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Biographie des Sagamos illustres de l'Amérique Septentrionale (1848)

PREMIÈRE PARTIE

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INTRODUCTION

Les anciens historiens font mention d'un grand nombre de peuples qui avaient habité une partie de l'ancien monde, et qui disparurent ce qui donna lieu de croire qu'ils n'existaient plus, qu'ils s'étaient éteints, comme Pline le jeune le suppose. La découverte du nouveau monde reproduit ces nations: il resterait à fixer leur origine étudiée par les Grotiue, les Lafitau, les Robertson, les Malte-Brun, les Chneider, et autres savans.

Grotiue prétend, non sans raisons, que des peuples qui habitèrent l'Amérique durent venir, en grande partie, de la Tartarie et de la Scytie. En effet, la ressemblance évidente de moeurs entre quelques peuples du nouveau monde et des anciens Scythes et Tartares, appuie fortement ce savant, et Pline nous assure qu'une grande partie de la nation scythe abandonna autrefois sa demeure en Asie, fuyant la cruauté de ses ennemis. Et pour les Tartares, le livre des Transactions de la Société Littéraire et Historique, que j'ai sous la main, suppose une invasion de ces peuples qui aurait trouvé un libre cours par le Kamschatka: elle aurait laissé des traces de forteresses entre le lac Ontario et le golfe du Mexique. Les huttes, les mariages, les sépultures des Tartares, comme nous les dépeignent MM. Pallas et Gmelin, de la société impériale de St. Pétersbourg, se retrouvent à la lettre en Amérique, comme aussi le culte du soleil et de la lune.

Il est vrai que les Groënlandais ressemblent parfaitement aux Esquimaux, et c'est ce qui a fait conclure que ceux-ci en sont une branche. Cependant le docteur Powell, dans sa chronique du Pays de Galles, assure que vers la fin du douzième siècle, Madoc, prince de ce petit état, fatigué de la guerre que se fesaient ses frères, au sujet de la succession de leur père, Ownen-Gwinned, abandonna la querelle et alla à la recherche de nouvelles terres. Il aurait découvert du côté de l'ouest, une contrée fertile, où il aurait laissé une colonie. Il fit voile une seconde fois, dit la légende, et ne reparut plus. On a pensé que ce Madoc pourrait bien être plutôt le père des Esquimaux et la singulière facilité avec laquelle cette famille entend le langage gallois rent moins invraisemblable cette riante hypothèse, qui a inspiré à Southey, l'émule de lord Byron, des vers si enchanteurs.

Plaçons à la suite quelques aperçus sur les pays qui sont le théâtre des évènements de cette histoire. Ainsi Raynal décrit l'Amérique: «Les premiers qui y allèrent fonder des colonies, y trouvèrent d'immenses forêts. Les gros arbres que la nature y avait poussés jusques aux nues, étaient embarrassés de plantes rampantes qui en interdisaient l'approche. Des bêtes féroces rendaient ces forêts inaccessibles. On y rencontrait à peine quelques sauvages hérissés de poil et de la dépouille de ces animaux. Les Humains épars se fuyaient, ou ne se cherchaient que pour se détruire. La terre y semblait inutile à l'homme, et s'occuper moins à la nourrir qu'à se peupler d'animaux plus dociles aux lois de la nature. Elle produisait à son gré sans aide et sans maître, elle entassait toutes ses productions avec une profusion indépendante, ne voulant être riche et féconde que pour elle-même, non pour l'agrément et la commodité d'une seule espèce d'êtres. Les fleuves tantôt coulaient librement au milieu des forêts, tantôt dormaient et s'étendaient tranquillement au sein de vastes marais d'où, se répandant par diverses issues, ils enchaînaient des îles dans une multitude de bras. Le printems renaissait des débris de l'automne. Des troncs creusés par le temps servaient de retraite à d'innombrables oiseaux. La mer bondissant sur les côtes et dans les golfes, qu'elle se plaisait à ronger, à créneler, y vomissait par bandes des monstres amphibies, d'énormes cétacées.... qui venaient se jouer sur des rives désertes. C'est là que la nature exerçait sa force créatrice en reproduisant sans cesse ses grandes espèces qu'elle couve dans les abîmes de l'Océan. La mer et la terre étaient libres. Tout-à-coup, l'homme parut, (ajoute l'historien des Indes Occidentales), et l'Amérique se couvrit de Cités.»

Raynal rend justice à l'aspect du sol, qui attirait ces conquérans: il rend hommage à sa richesse. On trouva ces vastes régions couvertes de forêts et dans l'état de nature: cependant leur aspect était des plus variés, et le arbres et les plantes, en nombre infini, annonçaient une heureuse fertilité. Granganimo, Sachem de Roanoake, offre à ses hôtes des melons, des concombres, et d'autres fruits. La vigne sauvage était abondante, mais ce n'était qu'une des moindres richesses du pays. O découvrit un fruit qui pouvait remplacer le pain, et ce trésor ne demandait que d'être rendu plus abondant par les soins de l'homme. Sans parler des sauts et des chûtes qui ont excité l'admiration des voyageurs, les environs du Saint-Laurent étaient dès lors charmans. Ladauanna était le nom que les naturels donnaient à ce fleuve majestueux qui coule des grands lacs, immenses réservoirs purs comme le crystal, et où l'on admire le mirage des nues qui flottent dans l'air, ainsi que des branches de grands pins qui sont à demi penchés sur Le sein de la mer. Le Saint-Laurent sort de ces eaux pour aller se jeter dans celles de l'Ottawa. La jonction de ces deux grandes rivières forme le plu beau spectacle. D'un côté les eaux impatientes de notre beau fleuve roulent au-dessus des rocs, et de l'autre la sombre majesté de l'Ottawa traverse silencieuse d'immenses forêts jusques à la réunion dans la grande vallée d'Hochelaga.

Les Sioux et les Iroquois n'avaient pas plutôt jeté les yeux sur cette terre, que les Européens l'envahirent à main armée. Ils trouvèrent dans ses possesseurs des peuples sans défiance, doux et agricoles, comme les habitans de Stadaconé, et le peuple charmant de Roanoake, tant admiré par chevaliers de la reine Elizabeth. Je ne vois plus ces quelques barbares de Raynal, hérissés du poil des animaux féroces, mais une race hospitalière capable de faire honte à l'avar égoïsme de nos nations civilisées.

Avec ces traditions marche de pair le code moral d'une race, une règle des actions chez le sauvage. Cette règle est circonscrite dans des bornes fort étroites. Le courage, la bonne foi, l'amour de la vérité, l'obéissance à ses chefs, l'amour de sa famille, voilà les seules qualités qui doivent le conduire au bonheur. Il manque de ce qu'il lui faut pour appliquer ces quelques principes confus dans sa tête, et se livre au vice avec plus d'ardeur que l'homme civilisé, de même à la vertu.

CHAPITRE I

ARGUMENT

De la tradition chez les Américains du Nort--Tashtassack--Sauvages du Canada--Chefs du pays: Donnacona--Ses rapports avec les Français--Agona, Membertou.

Pour revenir à Donnacona, s'étant avancé vers le vaisseau de Cartier avec douze embarcations chargées de ses sujets, par une délicatesse qui nous étonne, il en laissa dix en arrière, et ne s'approcha qu'avec les deux autres. Il Demanda les bras du capitaine à baiser en signe d'amitié, et l'on se fêta aussi cordialement que des voyageurs qui se revoient après une longue séparation.

Les sauvages avec lesquels on était ainsi en rapport, avaient guerre avec ceux d'Hochelaga, grosse bourgade, située à peu près où l'on a bâti depuis notre superbe capitale Cartier qui connaissait déjà ce peuple par ce que lui en avait dit Taiguragny et Domagaya, s'ennuya bientôt du séjour de Stadaconé, ou plutôt de Ste. Croix, où il avait assis son petit camp, et voulut aller à la découverte. Donnacona fit tout pour le retenir. Il alla aux vaisseaux avec plus de cinq cents personnes, fit à Cartier mille protestations d'amitié, et lui donna en présent une jeune fille et deux petits garçons, dont l'un était fils de Taiguragny. Le capitaine lui donna à son tour deux épées et deux bassins d'airain, dont il parut fort satisfait, sans oublier néanmoins le principal but de sa visite, qui était de prévenir le voyage. Il déclara qu'il attendait qu'en reconnaissance du sacrifice qu'il fesait des trois enfans nobles, les Français n'iraient point à Hochelaga. Cartier, ne voulant pas se désister, pensa à les lui rendre; mais Donnacona le pressa De les garder, et il prit congé des Européens qui le saluèrent d'une volée de canon et de mousquet.

Ce ne fut pas le dernier effort de l'Agohanna, et il imagina un expédient qui aurait eu le meilleur succès parmi les siens, mais qui ne devait pas en imposer à des Français. Il fit déguiser trois sauvages en sorciers. Vêtus de peaux de chiens noires et blanches, avec des cornes plus longues que le bras, et le visage peint en noir, ils allèrent se cacher dans une barque. On les donna pour des députés du dieu Codoagny, qui venaient prévenir les Français, qu'ils seraient engloutis par les glaces, s'ils persistaient à aller à Hochelaga. Les mariniers se prirent à rire, et ils eurent assez peu de respect pour dire ouvertement que le dieu Cudoagny n'était qu'un sot et ne savait ce qu'il disait.

Pour Cartier, après avoir monté sur la montagne, d'où «il eut vue et connaissance de plus de trente lieues à la ronde», il rebroussa chemin, quoiqu'il désirât beaucoup de connaître les peuples qui vivaient au-delà. Parmi ceux du Canada, à cette époque, les Esquimaux étaient le plus au nord; au sud du golfe St. Laurent se trouvait les Mic-macs ou Souriquois; les Montagnais en remontant le fleuve, puis les Algonquins, revenus de la terreur que leur avaient inspiré les Iroquois. En atteignant les grands lacs, on apercevait ces derniers, ainsi que les Hurons ou Yendats. C'étaient apparemment les premiers dont ceux de Stadaconé parlèrent aux Français comme d'une nation qui était «Agojuda», ou d'hommes méchans, «habitant amont le fleuve et armée jusques aux doigts.»

Taiguragny et Domagaya vécurent en France comme de grands seigneurs, si Jacques Cartier n'en imposa pas aux Canadois, en 1540.

Agona n'eut pas plutôt vent de son retour, qu'il vint au devant de lui en grande retenue, et parut, dit-on, heureux d'apprendre qu'il devenait Agohanna du pays. Lorsque Cartier eut terminé son discours de bienvenue, Agona, prenant l'espèce de diadême qu'il portait sur sa tête, et les bracelets qu'il avait aux bras, les lui mit, et lui donna l'accolage en signe d'alliance. J'ignore si ces démonstrations étaient sincères. Quoiqu'il en soit, lorsque Cartier moulut visiter la bourgade d'Achelay, il sut que le Chef en était sorti, pour concerter un plan de guerre contre lui avec le nouvel Agohanna. Durant tout l'hiver, les Français furent en effet harcelés et forcés même d'abandonner le camp de Charlebourg-Royal. C'est la dernière fois qu'il est parlé d'Agona. Ce chef devait être un homme habile, à en juger par les mesures prudentes qu'il adopta vis-à-vis des Français. Le choix de Donnacona fait d'ailleurs son éloge.

Les Canadois, disent en substance Cartier et Roberval, sont d'une haute stature. Ils sont presque nus en été, et se couvrent de peaux durant l'hiver. Ils portent les cheveux relevés en forme de tresse. Quoiqu'errans par le pays pour la pêche, ils ont des demeures fixes, et après la rivière Saguenay, on découvre la Province de Canada, où il y a plusieurs peuples. Ils ont chacun un roi auquel ils sont merveilleusement soumis, et font honneur en leur manière et façon.

Il s'élevait dès lors un autre Sachem canadois, Membertou. Il appartenait à cette intéressante famille gaspésienne, dont j'ai parlé plus haut. Nous le verrons Chef des Souriquois.

CHAPITRE II

ARGUMENT

Découverte de la Floride--Des Chefs qui régissent ce pays: Andusta Satouriona, Ouaé-Outina--Amitié d'Andusta pour les Français--Puissance d'Outina et richesse de ses domaines--Les Français recherchent son alliance--Mauvais procédés de ces derniers envers Satouriona--Ambassade envoyée au grand Olata--Description d'une marche guerrière--Incidens--Pénurie des colons--Rupture de l'alliance; Outina est pris et délivré--Les Français sont massacrés par les Espagnols--Représailles--Réflexions.

Sans examiner ici, si Madoc, prince gallois, put débarquer en Floride, je mentionnerai seulement que les amiraux de Henri VII avaient aperçu ce pays, en 1497. Ce ne fut que trente ans après que Pamphile Narvaez, capitaine espagnol, aborda sur les côtes. Il pénétra à la tête de 300 hommes jusqu'aux Apalaches, mais on manque de détails sur son expédition.

Les guerres entre la France et l'Espagne, suscitèrent depuis des navigateurs hardis, qui harcelèrent cette dernière puissance jusque dans ses possessions lointaines. Un des plus célèbres fut le capitaine Robaut, dont le voyage fournit des documens assez étendus sur les peuples de la Floride.

Ils étaient alors gouvernés par des Chefs appelés Paraoustis, comme si l'on disait Sachem ou Agohanna. Il fallait un appui aux nouveaux venus contre les Espagnols, déjà en force dans le pays: Andusta fut le premier qui fit amitié avec eux. C'était un Paraousti considérable, et son alliance valut à Ribaut celle de plusieurs chefs puissans, entre autres, Mahon, Hoya, Touppa, Covecxis, Ouadé et Stabane. Satouriona, autre puissant Paraousti, se joignit à eux. Il avait besoin des Français contre Olata Ouaé Outina, le plus formidable prince de ces régions, qui vivait dans l'intérieur des terres. Mais il arriva que les Français, instruits des richesses que recélait le pays de ce dernier, ne voulurent rien entreprendre contre lui, mais se livrèrent à l'espoir d'une alliance qui leur tournerait à profit. Ces plans étaient destinés à éprouver des retards à leur exécution. Ribaut fut obligé de partir pour l'Europe. Le capitaine Albert, son lieutenant, homme brusque jusques à l'excès, s'attira la haine de la garnison, qu'il vit se consumer par la maladie et les rixes. Dans cette situation, il fallut abandonner le pays. Ce fut au grand regret des sauvages dont les habitations étaient plus près de lamer. Ils étaient aussi hospitaliers que ceux du Canada, et l'on vit le Paraousti Andusta, et Mahon, son allié approvisionner le vaisseau pour le voyage, et fournir tout ce qu'il fallait pour les cordages. Ce sauvage généreux, périt dans un combat contre Ouaé-Outina.

Ce dernier, qui se fesait appeler le «Grand Olata», régnait sur un peuple qui pouvait mettre en campagne cinq mille combattans. Il avait une cour nombreuse, et se fesait suivre par des devins comme les rois latins et Grecs. Un pays semé de mines d'or et d'argent, jettait encore sur ses peuples, un lustre plus grand; car il est naturel que des Européens avides fissent plus de cas de guerriers qui, comme dit Marc Lescarbot, «fermaient l'estomac, bras, cuisses, jambes et front avec larges platines d'or», tellement que Glaucus rencontrant Diomède dans la mêlée, ne me paraît pas avoir dû posséder une plus belle armure. Aussi, dès que les Français revinrent dans les mêmes parages en 1564, M. de Laudonière, leur chef, ne perdit pas de vue cette alliance.

Olata donna à d'Arlac deux lingots d'or, et lui promit un secours de 300 archers si les Français étaient attaqués.

Cette bonne harmonie ne fut pas de longue durée. Les Français ne suivirent pas les conseils du sage De Coligny, amiral de France, et refusèrent de se livrer à l'agriculture, genre d'occupation qui leur paraissait peu digne d'hommes de guerre. En cela ils étaient plus barbares que les sauvages.

M. de Laudonière réduit à l'extrémité, et pressé par ses soldats, résolut de s'emparer de sa personne, pensant bien que ses sujets livreraient leurs moissons pour le délivrer. Il exécuta lui-même ce coup de main à la tête de cinquante hommes, au moment où le Paraousti n'était pas entouré. Les sauvages apportèrent d'eux-mêmes une grande quantité de blé, mais voyant avec chagrin qu'on ne leur rendait pas leur roi, ils se rangèrent sous l'autorité de son fils, et déclarèrent la guerre, en plantant en terre un grand nombre de flèches surmontées de chevelures. Potavou informé de la prise de son ennemi, entra sur ses terres à la tête de 500 guerriers; mais il fut repoussé malgré l'aide des Français, et retraita après avoir causé quelque dégât.

Cependant Olata fesait de grandes promesses pour se dégager. Les grains entraient en maturité. Il fit entendre que ces belles moissons n'appartiendraient jamais à ceux qui le retenaient captif, et que ses sujets aimeraient mieux les détruire que de les laisser à leur merci. Laudonière se laissa prendre, et le renvoya sous escorte. Mais il ne fût pas plutôt arrivé dans son pays qu'il s'apprêta à combattre. Il déclara au commandant qu'il ne pouvait arrêter les progrès de la guerre, mais que pour lui, il pouvait s'en retourner sans crainte, en évitant de grands arbres que l'on avait abattus dans la rivière pour le retarder. Puis il se mit lui-même à la poursuite de M. d'Ottigny, qui tenait la campagne avec un grand parti. Olata fit prendre un chemin détourné à 300 de ses gens, et alla lui-même aux Français avec un corps plus nombreux. D'Ottigny se défendit bien tant qu'il n'eût affaire qu'au premier détachement, mais se voyant cerné, il fut contraint de se frayer un chemin au prix de vingt-quatre de ses plus braves compagnons, qui furent tués ou pris.

Affaiblis par ces revers, les colons se virent bientôt poursuivis jusque dans l'enceinte de leurs forts. On avait eu l'imprévoyance de blesser Satouriona. Ce chef, homme de tête et de main, sut défendre ses moissons, et faire respecter sa neutralité. La garnison fut bientôt affamée, et l'on regarda comme un bonheur qu'une partie pût s'embarquer sur un vaisseau que leur laissa le célèbre Jean Hawkins, capitaine de la reine Elizabeth. Laudonière se trouvant das une abondance momentanée par la générosité des Anglais, retarda son départ, et ce fut ce qui le perdit; car au mois de Septembre, Dom Pedro Menendez de Avila, parut devant Caroline, où le capitaine Ribaut était de retour. Les Espagnols passèrent tout au fil de l'épée.

Content de sa vengeance, Gourgues partit au grand regret des naturels qui lui firent promettre de revenir après douze lunes. Mais il fut mal reçu à la cour de France intimidée par les menaces de Philippe II, et la France n'éprouva depuis que des affronts au sujet de la Floride.

Satouriona, moins élevé en puissance, offre encore plus d'intérêt. Comme guerrier, il réclame un rang distingué parmi ses compatriotes. Ses ennemis redoutaient son courage, et Molona, qui paraît avoir été l'orateur habitué d'Olata, le peignit aux ambassadeurs français comme le plus terrible ennemi de son maître. Comme politique, son habileté paraît par toute sa conduite. Arrès avoir tout fait pour s'acquérir l'amitié des Français, il sait punir leur ingratitude, et se fait craindre sans se faire haîr.

Mais rien ne lui fait tant d'honneur que son humanité. Pierre de Broy, jeune homme échappé au massacre de Caroline, trouve auprès de lui une protection efficace, lorsque les siens ne sont pas en sûreté. Il re rend sain et sauf au capitaine Gourgues.

CHAPITRE III

ARGUMENT

Nouvelles découvertes des Anglais--Voyage d'Amidas et Barlow--Granganimo: ses belles qualités--visite à sa résidence--Menatenon--Mort de Granganimo--- Ensenore--- Vingina succède à son frère--Hostilités--Fin malheureuse de ce Sachem--Destruction des Anglais.

Enfin, le quatrième jour, trois sauvages parurent dans un canot d'écorce, et s'approchèrent des vaisseaux sans témoigner aucune crainte. On ne put se faire comprendre d'eux; mais quand on leur présenta un bonnet militaire, un habit et du vin, il parurent extrêmement satisfaits, et considérèrent ces objets avec un étonnement auquel succéda la reconnaissance. Le sauvage ne se laisse jamais vaincre en générosité: ceux-ci regagnèrent le rivage à la hâte, et en un moment, ils revinrent avec leur canot chargé de poisson. Ils en firent deux parts, une pour le plus gros vaisseau, et une autre plus petite pour une pinnace qui l'accompagnait. Il y avait là, ce semble, cette attention qu'apporte en donnant l'enfant né avec l'instinct de la générosité, une naïveté qui fait honneur à ces insulaires.

Le lendemain, Granganimo, Sachem des Ouingandacoa, parut sur le rivage avec sa suite, composée d'environ cinquante personnes. Quoique les Anglais fussent sous les armes, le prince sauvage, loin de montrer de la défiance, s'avança tout confiant, et prononça la harangue de bienvenue, qui est essentielle dans la politesse sauvage, lorsque de grands personnages se trouvent en présence. Ceux qui l'accompagnaient paraissaient si respectueux, que de n'oser s'asseoir en sa présence, quoique l'entrevue fût longue. On donna pour lui des présens aux plus apparens, qui paraissaient être ses conseillers. Granganimo se les fit montrer aussitôt, et signifia avec beaucoup de dignité qu'il se les réservait tous.

Dans une seconde entrevue, on lui présenta un joli petit plat d'étain. Le brave Sachem, par une sorte d'instinct singulier, que ses semblables ont uniformément imité depuis, le perça aussitôt, et le suspendit sur sa poitrine comme une Manière de crachat, puis, avec une munificence de grand prince, il fit délivrer aux Anglais soixante-dix peaux de daims. Il revint encore aux navires avec toute sa famille et son père Ensenore, qui avait apparemment résigné en sa faveur, selon un usage que l'on trouva très répandu sur ce continent. Les officiers de la reine leur donnèrent un grand festin, et leur procurèrent beaucoup de plaisir. Dans tous ses rapports, le naturel du Sachem continua de se montrer à son avantage. S'attachant avec un soin qui nous étonne, à ménager les Anglais, il ne les visitait jamais sans les informer, par des feux qu'il fesait allumer sur le rivage, du nombre de canots qu'il conduisait. Il envoyait chaque jour en présent deux daims, deux lapins, du poisson, des melons et d'autres fruits, tels que des poires et des noix, richesses de son domaine. Il persuada Amidas de l'aller voir à son village situé à l'extrémité de l'île Roanoake. On dut trouver que les états de sa majesté le roi de Ouingandacoa, s'ils étaient riches de produits de la nature, n'étaient point très formidables; car la capitale de l'empire sauvage ne consistait qu'en neuf cabanes entourées de palissades. En l'absence de Granganimo, sa compagne fit les honneurs de l'habitation royale. Elle commanda aux sauvages de tirer le canot sur le rivage, et de mettre les avirons à couvert; puis elle fit porter nos beaux Anglais à travers le ressac. Après les avoirs introduits dans la maison, comme ils étaient las et transis, elle fit allumer un grand feu, lava elle-même leurs pieds, et servit le dîner. La table consistait en venaison bouillie et en poisson rôti avec des melons et d'autres fruits. Mais quelques guerriers armés étant entrés, les Anglais eurent peur, et coururent è leur embarcation, au grand regret de cette reine des sauvages, qui leur envoya encore des nattes pour les préserver de la pluie, et un souper copieux. Homère lui-même n'a rien imaginé de supérieur à l'hospitalité de cette femme, dans son poëme de l'Odyssée, si rempli de beaux détails, et l'on peut dire que l'épouse de Granganimo surpasse la nourrice de Télémaque.

Cependant Amidas et Barlow repassèrent en Angleterre, et publièrent une relation de la beauté du pays, et de l'innocence de ses habitans. Elizabeth fut charmée de leur récit, et détermina Rawleigh à faire un nouvel armement. Sir Richard Grenville fut mis à la tête d'une deuxième escadre, composée de sept navires. Il aborda à Roanoake en 1585. Granganimo vint le trouver à son bord, et l'on renouvella l'alliance; mais ce fut la dernière visite du Sachem, qui fut atteint d'une maladie dont il ne devait point relever.

Dans le même temps, les Anglais lièrent commerce avec un autre Sachem, Menatenon, qui régnait sur les Choouanocks, nation habitant le pays situé entre les rivières Nottawa et Meherrin. On le disait fort puissant. Il était boiteux par suite d'une blessure reçue à la guerre, «mais, dit un vieux chroniqueurs, il avait plus de bon sens que tous ses confrères.» Il amusa les colons, et en particulier, le Gouverneur Lane, d'une mine de cuivre et d'une pêche de perles quelque part sur la côte. Il fit aussi un étrange récit de la rivière Moratue, «où vivait un roi, dont le pays bordait la mer, et qui en retirait une si grande quantité de perles, que son logement, ses peaux et ses nattes en étaient tout garnis». M. Lane se montre fort désireux d'en voir un échantillon, mais le rusé Sachem répondit, sans se déconcerter aucunement, que le monarque réservait exclusivement ces choses pour faire le commerce avec les Anglais. Il représentait la rivière comme jaillissant d'un vaste roc, qui se trouvait si près de la mer que, durant la tempête, ses flots se venaient battre contre lui. Quant au cuivre, que L'on recueillait dans de grands vaisseaux couverts de peaux, lui seul et ses sujets savaient où on le prenait. Il devinait sans peine le faible des Européens, que la soif de l'or rendait stupides. Les anglais tombèrent dans le piège. Ils firent deux cent milles à la recherche des prétendus trésors, et ce ne fut qu'avec peine qu'ils revinrent sur leurs pas, retardés dans leur marche par les guerriers de Ouingina.

Le pacifique, l'affectueux Granganimo n'était plus; son frère lui avait succédé, guerrier redoutable et politique raffiné. Il avait été prévenu par Menatenon de toutes les manoeuvres des Anglais. Les voyant se jeter dans le péril, il assembla ses sujets, et leur parla avec chaleur. Les blancs en veulent à leur liberté et à leur vie; plutôt ils seront en armes, plus leurs jours seront en sûreté. Le vieux Sachem Ensenore, fidèle aux Anglais jusques à l'héroïsme, détourna leur perte. Ouingina faussement sûr de son coup, et ne voyant pas revenir l'expédition, se raillait du dieu des chrétiens, et le crédit du sage Ensenore s'évanouissait; mais enfin, Lane arriva sans trop de désastre, et les vieillards redevinrent en respect. Un épidémie ne servit pas moins à inspirer au Sachem des vues plus pacifiques et plus loyales, qui, au reste, s'évanouirent bientôt. Ensenore mourut. Ouingina arma six cents guerriers sous prétexte de célébrer dignement les funérailles du meilleur ami des blancs. Mais cet appareil voilait une terrible conjuration. Un parti devait massacrer tous les colons qu'il trouverait dispersés sur la côte. Le Sachem lui-même devait attaquer de nuit Hatteras. Il voulut avant tout affamer la colonie, et tout échange fut prohibé. Le plan était bien conçu, mais l'intrépidité du gouverneur le fit manquer. Il conçut le projet de s'emparer de la personne de Ouingina. Il l'informa qu'il se rendait à Croatan, où il attendait une escadre d'Angleterre, et ajoutait qu'il lui ferait plaisir en lui envoyant quelques sauvages pour l'aider à la pêche. Le Sachem, qui ne voulait que gagner du temps, fit répondre qu'il rencontrerait lui-même le gouverneur dans dix jours; mais ce dernier, qui n'avait pas de temps à perdre, s'avança hardiment sur son territoire, tuant tout ce qui s'offrait à lui, et fit sommer Ouingina de le venir trouver. Celui-ci vint jusques à Dassomonpic avec quelques-uns des siens. Le gouverneur fit tirer sur lui. Il tomba, mais se relevant aussitôt, il disparaissait dans la forêt, lorsqu'un jeune Irlandais l'abattit d'un second coup. On lui trancha la tête.

Le danger où se trouvaient les colons excuse-t-il entièrement ce meurtre? Ce n'était pas sans raisons que Ouingina les haïssait, car nous voyons ces hommes qui prétendaient à une civilisation avancée, brûler un village entier, et les moissons, parce que deux indigènes avaient dérobé une coupe d'argent. Ce n'était pas le moyen de s'attacher ceux auxquels on devait tout. Ces actes de vandalisme furent au reste bien punis. Menatenon fondit sur les Anglais à la tête de deux peuples réunis, et fit une horrible Justice. Sir Richard Grenville ne débarqua quinze hommes à Roanoake que pour les voir massacrer impitoyablement. Cent-dix-sept personnes périrent dans un massacre en 1587, et le chevaleresque Rawleigh ne songea plus à fonder de colonie en Amérique.

CHAPITRE IV

ARGUMENT

Nouvelle expédition française en Amérique--Des Sagamos qui commandent en la Nouvelle-France--Guerre entre les Mic-macs et les Armouchiquois--Conversion de Membertou et ses suites--Générosité de ce Sachem--Origine des Abénaquis--Entrevue de M. de Champlain et d'Anadabijou; traditions religieuses--Remarques sur la beauté du pays.

Le seul mérite éleva Membertou au rang suprême. Il fit heureusement la guerre aux Armouchiquois sous leurs Chefs Olmechin, Asticou et Bessabes. M. De Poutrincourt, gouverneur de Port-Royal, conclut avec lui une alliance en 1604, et procura par là à la colonie un ami fidèle. Les Français l'invitaient à toutes leurs réjouissances, et regrettaient son absence durant les chasses: c'est ce que nous dit Lescarbot de lui et de son lieutenant, Shkoudun. Quelques européens l'accompagnaient-ils, il en prenait un soin tout particulier, pensant bien que si un seul revenait blessé, on ne manquerait pas de l'accuser.

Arrivé à Chouacket en juillet, il trouva les ennemis préparés à le recevoir. Il tâcha de masquer ses forces, et feignit de désirer un pourparler. Les Armouchiquois prétendirent de leur côté le faire tomber dans le piége, et voulurent l'attirer dans un endroit où ils avaient caché leurs arcs et leurs flèches; mais Membertou usa d'une contre-finesse. Sous couleur de distribuer des présens, il s'avança sans armes, mais il fit prendre un chemin détourné à deux cents guerriers qui devaient prendre l'ennemi en queue au son d'une trompette, l'orgueil de l'armée souriquoise. Elle sonna, et aussitôt les Armouchiquois se virent environnés de toutes parts. Ils perdirent beaucoup de monde dans cette première confusion, mais parvenus en combattant à l'endroit où était leur dépôt, ils renouvellèrent le combat avec acharnement, et Membertou fut en danger d'être défait; poussé jusques au rivage, il adressa à propos à ses guerriers quelques paroles énergiques, et les reproches de la mère de Pannoniac, qui parcourait les rangs à la manière des anciennes persanes, leur rendirent le coeur. Le fier Asticou lâcha pied, et Membertou revint triomphant avec une multitude d'objets de trafic. Lescarbot, dans une épître au roi de France, a décrit le combat de Chouacket. Je ne citerai que le début:

Je chante Membertou, et l'heureuse victoire Qui lui acquit naguère, une immortelle gloire, Quand il joncha de morts les champs Armouchiquois Pour la cause venger du peuple souriquois.

Cependant, M. de Champlain crut avantageux de réconcilier les deux Sagamos. Asticou ne refusa pas de se prêter à la paix, pourvu qu'on lui envoyât un homme de confiance pour la traiter. Oagimon lui fut député, et tout fut arrangé à l'amiable.

On ne sait pas bien l'époque de la mort de Membertou, quoique sa perte dût être vivement sentie. Il avait beaucoup de douceur, et des vertus. Généreux et courtois, il voulut faire présent au roi d'une mine de cuivre qu'il possédait «comme il convient entre Sagamos.» «Or jaçait, dit Lescarbot, que le présent qu'il voulait faire à sa Majesté fût chose dont elle ne se soucie, néanmoins, cela lui partait de bon courage, et doit être estimé comme si la chose était plus grande, ainsi que ce roi des Perses, qui reçut d'aussi bonne volonté une pleine main d'eau d'un paysan, comme les plus grands présens qu'on lui avait faits.» Sa personne et ses actions étaient remplies de dignité. Il se mettait à l'égal du roi de France. «étant comme lui grand Sagamo», et il exigeait que l'on tirât le canon toutes les fois qu'il paraissait à Port-Royal. Le P. Biart nous a laissé des mémoires dans lesquels il entre dans de grands détails sur sa nation. Les Souriquois d'abord fort puissans, diminuaient beaucoup dès le temps de M. de Monts. On doit s'étonner que Membertou pût les maintenir dans l'alliance des Français, persuadés qu'ils étaient que les Européens les voulaient détruire. Cette idée n'était pas absolument sans fondement, et l'on trouva souvent entre leurs mains du sublimé corrosif. Unis à leurs voisins, les souriquois redevinrent formidables sols le nom de tribus abénaquises.

Parmi les contemporains de Membertou, Anadabijou, grand Sagamo des Montagnais, se fesait remarquer par son esprit. M. de Champlain l'avait vu à Tadoussac, revenant de combattre les Iroquois. Ils se rencontrèrent de nouveau en 1610. De Champlain, parfait homme de cour, trouva chez lui une politesse à laquelle il ne se serait pas attendu. Le Sachem, qui était en festin, le reçut cordialement, ainsi que Marc Lescarbot qui l'accompagnait. Les guerriers Montagnais étaient rangés sur deux haies. Un d'eux commença, dit notre Anacharsis, à faire sa harangue de la bonne réception qui lui avait été faite par le roi, et du bon traitement qu'il avait eu, les assurant que le dit roi leur voulait du bien, et désirait peupler leurs terres et leur envoyer des guerriers pour vaincre leurs ennemis. «Il leur conta aussi les beaux châteaux, palais, maisons et peuples qu'il avait vus, et notre manière de vivre.»

Lorsqu'il eut cessé de parler, M. de Champlain et Lescarbot se retirèrent. Ce dernier nous décrit le lieu où les Montagnais se trouvaient campés. «Le lieu de la pointe St. Mathieu où ils étaient cabanés est assez plaisant. Ils étaient au bas d'un petit côteau plein d'arbres, sapins et cyprès. A la dite pointe, il y a une petite place unie qui découvre de fort loin, et au-dessous du dit côteau est une terre unie contenant une lieue de long, et demie de large, ornée d'arbres.»

Le lendemain, à la pointe du jour, Anadabijou fit le tour de toutes les cabanes, criant à haute voix qu'on eût è déloger pour aller à Tadoussac, où étaient les bons amis; car, de même que les Européens, les sauvages rendent une visite reçue.

Marc Lescarbot a écrit quelques-uns de ses entretiens avec Anadabijou; écoutons ce sauvage parler théologie: «Il y a, disait-il, un Dieu qui a fait toutes choses. Après qu'il eût fait toutes choses, il prit quantité de flèches et les mit en terre, d'où sortirent hommes et femmes, qui ont multiplié au monde jusques à présent, et sont venus de cette façon. Il y a un seul Dieu, un fils, une mère et le soleil, qui sont quatre. Néantmoins Dieu est pardessus tout; le fils est bon et le soleil, à cause du bien qu'ils reçoivent, mais la mère ne vaut rien et les mange. Le père n'est pas trop bon. Anciennement il y eut cinq hommes qui s'en allèrent vers soleil couchant, lesquels rencontrèrent Dieu, qui leur demanda, où allez-vous?--Ils répondirent: nous allons chercher notre vie.--Dieu répondit: vous la trouverez ici. Ils passèrent outre, sans faire état de ce qu'il leur avait dit, lequel saisit une pierre, et en toucha deux qui furent transmués en pierres; et il dit de rechef aux autres: où allez-vous? Et ils répondirent de même que la première fois. Dieu leur dit: ne passez plus outre. Mais voyant qu'il ne leur venait rien, ils passèrent outre. Et Dieu prit deux pâtons, et en toucha les deux premiers, qui furent transmués en bâtons. Puis le cinquième s'arrêta sans passer plus outre. Dieu lui dit: où vas-tu?--Je vais chercher ma vie.--Demeure, tu la trouveras ici. Il demeure, et Dieu lui donna de la viande, qu'il mangea. Après avoir fait bonne chair, il alla avec les autres sauvages, et leur raconta ce que dessus.»

«Une autre fois il y avait un homme qui avait beaucoup de tabac. Dieu vint à cet homme, et lui demanda: où est ton calumet? L'homme prit son calumet et le donna à Dieu, qui pétuna beaucoup. Après avoir bien pétuné, il le rompit en plusieurs morceaux, et l'homme lui demanda: pourquoi as-tu rompu mon calumet, tu vois bien que je n'en ai point d'autre. Et Dieu prit un calumet qu'il avait, et le lui offrit en lui disant, en voici un que je te donne. Porte-le à ton Sagamo, pour qu'il le garde, et s'il le garde bien, il ne manquera plus de chose quelconque, ni tous ses compagnons. Le dit homme prit le calumet, qu'il porta au grand Sagamo, lequel, tandis qu'il l'eut, les sauvages ne manquèrent jamais de rien, mais depuis, l'ayant perdu, c'est l'occasion de la grande famine qu'ils ont quelquefois parmi eux.» Lescarbot ayant demandé au Sagamo Montagnais s'il croyait toutes ces choses, il lui répondit que oui, et que c'était la vérité.. Notre chroniqueur, qui avait le mérite de bien connaître sa religion, lui répliqua que Dieu était bon, et que sans doute, c'était le mauvais esprit qui s'était montré à ces hommes-là. Il n'eut pas de peine, si on l'en croit, à faire pencher de son côté ce sauvage estimable.

CHAPITRE V

ARGUMENT

Entrevue de M. de Champlain avec Tessoat--Visite chez les Hurons--Réflexions.

Tessoat voulut donner un festin aux Français: nous y gagnerons un nouveau détail de moeurs. «Les conviés, avec chacun son écuelle de bois et sa cuillère, et tous sans ordre ni cérémonie, s'assirent à terre. Tessoat leur distribua une manière de bouillie, faite de maïs écrasé entre deux pierres, avec de la chair et du poisson coupés par petits morceaux, le tout cuit ensemble et sans sel. Il y avait aussi de la chair rôtie sur des charbons, et du poisson bouilli à part.» Tessoat, comme donnant le repas, entretint les convives sans manger lui-même; c'est l'étiquette du pays. Le repas étant fini, les jeunes gens qui n'étaient pas du conseil sortirent, et chacun des sénateurs ayant rempli son calumet, le passa à M. de Champlain. Une demi-heure fut employée à ce cérémonial, sans qu'il fut dit un seul mot; puis on ouvrit les délibérations. De Champlain exposa le but de sa visite: c'était d'aller à la recherche des merveilles qu'avait accréditées Vignau. Mais pour atteindre cette nouvelle toison d'or, il demandait d'être accompagné par quatre canots algonquins. A cette déclaration on se remit à fumer; après quoi Tessoat témoigna que ce serait à regret que cette demande serait accueillie, parce que l'entreprise allait être accompagnée de beaucoup de dangers. Pour réfuter cette objection, Champlain eut recours au témoignage de Vignau; mais amené devant le grand Sagamo, cet imposteur garda le plus profond silence, et ce ne fut qu'à force de menaces qu'il affirma de nouveau tout ce qu'il avait dit auparavant. Tessoat lui dit alors: «tu es un assuré menteur; tous les soirs au temps que tu dis, tu couchais à mes côtés avec mes enfans, et si tu es allé où tu prétends, c'est en dormant. Comment as-tu pu hasarder la vie de ton maître parmi tant de dangers? Tu es un homme perdu, et l'on te doit faire mourir plus cruellement que nous ne fesons nos ennemis.» M. de Champlain voyant le Sagamo en colère, lui présenta une carte, où Vignau avait tracé les choses qu'il disait avoir vues. Tessoat, jetant sur la carte un regard intelligent, confondit encore le misérable qui, à sa contenance, ne laissa plus douter de sa supercherie. Il n'y avait plus de réplique, et il fallut renoncer au voyage.

L'année suivante les Hurons recherchèrent son alliance. Ces peuples appellés aussi Yendats, occupaient un pays ayant pour bornes le lac Erié au sud, le lac Huron à l'ouest, et l'Ontario à l'Est. M. de Champlain ayant visité leur pays, en fit une relation. Après une longue navigation, il atteignit le lac des Attigouantans, auquel il donne trois cents lieues de long et cinquante de large: il l'appela Mer Douce. Par la latitude où il arriva, le pays est «âpre et inhabitable»; mais ayant côtoyé le rivage du Nord au Sud-est, il trouva «un grand changement de pays», celui où il était alors étant fort beau et cultivé. Il était sur le territoire huron.

Il passa d'abord par quatre villages ou bourgades ouvertes, qu'il nomme Otouache, Carmaron, Touagainchain et Teguemouquiage, où il fut reçu avec autant d'hospitalité et d'amitié que Jacques Cartier à Hochelaga.

Du dernier de ces villages, il se fit conduire à Carhagoua, bourg «fermé d'une triple palissade de bois de trente-cinq pieds de haut», puis il avança à petites journées jusques à Caiagué, capitale de tout le pays. Cette bourgade située au 44e degré de latitude était une véritable ville, qui ne contenait pas moins de deux cents grandes maisons. Tous les environs étaient ensemencés de blé-d'inde, de citrouilles et «d'herbe au soleil», dont les naturels tiraient de l'huile dont ils se frottaient les cheveux. On voyait une variété d'arbustes fruitiers, et de toutes les espèces d'arbres que l'on rencontre en Europe.

On peut croire que M. de Champlain revit chez les Hurons les débris d'Hochelaga; car c'était la même manière de se vêtir, de se loger et de se fortifier; même caractère, mêmes moeurs, mais surtout même bonhomie au dire de Laët.

M. Dainville dit du pays des Hurons: «Ce territoire a de fort beaux cantons. On y voit de jolies rivières arroser de grandes prairies, qui se déroulent à l'oeil, entrecoupées de bois, et quelquefois de belles forêts remplies de cèdres.»

M. de Champlain regarde comme un même peuple les Hurons et les Iroquois, à meilleur droit que ne le croit M. Dainville: c'est l'opinion des savans. L'écrivain moderne donne aussi aux Hurons, le jugement le plus solide parmi les peuples du Canada. Il a dit avec plus de vérité, qu'ils ont plus d'esprit, un génie fécond en expédiens et en ressources, de l'éloquence, de la bravoure: ils avaient aussi des vertus civiques, et Boileau Despréaux n'aurait pas dû les faire si barbares, quand il disait en parlant des mauvais critiques:

Est-ce chez les Hurons, chez les Topinambous, etc. etc.

CHAPITRE VI

ARGUMENT

Colonisation de la Virginie--Des sauvages de ce pays; confédération Pohatane--Vahunsonaca; ses conquêtes--Le capitaine Smith tombe entre ses mains--Héroïsme de Pocahontas--Visite et réception de Sir John Newport--Le roi d'Angleterre envoie des présens à Vahunsonaca--Son couronnement--Blocus de Jamestown--Arrivée de Lord Delaware--Chances diverses de la guerre--Nouvelle alliance--Mort du Sachem; son caractère--Ses enfans.

Les Anglais connaissaient déjà depuis quelques années la Virginie, qu'ils avaient ainsi nommée pour faire honneur à la reine Elizabeth, que s'était piquée de règner sans maître qui partageât son autorité.

Né vers l'an 1560, il ne fut d'abord le chef que de dix tribus, qui formaient en premier lieu la confédération pohatane. Mais, jeune encore, il les conduisit à la guerre contre les peuples voisins, qu'il s'assujettit par ses nombreux exploits, et forma un petit empire qui, à l'arrivée des Anglais, offrait une agglomération formidable de trente tribus.

Sir John Newport, rassuré par des procédés si honorables, ne craignit pas de s'engager lui-même dans l'intérieur avec une escorte de trente hommes. Il fut défendu à toutes les tribus d'attaquer le chevalier sur son passage, et Vahunsomaca le reçut d'une manière digne de lui. Il y eut un festin que se prolongea durant toute la nuit. Sir John donna au Sachem un jeune anglais nommé Savadge, qui parut lui plaire beaucoup, et il en reçut en retour un petit sauvage appellé Nemontack. Durant les quatre jours que dura la visite, Vahunsonaca fit voir tant de dignité et de discrétion que Smith et Newport ne purent s'empêcher de l'admirer. Sir John, suivant l'esprit de sa nation, conduisait avec lui une multitude d'objets de trafic, au moyen desquels il espérait se procurer une immense quantité de blé. Les sauvages du commun se pressaient autour de lui, mais leur roi demeurait sur sa natte, ornée de perles et de coquillages. Le gouverneur s'avisa de l'engager à faire comme les autres, mais Vahunsonaca lui dit avec dignité: «Sachem, je suis un grand Ouirohance, et je t'estime tel. Laisse à ma disposition toutes tes marchandises; je prendrai celles qui me plaisent, et je te donnerai en retour ce qui me paraîtra d'une valeur proportionnée. Sir John se laissa prendre; Vahunsonaca choisit froidement, et fit verser quatre boisseaux de blé à ceux qui en avaient espéré vingt muids. Mais comme le sauvage, habile à tromper, se laisse aussi facilement jouer lui-même, le capitaine Smith eut sa revanche. Il montra divers petits objets, qu'il mit au jour pour en faire ressortir le brillant. Ces oripeaux attirèrent les regards du Chef, qui donna trois cents boisseaux de blé pour deux livres de grains bleux, lorsqu'on lui dit qu'ils étaient d'une substance fort rare, et faits pour être portés exclusivement par les plus grands monarques. Il devinrent en usage chez les plus grands chefs, auxquels seuls il permit d'en porter, par un ordre qu'il donna en 1608, son conseil assemblé à cet effet.

Mais les objets de luxe n'étaient point les seuls dont Vahunsonaca cherchât à se mettre en possession. Il avait été à même d'observer la supériorité que les armes à feu donnaient aux Anglais. Il mit tout en oeuvre pour s'en procurer, et lorsque Sir John Newport se prépara à faire un voyage en Angleterre, il lui envoya de grands présens, et en obtint vingt-cinq épées. N'ayant as trouvé l'honorable Smith aussi complaisant, il en fut si piqué, qu'il commanda à tous ses sujets de saisir les armes des Anglais, partout où ils les trouveraient. Il s'en suivit plusieurs escarmouches dans lesquelles les sauvages ne furent point les plus forts. Le Sachem revenu de son emportement, envoya Pocahontas à Jamestown, pour solliciter la mise en liberté des captifs. Smith, peu délicat envers sa bienfaitrice, ne les lui remit qu'après les avoir fait battre de verges.

Cependant Sir John Newport revint d'Angleterre avec de grands renforts. Il était porteur de magnifiques présens du roi Jacques à son «bien-aimé frère et allié, Pohatan». Ce prince lui envoyait, outre un grand nombre d'objets précieux, un bassin en argent avec une aiguière, un lit royal et des habits de valeur. Il avait donné commission au chevalier, de confirmer le «droit divin» de son allié en Virginie, par les cérémonies d'un couronnement; et il envoyait à cet effet un trône, la couronne, le sceptre, et un manteau écarlate et broché d'or.

Smith, envoyé pour prévenir Pohatan de venir à Jamestown, pour recevoir les insignes de la royauté, en reçut cette réponse fière: Moi aussi je suis Sachem, et c'est ici mon domaine, j'y resterai huit jours, pour attendre les présens dont tu me parles. Ton père (Sir John Newport) doit venir à moi. Quant aux Monacans, je sais venger mes injures. Et pour ce que tu dis d'Appamatuck, il n'est pas situé où tu dis» en disant ces mots, il saisit une canne, et traça sur le sable la géographie de ce lieu. Il fut inflexible, et il fallut que le représentant du roi des Anglais vint trouver ce sauvage jusques à Ouirohocomo. Pohatan se laissa revêtir des habits royaux; mais lorsqu'on voulut le faire agenouiller pour recevoir la couronne, il exerça la patience de tous les officiers. Enfin, l'un d'eux, s'appuyant fortement sur les épaules royales, fit plier sa sauvage Majesté, tandis que trois autres lui mirent le riche diadême sur la tête. Aussitôt la garde salua le nouveau couronné d'une telle volée de mousqueterie, qu'il fut saisi d'effroi; toute sa cour d'enfuit dans ces épaisses forêts américaines, comme étonnées elles-mêmes qu'on les rendît témoins d'un cérémonial si nouveau et si effrayant. Cependant tout redevenait calme. Le monarque revenu de sa frayeur, donna naïvement son manteau de peau et ses mocassins à Sir John, qui ne se crut pas peu honoré de posséder les vieux insignes de la royauté virginienne. Mais les couronnans s'en allèrent sans avoir obtenu de secours contre les Monacans, ni même que les restrictions sur le commerce fussent levées.

Au mois de Décembre, le Sachem invita Smith à le venir voir, et lui promit un plein bateau de blé, pourvu qu'il l'aidât à bâtir un palais, et qu'il lui procurât cinquante épées. Le chevaleresque anglais s'aventura avec cinquante hommes. Pohatan fit travailler ses gens, puis lui laissa voir qu'il l'avait joué. Le bouillant capitaine voulut employer la force; mais il fallut retraiter à la fin, et le Sachem retira tout le fruit de son adresse. Son gendre, Opechancana, ne put retarder Smith, et en reçut même un affront, mais douze députés envoyés sous main à Jamestown obtinrent, au nom du capitaine, cinquante épées et trois cents haches. Ce ne fut pas assez pour les Anglais d'être ainsi dupés; Pohatan, après avoir marché trente lieues à la poursuite de Smith, revint à Ouirohocomo, assembla toutes ses forces et fondit sur la colonie. Il intercepta et fit prisonniers le capitaine Radcliffe et quarante anglais, et assiégea Jamestown. Au bout de six mois, les assiégés se virent réduits de six cents à soixante. Dans cette extrémité, ils évacuèrent Jamestown, et s'embarquèrent pour l'établissement des Bermudas.

Pohatan semblait redevenir maître sans contrôle de la Virginie, lorsque le sort voulut que les colons fugitifs rencontrassent le lord Delaware, qui venait d'Angleterre avec une suite considérable. Ils rentrèrent à Jamestown. Le Sachem dut frémir de douleur en abandonnant ses débris, et les Anglais bruler du désir de la vengeance à la vue des cendres d'un établissement naguère si florissant.

Sir Thomas Dale, qui succéda bientôt à lord Delaware, pénétra jusques à Appamatuck, rase les forts des Pohatans, et y fonda New-Bermudas. Vahunsonaca vengea en quelque sorte cet affront par le drame sanglant de Fort-Henry.

L'enlèvement de Pocahontas, en 1612, vint mettre fin à la guerre. Harassés de toutes parts, les Anglais parvinrent à se faire livrer la princesse, en corrompant un Sachem, vassal de Pohatan. Peu contens de la rançon qu'il leur offrait, il s'avancèrent par eau, au nombre de cent cinquante, jusques à Ouirohocomo. Le Sachem les reçut avec intrépidité. Il leur demanda le but de leur marche, en leur disant, que s'ils étaient venus pour combattre, ils éprouveraient le sort de Radcliffe. Il y eut une attaque, qui fut inutile; car les sauvages se cachèrent dans les bois, après avoir fait leurs bravades. Pohatan alla se fortifier à Orapakes avec quatre cents guerriers. Il y reçut de la part des Anglais une députation plus pacifique. Les envoyés ne furent pas admis en sa présence, mais Opechancana les reçut avec faveur. Un des députés était le jeune Rolfe, que fut pas longtemps dédaigné: il obtint la main de Pocahontas, et cette alliance fut le gage de la paix, qui dura jusques à la mort de Pohatan, qui arriva en 1618.

On a vanté la haute stature, la bonne mine et la majesté de ce sauvage, remarquable sous des rapports bien plus importans. Pour parler de sa puissance, son pouvoir, loin de décheoir par le voisinage des Anglais, s'était accru, et, de l'est à l'ouest, depuis le rivage de la mer jusques à l'Allegany, tout lui obéissait. Les Monacans étaient contenus, ainsi que les Massahomis. Ces peuples, qui ne peuvent être que les Iroquois, commençaient à harceler sans relâche les tribus de la confédération situées plus au nord.

Pohatan marchait toujours accompagné d'une garde de cinquante hommes choisis, et fesait observer à ses guerriers une discipline régulière. Ainsi nous voyons que lors d'une visite de Sir John Newport, il passe en revue trois cents de ses sujets, et leur fait simuler un combat avec des évolutions très compliquées. Lorsque cet ordre devint inutile en présence des armes à feu, il employa mille expédiens pour s'en procurer, et il y réussit assez bien. Il employa plusieurs Allemands à discipliner ses soldats, et à construire un arsenal, qui contenait les insignes envoyés par Jacques Ier, et des armes pour équipper mille combattans. Il y avait aussi un trésor, et il était considérable.

On rapporte que deux transfuges l'ayant laissé avec promesse de lui livrer le capitaine Smith et un grand amas d'armes, il les fit exécuter sur le champs, lorsqu'il les vit revenir les mains vides; car, dit-il, ceux qui avaient voulu trahir le capitaine, le pouvaient trahir lui-même. Pyrrhus ne trouva que dans un ancien Romain une grandeur d'âme au-dessus de celle de Pohatan.

Ce sauvage était encore estimable comme homme social, je citerai à l'appui un bel exemple. M. Hamer, envoyé de Sir Thomas Dale, trouve le Sachem entouré d'une garde de deux cents hommes. Après avoir présenté le calumet à l'ambassadeur, il s'informe de la santé de Sir Thomas, puis de Madame Rolfe (Pocahontas). Hamer lui répondant que la princesse est si heureuse, que lors même qu'elle serait libre, elle resterait à Jamestown, il se réjouit avec sa candeur ordinaire du bonheur de sa fille. Enfin, il demande le but de la visite. Hamer lui dit qu'il a des choses particulières à lui communiquer, et alors le Sachem fesant retirer tout le monde à l'exception de deux de ses femmes, l'on se met à parler d'affaires. L'envoyé était chargé de demander pour Sir Thomas, la main de Matanchanna. A cette proposition Pohatan proteste de son amitié pour les Anglais, et ne veut de preuve de la leur que leur parole; mais il ne songe point à de nouvelles alliances. La politesse déployée dans cette entrevue est admirable; mais ce qui l'est encore plus, c'est que jusques à la mort du Sache, il n'y eut plus aucunes rixes entre ses sujets et les colons.

CHAPITRE VII

ARGUMENT

Suite des Sachems pohatans--Sasapin et Mangopeomen--Ce dernier réunit les Chickahominis à la confédération--Ligue contre les Anglais; soixante et dix forts sont détruits ou abandonnés--Bataille de Pamunky, armistice--Mangopeomen est pris--Sa mort et son caractère--Particularités intéressantes de la vie de Pocahontas.

Sir Thomas Wyatt succéda à Yeardly, en 1621. Mangopeomen qui n'était pas prêt à éclater, envoya à Jamestown un orateur qui débita une harangue de compliment. Pour rendre la déception plus parfaite, il offrit de fournir des guides pour conduire les Anglais dans des lieux où ils pensaient trouver des mines de cuivre. Mais après avoir sondé les dispositions de Namenacus, Sachem de Patuxent, et des tribus de l'est, il résolut enfin de fondre sans plus tarder, sur la colonie.

Le 21 mars, 1622, jour néfaste dans les annales virginiennes, les diverses tribus engagées dans la ligue se trouvèrent stationnées sur les différens théâtres du massacre, avec une célérité et une précision qui étaient dues à Mangopeomen, l'âme de ces masses, si difficiles à contenir. Cette fois, quoique plusieurs partis eussent à traverser un chemin immense parmi les forêts, guidés seulement par les astres, aucun ne s'égara. Soudain les coups tombèrent. Le terrible Sachem, semblable à Mars parmi les siens, alimentait le carnage. Un massacre épouvantable eut lieu, et trois cent quarante-sept personnes furent les premières victimes de cette boucherie, qui eut des suites encore plus funestes. Caanco, sauvage chrétien, avait cependant donné l'alarme; le danger fut connu de toutes parts, et toute la colonie se mit sous les armes. Frémissant de rage, Mangopeomen rallia, comme Attila arrêté devant Orléans, ses guerriers répandis dans le pays, et il attendit de pied ferme l'ennemi, que cette scène de dévastation déployée à ses yeux, excitait à la vengeance. Une guerre à mort suivit, dans laquelle les Anglais égalèrent en barbarie les Pohatans, qui leur donnèrent dès-lors le nom de «Grands Couteaux». De quatre-vingts forts que les colons possédaient, il n'en resta que huit sur pied, et la population totale se trouva réduite à 1700 âmes, en 1624. Lorsque l'on envoya proposer la paix, l'implacable sauvage fit une réponse pleine de fierté, et foula aux pieds l'image du roi d'Angleterre, qu'on lui avait présentée. La guerre la plus dévastatrice continua avec une furie toujours croissante.

En 1625, Sir Thomas Wyatt entra en personne sur le territoire des Pohatans. Mangopeomen l'attendit à Pamunky, à la tête de neuf cents guerriers. Un combat fut livré dans lequel les Anglais parurent d'abord victorieux; mais ils ne purent pousser jusques à Matapony, principal fort, qui n'était qu'à quatre milles du champ de bataille, et furent contraints de retraiter. De nouvelles ouvertures de paix furent encore rejetées; et ce ne fut qu'en 1632, que les sauvages se prêtèrent à une trève.

Mangopeomen la rompit, lorsque à l'arrivée d'un nouveau Gouverneur et d'une nouvelle colonie, la guerre civile se mit entre les Européens.

Aucun sauvage, sans en excepter Metanco, ou le roi Philippe, ne fit plus de mal aux Anglais. Sa haine ne parut pas provoquée comme celle du vainqueur de Swanzey; mais il prévoyait sans doute la ruine de sa nation, et le patriotisme parle en sa faveur.

Je terminerai ce chapitre par ce qu'offre de plus intéressant la vie de Pocahontas.

Née en 1595, avec toute les qualités du coeur, cette enfant de la nature est surtout célèbre par l'acte extraordinaire d'humanité et de courage qui sauva le romanesque capitaine Smith. Déjà l'exécuteur lève ha hache de guerre sur le prisonnier, lorsque Pocahontas, âgé alors de douze ans, s'élance entre lui et le capitaine. Tenant embrassée la tête de Smith, elle conjure son père de l'épargner. Elle était plus que tous ceux de sa famille en possession de ce coeur fier, et le toucha en faveur du criminel.

Plus tard, Jamestown est visitée par la famine. La fille de Pohatan y fait parvenir des vivres, qui soutiennent les Anglais jusques au retour de Sir John Newport.

Cependant les sauvages, à la vue de l'accroissement des Anglais, ont conjuré leur perte. Pocahontas s'évade au milieu de la nuit, et, s'engageant dans les épaisses forêts de son pays, elle traverse mille dangers pour avertir les colons de celui qui les menace. Des bienfaits aussi signalés eurent bientôt porté de l'autre côté de l'Océan le nom de l'héroïne virginienne; mais quelle en fut la récompense? Argall, le même qui porte le fer et le feu dans les établissements de la marquise de Guercheville, officier dont la vie est semée d'actions héroïques, nobles parfois, et aussi de faits déshonorans, paraît sur la scène. Naviguant sur la rivière Potomac, en 1612, il apprend que la princesse est dans les environs. Il lui fait une visite, et l'invite à monter sur son vaisseau, promettant de la remettre sur le rivage après une courte promenade. Elle se laisse prendre; on la respecte, mais on ne lui tient point parole.

Durant son séjour à Jamestown, la beauté de Pocahontas, sa simplicité naïve, et ces manières gracieuses qui accompagnent toujours l'innocence du coeur, lui attirèrent les regards du jeune Rolfe, colon distingué, qui l'épousa avec la permission de Pohatan. Cet hymen fut le gage d'une heureuse paix. Elle reçut le baptême, et fut appellée Rebecca, mais Pocahontas était le plus beau nom qu'elle pût porter, et la postérité le lui a conservé.

En 1616, elle dit adieu à son pays, et partit pour l'Angleterre, avec son époux et Sir Thomas Dale. La renommée l'avait précédée à Londres, une de ces immenses cités desquelles le bruit d'une victoire, quelquefois, n'atteint pas l'enceinte; mais un récit romanesque se fait jour au milieu du tumulte qui y règne. L'héroïne américaine devait y attirer tous les regards. Le roi Jacques, que Stith appelle «un pédent couronné», monarque en tout singulier, et qui n'a eu son égal qu'en un czar de Russie, trouva fort mauvais que le jeune Rolfe eût eu la présomption d'épouser, sans son agrément, «une princesse fille d'un roi son allié»; mais sa Majesté se calma, et les deux époux furent introduits à la cour par lord Delaware et l'honorable Smith. Un vieux chroniqueur dit de la princesse virginienne, qu'elle était plus favorisée de la nature, plus gracieuse et mieux proportionnée que plusieurs dames de la cour, au jugement même des courtisans et plus beaux sirs.

Après avoir joui quelque tems de la faveur de la bonne reine Anne, à laquelle Smith avait présenté un mémoire sur ses belles actions, Pocahontas se retira à Benford, fatiguée du tumulte de la capitale.

Enfin, en 1617, des raisons particulières l'engageant à retourner en Amérique, elle devait monter sur un vaisseau amiral à Gravesend, lorsqu'elle mourut, âgée de vingt-deux ans. Les derniers momens de sa vie ne démentirent pas sa plus tendre jeunesse. Elle laissait un jeune enfant sous la tutelle de Sir Lewis Stewkely, mais ce seigneur ayant perdu toute sa fortune dans le malheur de Rawleigh, il passa sous celle de son oncle, John Rolfe, de Londres. Il; vint plus tard en Amérique, hérita d'une grande partie du territoire de son aïeul, et laissa une fille qui fut mariée au Colonel Bolling. Ce dernier maria deux de ses filles aux Colonels Randolphe et Fleming. L'honorable Randolphe, de Roanoake, est encore un descendant de Pocahontas au sixième degré, selon M. Thatcher.

L'histoire n'offre rien qui égale l'héroïsme déployé par cette femme forte; et le roman n'a rien imaginé de supérieur. Quelle héroïne, en effet, posséda à un degré plus éminent ces belles qualités qui ornent le coeur humain, la candeur, l'amitié constante, et la compassion pour le malheur. L'indépendance de son caractère, et la dignité de toutes ses démarches, ne parlent pas moins en sa faveur. Les auteurs du Dictionnaire Historique on consacré un article à Pocahontas, digne de figurer dans toutes les histoires.

CHAPITRE VIII

ARGUMENT

De quelques autre sachems pohatans--Tomocomo--Nemattanoi--Voyage du premier en Angleterre--Bravoure du second--Extinction de la confédération pohatane dans la personne de Topotomoi--Histoire de Japazawa, Sachem des Potomacs.

PARMI les Américains qui jouent un rôle secondaire dans les annales de la Virginie, se trouvent Tomocomo et Nemattanoi.

Tomocomo, gendre et premier conseiller de Pohatan, fut préféré à Sir Thomas Dale, et obtint la main de Matanchanna. Il fut chargé par son beau-père d'accompagner Pocahontas en Angleterre, et de compter tous les Anglais. Le bon Tomocomo, arrivé à Plymouth, prit une canne dont il donnait un bout à chaque homme qu'il rencontrait; mais bientôt l'horizon du sauvage s'agrandit, et il jeta le dernier bout de son bâton. De retour en Virginie, où il revint avec le capitaine Argall, il ne put rendre compte à son maître qu'en égalant le nombre des Anglais aux astres du firmament et aux feuilles de la forêt. Pendant qu'il était encore à Londres, il vit l'honorable Smith, et le pria de lui faire voir son Dieu et son roi. Pour la Divinité, le capitaine s'en excusa de son mieux. Mais il lui prouva qu'il avait vu le roi et la reine. Oh! s'écria alors Tomocomo, quand tu donnas au Sachem un petit chien blanc, il le nourrit comme lui-même; et moi, qui suis meilleur qu'un chien blanc, ton roi ne m'a rien donné.

Nemattanoi était un personnage d'un autre genre. C'était l'Ajax virginien, et il passa longtems pour le premier homme de guerre de sa nation. Ce qu'il y avait d'extraordinaire, c'était qu'il se fût trouvé dans une multitude de rencontres avec les Anglais sans être jamais blessé. Sa bonne fortune, jointe à son ambition le mit à même de passer pour invulnérable parmi les siens. Mais Opechancana le livra aux Anglais, qui le fusillèrent.

Topotomoi avait succédé à Mangopeomen, sans hériter de sa gloire. Un agent anglais régna pour lui. L'assemblée de Virginie passa un acte qui lui assignait telles terres qu'il se choisirait sur la rivière Iork, et elle nomma des commissaires qui l'amenèrent à Jamestown, et le reconduisirent dans son pays.

A precious brother having slain In time of peace an Indian The mighty Tottipotimoy Sent to our elders an envoy Complaining sorely of the breach.

La dynastie pohatane avait régné près d'un siècle depuis Vahunsonaca.

A une distance assez considérable des Pohatans vivaient les Potomacs. Japazawa, leur Sachem, fit un traité avec le capitaine Smith, en 1608. On prétend même qu'il s'entendit avec Argall, et lui livra Pocahontas. Quoiqu'il en soit, il parut à Jamestown, en 1619, et permit aux Anglais d'envoyer deux navires sur la Potomac. Le capitaine Croshaw, chef de cette croisière, entra si fort dans les faveurs du Sachem, qu'il fut nommé Chef de guerre contre les Pazaticans, peuple féroce, ennemi des Potomacs.

Mangopeomen lui envoya un député avec un présent de deux corbeilles de perles, et le fit prier de tuer le capitaine; mais il répondit fièrement que les Anglais étaient ses alliés, et Sasapin son frère.

Les complaisances de Japazawa ne furent pas bien récompensées. Iago, Sachem d'une tribu lointaine, s'étant réfugié chez lui, et n'ayant pu obtenir du secours, le perdit dans l'esprit des Anglais. Isaac Madison, envoyé pour se joindre à Croshaw, l'arrêta avec toute sa famille, et le conduisit à Jamestown, où il languit dans une longue captivité. Quoique les Anglais se montrassent bien injustes envers lui, il était peu digne que l'on plaignît son sort, malgré l'épithète de «bon roi», que Smith lui prodigue.

CHAPITRE IX

ARGUMENT

Digression concernant la découverte de la chûte de Niagara--Entrevue de Mayouck avec MM. Price et Willmington--Son récit de la cataracte--Excursion.

Le Chef, qui s'appellait Mayouck, pria les étrangers de le suivre dans on village, pour montrer à son peuple le merveilleux effet de leurs bâtons. On arriva bientôt à un nouveau groupe, occupé à élever une cabane d'écorce. Mayouck fit entendre que ce n'était là que le lieu de chasse, et que le village était encore éloigné dans la direction du soleil, qui se dérobait alors derrière les arbres. On le trouva enfin sur la rive de la rivière Oneida. Price et Willmington voulurent passer au-delà, et demandèrent des renseignements au Sagamo sur la route qu'ils devaient suivre. Il leur donna à entendre que la rivière qu'ils avaient traversée conduisait à un immense bassin, formé par la décharge de plusieurs grandes rivières, mais que bien peu de guerriers de sa tribu avaient jamais été jusque-là. Il y avait pourtant un ancien qui, dans sa jeunesse, s'était avancé avec son canot durant plusieurs soleil. Il avait raconté qu'il avait vu une énorme rivière tombant dans une mer d'eau douce, et qu'ayant débarqué pour chasser, il avait entendu un bruit terrible d'eaux qui tombaient. Ayant traversé vis-à-vis les bois, d'où le bruit semblait venir, il vit que le courant devenait si rapide qu'il n'était pas possible d'avancer. La crainte le força de faire rebrousser son canot, et depuis ce temps aucun sauvage n'osa s'aventurer. Les deux ministres furent plus hardis, et ils engagèrent Mayouck à les accompagner. Après qu'ils eurent navigué plusieurs jours, ils aperçurent l'Ontario, dont la vue les frappa d'étonnement; car ce fleuve leur parut une mer sans bornes. Comme ils rangeaient la côte, les daims sortaient de leurs bosquets pour les voir, ou traversaient à la nage les embouchures de rivières et de ruisseaux. Mais on s'occupait plutôt à admirer la beauté de la scène qui s'offrait à la vue, qu'à interrompre les jeux et les gambades des bêtes fauves. On avançait toujours sans se douter de rien, lorsque un matin que l'on fit plusieurs milles avant que le soleil n'eût dissipé la brume épaisse qui couvrait le lac, on entra dans une grande rivière qui vient se jeter dans l'Ontario. On continua de naviguer, mais le courant devint si rapide, que l'on fut obligé d'aller par terre. Le vent, qui soufflait légèrement, fesait un murmure continuel parmi les arbres, mêlé à un bruit sourd que Mayouck jugea venir de plus loin. Il ordonna à un jeune guerrier, qui l'accompagnait, de monter sur un pin élevé qui était proche. Le jeune homme fut à peint à la moitié de l'arbre, qu'il poussa un cri de surprise, et, en ayant descendu, il dit qu'il avait vu des nuages immenses d'écume au-dessus des arbres. Comme on continuait de marcher, le bruit devenait plus distinct et plus fort à chaque instant, et la vitesse du courant fit croire que l'on approchait d'un rapide furieux; mais on sortit d'un bois épais, et l'on se trouva tout-à-coup sur le bord d'un rocher nu, qui était comme suspendu sur un vaste gouffre, dans lequel deux courans et une rivière se précipitaient avec un bruit qui noyait toutes les acclamations de surprise, et qui surpassait les mugissemens de lamer dans sa fureur. Se retirant avec effroi, les voyageurs fixèrent leurs regards étonnés sur le torrent bruyant et écumeux, sans faire attention que la partie du rocher sur laquelle ils se trouvaient, il n'y avait qu'un instant, s'ébranlait et se détachait: cet immense bloc tomba, et le bruit de sa chute retentit dans tous les bois d'alentour, plus fort que celui de la cataracte. Les deux Anglais se retirèrent comme malgré eux au milieu des arbres, n'osant revenir vers le point d'où ils avaient vu crouler le rocher; et dans cette position, ils purent contempler avec lus de sang froid le grand spectacle qu'ils avaient sous les yeux.

Comme ils étaient ainsi occupés, Mayouck jeta un cri, et dirigea leur attention sur un grand daim, qui luttait vainement contre la force irrésistible du courant près de la chute: il était entraîné vers sa destruction. Il arriva dans un calme trompeur; ses regards devinrent égarés, ses narines s'élargirent, son cou s'allongea, et il semblait crier; mais sa voix était étouffée par le bruit de la cataracte, et il fut précipité dans l'abyme qui bouillonnait au-dessous. Le Sagamo iroquois donna à la chute le nom de Niagara ou «des Eaux Tonnantes». On vint plus tard de toutes les parties du globe pour contempler la plus grande merveille de la nature. Parmi ses plus illustres visiteurs, De Larochefoucault Liancourt et De Castelnau ont écrit des descriptions magnifiques de ce qu'ils ont vu.

CHAPITRE X

ARGUMENT

Confédération des Pokanokets--Massassoit--Ambassades et liaisons--Sa mort--Observations sur son caractère--Son successeur--Sauvages du Massachusetts--Nanepashemet, Vonohoquaham et Metoouampas--Justice des Anglais--Maladie contagieuse--Histoire de Chickatabot.

Dermet naviguant aux frais de Sir Francis Gorges, ayant débarqué dans le pays en 1620, guidé par un sauvage nommé Squanto, le Sachem lui permit de construire le fort de Plymouth. Il envoya son conseiller, Samoset, vers les colons, et voulut aller à eux en personne. Edward Winslow, gouverneur, le reçut et débita un long discours, dont la teneur était, que le roi Jacques saluait son frère le Sachem, et lui offrait son amitié. Massassoit parut faire plus de cas de l'épée de Winslow que de sa harangue. On songea à l'introduire dans l'intérieur du fort. Le capitaine Standish l'escortait avec une garde de six hommes depuis un ruisseau où l'on érigea un arc triomphal pour perpétuer le souvenir de cette entrevue. De là on le conduisit dans une des meilleures maisons, où on lui donna un grand festin. Il est vrai que le Sachem et le Gouverneur ne se séparèrent qu'après s'être embrassés et avoir contracté une alliance; mais il est faux que Massassoit reconnut Jacques pour son souverain, puisque la copie du traité, encore existante, ne le mentionne pas.

Je trouve que de toutes les colonies qui vinrent s'établir en Amérique, aucune ne se livra à l'agriculture. Edward Winslow se rendit à Montaup, en 1621, pour tenter d'ouvrir une traite sur le blé. Massassoit revêtu d'un habit brillant et tout galonné d'or, entendit le message en homme qui est de bonne humeur, et accorda tout ce que l'on voulut.

Sa fidélité ne tarda cependant pas à être mise à l'épreuve. Le transfuge Squanto répandit le bruit qu'il assemblait ses guerriers pour fondre sur la colonie. Habanoc, autre sauvage, nia le fait, et conseilla d'envoyer à Montaup pour s'en assurer. M. Winslow et Hampden, de Londres, y trouvèrent tout dans une parfaite tranquillité.

Massassoit tomba malade l'année suivante. A la première nouvelle, Winslow lui fut envoyé. Prévenu de son arrivée, Massassoit lui saisit le main, en disant: Es-tu Winslow?... O Winslow! Massassoit ne te verra plus.--On le rétablit néanmoins avec quelques cordiaux. Il manifesta sa reconnaissance en dévoilant une ligne des tribus du Massachusetts, et en recommandant des mesures qui furent exécutées par le capitaine Standish.

En 1632, les Narraghansetts s'avancèrent jusqu'à Montaup. Massassoit les repoussa avec le secours de quelques Anglais. Il ne mourut que longtems après.

On a peine à comprendre qu'un Chef aussi dévoué aux Anglais, fut tellement ennemi de leur religion que de leur faire promettre de ne jamais convertir un seul de ses sujets. Les missionnaires catholiques firent quelques progrès; mais les difficultés étaient partout les mêmes. Un jeun Huron disait au P. Bréboeuf: «tu nous débites de fort belles choses; mais cela est bon pour vous autres qui êtes venus de l'autre bord du grand lac. Ne vois-tu pas que nous, habitans d'un monde si différent, ne pouvons arriver au Paradis par le même chemin.»

Massassoit ne se distingua guère comme guerrier. Il n'est que plus étonnant qu'il ait pu maintenir son autorité sur une grande confédération de peuples passionnés pour la guerre; bien différent en cela, et plus heureux que grand nombre de ses semblables, qui n'ont fait que hâter la ruine de leur race. Il régna sous le nom d'Ousamequin. Son fils aîné Vansutta, lui succéda sous celui de Moanan. Ce n'est pas le temps de raconter les malheurs de ce généraux Sache, qui suscitèrent un vengeur aux hommes rouges dans Metanco ou le Roi Philippe. Mais je passe aux Massachusetts, peuples voisin des Pokanokets.

La tradition nous apprend que quelques années avant l'arrivée des Anglais, un grand Sachem, Nanepashemet, ayant rassemblé autour de sa personne un grand nombre de guerriers, que sa valeur lui tenait attachés, étendit sa domination sur toutes les tribus qui habitaient le Massachusetts, lorsqu'il fut tué par on ne sait quel ennemi. Des voyageurs découvrirent un de ses forts en 2621. Construit dans une vallée, il était environné d'un large fossé et consistait en une forte palissade en pieux, haute de trente pieds. Il n'était accessible que d'un côté par une espèce de pont fort étroit. Le tombeau du Sachem se trouvait sous un grand bâtiment qui semblait avoir été la demeure de sa famille. Un petit monument sur une colline, indiquait le lieu où il était tombé. Sa femme connue sous le nom de Squaw-Sachem, appelée quelquefois la reine du Massachusetts, ne l'était point de fait; car après la mort de son mari, chaque tribu se mie en devoir de reconquérir sa liberté. Elle fit la guerre, mais la terrible peste de 1622, qui réduisit les guerriers de trois mille à quatre cents, l'empêcha de penser plus longtems à soutenir ses prétentions. Elle épousa le grand prêtre de sa tribu, Vacapovet, qui céda le territoire de Concord aux Anglais.

Nanepashemet avait laissé deux fils, Vonohoquaham et Metovampas. Le premier, Sachem de Ouinnesimet, fut un des plus fidèles amis des Anglais. On le connut toujours franc et poli. Lorsque les annales de ce Continent me feront voir les Européens se soumettant à la justice envers les sauvages, je m'empresserai de le consigner dans les pages de cette histoire. Ainsi dans ces tems de barbarie et de cruauté, où les Anglais massacraient sans remords, en citant de sang froid un passage de la Bible contre les Philistins ou les Madianites, Sir Richard Salstonstale et le gouvernement de Charleston se renfermaient dans des bornes que l'honneur et l'humanité défendent de franchir, et les deux races vécurent dans une heureuse harmonie sur un petit point de la Nouvelle Angleterre.

Metoouampas ou Metovampas, bien différent de son frère, était un esprit remuant. Il attaqua en 1631, les Tarradines, peuple féroce, qui le blessèrent et emmenèrent sa femme captive. La colonie ne crut pas devoir venger un affront si bien mérité, et elle eu plusieurs fois à faire ce discernement. Les deux frères moururent de la peste, en 1633. Vonohoquaham laissa en mourant son fils Mattamoï, sous la tutelle du R. Docteur Wilson.

Le même maladie enleva Chickatabot, ancien vassal de Nanepashemet. C'était un des meilleurs amis des Anglais. Le gouverneur Dudley n'écrivait pas moins à la comtesse de Lincoln: «Il y avait alors un marchand, M. Weston, qui envoya des planteurs sur la rivière Ouesaguscus. Mais comme ils n'étaient pas si bien intentionnés que ceux de Plymouth, ils ne réussirent pas au même point, et périrent presque tous. Ceux qui survécurent furent retirés des mains de Chickatabot et des sauvages, qui maltraitaient ces faibles Anglais.» Il est digne de remarque que l'on ne demanda jamais à Chickatabot d'autre raison de cette affaire. Ses descendans jusques à la troisième génération, ont cultivé l'amitié des Anglo-américains, et possédé de grands domaines.

CHAPITRE XI

ARGUMENT

Aspinet Sachem de Nausett--Raisons de sa haine pour les Anglais--Expédition de Standish--Mort du Sachem--Anecdotes--Sort déplorable d'Ianough Sachem de Cummacuid--Sa défense.

Six ans plus tard, les Anglais envoyèrent une embarcation pour chercher un endroit propre à la construction d'un fort. Aspinet fit attaquer le parti et l'obligea de se retirer en grande hâte.

La rumeur le fit en 1622, le chef principal d'une ligue contre l'établissement de Weston, à Weimouth. Le capitaine Standish eut ordre de le prévenir, et d'entrer dans ses domaines à la tête d'un fort détachement de soldats. C'était un homme expéditif. Grand nombre de sauvages furent tués, et, dit un écrivain contemporain, sans doute lecteur de Bible assidu, «cette exécution soudaine, jointe au jugement de Dieu sur leurs consciences coupables, les abattit tellement, qu'ils désertèrent leurs demeures, et se virent réduits à errer dans les bois et dans les défilés, périssant de misère.» Parmi ces malheureux fut le Sachem de Nausett, et telle fut la fin d'un homme qui avait d'abord rendu de grands services à ceux qui violèrent son territoire et lui donnèrent la mort. Je citerai quelques faits qui font voir combien il eût été facile aux Anglais de conserver l'amitié de ce Sachem.

En 1621, un enfant ayant disparu, on devina facilement qu'il était tombé entre ses mains et l'on envoya une députation pour obtenir sa délivrance. Aspinet avait su distinguer le petit innocent des coupables. Lorsque le parti arriva sur la borne de son territoire, et s'y arrêta, Squanto alla seul informer le Sachem du but de la visite, et faire appel aux sentimens de l'humanité en faveur de la faible créature. Aspinet vint avec un grand train, fesant porter l'enfant à la traverse des ruisseaux. Il s'arrêta à distance avec cent guerriers, en désarma cinquante, et arriva avec eux aux Anglais. Il prit le petit garçon qu'il avait tout décoré de perles, le présenta au commandant, et fit la paix avec la colonie.

Après cette rencontre la bonne intelligence se préserva pendant plus d'une année. De grandes provisions de blé furent cédées aux Anglais durant la famine, et le gouverneur Bradford fut reçu par le Sachem avec la plus honnête hospitalité. La chaloupe de cet officier ayant pris eau, on fut obligé de décharger une grande provision de blé, et de le laisser sous la garde des sauvages. Le gouverneur retourna à pied au fort, et le blé, laissé à Nausett en Novembre y fut retrouvé intact en Janvier. Aspinet avait accordé des primes aux sauvages qui le garderaient soigneusement, et il avait fait parvenir la chaloupe à Plymouth, dans le meilleur état.

Le sort d'un autre Sachem du Massachusetts ne fut pas moins déplorable. Ianough, Sachem de Cummacuid, surnommé le Courtois, justifia ce beau titre par l'affabilité qu'il montra aux Anglais qui vécurent dans sa familiarité.

Tous les documens accordent à ce Sachem le plus beau caractère; mais il avait affaire à un monstre. Standish, passant une seconde fois à Cummacuid, y fut reçu aussi cordialement que la première fois; mais quelques perles ayant disparu, il répéta les violences qui lui avaient si bien réussi à Nausett, et ses bandits dirent tout haut, que ce coup de fermeté en avait tellement imposé aux barbares, qu'ils n'avaient osé rien entreprendre; tant il est vrai que les Européens, qui avilissaient ainsi le Christianisme, ne pouvaient croire aux vertus qui s'offraient à eux sur ces plages où il n'avait pas été prêché.

Cet affront ne fut pas le dernier. Ianough fut accusé contre toutes probabilités d'être entré dans la ligue contre Weston. Le fidèle Massassoit, lui-même, avait été sollicité: Ianough le fut de même sans que l'on pût en rien inférer. Cependant l'estimable Sachem de Cummacuid, à la fleur de l'âge, insulté, menacé, pourchassé, pour ainsi dire, par un ennemi que rien ne pouvait assouvir, et qui suspectait également ses caresses et ses craintes, s'exila, consterné, et mourut dans son désespoir.

CHAPITRE XII

ARGUMENT

Des cinq Cantons iroquois--Elémens de leur histoire primitive--Territoire et population--Leurs conquêtes--Premier Chef de guerre connu, Oureouati.

Les Français les trouvèrent en armes jusque dans les environs de Québec. Etaient-ce eux qui avaient délogé les paisibles Canadois?... Je le crois avec Lescarbot. «Il y a quelques années, dit-il que les Iroquois s'assemblèrent jusqu'à huit mille, et défirent leurs ennemis, qu'ils surprirent dans leurs enclos.» Quoique l'écrivain ne cite aucune autorité sur ce grand évènement, il n'a pu que rapporter l'opinion du temps, laquelle était d'autant moins suspecte qu'il s'agissait d'un fait récent.

Les Iroquois descendaient dans la colonie par la rivière qui fut appellée de leur nom, parce qu'ils l'infestaient de leurs partis. L'arrivée des Français, loin de les déconcerter, ne fit que leur faire apercevoir la nécessité de détruire avant qu'il ne se grossît, un ennemi auquel les armes à feu assuraient un immense avantage. Deux fois leurs partis furent rejetés loin du théâtre de l'attaque: ils vinrent une troisième fois et vainquirent. M. de Champlain trouva ces Romains du Nord, retranchés dans une redoute bien construite, dont les avenues étaient obstruées par de forts abattis d'arbres. On essaya d'y mettre le feu; mais les Iroquois avaient fait une grande provision d'eau, et maîtrisèrent les flammes. Les Français dressèrent alors une machine d'où ils firent un feu bien nourri. Cependant M. de Champlain reçut deux blessures, les Hurons prirent l'épouvante en apprenant qu'il n'était pas invulnérable; et l'on retraita vingt-neuf lieues sas s'arrêter.

Enhardis par ce succès, les Cantons envoyèrent des partis jusque dans le centre de la colonie. De Champlain n'avait pas de forces suffisantes pour les contenir, et le Grand Condé n'était pas à portée de communiquer aux Iroquois la terreur de son nom. Ce prince céda sa vice-royauté en Canada au Duc de Montmorency, qui envoya quelques secours.

Forcés de se tenir en respect après bien des ravages, les Agniers, ou Mohacks tournèrent leurs courses contre les Satanas, nation plus rapprochée de leurs lacs: ils la défirent et l'expulsérent. Revenant alors sur leurs pas, ils repoussèrent au-delà de Québec ces mêmes Algonquins qui s'étaient maintenus quelque temps sur l'Ontario.

Le pays des Iroquois avait été borné jusqu'alors entre les 41e et 44e degrés de latitude, comprenant dans la direction de l'orient d'été au couchant d'hiver environ quarante lieues, et quatre vingts de l'est à l'ouest, en sorte qu'ils avaient pour bornes la Pensylvanie au midi, à l'occident, le lac Ontario, le lac Erié au couchant d'été, et celui de St. Sacrement au septentrion: enfin la nouvelle Iork. Il était divisé en cinq Cantons, c'est-à-dire, de l'est à l'ouest, les Mohacks, les Oneidé, les Onnondagué, les Cayougué et les Tsononthouans.

Ces cinq nations, subdivisées en quinze tribus, formaient un co-état, dont chaque partie jouissait d'une certaine indépendance pour la paix et la guerre.

Au temps ou je parle, le canton des Mohacks était le plus populeux. Son territoire était fertile, et arrosé par une petite rivière qui serpente l'espace de sept ou huit lieues entre deux prairies. Deux lieues au-delà, on trouve une source sulfureuse dont l'eau, naturellement blanche, se résout en sel sous le feu. Il y en a une autre chez les Cayougué. Son eau, agitée violemment, s'enflamme, et semble de la nature de celle que l'on voit près Grenoble. Depuis la rivière des Onnondagué jusques à la rivière Niagara, le paysage est délicieux. Un terrain facile, agréablement boisé, est entrecoupé des lisières de sable peu profondes, qui ajoutent par le contraste à la fraîcheur de la verdure. Les forêts sont magnifiques, et la chasse y est abondante. La belle demeure de Sir William Johnson vint depuis ajouter un nouvel ornement è ces beaux domaines.

On a dit que les Iroquois s'appellaient dans leur langue Agonnonsionni, ou architectes par excellence, parce qu'ils se logeaient plus solidement et plus élégamment que les autres. Le gouverneur Clinton, dans un discours prononcé devant la Société Historique de New-Iork, les appelle Agnuschion ou Peuple Uni. Agonnonsionni et Aganuschion se ressemblent assez pour partager le critique. Quoiqu'il en soit, les Iroquois, chez eux, s'appellaient encore plus communément Mingos.

Pour revenir à leurs victoires incroyables, les confédérés, en liaison avec les Hollandais de Manhatte, furent à même de mépriser l'art et la science des Français. Ils apprirent à tirer de l'arquebuse et à se servir de toutes nos armes. Leurs capitaines reparurent dans les plaines, et les Algonquins subirent de nouveaux affronts, qui furent le prélude d'une série d'envahissemens sans parallèle dans les annales américaines. Les Erié furent les premiers anéantis: ils avaient occupé le pays au sud de ce fleuve. Les Andastes et les Chouanis subirent à peu près le même sort. Les Hurons et les Outaouais furent rejetés au milieu des Sioux, où ils se séparèrent, répandant partout la terreur du nom Iroquois. Les Illinois et les Miamis reçurent la loi. Les Nipicenans retraitèrent jusques à la baie d'Hudson. Le nom Mohack répandait l'épouvante chez tous les peuples de la Nouvelle-Angleterre, à la moindre apparition de ces guerriers sur les collines du Connecticut ou du Massachusetts. En dernier lieu les fureurs de la guerre envahirent les Alleghanis. Depuis Québec jusqu'au Mississipi, rien ne résista. Les Mingos réclamèrent comme leur territoire douze cents milles quarrés.

Malgré tant de conquêtes nul de leurs capitaines ne nous a été connu avant Oureouati. Les Outaouais éprouvèrent surtout sa valeur. Barbare à l'excès dans les commencemens, il s'opposa au célèbre Garrangulé (Garrakonthié), et traversa toutes ses démarches. Il harcela avec fureur les premiers habitans de Montréal. Mais le commerce des Européens l'adoucit beaucoup dans la suite; et après l'avoir vu semblable au tigre en fureur, nous l'entendons discourir avec modération à la paix de Kaihohague. Un mot de Garrangulé suffira dans une autre occasion, pour le faire rebrousser avec ses guerriers occupés à ravager la colonie. Oureouati fesait admirablement bien la petite guerre; on ne le trouve pas à la tête de partis de guerre bien considérables.

Voyons maintenant les efforts que fesaient les Hurons pour conserver le territoire dont ils étaient naturellement les maîtres.

CHAPITRE XIII

ARGUMENT

AHASISTARI, un des principaux Chefs de la nation huronne, naquit vers la fin du seizième, ou au commencement du dix-septième siècle. Il fut doué en naissant de toutes les qualités qui font les héros chez les indigènes de l'Amérique, et se rendit surtout redoutable aux Iroquois dont il repoussa longtems avec succès les agressions continuelles. Vers 1640, ces terribles ennemis ayant tombé sur une nation éloignée, firent un massacre épouvantable. Ceux qui furent assez heureux pour échapper, trouvèrent un refuge chez les Hurons. Ahasistari et les autres Chefs n'eurent pas plutôt appris leur désastre, qu'ils envoyèrent au-devant d'eux avec des rafraîchissemens, et les accueillirent avec un bienveillance aui aurait fait honneur à une nation européenne, mais qui dévoilait le peu de politique d'un peuple présomptueux et dépourvu de prudence. En effet, il achevait d'irriter des voisins dont il avait tout à craindre.

En 1641, les PP. Bréboeuf et Lallemant virent leurs travaux couronnés d'un brillant succès, par la conversion et le baptême d'Ahasistari. La nation suivit l'exemple de son Chef.

Alkwanwaught was a Sioux famed In many battles honours claimed And closely by his mother's side, To Atsistari was related-- That hero, long the hero's pride, Than whom was never yet created, A nobler Chieftain for the field-- A lion heart, unknown to yield.

CHAPITRE XIV

ARGUMENT

Des Pequots--Sassacus--Ses projets hostiles contre les Anglais--Massacre du capitaine Stone--Traité de pais--Politique du Sachem--Expédition du capitaine Endicott--- Sassacus conçoit le dessin d'exterminer les Anglais--Les colonies se réunissent; bataille sanglante--Retraite et mort de Sassacus.

Les Pequots, peuple redoutable, ainsi appelés de Pekoath, leur premier Sachem, s'emparèrent du Connecticut vers l'an 1550. Il pouvaient armer quatre mille archers. Ceux de Nipmuck et de Long-Island leur étaient soumis, et les Narraghansetts seuls balançaient leur fortune. Les Anglais trouvèrent Pekoath en progrès de conquêtes: les tribus se dispersaient à son approche, et il se vit le maître, avec ses terribles Mirmidons, de la plus belle partie de la Nouvelle-Angleterre, sous le ciel le plus tempéré et le plus doux.

Dès l'année 1631, Ouagimacut, un des vaincus, était venu à Boston, conduit par un autre sauvage qui avait été attaché à la maison de Sir Walter Rawleigh, en Angleterre. Il venait implorer du secours contre Pekoath, qui mourut sur ces entrefaites.

Sassacus, nouveau Sachem, fut salué à son avènement par vingt-six Sagamos, et fit parader devant lui sept cents archers. Il choisit pour sa résidence une colline commandant une des plus magnifiques vues sur la baie et les contrées qui l'avoisinent.

Les Pequots se montrèrent invariablement ennemis des Anglais. Maîtres du pays sans contrôle, ils regardaient tous étrangers comme envahisseurs: ils trouvaient mauvais qu'on élevât des forteresses sans le consulter. Leur fierté ressemblait à celle des soldats du Porus.

En 1633, le capitaine Stone fut attaqué sur la rivière, et massacré avec tout son équipage. Sassacus, voulant dissimuler après cette catastrophe, envoya des députés. Le gouvernement exigea que les assassins fussent remis, et quoique le Sachem représentât que le capitaine avait enlevé deux sauvages; qu'il les avait forcés de lui servir de guides, et ne les avait remis sur la côte que les mains liées derrière le dos, il fut conclu un traité par lequel les assassins devaient être rendus en effet, et les colons avoir un vaisseau sur la rivière, afin de faire la traite. Les Narraghansetts cherchèrent en vain à prévenir cette convention en envoyant trois cents guerriers, qui devaient attaquer l'ambassade à Neponsett. Les Anglais s'opposèrent à leur dessein.

Les choses demeurèrent en cet état jusqu'en 1636. Cette année, un homme du nom de Oldham ayant été massacré par les sauvages de Block-Island, le capitaine Endicott ravagea leur pays. De là, il se porta sur la côte des Pequots pour exiger l'exécution du traité, et en outre une provision de blé. Un sauvage parut dans un canot, et demanda ce que les Anglais prétendaient. Le capitaine délivra alors son message, et fit prévenir le Chef le plus considérable, en l'absence de Sassacus, qui était allé à Long-Island. Ne pouvant obtenir ce qu'il voulait, il débarqua, tua deux Pequots, et mit le fau aux moissons, se retirant après cet exploit barbare.

Il faillit être au retour la victime de ses propres gardes, qui l'accusaient de tous leurs malheurs. La plupart des guerriers l'abandonnèrent. Il acheva alors de démolir son camp, et retraita avec quatre-vingts braves vers la rivière d'Hudson. Son courage en ayant rallié d'autres autour de lui, il fit halte à Fairfield; mais il y perdit encore deux cents hommes et treize Sachems. Poussé de marais en marais, trahi par ses propres sujets, il pensa être assassiné par un traître payé d'avance pour le tuer, mais qui ne se sentit pas assez de courage pour l'attaquer. Dépassant enfin la borne de son pays, il se jeta dans les bras des Mohacks. Des guerriers de ce Canton furent assez lâches pour le tuer par surprise. Sa tête fut envoyée à Connecticut et promenée dans toutes les bourgades.

Lorsque Sassacus s'arma en faveur des hommes rouges, les colons de la Nouvelle-Angleterre, encore faibles et impuissans, étaient déjà d'une insolence inouïe. La providence empêcha qu'ils ne subissent le sort que semblait leur préparer une si coupable présomption: on doit seulement regretter de voir si complet le triomphe d'envahisseurs aventuriers vomis par l'Angleterre, qui n'avait pu les supporter.

CHAPITRE XV

ARGUMENT

Les Algonquins se résolvent à faire la petite guerre--Piscâret; singulière ruse de ce Chef--Il entre seul dans le pays des Iroquois--Intrépidité d'une jeune fille de la même nation--Mort de Piscâret--Réflexions.

PISCARET, Algonquin, surnommé l'Achille du Canada, le plus grand guerrier de son temps chez les tribus du Nord, dit M. Thatcher, se signala dans tous les combats que sa nation livra aux Iroquois. Les Algonquins, déjà affaiblis, lui ayant confié le commandement de sept cents guerriers qu'ils avaient assemblés avec effort, il marcha contre ses fiers ennemis; mais il les trouva sur leurs gardes, et il fut contrait de s'en revenir sans avoir remporté aucun avantage considérable.

N'ayant pu faire triompher son peuple à la tête d'un si grand parti, il voulut au moins venger la mort d'un Chef, qui avait été pris et brûlé par les Iroquois. Il arma un canot d'une vingtaine de fusils, et s'y embarqua avec quatre Chefs des plus braves. Ils partirent des Trois-Rivières, ou du Cap de la Magdeleine, qui était alors la résidence ordinaire des Algonquins, et se rendirent d'abord dans les îles de Richelieu, à l'extrémité sud-ouest du lac St. Pierre, et de là, à l'entrée de la rivière Sorel, ou, comme on a dit, la Rivière des Iroquois. Après s'être avancés jusqu'à une certaine distance, ils rencontrèrent cinq canots iroquois portant chacun dix guerriers. Ceux-ci firent le Sassakoué ou cri de guerre, pour sommer les Algonquins de se rendre. Piscâret voulant les attirer au large, rebroussa, et les Iroquois de le suivre avec la vitesse surprenante des rameurs sauvages. L'Algonquin avait eu l'idée de faire passer dans les balles dont il s'était muni de gros fils d'archal d'environ dix pouces de longueur arrêtés par les deux extrémités. Il avait disposé ces balles en pelotons, afin que le fil s'étendant au sortir du fusil, fit un plus grand escar. Par là, autant de coups portés dans un canot, étaient autant d'ouvertures qui devaient le couler à fond. En effet, lorsqu'il fut temps de combattre, Piscâret fit un mouvement pour se trouver enveloppé par les Iroquois, et ordonna de tirer sur leurs canots à fleur d'eau sans s'occuper des guerriers qui y étaient. Les ennemis d'éloignèrent avec précipitation et comme à l'envi les uns des autres pour faire place au canot des Algonquins. Alors les cinq Chefs, feignant de se rendre, entonnèrent leur chant de mort; mais au grand étonnement des Iroquois, ils firent une décharge de leurs fusils, et la réitérèrent trois fois sans perdre de temps, en reprenant d'autres armes chargées d'avance. Les Iroquois culbutèrent de leurs canots, qui coulèrent bas, et les Algonquins les tuèrent à coups de casse-têtes, à l'exception d'un Chef qu'ils prirent avec eux, et auquel ils firent éprouver le sort qu'avait subi le leur: c'est, avec quelque différence, la relation de M. Bacqueville de la Poterie.

Piscâret, combattit les Iroquois en combat rangé en 1643, et les battit. Il parut aux conférences de 1646, et ratifia la paix au nom de sa nation, en disant: «voici une pierre que je mets sur la sépulture des guerriers qui sont morts pendant la guerre, afin que nul n'aille remuer leurs os, ni ne songe à les venger.»

Aux nouvelles hostilités, il fit une expédition ou plutôt un exploit qui ressemble pas mal à celui d'Ulysse et de Diomède dans le camp de Rhoesus. Comme il connaissait parfaitement le quartier des Iroquois, il partit seul à la fonte des neiges, dans le dessein de les surprendre. Il eut la précaution de mettre ses raquettes le devant derrière, afin que, si l'on découvrait ses traces, on crût qu'il était retourné dans son pays.

Après plusieurs jours de marche, se trouvant près de la première bourgade, il se logea dans un arbre creux, pour y attendre la nuit. Lorsque tout fut dans le silence, il sortit de sa retraite, et s'introduisant sans bruit dans une cabane, il tua deux Iroquois, leur enleva la chevelure, et retourna dans son arbre. La même chose fut répétée la nuit suivante. Les anciens s'assemblèrent le troisième jour, et l'on mit des gardes à toutes les huttes. Piscâret sortit encore, et entra une troisième fois dans le village. Il n'y avait personne dehors, mais on veillait dans les maisons, comme il s'en aperçut en regardant par les ouvertures. Ne voulant pas se retirer sans avoir rien fait, il se hasarda à entrouvrir la porte d'une cabane, et il y vit un factionnaire sommeillant le calumet à la bouche. Il le tua et s'enfuit. L'épouvante se répandit dans la bourgade, et tous les guerriers s'armèrent la rage dans le coeur. Piscâret avait pris les devans, et comme il prenait, dit-on, les élans à la course, il redoutait peu la poursuite de ses ennemis. Loin de continuer à fuir, il revint sur ses pas, se cacha durant le jour dans un autre arbre, et fit éprouver le sort de Dolon aux Iroquois qui s'approchèrent trop de son embuscade.

Les Cantons, pour forcer ce terrible ennemi à sortir du leur territoire, furent obligés d'envoyer à sa recherche plusieurs centaines de guerriers: il leur échappa pour les harceler encore.

Si ces exploits de Piscâret nous semblent fabuleux, une égale intrépidité nous étonnera encore plus dans une femme.

Oroboa, jeune algonquine, se rendit célèbre par un héroïsme bien éclatant. Prisonnière de guerre chez les Agniers ou Mohacks, elle fut déposée dans une cabane pieds et mains liés, et demeura dix jours dans cette position, sans prendre de nourriture, que ce qu'il fallait pour l'empêcher de mourir. La onzième nuit, pendant que ses gardes dormaient auprès d'elle, elle parvint à dégager un de ses amis, et bientôt après à se détacher tout-à-fait elle-même. Son premier soin fut d'assurer sa liberté par la fuite; mais elle ne put se résoudre à laisser ainsi échapper l'occasion de la vengeance. Elle rentra dans la cabane qu'elle venait de quitter, saisit une hache, assomma celui des Iroquois qui se trouvait plus à sa portée, s'élança dehors, et se cacha dans le creux d'un arbre qu'elle avait remarqué.

Cependant les Iroquois, éveillés par les gémissemens du mourant, cherchèrent l'assassin. Oroboa attendit qu'ils fussent éloignés, et, dirigeant sa course d'un autre côté, elle s'enfonça dans les bois. Elle y errait depuis deux jours lorsque, tout-à-coup, elle découvrit que ses ennemis suivaient ses traces. Elle se plongea à l'instant dans un étang couvert de roseaux, qui se trouvait auprès, et y resta dans une attitude qui lui permettait de respirer sans être aperçue, jusqu'à ce que les Iroquois, lassés d'une recherche inutile, s'en retournèrent dans leur village.

Notes in this chapter

Note 1 · Note 1: (retour) C'est l'opinion de l'historien de la Nouvelle-Ecosse.Note 2 · D'autres savans pensent que le continent américain n'était pas inconnu aux Carthaginois, aux anciens Scandinaves et aux Gallois. Hanon 1 aurNote 3 · Note 2: (retour) La Société des Antiquaires du Nord vient de publier à Copenhague, sous ce titre «Antiquitates Americanæ» d'anciens manuscriNote 4 · Note 3: (retour) On l'attribue à Eric-le-Rouge.Note 5 · Quoique la connaissance de notre hémisphère ait été justement attribué aux scandinaves, leurs premières découvertes ne sont pas bien connuesNote 6 · Note 4: (retour) Les Lyciennes eurent des imitatrices. «Les femmes de Lemnos, dit Mela, ayant toutes tué leurs maris régnèrent en souveraineNote 7 · Note 5: (retour) Partus sequitur ventrem.Note 8 · On a cherché une autre tige aux Hurons et aux Iroquois. Quelques coutumes des Lyciens ont amené le P. Lafitau à conjecturer que ces deux famNote 9 · Note 6: (retour) Il n'est aucune peuplade de sauvages chez laquelle le sexe jouisse d'un sort plus doux qu'au Canada. Peut-être même la consNote 10 · Chez les Iroquois, les femmes jouissaient aussi en quelque sorte de la supériorité. Les enfans suivaient la caste de leur mère. Le pays, lesNote 11 · Note 7: (retour) Lieutenant-général des armées navales de l'Espagne, membre des sociétés royales de Londres, de Madrid et de Stockholm. Il rNote 12 · Note 8: (retour) «I faut remarquer que l'Amérique n'est séparée de l'Asie au Nord que par le Détroit de Bérhing, qui est souvent entièrementNote 13 · Note 9: (retour) Cicéron, De Nat. Deorum.Note 14 · Pour dire quelque chose de plus général sur la première habitation de notre continent, D. Ulloa 7 croit à peine, dit M. Lefebvre de VillebruNote 15 · Note 10: (retour) Je ferai assez voir par des exemples que D. Ulloa a eu tort d'assurer dans ses «Mémoires Philosophiques» que les AméricainNote 16 · Note 11: (retour) On se souvient encore du trouble que les anciens Helvétiens causèrent aux Romains et aux peuples qui avoisinaient leur petNote 17 · Note 12: (retour) Ce peuple a des noms particuliers pour désigner l'étoile polaire. Vénus, la Grande Ourse, les Pleyades, la Voie Lactée et Note 18 · Note 13: (retour) M. Gallatin pense que c'est la seule peuplade qui ait pu donner lieu au récit des Américains Gallois.Note 19 · Qui ne lit que ce tableau un peu pédant, ne sait pas assez. Sans rappeler que les Espagnols trouvèrent ailleurs le florissant empire péruvieNote 20 · Note 14: (retour) En admettant cette émigration très probable d'au delà des Montagnes Rocheuses, on ne croira pas que les Espagnols anéantirNote 21 · Le lecteur voit dans cette classification des Algonquins, les Mohicans et les Chippeouais confondus dans une même race; je leur joindrai lesNote 22 · Note 15: (retour) History of the United States.Note 23 · Note 16: (retour) Dom Ulloa s'est étudié à faire une peinture hideuse des naturels des Deux parties de ce continent. Il ne voit chez eux queNote 24 · Dans le cours de son voyage Verazani rangeant la côte à vue, fut obligé d'armer sa chaloupe, pour faire de l'eau; mais les vagues étaient daNote 25 · Note 17: (retour) Le nier n'appartenait qu'à une secte méprisable de prétendus philosophes, de philosophastes.Note 26 · Note 18: (retour) Vers l'an 140 de notre ère, Tramnor, ancêtre de Fingal, s'étant rendu roi du nord de l'Ecosse en réunissant tous les clansNote 27 · Le dogme de l'immortalité de l'âme a été retrouvé chez toutes ces peuplades 17. Ecoutons le chant des funérailles: «Vous qui êtes suspendus Note 28 · Note 19: (retour) Un vieux insulaire disait à Colomb: «Tu nous a étonné par ta hardiesse; mais souviens-toi que les âmes ont deux routes aprNote 29 · Note 20: (retour) Cette légende est un exemple frappant de l'enfance dans laquelle la nature a laissé l'esprit du sauvage: elle ne peut qu'iNote 30 · La récompense ou les maux de l'autre vie se trouvent encore plus explicitement dans la croyance de quelques peuplades. Les bons, après leur Note 31 · Note 21: (retour) Nestor voulant calmer la colère d'Agamemnon et d'Achille, ne semble qu'un vieillard préoccupé de se faire valoir.Note 32 · Note 22: (retour) Dont le seul défaut, comme tels, est de ne contenir presque du vrai.Note 33 · Note 23: (retour) Un écrivain de Dublin, parlant sur l'amour de la patrie, a cité les paroles de cet orateur sauvage.Note 34 · Quoique l'on ait écrit, il est également difficile d'avancer ou de nier que le sauvage «est intelligent, que son jugement est correct, et quNote 35 · Note 24: (retour) On pourrait presser les philosophes de définir ce que signifie ce mot banal l'instinct; mais peut-être diront-ils: on le cNote 36 · Note 25: (retour) Les castors ont égalé le meilleur ciment des Romains.--(BELTRAMI.)Note 37 · Je ne veux pas terminer ce discours sans faire un dernier reproche à l'abbé Raynal. Il me semble qu'il a encore amplifié sur les animaux férNote 38 · Note 26: (retour) Sachem et Sagamo me semblent un même mot diversement prononcé. Il répond assez bien, je crois, au nom de Duc chez les barbNote 39 · Note 27: (retour) Nom qui répond à Sachem.Note 40 · Si l'on excepte les traditions religieuses, la tradition orale est à peu près nulle chez les sauvages de cette partie, et comment pouvait-ilNote 41 · Note 28: (retour) On peut croire avec M. Andrew Stuart, dans ses recherches mises devant la Société Littéraire, en 1835, que Canada, nom de Note 42 · Note 29: (retour) .............Venient annis Sæcula, seris, quibus Oceanus Vincula rerum laxet, et ingens Pateat tellus; Typhis que novosNote 43 · Quoique Gaboto, amiral de Henri VII, eût parcouru à vue le Labrador: que les compatriotes du citoyen de Bristol eussent, dit-on, découvert lNote 44 · Note 30: (retour) La Thule des anciens était une des Orcades ou une des Shetland.Note 45 · Note 31: (retour) Quoi de plus doux que ce mot «Aguiaze» que les sauvages répétaient sans cesse, et que l'on crut signifier: soyez les bien-Note 46 · Cartier partit, et cette démarche le brouilla avec Donnacona. Les habitans d'Hochelaga vinrent au-devant des Français, et leur firent écrit-Note 47 · Note 32: (retour) Les premiers sauvages, comme aujourd'hui ceux qui vivent loin des villes, étaient taillés dans les plus magnifiques proporNote 48 · Lorsque Cartier fut de retour, Donnacona le vint visiter, et le pria de venir à sa demeure. Le capitaine se rendit à son désir, et fit le toNote 49 · Note 33: (retour) Ce couteau de cuivre sert à prouver que l'on a eu tort de croire, que l'usage du fer fût entièrement inconnu dans cette paNote 50 · Cependant l'attentat des Français fut le sujet d'une grande tristesse, et durant toute la nuit les sauvages appellaient à grands cris DonnacNote 51 · Note 34: (retour) D'autres croient que ce sont les Américains qui ont donné cette maladie aux Européens.Note 52 · Il paraît qu'après lui, l'intéressant peuple de Stadaconé disparut bientôt, soit par une épidémie, maladie qui devint commune chez les sauvaNote 53 · Note 35: (retour) Sir Isaac Newton a rendu cette justice aux institutions claustrales ou religieuses.Note 54 · Note 36: (retour) Les Armouchiquois, disent en substance de Champlain et Lescarbot, ont des terres défrichées et en défrichent tous les jourNote 55 · J'ajouterai à la louange de ces peuples qu'ils n'étaient pas simplement chasseurs; ils étaient agricoles, et je ne doute pas que leur culturNote 56 · Note 38: (retour) Tel était aussi le stratagême de la Pythie de Delphes imité par les Bersekars de la Suède.Note 57 · Satouriona accueillit cet officier à son débarquement, et le conduisit à un petit monument élevé par les gens de Ribaut, et que les sauvagesNote 58 · Note 39: (retour) Il était neveu de Satouriona, et parfait chevalier è sa manière.Note 59 · Olata sut se faire craindre des barbares Espagnols. Pour Satouriona, il eut besoin de déployer toutes ses forces pour conserver son indépendNote 60 · Note 40: (retour) M. le Président Hénaut fait la même réflexion par rapport aux gaulois. «La Grèce nous rappelle des idées plus agréables quNote 61 · Note 41: (retour) Envoyé de France aux E.-U., a écrit sur l'Amérique avec la pureté des beaux écrivains du siècle de Louis XIV, et avec plusNote 62 · Délivrés pour quelque temps du voisinage des farouches Espagnols, les sujets de Satouriona durent prospérer davantage. Je ne laisserai pointNote 63 · Note 42: (retour) Les habitans de la Floride, dit Madame de Genlis, font tous les ans une offrande solennelle au soleil. Ils remplissent d'hNote 64 · Note 43: (retour) C'est le lieu d'appliquer la réflexion d'un des plus sages princes: «Quiconque, disait Théodoric, forme, pour détruire uneNote 65 · Le caractère du Paraousti s'étend à tout son peuple. Les voyageurs ont admiré ses moeurs 42 et n'ont point mentionné sa cruauté: les EspagnoNote 66 · Note 44: (retour) Le style de cette immortelle princesse n'est ni aussi ambitieux ni Aussi vain que celui de ses illustres confrères.Note 67 · Note 45: (retour) Esménart.Note 68 · Note 46: (retour) On dit que c'est l'odeur du sassafras qui fit penser à Christophe Colomb, que l'on était près des terres, et cet arbuste cNote 69 · ELIZABETH marchant sur les traces du Solomon de l'Angleterre, qui songea le premier à fonder la richesse de sa nation, accorda, en 1578, à SNote 70 · Note 47: (retour) M. de Marmontel dans le roman «des Incas» exagère des horreurs que les Espagnols poussèrent assez loin.Note 71 · A Stadaconé, aux Florides et sur la rivière Choan, nous avons trouvé des peuples dont la douceur était sans égale. Leurs envahisseurs espagnNote 72 · Note 48: (retour) Plus tard M. de Maison Neuve étant monté sur le Mont Royal avec deux sauvages, ils lui dirent: «Nous sommes de la tribu quNote 73 · On n'avait pas renoncé en France au projet de fonder un établissement, et même un gouvernement en forme en Amérique. Au commencement de 1598Note 74 · Note 49: (retour) Il était probablement Iroquois.Note 75 · Dans une de ces chasses, le guerrier Pannoniac s'étant avancé bien avant dans le pays, fut massacré par les Armouchiquois. Ce fut le signal Note 76 · Note 50: (retour) Le premier avait pour titre: Lettre missive touchant la conversion du grand Sagamo de la Nouvelle-France, qui en était, avNote 77 · Ce qui fit encore plus d'honneur à Membertou que sa victoire, ce fut sa conversion au christianisme. Il fut le premier Sachem de l'Amérique Note 78 · Note 51: (retour) Les Indiens du nord ont l'usage de leur calumé, qui est une pipe dont le tuyau a un vara de long: il sert en même temps à Note 79 · Après qu'il eut terminé sa harangue, Anadabijou fit passer le calumet 51, et lorsque l'on eut bien fumé, il prononça aussi son discours «parNote 80 · Note 52: (retour) Je crois avec M. Andrew Stuart, que Québec est un nom propre français. Le comte de Suffolk, un des lieutenans de Henri V, Note 81 · M. de Champlain, comme ceux qui l'avaient devancé, fait une description magnifique du pays qu'il parcourait, et, dit l'auteur des «Beautés dNote 82 · Note 53: (retour) Un savant moderne a présumé par un passage d'Hérodote, Liv. I, ch. cxciii, que le maïs était connu en Babylonie. Ce grain Note 83 · CEPENDANT M. de Champlain voulut pénétrer plus avant dans le pays. Il fit armer deux canots, et partit avec quatre Français, y compris NicolNote 84 · Note 54: (retour) Après qu'ils ont porté leurs canots au bas du sault, dit-il ils s'assemblent en un lieu où un d'entre eux, avec un plat deNote 85 · Qui croirait que ce fut à regret? Le Chef des Français ne put se désabuser entièrement sur le récit de Vignau. Il prit cependant le parti deNote 86 · Note 55: (retour) M. Garneau croit ce chiffre trop élevé.Note 87 · Le pays parut à Champlain «peuplé d'une infinité d'âmes.» Il ne vit pas moins de dix-huit villages chez les seuls Attigouantans. Huit de cesNote 88 · Note 56: (retour) V. Infra.Note 89 · Note 57: (retour) Il ne s'ensuit pas que l'on n'aurait pas dû convier ces peuplades au christianisme.Note 90 · Les Hurons se convertirent au christianisme avec Ahasistari 56. Les missionnaires reçurent dès lors des invitations d'autres sauvages jusqueNote 91 · Note 58: (retour) Pohatans était aussi le nom de la nation.Note 92 · Le pays, alors, depuis le rivage de la mer jusques à l'Allegany, et depuis l'extrémité sud des eaux connues sous le nom de «James River», juNote 93 · Note 59: (retour) Ouirohance signifie un homme très noble, un grand.Note 94 · Notre monarque américain; car voilà bien un royaume sauvage, accueillit Sir John Newport et sa colonie avec la plus généreuse hospitalité. UNote 95 · Note 60: (retour) On a avancé à tort que les peuples de la Virginie étaient dépourvus d'idées religieuses. Cette idole semble déjà prouver lNote 96 · Note 61: (retour) Ainsi écrit M. Thatcher, C'est, je suppose, le Racoon des naturalistes. V. McLock's Natural Hist., Chneider, de VillebruneNote 97 · Les Anglais ne tardèrent pas à tourner leurs armes contre ceux qui les avaient accueillis avec tant de générosité. Le célèbre capitaine SmitNote 98 · Note 62: (retour) Opechancana avait épousé l'aînée.Note 99 · Les vieux écrivains sont partagés sur mon héros. Stith, après l'avoir appellé «un prince de talens et de grand sens» le dit insidieux et cruNote 100 · Note 63: (retour) Cet usage de prendre un nom en arrivant à l'autorité suprême, était commun à toute l'Amérique. Ouingina prend le nom de PeNote 101 · OPITCHIPAN, successeur de Pohatan, pris le nom de Sasapin 63. Il n'eut de Sachem que le nom, et s'associa son beau frère, Opechancana, que rNote 102 · Note 64: (retour) Cet officier, qui fit ses premières armes contre les Pohatans, s'illustra, je crois, dans les guerres civiles de son pays,Note 103 · Quoiqu'avancé en âge, il fesait, avec une extrême célérité, parvenir ses ordres aux tribus les plus éloignées. Il voulut faire lui-même la pNote 104 · Note 65: (retour) Si Opechancana, roi de Virginie, eût été élevé en Angleterre, peut-être aurait-il été aussi bon théologien et mathématicieNote 105 · Beverley nous apprend qu'il était d'une haute stature, et qu'il avait le port extrêmement noble. Stith l'appelle «un prince fier et politiquNote 106 · Note 66: (retour) Butler.Note 107 · Plus tard une peuplade éloignée s'étant avancée pour s'établir en Virginie, Topotomoi alla au secours des Anglais avec cent guerriers, et fuNote 108 · Note 67: (retour) V. l'histoire des E.-U.Note 109 · La nouvelle Angleterre venait à peine de fixer une retraite aux mécontens des trois Royaumes, que l'on songea à y envoyer des missionnaires Note 110 · Note 68: (retour) Nos voisins ont appelé ce lieu Mount-Hope par corruption: je l'ai ainsi écrit dans mon article de Metanco, inséré dans lesNote 111 · A l'époque de la fondation de Plymouth, on trouve la Nouvelle Angleterre coupée par cinq Confédérations principales: les Pecquots à l'est duNote 112 · Note 69: (retour) M. Winslow écrivait: «One thing was grievous unto us at this place. There was an old woman, whom we judged to be no less tNote 113 · La vie d'Aspinet jette un grand jour sur l'histoire d'un établissement dont je viens de parler, les plantations de Weston. Autant VonohoquahNote 114 · Note 70: (retour) La légende dit que tous les sauvages de sa suite voulurent suivre son exemple; mais que ce fut de si mauvaise grâce, que tNote 115 · En 1623, le capitaine Standish parut de nouveau à Nausett. Un sauvage ayant sauté dans la chaloupe des Anglais, et dérobé quelques objets, lNote 116 · Note 71: (retour) Deux illustres voyageurs nous décrivent une de ces fêtes, qui se passait dans une île, sur les lacs du Canada. Les trois hNote 117 · Standish allant à Nausett, coucha la première nuit de son voyage à Cummacuid. Ianough apprenant qu'il était à l'ancre prés de son domaine, lNote 118 · Note 72: (retour) Il y a à prendre et à laisser dans le passage suivant du Comte Carlo-Carli: «Les peuples sauvages et chasseurs de ce vasteNote 119 · J'ai dit dans la tradition iroquoise du premier homme, au discours préliminaire, ce que ces peuples croyaient savoir du commencement du mondNote 120 · Note 72a: (retour) Cette idée de deux principes a été commune à bien des peuples, et s'explique par le désordre de la nature. C'est par ce rNote 121 · Note 72b: (retour) V. sur les vierges du soleil les Lettres Péruviennes, par Madame d'Harponcourt de Graffigny. Les Iroquois avaient aussi lNote 122 · Note 73: (retour) V. Abrégé chronologique.Note 123 · Leurs exploits firent grand bruit de l'autre côté de l'Atlantique. En France, on se servait de leur nom pour effrayer les enfans mutins, et Note 124 · Note 74: (retour) Cet article se trouve un peu différemment dans l'Encyclopédie Canadienne, ainsi que ceux de Piscâret, Garrakonthié, OureouNote 125 · 74Ahasistari; ses qualités--Mauvaise politique des Hurons--Adresse des Iroquois--Conversion d'Ahasistari--Pais de 1646--Renouvellement de laNote 126 · Note 75: (retour) Les députés Iroquois, croyant que les noms européens, comme les leurs, devaient signifier quelque chose, demandèrent ce quNote 127 · Les Cantons agirent autrement, et pour ne pas s'attirer sur les bras trop de forces réunies, ils mirent tout en usage pour introduire la mésNote 128 · Note 76: (retour) Chaque député apposa au bas du traité le tabellionat ou blason de sa tribu, c'est-à-dire le dessin d'un animal quelconque.Note 129 · L'année suivante, les Iroquois, que soutenait Wilhelm Kieft, gouverneur de Manhatte ou Manhattan, se répandirent dans tout le Canada. Les riNote 130 · Note 77: (retour) La Mythologie des sauvages avait placé dans ces îles le séjour des dieux ou des Manitoux.Note 131 · Les Iroquois rompirent bientôt cette trève. Ahasistari, à la tête de Hurons et des Andastes, peuple belliqueux et puissant, les battit complNote 132 · Note 78: (retour) Qui croirait que cet officier mit en tête de la relation qu'il écrivit de cette expédition, de texte de l'écriture: We havNote 133 · Sassacus, de retour, conjura la perte des colons. Il destina à cet objet toutes les forces de son pays, et déploya toute sa propre énergie.
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