Note (retour) — LIVRE SECOND.
Reading edition
Comparons encore ici le Christianisme avec les Religions contraires. Les Grecs, & les Juifs, qui avoient coutume de parler de tout ce qui les concernoit, avec beaucoup de vanité & d'ostentation, ne peuvent citer que fort peu de personnes qui ayent eu le courage de soufrir la mort pour leurs Opinions. Les Indiens peuvent se faire honneur de quelques Gymnosophistes; & les Grecs de leur Socrate. Le reste se réduit à peu de chose. Encore n'y a-t-il guére lieu de douter que ces personnes, qui s'étoient déjà rendues célèbres, n'ayent eu en vûe de se faire un grand nom dans la Postérité, Nos Martyrs étoient pour la plûpart des Personnes du plus bas rang, connues à peine parmi leurs Concitoyens, C'étoient des femmes, c'étoient de jeunes gens, qui ne pouvoient ni désirer ni se promettre avec quelque vrai-semblance, une réputation qui les fît vivre long tems dans la mémoire des hommes. En éfet le Martyrologe ne fait mention que de la moindre partie de ceux qui ont soufert le martyre pour la défense de la Religion, 54Le reste va trop loin pour être compté un par un. Ajoûtons à cela qu'il étoit aisé à la plûpart d'entr'eux de se dérober aux suplices. Un peu de dissimulation, un grain d'encens jetté sans dessein sur un Autel, les en eût afranchis; ce qui ne se peut pas dire des Martyrs Payens.