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Traité de la Vérité de la Religion Chrétienne

Note (retour) — LIVRE SECOND.

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V. Le bruit de ces miracles avoit un fondement si indubitable & si ferme, que 11ni Celsus, 12ni Julien écrivant contre les Chrétiens, n'ont osé nier que Jésus-Christ n'ait fait des actions surnaturelles & prodigieuses, & que les Juifs l'avouent hautement dans leur Talmud. On ne peut dire, ni que ces miracles ayent été produits par des causes naturelles, ni que ç'ayent été de pures illusions. Pour le I. outre que le nom même de miracles & de prodiges que tout le monde leur donne, fait voir qu'on avoue tacitement qu'il n'y avoit rien de naturel, la force des causes naturelles va-t-elle bien jusqu'à guérir en un instant, par la parole seule & par le simple atouchement, des maladies incurables? Et c'est aussi ce que les ennemis déclarez de Jésus-Christ n'ont jamais prétendu, ni pendant qu'il étoit encore sur la Terre, ni depuis la publication de son Evangile dans le Monde. On ne peut croire non plus qu'il n'y ait rien eu de réel dans ces miracles, & qu'ils n'ayent été que l'éfet d'une adresse qui ait su tromper les yeux. Ils ont été faits pour la plûpart en public, en la présence d'un grand Peuple, & de plusieurs personnes éclairées, qui prévenues contre Jésus-Christ observoient toutes ses démarches. Mais d'ailleurs, le nombre en a été trop grand, & les éfets trop réels & trop durables, pour donner lieu à une pareille défaite. Il faut donc nécessairement qu'ils ayent été produits par une cause plus qu'humaine, comme les Juifs l'ont reconnu. Or cette cause ne peut être qu'un Esprit ou bon ou mauvais. Ce n'est pas le dernier. La doctrine à laquelle ces miracles servoient de preuve, est à tous égards oposée aux intérêts des Démons. Elle condamne leur culte, & corrige l'impureté du coeur, qui leur est si agréable. L'événement a fait voir que par tout où on l'a reçûe, elle a renversé l'Idolatrie qui n'étoit autre chose que le service des Démons; qu'elle a inspiré une extrême horreur pour eux; décrédité les Arts magiques; & établi le Culte d'un seul Dieu. Porphyre même a reconnu que ces Esprits n'avoient plus ni force ni puissance depuis que Jésus-Christ avoit paru dans le Monde. Or il n'est pas croyable que le Démon soit assez imprudent, pour faire des choses, qui bien loin de lui être ou glorieuses ou utiles, vont à le couvrir de honte & à ruïner ses intérêts. Mais ce qui est encore plus fort, il n'étoit nullement ni de la sagesse ni de la bonté de Dieu, de soufrir que les malins Esprits fissent illusion à des hommes qui le craignoient, & qui étoient éloignez de tout ce qui lui pouvoit déplaire. C'est là le caractére des premiers Chrétiens. Leur vie irréprochable & les maux qu'ils ont endurez, plutôt que de rien faire contre leur conscience, le prouvent manifestement.

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