← Table of contents
Traité de la Vérité de la Religion Chrétienne

Note (retour) — LIVRE SECOND.

Reading edition

4. Ceux qui ont reçu le Christianisme par les instructions des Apôtres, avoient l'esprit imbu des principes d'une autre Religion, & par conséquent dificile à manier. Les premiers Disciples de Mahomet & des Auteurs des Religions Payennes, étant moins prévenus, étoient plus capables de recevoir de nouvelles impressions. La Circoncision & la connoissance d'un seul Dieu, avoient disposé les Hébreux à recevoir la Loi de Moyse. Mais rien ne préparoit les premiers Chrétiens à se soumettre à l'Évangile. Ils étoient dans d'autres sentimens; & une longue habitude, qui tient souvent lieu d'une seconde Nature, les y confirmoit, & les éloignoit de ces nouvelles doctrines. L'éducation & le respect des Loix & de l'autorité de leurs Ancêtres les afermissoit, les uns dans la Religion Payenne, & les autres dans le Judaïsme. Ce n'étoit pas là le seul obstacle que la Religion rencontroit dans leur coeur. Ils ne pouvoient s'y ranger sans se soumettre infailliblement à la fâcheuse nécessité de craindre les maux les plus terribles, ou de les endurer. L'horreur que les maux impriment naturellement, se répand souvent jusques sur les choses qui les peuvent atirer; & il est assez rare qu'on entre dans des sentimens qui traînent après eux d'aussi tristes suites. Nos premiers Péres ont passé par-dessus tout cela. C'est peu de dire que le Christianisme leur fermoit l'entrée des Charges, les assujettissoit à des peines pécuniaires, à la confiscation de leurs biens, & au bannissement: on les envoyoit travailler aux Mines: la cruauté s'épuisoit en nouvelles maniéres de les tourmenter. Le martyre & les massacres étoient si ordinaires, que les Auteurs de ce tems-là assurent qu'il périt par là plus de monde, que la famine, ni la contagion, ni la guerre, n'en peuvent détruire. Les genres de mort qu'on leur faisoit soufrir étoient des plus afreux. 53On les brûloit vifs, on les crucifioit, en un mot, on leur ôtoit la vie par des suplices, qu'on ne peut ni lire ni se représenter sans une extrême horreur. Ces cruautez continuérent dans l'Empire Romain, presque jusqu'à Constantin le Grand. Si elles eurent quelques intervales, ils étoient peu considérables, & même n'étoient pas universels. Elles durérent plus long tems encore dans les Païs qui ne reconnoissoient pas l'autorité des Romains, mais elles ne purent jamais afoiblir ce Parti. Il sembloit même qu'elles l'augmentassent, & que pour un Chrétien qu'elles détruisoient, elles en fissent renaître plusieurs. C'est ce qui donna lieu à quelques-uns de dire, que le sang des Martyrs étoit la semence de l'Eglise.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings