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L'amour au pays bleu

VIII

Reading edition

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l souriait; c'était bien la fiancée rêvée: la suave jeune fille, chaste comme le calice du lis qui vient d'éclore au premier baiser du jour, pure comme le Selsebil, la source du Paradis.

Aussi, comme il couvait ce délicieux bouton poussant pour lui seul et qui pour lui seul allait s'épanouir! Comme il l'entourait de soins et de surveillance! comme il faisait appel à toute sa vieille expérience d'ancien débauché! comme il connaissait les effets et les causes! comme il pesait le si et le mais, le pourquoi et le donc! Vieux chacal, il avait tant de fois rôdé près des poules que, s'il savait comme on les prend, il savait aussi comme on les garde, et ce n'est pas à lui qu'on pouvait rien montrer. Filles de Fathma, vos ruses sont sans égales, mais sans égales aussi étaient sa vigilance, sa prudence et ses précautions.

Son haouch, je l'ai dit, il l'avait bâti loin des chemins, afin d'éviter autant que possible les visites inattendues et importunes, l'arrivée de ces voyageurs fâcheux s'imaginant que tout leur est dû, parce qu'ils viennent hurler devant votre demeure: «Salut, maître de la maison, je suis un hôte de Dieu.» Il avait mis le marais entre lui et la grande route, et il fallait, par de petits sentiers perdus dans les roseaux, faire de longs détours pour atteindre sa porte.

Cependant, s'il arrivait qu'un attardé ou un passant pauvre vînt porter chez lui sa faim, sa soif et sa fatigue, il disait:

—Sois le bienvenu.

Et il faisait bon visage. Il le recevait comme nous autres, musulmans, nous devons recevoir nos hôtes, car le Prophète a donné ces paroles:

«Pieux et béni est celui qui partage sa table et sa couche avec l'orphelin, le pauvre, le voyageur et tous ceux qui ont besoin. Celui-là, Dieu le préservera du mal qui peut tomber du ciel ou sortir de la terre.» Ou encore: «Soyez généreux envers votre hôte, car, en entrant, il vous apporte une bénédiction; en sortant, il emporte vos péchés.» Et encore: «Dieu ne fera jamais de mal à la main qui aura donné» ainsi, qu'il est écrit au chapitre de la Vache.

Il faisait taire les chiens et tenait l'étrier, pour aider le voyageur à descendre; s'il était à pied et las, il le prenait par le bras et l'aidait à s'asseoir.

Ce jour-là, il allumait un grand feu, rôtissait un quartier de mouton et tuait deux poules, afin que son hôte fût rassasié et pût dire en partant: «Mon ventre est plein.»

Afsia ne se montrait pas, mais elle préparait un gâteau au miel et l'envoyait à l'étranger.

Quand l'hôte, repu, se couchait près des derniers tisons du foyer, sur les toisons blanches au poil épais des moutons du Haut-Tell, Mansour s'étendait sur une natte d'alpha, au travers de la porte de l'escalier de pierre, qui conduisait à la chambre de la jeune fille, et, un œil constamment ouvert, attendait venir le jour.

Et alors, sans avoir demandé ni son nom, ni sa qualité, ni où il allait, ni d'où il venait, il lui présentait son cheval tout sellé, et repu comme le maître, ou, s'il n'avait ni cheval, ni jument, ni mule, son bâton de voyage et sa besace garnie par Afsia, et lui disait:

—Va, avec ma bénédiction.

Mais ces visites étaient rares. Le voisinage de la ville ôtait au voyageur l'envie de se détourner de son chemin et d'aller frapper à ce haouch solitaire; et le nom du caïd son frère, la noblesse de sa famille, l'éclat non encore effacé de son antique bravoure, et, plus que cela, l'auréole de folie qui entourait ce front farouche, attiraient une crainte trop respectueuse, pour qu'on songeât à s'en jouer.

Illustration from L'amour au pays bleu
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