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L'amour au pays bleu

XX

Reading edition

I
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nstinctivement il se leva pour examiner la face du vieillard, mais devant le regard clair et froid de Mansour, il baissa les yeux, honteux de ce mouvement de curiosité malséante, et, mettant la main sur son cœur, il dit à haute voix:

—Salamalek oum!

—Sur toi, soit le salut, répliqua Mansour; et il passa outre.

Debout, au milieu de la rue, le spahis le regardait pendant qu'il s'engageait sous la longue voûte de la porte du ksour, lorsqu'une main se posa familièrement sur son épaule:

—Omar, que fais-tu là?

Celui qui l'interpellait était un homme de quarante-cinq ans, gros et fleuri, et vêtu comme le sont les marchands riches.

—C'est toi, mon hôte, répondit le spahis; je suis heureux de te trouver. Quel est donc ce bonhomme que tu vois là-bas portant accrochée devant lui cette incomparable pucelle?

—Il s'appelle Mansour-ben-Ahmed... répondit l'autre lentement, et on le surnomme l'Heureux.

—Et il garde la virginité de sa fiancée. Je le sais depuis deux heures; mais c'est tout!

—Et tu veux en apprendre davantage. Tu as raison, Omar, car il se peut que l'histoire de cet homme soit mêlée à la tienne, à la mienne, comme elle est mêlée à celle de beaucoup de gens d'ici. Il se pourrait que ce soit pour cela que je t'ai écrit de me rejoindre.

—Sur la tête de mon père, qui m'a laissé comme un chien errant dans le monde, sur la tête sacrée de ma mère, morte avec la honte au front et la malédiction à la bouche, tes paroles font poindre d'étranges lueurs en ma cervelle. Parle, Lagdar, fils d'El-Arbi, explique-toi.

Alors le marchand prit le bras du spahis:

—Viens donc, dit-il.

Illustration from L'amour au pays bleu
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