Note (retour) — LIVRE SECOND.
Reading edition
L'Évangile ne condamne pas seulement toutes sortes d'injustices, sans distinction de ceux à qui ont en pourroit faire: il travaille aussi à tarir la source ordinaire de toutes nos injustices, en nous défendant d'atacher nôtre coeur aux richesses. Il nous en fait voir le néant. Il nous tourne entiérement vers les biens du ciel. Il nous représente que nôtre ame est trop petite, pour pouvoir donner une égale aplication à deux choses, dont chacune demande l'Homme entier, & qui sont assez oposées, pour nous obliger souvent à des résolutions & à des démarches toutes contraires; que l'aquisition, & la conservation des richesses coute mille inquiétudes, qui rongent le coeur, qui l'asservissent, & qui empoisonnent le plaisir qu'il s'en promettoit: au lieu que les choses dont la Nature se contente, sont & en petit nombre, & très-faciles à aquerir. S'il arrive que Dieu nous donne quelque chose de plus que ce qui est uniquement nécessaire, l'Evangile ne veut pas que nous nous en défassions, 41 & qu'à l'exemple de quelques Philosophes a peu sages, nous le jettions dans la Mer. Il ne veut pas aussi, ni que ce surplus demeure inutile entre nos mains, ni que nous le prodiguions: mais il nous ordonne que gardant un raisonnable milieu, nous employions ce bien à réparer l'indigence des autres, soit par de purs dons, soit en prêtant à ceux qui dans le besoin ont recours à nous. La raison en est, que nous ne devons pas nous regarder comme les maîtres de nos biens à l'exclusion de Dieu, qui étant le Pére de tous les hommes, & le Maître de tout ce qu'ils ont, nous a établis dispensateurs de ses biens, plutôt que véritables possesseurs. Mais quoique par cette raison, il eût droit d'exiger de nous purement & simplement que nous en disposions selon ses ordres, il veut bien nous y inviter par la déclaration qu'il nous fait, qu'une grâce bien placée nous assure des trésors que les Voleurs ne pourront nous enlever, & dont jamais aucun accident ne nous frustrera. Si nous cherchons des exemples d'une libéralité sincére & pleine de charité, les premiers Chrétiens nous en donnent un qui est digne d'admiration. Ne semble-t'il pas, en éfet, à voir la promptitude [Rom. XV. 25. 26] de ceux de Macédoine & d'Achaïe à soulager la pauvreté de ceux de la Palestine, qu'ils n'étoient tous qu'une même Famille dispersée par tout l'Univers?