Note (retour) — LIVRE SECOND.
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XIX Si toutes ces preuves ne satisfont pas, & qu'on en désire de plus convainquantes, on doit considérer que55 les preuves varient, selon la diversité des choses que l'on veut établir. On ne peut conclurre une vérité Mathématique que par des raisons de la dernière évidence. Les disputes de la Physique se doivent terminer par des argumens fondez sur des Principes naturels. Lors qu'il s'agit de délibérer, il faut se déterminer par des argumens tirez des maximes que le sens commun & l'expérience suggérent. Les Faits ont aussi leurs preuves, qui consistent dans la qualité de ceux qui les atestent: & c'est les avoir prouvez, que de faire voir que ces Témoins n'ont rien qui les les rende suspects. Si l'on ne s'en tient pas là, on anéantit la certitude des Faits Historiques; on détruit celle des expériences, qui font la partie la plus considérable de la Médecine; & l'on suspend les devoirs réciproques des Péres & des Enfans; puis que ces relations ne se connoissent que par ces sortes de preuves. Dieu eût pu fonder nôtre Foi sur le témoignage des sens de chaque Fidéle, & même sur des démonstrations: mais il vouloit commander aussi bien que persuader, & donner à la Foi un caractère d'obéïssance & de soumission. Il sufisoit donc qu'il se révélât d'une maniére capable de convaincre les esprits dociles. Il vouloit que l'Evangile fût une Pierre-de-touche qui distinguât les ames ployables & flexibles d'avec celles qui sont d'une opiniâtreté incurable. Nos preuves ont persuadé un très-grand nombre de Personnes sages & vertueuses; il est donc évident que l'incrédulité des autres ne vient pas de l'insufisance de ces preuves,56 mais de la répugnance qu'ils ont contre des véritez & des Loix qui choquent leurs passions, & qu'ils ne peuvent admettre sans s'engager à compter pour rien la gloire, les honneurs, & les biens de cette vie. Ils reçoivent sans scrupule mille autres Faits qui ne sont apuyez que sur le raport des Historiens, & dont ils ne voyent même à present aucuns monumens sensibles. Mais lors qu'il s'agit de l'Histoire de l'Evangile, ils entrent en défiance, & n'ont aucun égard au raport de ses premiers témoins, ni aux monumens qui pourroient servir à la confirmer; tel qu'est l'aveu de tous les Juifs; & cette multitude de Sociétez Chrétiennes qui ne peuvent s'être formées sans quelque raison légitime.