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L'amour au pays bleu

XLIV

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I
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l est écrit dans le Livre «Ne tuez point vos enfants par crainte de la pauvreté. Le meurtre que vous commettriez serait un péché atroce.»

Mais celui qui abandonne à tous les hasards de la vie l'enfant qu'il a mis aux flancs d'une femme, commet un crime bien plus atroce. Et Mansour n'avait pas la pauvreté pour excuse; mais, comme beaucoup, s'il voulait de l'amour, il ne voulait pas des charges de l'amour.

Il disait: «Les enfants sont oublieux, ingrats et cupides, ils sont pour les parents une source intarissable de déboires et de larmes.»

Puis il secoua le front, n'y pensa plus et se mit en quête d'autres aventures.

Or, une nuit, comme il chevauchait seul dans la plaine de Djenarah pour rendre visite au caid, son frère, un homme, sortit d'un paquet de broussailles, se rua à son côté et le frappant en pleine poitrine, lui cria:

—Je m'appelle Lagdar-ben-El-Arbi.

Aux premières lueurs de l'aube quelques chameliers le trouvèrent couché dans une mare de sang. La mort est une contribution frappée sur nos têtes, mais souvent nous hâtons sa visite. Cependant cette nuit, la collecteuse de taxes de Dieu regarda l'homme étendu et passa outre.

Il s'éveilla dans la maison de son frère. Un tebib penché sur sa tête, prononçait les mots qui guérissent, tandis qu'une jeune négresse ramenée par lui du Soudan aidait à la conjuration, en versant sur sa blessure une décoction de fleurs qu'elle avait été cueillir.

Le délire le hanta et il demanda Meryem.

Mais nul ne connaissait la fille du Souf.

Alors il appela: Meryem! Meryem!

—Tais-toi! dit la négresse, il est de belles filles dans le Tell.

Mais il continuait sans l'entendre:

—Meryem! Meryem! pourquoi tes flancs se sont-ils ouverts? Pas d'enfants! Je ne voulais pas d'enfants.

—Ne parle plus, dit la négresse, tes paroles te donnent la fièvre.

Elle passa la main lentement sur son front et sur ses yeux, et il s'endormit en murmurant:

—Meryem!

Depuis qu'il l'avait perdue, le nom de la jeune mère abandonnée était souvent revenu sur ses lèvres, mais il semblait que le coup de poignard de Lagdar eût ravivé ses regrets.

La pensée que son rival possédait cette fille, de son plein gré pourtant renvoyée souillée et la honte au front, lui mordait le cœur et il gémissait sourdement sur sa couche.

—Seigneur, disait la négresse, n'es-tu plus Sidi-Messaoud?

—L'heureux! L'heureux! oui tu as raison, noire odalisque. Tes paroles sont douces comme le calme du soir et tu es belle comme la nuit étoilée. Quand je serai fort, je me reposerai sur ton sein d'ébène et j'oublierai celle qui n'est plus.

—Tu es mon seigneur et mon maître, et rien ne te résiste.

Il resta longtemps cloué sur sa couche et bien souvent, quand la fièvre travaillait ses veilles, il répétait le nom chéri de la fille du Muezzin.

Tel avait été son dernier amour. La mort entrevue de si près le fit réfléchir; devenu plus prudent sinon plus sage, enfermé dans son égoïsme de célibataire, il n'acheta désormais que de faciles plaisirs.

Puis il fit le pèlerinage de la Mecque, et, après s'être humilié sur le tombeau du Prophète, il revint sanctifié.

Mais les leçons de l'âge mûr sont sans force dans la vie! Aux premiers ouragans des passions, elles disparaissent comme les nids des oiseaux.

Illustration from L'amour au pays bleu
Illustration from L'amour au pays bleu
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