XIV
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Midi. C'est l'heure où le cheval marche sur son ombre. Pas un nuage ne flotte dans le bleu limpide, pas un souffle ne courbe les épis mûrissants des orges et des blés. L'alpha sous les rayons ardents tord ses tiges blanches, et ça et là, la terre trop sèche se fend.
C'est l'heure du grand silence; l'alouette se tait, la perdrix se tient immobile sous les asphodèles, le lièvre roux sommeille dans le sillon. Seules, quelques cigales jettent, dans les herbes brûlées, leur note stridente et grêle; et l'on entend dans les broussailles le bruit sec des graines de genévrier qui éclatent au soleil.
Les femmes sont allées remplir leurs outres à la petite rivière et, assises sur les bords, à l'ombre des lauriers, elles attendent pour le retour le premier souffle dans la plaine. Enfants, vieilles et chiens dorment accablés sous les tentes et, à part les hommes réunis dans le dar-diaf, le douar semble désert.
C'est alors que Mansour, ayant laissé ses troupeaux à la garde de ses plus jeunes frères, revenait à grands pas. Il avait vu de loin arriver les cavaliers et il voulait connaître les nouvelles.
Peut-être n'était-ce pas cela qui le rappelait, mais le désir, pendant qu'il savait son père occupé, de se rapprocher de Meryem? L'amour avait grandi dans cette nature indomptable et en était venu à ce point où il n'y a d'autre apaisement que l'assouvissement, et d'autre remède que la fuite.
Mais au lieu de fuir, il venait; il venait hâtivement, imprudent et troublé. Il avait remarqué que la jeune femme l'évitait, et ce nouvel obstacle irritait ses désirs. Sans doute, il ne se rendait pas compte de la monstruosité d'un pareil amour, ni de l'énormité du crime médité. Peut-être encore ne méditait-il rien, si ce n'est de s'approcher de la bien-aimée, d'en abreuver ses yeux, de se repaître de son sourire, de voir sa robe légère serrée sur ses belles hanches et flotter sur ses jambes nues.
Je ne le juge pas, je raconte et je dis:
«L'amour est fort! L'amour est fort!»

