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L'amour au pays bleu

XXXVI

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n ce moment les chiens aboyèrent, et une voix d'enfant cria d'un ton traînard et monotone:

—Thaleb! Eh! Thaleb-El-Mansour! Sidi-Thaleb!

—Qu'y a-t-il? demanda brusquement le Thaleb.

Et il vit un petit garçon d'une dizaine d'années, arrêté à deux cents pas du côté du marais, avec un chien en laisse.

—Puis-je approcher? dit l'enfant, tes slouguis ne me feront pas de mal?

—Ils sont attachés; que veux-tu?

—Voilà, dit le petit en s'avançant de quelques pas; je viens de la part du Cheik Ben-Kaouaidi du douar qui est là-bas, au bout de la plaine; il t'envoie sa chienne pour tes slouguis.

—Que le diable te prenne avec ta chienne et ton cheik! cria Mansour; drôle, va-t-en!

—La bête est de bonne race, riposta l'enfant sans se déconcerter, et Sidi-ben-Kaouiadi voudrait qu'elle ait une portée de tes chiens.

—Va lui dire que s'il veut des chiens, il les fasse lui-même, et sauve-toi, ou je lâche les miens à tes fesses.

Les slouguis, qui flairaient l'odeur de la femelle, gémissaient avec convoitise.

Le petit garçon hésita quelque temps comme s'il ne savait que faire, puis se décida à s'en aller lentement, tirant sa chienne qui pissotait tout le long du chemin.

—J'irai tancer moi-même, murmura Mansour furieux, ce cheik imbécile, qui m'envoie sa chienne à faire accoupler. Joli tableau pour Afsia, la veille de ses noces!

Et il suivit des yeux le petit bedouin qui s'enfonçait dans les roseaux du marais, comme un point gris dans le noir.

Les gloires du couchant s'étaient effacées peu à peu; il ne restait plus qu'une teinte ardente et l'étoile du soir monta.

Illustration from L'amour au pays bleu
Illustration from L'amour au pays bleu
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