XIV
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n matin, Mansour lui dit:
—Afsia, le jour béni approche. Lorsque tu auras vu quinze fois le coucher du soleil, tu entreras dans ta quinzième année. C'est l'âge que depuis quatorze ans j'ai attendu. J'ai attendu avec patience, car chaque jour ajoutait une pétale à la fleur de ta beauté. Maintenant elle est complète. Le bouton s'épanouit, le moment de le cueillir est venu. Afsia, je veux te dire un grand secret, resté pendant quatorze ans le secret de mon cœur. Je l'y avais enseveli, afin qu'il ne pût mettre une ombre sur la blancheur de tes pensées. Maintenant, le voici. Afsia, ma jeunesse s'est enfuie comme l'eau d'une source qu'a tari le simoun, ne laissant plus que le squelette de son lit, mais j'ai compté sur toi, source pure, pour rafraîchir le lit desséché et combler les bords arides. Afsia, poème de ma vie, j'ai compté sur ton sourire, pour qu'il fasse descendre sur mon vieux cœur, usé et refroidi par l'hiver, tous les rayons du printemps. Afsia, dis-moi si j'ai bien fait?
—Je ne te comprends pas bien, père. Mais si ton cœur a compté sur le mien et ta volonté sur mon obéissance, tous deux ont bien fait.
—Merci, enfant. Je vais expliquer mes paroles. Celui que les hommes du Tell ont nommé Thaleb, et ceux du Beled-el-Djerid Messaoud, celui que tous appellent Sidi-el-Hadj, Mansour-ben-Ahmed, enfin, va te donner le nom d'épouse.... Afsia, le veux-tu?
—Ton épouse, dit-elle étonnée, comment cela se peut-il, puisque je suis ta fille?
—Tu es ma fille d'adoption. Afsia, mais aucun lien du sang ne nous attache. Rien ne s'oppose à ce que tu sois la chair de ma chair, le vêtement de ma vie, le champ fécond où je dois planter ma vigne; rien, que ta volonté; et je viens te le demander: le veux-tu?
—Tes paroles sont encore obscures pour moi, Mansour, et sans doute je suis un peu sotte. Je ne sais pas tout, comme toi; mais voici: S'il te convient que je ne sois plus ta fille et que je devienne ta femme, je le veux bien. Mais pourquoi attendre quinze jours? Puisque tu parais le désirer si ardemment, ne peux-tu m'épouser aujourd'hui?
—Eh quoi! âme de ma vie; le désires-tu donc avec tant d'ardeur, et ton amour serait-il égal au mien?
—L'amour?
—Oui! sentirais-tu remuer ton cœur pour ma vieille barbe grise?
—Oui, je t'aime. N'es-tu pas mon père et ma mère, et toute ma famille?
—Oh! ce n'est pas ainsi qu'un époux veut être aimé; il doit être aimé d'amour.
—D'amour?... Alors tu m'apprendras comment je dois faire. Je t'aimerai comme tu le voudras, et je désire ce que tu veux.
Il prit ses mains et les baisa.
—Blanche fleur de la plaine, dit-il, transporté de joie, ô toi dont le regard est doux comme celui des génisses du Tell, toi dont la vue seule est tout un chant, femme et fleur, ange et houri, je t'enseignerai ce qu'il faudra faire, mais modère ton impatience et attendons le jour béni.

