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Traité de la Vérité de la Religion Chrétienne

Note (retour) — LIVRE SECOND.

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3. Comparons maintenant les moyens par lesquels la Religion Chrétienne s'est établie dans le Monde, avec ceux qui ont servi à afermir les autres Religions; & les premiers Docteurs de celle-là avec ceux qui ont fait fleurir celles-ci. Nous voyons que pour l'ordinaire les hommes ont le foible de se laisser entraîner par l'exemple des Rois, & des personnes revêtues de quelque autorité, sur-tout si cet exemple passe en loi, & si l'on met en usage la force & la contrainte. C'est par ces voyes que les diférentes Religions Payennes & la Mahométane se sont acrues & fortifiées. Les premiers Docteurs de nôtre Religion étoient dénuez de ce secours éficace. C'étoient des personnes sans naissance & sans nom; c'étoient des Pêcheurs, & des gens de métier. Ils ont cependant trouvé le moyen de l'établir en l'espace de trente ans [A-marg] dans toutes les parties de l'Empire Romain, dans celui des Parthes, dans les Indes, c'est-à-dire, par toute la Terre. Pendant près de 300. ans elle n'a dû ses acroissemens qu'à des Particuliers, qui bien loin d'avoir en main ou de quoi se faire craindre par des menaces, ou surprendre la faveur des Peuples par des espérances, rencontroient par tout des obstacles de la part des Souverains. Malgré tout cela, avant qu'elle eût atiré Constantin à la profession de ses véritez, 52il s'en faloit peu qu'elle ne remplît la plus grande partie de l'Empire Romain. Ceux d'entre les Grecs qui ont donné des Régles pour les moeurs, se rendoient d'ailleurs recommandables aux Peuples par quelques autres endroits. Platon étoit grand Géomètre. Les Péripatéticiens s'apliquoient à étudier les animaux & les plantes. Les Stoïciens étoient habiles dans l'art du raisonnement. Les Pythagoriciens possédoient la Science des nombres & de l'harmonie. Plusieurs d'entr'eux, comme Platon, Xénophon & Théophraste, faisoient valoir leurs préceptes par toutes les graces & toute la force de l'éloquence. Rien de tout cela ne se trouvoit dans nos premiers Docteurs. Leurs discours étoient simples & sans agrémens. Ils instruisoient, ils promettoient, ils menaçoient: tout cela sans étude & sans art. Or comme ces maniéres ne peuvent pas aler loin & ont très-peu de proportion avec les succès qu'elles ont eus; il faut de toute nécessité reconnoître, ou que les miracles ont supléé au défaut de l'Art; ou qu'une Providence secrette a veillé favorablement sur les desseins de ces premiers Fidéles; ou qu'ils ont eu l'un & l'autre de ces deux secours.

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