III
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t désormais ses aspirations, ses ambitions, ses désirs autrefois jamais satisfaits, ses passions et ses inquiétudes, s'absorbèrent en cette enfant. La belle petite tête brune semblait avoir chassé de son cœur les pensées sombres et mauvaises. Radieuse lumière, elle effaçait les noires esquisses des regrets du passé.
Rien autour de lui qui pût le distraire, et il l'enveloppait des chaudes effluves de son amour, se disant qu'il saurait bien mettre entre elle et le monde externe une si douce atmosphère de parfums, de caresses et de bien-être, que même grandissant, elle n'aurait pas le désir de regarder au-delà.
Parfois, lorsqu'elle jouait sur le seuil du haouch, il l'appelait, et l'enfant accourait, toute rieuse. Il la prenait sur ses genoux, passait la main sur son front, mesurait la longueur de ses cheveux, se mirait dans ses grands yeux noirs, souriait à ses lèvres, rouges comme des grenades ouvertes, regardait les blanches perles de sa bouche et se plaisait à enfermer dans ses doigts ses petits pieds nus. Il la berçait en chantant quelque vieux refrain du Tell, et l'enfant se sentant aimée, souriait à la vie et s'endormait dans ce tiède édredon de soins et d'amour. Elle jetait la gaîté autour d'elle, comme le soleil jette ses rayons, illuminant tout de sa présence. Quand elle s'éveillait, c'était un ruissellement de joie. La petite maison vibrait de sa gaîté, retentissait de ses rires, s'ensoleillait de ses yeux. Le chien gambadait autour d'elle, les poules caquetaient bruyamment dans ses jambes, le coq battait ses flancs de ses ailes diaprées, lançant dans l'air son chant d'allégresse, les moineaux pépiaient, le merle voisin lui criait: Salamelek! Salamelek! et jusqu'à la chèvre, sa seconde nourrice, qui accourait de loin en sautant, lorsqu'elle l'appelait de sa voix fraîche: Maaza! Maaza!
Aux rayonnements de ses grands yeux tout se chauffait et s'épanouissait, et Mansour, le cœur dilaté, sentait qu'alors seulement il méritait son nom d'Heureux.
