Note (retour) — PREMIÈRE PARTIE
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Je ne veux pas terminer ce discours sans faire un dernier reproche à l'abbé Raynal. Il me semble qu'il a encore amplifié sur les animaux féroces de notre continent. Les naturalistes placent à peine dans cette classe le lion et le tigre d'Amérique. On trouve l'ours et le serpent à sonnettes. Les animaux utiles y sont en grand nombre, sans parler du bison et du chevreuil, ainsi que des autres espèces qui fournissent au commerce des pelleteries, cette source féconde de richesse, les marais et les lacs découvrent les plus beaux castors. Accoutumé à camper sur le bord des eaux, cet animal intéressant cherche d'ordinaire un étang, et s'il n'en trouve point, il sait en former un dans l'eau courante des fleuves, à la faveur d'une chaussée. Une petite rivière descend-elle dans un lac, il en barricade l'embouchure comme le ferait un régiment du génie. Aucune difficulté n'arrête la nation ouvrière, qui laisse même l'arbre abattu par le vent pour choisir elle-même ses matériaux 24. Elle commence à construire des demeures solides 25. Les cabanes ont deux étages. Le premier, construit sous l'eau, contient les magasins, et le second sert au coucher. Il a été pratiqué sous terre une multitude d'issues par lesquelles un castor peut voyager à l'insu du sauvage le plus vigilant. La république a ses lois. Chaque tribu garde son territoire, et quelque maraudeur est-il surpris chez l'étranger, il est privé de sa queue, ce qui est le plus grand déshonneur. Enfin ces animaux paraissent si extraordinaires aux sauvages, qu'ils les prennent pour des hommes que le Grand Esprit a ainsi transformés; et en les tuant, ils croient les restituer à leur premier état. La chasse favorite des naturels est cependant celle du bison et de l'ours. Ils se frottent de sa graisse comme les gladiateurs De l'antiquité, et se couvrent de sa peau. La plus magnifique variété d'oiseaux vient encore ajouter aux charmes de la vie sauvage.