XVIII
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lle rougit sous ce regard plus éloquent que les phrases mélodieuses et se sentit délicieusement flattée d'être trouvée si belle.
—Toi encore! Toi encore! je t'avais pourtant chassé.
Meryem voulait donner à sa voix une intonation de colère; mais elle ne le pouvait pas. Les mots commencés avec éclat mouraient en syllabes douces, et plutôt étonnée que mécontente, elle vit Mansour tirer de sa ceinture une petite bague d'argent et s'emparer de sa main.
Son regard était si suppliant qu'elle n'osa refuser cette offrande. Elle se laissa faire, toute rougissante, et riait pour cacher son trouble.
—Sont-ce nos fiançailles? demanda-t-elle.
Lui, n'avait d'autre dessein que de la prier de garder ce souvenir en lui disant adieu. Peut-être rêvait-il aussi de prendre un baiser sur sa bouche, le rire de sa belle-mère l'enhardit et il répondit aussitôt:
—Oui, ce sont nos fiançailles. N'es-tu pas parée pour la noce?
—Ah! la noce, elle est depuis longtemps passée; tu le sais bien: ton père ne m'a pas répudiée encore et je ne suis plus à marier.
Il y eut un soupir à la fin de ces paroles et le jeune homme avança les lèvres pour le recueillir. Mais il n'osa; il se saisit seulement de la petite main qu'il avait abandonnée après y avoir glissé la bague et la pressa dans les siennes.
Puis il s'assit aux pieds de l'idole et dans cette douce main, pleura.
Émue, elle se pencha sur son épaule:
—Pourquoi pleures-tu?
Il ne répondit pas, et elle sentait glisser dans ses doigts les larmes.
—Pourquoi pleurer comme un enfant que sa mère gronde? Tu n'es plus un enfant, je ne suis pas ta mère et je ne te gronde pas. Relève-toi, Mansour! Que penserait le cheik, s'il te voyait ainsi? Que penserait la soupçonneuse Kradidja? Mansour! Mansour! Que diraient les hommes du douar?
—Et que m'importe? laisse-moi à tes pieds, je suis bien.
—Mansour, je t'en supplie, relève-toi.
—Tu demandes ce qu'on dirait, reprit-il, Eh! que ne dirait-on pas qu'on ait déjà dit: Le fils d'Ahmed se meurt d'amour pour la Rose des Ouled-Sidi-Abid!
Elle retira brusquement sa main et le regarda tout interdite.
—Quoi! on s'est aperçu que tu m'aimais?
—Ah! s'écria-t-il en lui saisissant les jambes et lui baisant les pieds, je t'aime, je t'aime; tu le savais!
—Je ne sais rien, je ne veux rien savoir. Relève-toi, Mansour! es-tu fou?
—Oui, je suis fou, je le vois bien, car j'ai fait tout ce que j'ai pu pour arracher ta pensée de mon cœur. Je me suis roulé dans les épines des genêts; j'ai passé de longues heures pleurant caché dans les lauriers-roses, mais en dépit de moi-même, mes lèvres murmuraient: «Meryem! Meryem!» J'ai essayé d'aimer les filles du douar, je n'ai pas pu, je n'ai pas pu. C'était toi que j'aimais quand je leur murmurais des mots d'amour; et quand je soupirais près d'elles, c'était vers toi que volaient mes soupirs. Meryem! Meryem! oui, je suis fou.
—Tais-toi, enfant, tais-toi.
—Depuis le jour où tu es venue, hôtesse cent fois bénie et cent fois maudite, t'asseoir sous la tente de mon père, et où je t'ai vue soulever ton voile de ta main gracieuse et montrer l'éblouissement de ta face; depuis le jour où les cavaliers de la tribu ont fait éclater autour de toi la joyeuse fantasia, et que toute pensive tu regardais devant toi, n'entendant ni la voix de la poudre, ni les hennissements des chevaux impatients, ni les cris de joie des femmes, ne voyant rien, alors que tous ne voyaient que toi; depuis l'abominable nuitée d'amour où je t'ai entendue pousser tes premières plaintes, que les baisers de mon père ne pouvaient étouffer, oui, je suis devenu fou!
—Tu me fais mourir de honte.
—Ne m'interromps pas, Meryem. Je les ai comptées, toutes tes plaintes. Et tandis que j'entendais les autres femmes chuchoter et rire tout bas, je me déchirais la poitrine de mes ongles.
Vois, Meryem, tu peux savoir combien de fois, car c'est à peine si depuis, les dattes des oasis ont eu le temps de mûrir.
Il se leva et, ouvrant sa gandourah, montra sur sa poitrine de grandes rayures rouges.
—Va-t-en, aie pitié de moi. Je ne peux plus, je ne dois plus t'entendre; va-t-en!
Elle voulut s'échapper, mais il se plaça devant elle, les bras ouverts, essayant de la saisir.
—Oh! disait-il, je veux les fleurs de ton sein, je veux y boire, je veux y mourir.

