Note (retour) — LIVRE SECOND.
Reading edition
XII. Les devoirs des hommes les uns envers les autres, ne sont pas réglez dans l'Evangile d'une maniére moins raisonnable & moins spirituelle. Le Mahométisme ne respire que la guerre. Et cela n'est pas surprenant, puisque c'est à la guerre qu'il doit & sa naissance & ses progrès. Les Loix des Lacédémoniens, ausquelles l'Oracle même d'Apollon donna le premier rang entre celles de tous les autres peuples de la Grèce, tendent généralement à rendre cette Nation belliqueuse.30 Aristote l'a remarqué, & l'a remarqué comme un grand défaut. Mais s'il paroît raisonnable en cela, il ne l'est pas lors qu'il dit que la guerre est naturellement permise contre les Nations barbares; puisqu'au contraire il est certain que la Nature a établi entre les hommes les devoirs de l'amitié, & les douceurs de la Société. On a bien compris qu'elle défendoit & punissoit sévérement le meurtre commis d'homme à homme. Si cela est juste, il est donc très-injuste de regarder la destruction de Nations entiéres par les voyes cruelles de la guerre, comme une chose glorieuse, & comme une matiére de triomphes. C'est pourtant par ces voyes-là, que la fameuse République de Rome est montée à ce comble de gloire & de grandeur, que nous admirons encore dans les Histoires. Ses Écrivains ont même été d'assez bonne foi,31 pour avouer que la plûpart de ces guerres étoient injustes. C'est ce qu'ils disent en particulier de celles qui lui ont assujetti la Sardaigne32 & l'Isle de Cypre. Il paroît par les Historiens les plus célèbres,33 que la plûpart des Peuples ne se faisoient pas un scrupule ni une honte de piller leurs Voisins, & qu'ils comptoient de bonne prise tout ce qu'ils pouvoient leur enlever.34 Aristote & Cicéron mettent la vangeance au rang de actions vertueuses. Les combats sanglans des Gladiateurs à outrance, entroient dans les réjouïssances publiques. Enfin, rien n'étoit plus ordinaire que la cruelle coutume d'exposer les Enfans nouvellement nez.