XXXII
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l s'était approché sans qu'elle l'entendît et la regardait en souriant.
—Tu es fâchée, reprit-il, et tu fronces le sourcil?
—Oui, répondit-elle, du ton boudeur d'un enfant gâté, car je ne puis marcher devant moi, ni aller à droite ni tourner à gauche, sans entendre ta voix m'appeler et me dire: «Où vas-tu?»
—Il faut me pardonner, dit doucement le Thaleb, en s'asseyant près d'elle; tu es mon bien et je tremble constamment de te perdre, car avec toi s'en irait ma vie. Par le Dieu miséricordieux, je ne veux pas que tu t'exposes à te faire voler le trésor que tu possèdes et que, depuis quatorze ans, je garde avec tant de soins.
—Quel trésor?
—Un joyau aussi précieux que le plus précieux diamant du sultan de Stamboul; une perle comme le chef des croyants n'en a pas et n'en a jamais eu dans son gynécée.
—Je ne possède rien, dit Afsia, qui regarda avec étonnement le Thaleb, je n'ai d'autres bijoux que les anneaux d'argent de mes oreilles, de mes jambes et de mes bras, et cette petite bague que tu m'as dit venir de ta première amie, et tout cela est à toi, puisque c'est toi qui me l'as donné.
—Et n'as-tu rien autre?
—Moi, moi tout entière, je t'appartiens, je suis ta fille et ton esclave, et demain je serai ta femme, mais toujours ton esclave et ta fille.
—O ma rose parfumée, s'écria Mansour, qui devant cette innocence et cette jeunesse, se sentait purifié et rajeuni, tu es semblable aux houris que le Prophète envoie aux fidèles alors qu'ils ont pu, allégés par leurs bonnes œuvres passer le Sirak tranchant et qu'ils nagent au milieu des délices dans les jardins des Elus.
—Les houris ont-elles aussi un trésor à donner?
—Comme toi, comme toi, ma vie. Mais que le Prophète m'accuse de blasphème, le leur ne vaut pas le tien.
Elle resta rêveuse et l'homme la regardait en silence, plein d'orgueil et d'amour.
Lui, le voluptueux, adonné si longtemps au péché, le destructeur de renommée, le souilleur de couches, il avait fait cet ouvrage sans prix, ce joyau de la nature, cette perle entre les perles, cette fleur des fleurs: Une fille nubile restée chaste, une vierge sans une tache dans la pensée, une pucelle immaculée comme la neige qui couvre aux jours des grands froids les hautes crêtes du Djurjura, comme le bouton du palmier qui, au matin du printemps, s'entr'ouvre au premier baiser du soleil.
Et il la regardait attendri, jouissant de l'étonnement qui éclatait dans ses grands yeux limpides.

