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Traité de la Vérité de la Religion Chrétienne

Note (retour) — LIVRE SECOND.

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Les Grecs, dont la Science est émanée des Chaldéens & des Égyptiens, ont encore moins connu que les Juifs, ces biens qui regardent une autre vie. Ceux d'entr'eux qui portoient leurs espérances jusqu'au delà de la mort, se sont expliquez là-dessus avec une très-grande incertitude; comme il paroît 19par les Discours de Socrate, & 20par les Écrits de Cicéron, de Sénèque & de tous les autres. Les Argumens sur quoi ils apuyoient l'espérance d'une autre vie, étoient foibles,21 & concluoient presque tous autant pour la Bête que pour l'Homme. Ce fut sans doute en vertu de ces sortes d'argumens, que 22quelques Philosophes s'imaginérent que les Ames passoient tantôt des hommes aux bêtes, & tantôt des bêtes aux hommes. D'autres voyant que cette opinion n'avoit aucun fondement légitime, ni dans l'expérience ni dans le raisonnement, & ne pouvant néanmoins s'empêcher de reconnoître que l'Homme avoit une derniére fin, crurent & enseignérent qu'il n'y avoit pas d'autre récompense de la vertu que la vertu même; & que le Sage étoit toûjours heureux, fût-il dans le taureau de Phalaris. Cela parut trop outré à quelques autres, qui jugérent, avec raison, 23qu'un souverain bonheur joint à des maux très-réels, à des dangers, des incommoditez, des tourmens, & à la mort même, n'étoit qu'un mot vuide de sens. Cela les oblige de le faire consister dans ce qui cause du plaisir à l'Homme par l'entremise des sens, en un mot, dans la volupté. Cette opinion fut rejettée par le plus grand nombre, & réfutée solidement. En éfet, elle étoufe tous les sentimens d'honnêteté morale, que la Nature a imprimez dans le coeur; elle abaisse l'Homme, né pour des choses élevées & sublimes, à la condition des bêtes, que la figure même de leur corps, toujours panché vers terre, ne porte qu'à des choses basses & terrestres.

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