
Réfutation de la preuve qu'ils tiroient de leurs Oracles
Il faut apliquer presque tout cela à la preuve que les Payens tirent de leurs Oracles: sur tout, ce que nous avons dit, que ces Peuples ayant négligé les connoissances que la Raison et la Tradition la plus ancienne leur donnoient sur le Culte du vrai Dieu, ils avoient bien mérité d'être le jouet des Démons. De plus, il faut considérer qu'il y avoit presque toûjours dans ces Oracles une ambiguité, qui faisoit que de quelque maniére que les choses tournassent, ils se trouvoient véritables. S'il y en a eu qui marquant l'avenir précisement & sans équivoque ayant eu leur acomplissement, rien n'oblige à les atribuer à une Science infinie, telle qu'est celle de Dieu: puis que les choses qu'ils prédisoient, par exemple, des sécheresses, des stérilitez, des maladies contagieuses, des inondations, sont de celles qui ayant leurs causes naturelles & fixes, s'y peuvent découvrir par le secours des Sciences. C'est ainsi qu'il y a eu des Médecins qui ont prédit de certaines maladies. Si ces prédictions regardoient des événemens fortuits, & dépendans d'une cause libre, ce n'étoient que d'heureuses conjectures, tirées du cours ordinaire des afaires du Monde. L'Histoire nous parle de certaines [Cicéron, Solon, Thalès, Périclès.] personnes habiles dans la Politique, qui par les seules lumiéres qu'elle leur fournissoit, ont prédit avec beaucoup de justesse le tour que devoient prendre les afaires publiques.
Mais un défaut général de tous les Oracles des Payens, & qui fait voir que les Esprits qui en sont les auteurs, n'ont pas eu dessein de travailler par là au bonheur des hommes, c'est que ces Esprits n'ont, ni proposé des Régles générales de bien vivre, ni promis avec certitude une récompense après la mort. Même, comme si c'eût été peu que de laisser leurs Adorateurs dans l'ignorance de ces choses si nécessaires, ils semblent ne leur avoir parlé que pour donner de l'encens aux Rois, quelque indignes qu'ils en fussent; que pour décerner les honneurs divins à des Athlétes; que pour engager les hommes dans un amour impur, & dans la passion basse & sordide d'un gain illégitime; ou enfin, pour les animer à se détruire les uns les autres.
Après avoir réfuté l'objection tirée des miracles & des prédictions dont le Paganisme se fait honneur, continuons à le combatre par quelques autres preuves.
Que le Paganisme est tombé de lui-même, lors que les secours humains lui ont manqué.
X. Si cette Religion étoit fondée sur la puissance & sur la volonté de Dieu, on ne l'auroit pas vû tomber & périr absolument dans tous les lieux où les apuis humains sont venus à lui manquer. C'est pourtant ce qui lui est arrivé. Que l'on jette les yeux sur tous les États Chrétiens ou Mahométans, l'on n'y apercevra aucune trace de l'ancien Paganisme, & l'on ignoreroit ce que c'est, si l'Histoire ne nous en instruisoit. C'est elle aussi qui nous aprend que lors même que les premiers Empereurs employoient la force ouverte & les suplices, pour maintenir cette Religion, ou lors que Julien se servoit pour cela de toute sa Science & de tout son artifice, elle perdoit tous les jours quelque chose de son crédit & de son autorité, sans que le Christianisme la combatît ni par des voyes de fait, puis qu'il n'avoit pour toutes armes que la dispute & la fermetê, ni par l'éclat d'une naissance distinguée, puis que son Auteur même passoit pour le fils d'un Charpentier; ni par le secours des Belles Lettres & des Sciences, puis qu'il n'en paroissoit aucuns traits dans les discours des premiers Docteurs de nôtre Religion; ni par des présens, puis que ces premiers Docteurs étoient pauvres; ni enfin par des maniéres flateuses, puis qu'au contraire, entr'autres dispositions qu'ils demandoient à leurs Disciples, ils vouloient qu'ils méprisassent toutes les douceurs de la vie, & qu'ils se résolussent à soufrir tout pour cette nouvelle Doctrine. Certes il faut bien dire que le Paganisme étoit extrémement foible, puis qu'il a sucombé sous une Religion si dénuée de secours. Cette Religion nouvelle, qui lui a succédé, n'a pas seulement banni du coeur des Payens la crédulité qui les atachoit au service de leurs Dieux, mais elle a même, au seul nom de Jésus-Christ, fermé la bouche à ces faux Dieux, ou pour mieux dire, aux Démons. Elle les a chassez des corps qu'ils possédoient, & les a forcez de dire, lors qu'on leur demandoit la raison de leur silence, qu'ils ne pouvoient rien dans les lieux où le nom de Jésus-Christ étoit invoqué.
Que les Astres n'ont aucune influence sur la Religion.
Que les principaux Points de la R. Ch. se trouvent dans les Écrits des Sages Payens. Et que les Payens croyoient des choses aussi dificiles à croire que nos Mystéres.
