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L'amour au pays bleu

XXXVI

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a nuit descendait. Le Muezzin s'était tu. Sur la place, au coin des rues, près de la fontaine, des hommes debout, agenouillés ou étendus pour le prosternement, tournaient leurs faces vers l'Est. «Car chacun a une plage du ciel vers laquelle il se tourne,» mais c'est toi, Orient, l'oratoire sacré, la source du monde; c'est sous tes ardeurs qu'a jailli le germe d'où sont écloses et ont coulé les nations.

Les bras en croix sur la poitrine, ou élevés à hauteur du visage, ils faisaient monter leur pensée jusqu'au Maître des crépuscules et des aubes. C'était l'heure silencieuse et solennelle de la prière et de l'adoration.

La grande silhouette du minaret se dressait toute blanche dans le bleu sombre du ciel. Les palmiers passaient leur tête chevelue derrière les terrasses, et dans les interstices des troncs noirs éclataient encore les flamboiements de l'Occident. Des cigognes perchées sur une patte, immobiles comme le temps au-delà des mondes, sommeillaient sur les arêtes des toitures, au-dessus de ce peuple recueilli, et des ombres de femmes glissaient silencieusement le long des murs blanchâtres.

Alors on frappa à la porte de la maison qu'habitait Mansour.

Quelques minutes s'écoulèrent, puis il y eut les pourparlers habituels:

—Qui est là?

—Un homme.

—Qui es-tu?

—Lagdar-ben-El-Arbi.

—Que demandes-tu?

—Mansour-ben-Ahmed.

—Tu veux lui parler?

—S'il plaît à Dieu.

—Redis ton nom.

—Lagdar-ben-El-Arbi.

—Attends.

Un jeune garçon fit entrer le visiteur dans le petit vestibule dallé et garni de bancs de pierre qui sépare la rue de la cour intérieure et que nul étranger ne franchit.

—Assieds-toi, homme, dit-il à Lagdar, je vais appeler Mansour.

Il referma avec soin la porte, et bientôt deux ou trois femmes crièrent l'une après l'autre d'un ton dolent:

—Mansour! Sidi-Mansour! ô homme! Mansour-ben-Ahmed! Ia radjel! ô homme! Sidi-Mansour-ben-Ahmed!

Sidi-Mansour-ben-Ahmed ne répondant pas, la porte se rouvrit et le jeune garçon conseilla au visiteur d'attendre un instant.

Lagdar attendit donc, dévoré d'impatience, car l'instant fut de longue durée. Il se disait qu'il aurait eu deux fois le temps de courir au rendez-vous de Meryem; cependant, encore plein de confiance, il écoutait les moindres bruits du dedans et du dehors, se levant et disant à tout pas qui approchait: «Enfin, le voici,» et ce ne fut qu'après une heure passée ainsi, longue et stérile, qu'un vague soupçon traversa son esprit.

Et ce démon aux griffes aiguës qui s'appelle Inquiétude le tordit et le tenailla.

Il frappa de nouveau et cria:

—Femmes, Mansour-ben-Ahmed est-il ici?

Les voix dolentes recommencèrent:

—Mansour! Sidi-Mansour! Ia radjel! ô homme! Mansour-ben-Ahmed! Sidi-Mansour-ben-Ahmed! ô homme!

Puis des bruits confus. On monta et on redescendit l'escalier de pierre, et une vieille cria d'une galerie haute:

—Comment t'appelles-tu?

—Lagdar-ben-El-Arbi.

—Que veux-tu?

—Parler à Mansour-ben-Ahmed, s'il plaît à Dieu!

—Il n'est pas ici; il est sorti pour ses affaires, mais il a dit qu'il reviendrait.

Lagdar, furieux, ne voulut pas attendre davantage; il se précipita au dehors. Peut-être trouverait-il encore Meryem? Mais il se heurta à un grand nègre qui le retint par l'épaule.

Illustration from L'amour au pays bleu
Illustration from L'amour au pays bleu
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