Note (retour) — LIVRE QUATRIÈME
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XII. Le dernier avantage que nous nous remarquerons dans la Religion Chrétienne sur le Paganisme, c'est que tous ses Articles sont si conformes aux Régles naturelles de la vertu, qu'ils portent par eux-mêmes dans l'Esprit une lumiére qui le convainc & qui le persuade; & qu'ils ont été même enseignez par plusieurs Auteurs Payens. Quelques-uns d'entr'eux ont dit,17 que la Religion ne consiste pas dans les cérémonies, mais dans les mouvemens du coeur:18 que le seul dessein d'atenter à la pudicité d'une femme me rend un homme adultère:19 qu'il n'est pas permis de venger une injure par une autre injure: qu'un homme ne doit épouser qu'une femme:20 qu'il ne la doit jamais répudier:21 qu'il est du devoir de l'homme de faire du bien à tout le monde,22 mais sur tout, à ceux qui sont dans l'indigence;23 qu'il n'en faut venir au serment que dans une ne extrême nécessité: que pour la vie & le vêtement,24 le nécessaire doit sufire. Si la Religion Chrétienne nous enseigne des choses dificiles à croire, la Religion Payenne en a cru une partie, & en a d'autres qui ne font pas moins de peine. Nous avons déjà vu que quelques-uns de ses Docteurs ont cru l'immortalité de l'ame & la résurrection.25 Platon instruit par les Chaldéens, distingue la Nature divine en trois, le Pére, l'Entendement du Pére, qu'il nomme aussi le Germe de Dieu, & l'Ouvrier du Monde, & l'Ame qui contient toutes choses. Julien le plus grand ennemi des Chrétiens a cru que la Nature divine se pouvoit unir avec la Nature humaine: & en a donné pour exemple Esculape, qu'il prétendoit être venu du Ciel pour enseigner aux hommes l'art de la Médecine. La Croix de Jésus-Christ étoit aux Payens un sujet d'achopement: mais que ne racontoient-ils pas de leurs Dieux? Est-ce une chose fort aisée à digérer, que quelques-uns d'entr'eux ayent été foudroyez, d'autres coupez en piéces, & d'autres blessez? De plus, leurs Sages ont assuré que la vertu n'est jamais plus brillante, que lors qu'elle est éprouvée & combatue par de grandes miséres.26 Il semble que Platon dans son second Livre de la République, ait parlé par un Esprit prophétique, lors qu'il a dit, qu'afin que le Juste paroisse bien ce qu'il est, il faut que sa vertu soit dépouillée de tous ses ornemens, qu'il passe lui-même pour un scélérat, qu'il soufre la raillerie & [Suspendatur.] l'insulte, & qu'il finisse sa vie par un honteux suplice. En éfet, ce n'est que dans ces ocasions, qu'un homme de bien peut devenir un exemple de patience à toute épreuve.