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Biographie des Sagamos illustres de l'Amérique Septentrionale (1848)

Note (retour) — PREMIÈRE PARTIE

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Dans le cours de son voyage Verazani rangeant la côte à vue, fut obligé d'armer sa chaloupe, pour faire de l'eau; mais les vagues étaient dans une telle fureur qu'elle ne put jamais prendre terre. Cependant, les sauvages dont la rive était garnie, invitaient par toutes sortes de démonstrations les Français à s'approcher. Un jeune matelot, bon nageur, hasarda de se jetter à l'eau. Il n'était plus éloigné que d'une portée de mousquet, et il n'avait d'eau que jusques à la ceinture, lorsque, perdant la tête, il se mit à jeter aux sauvages les présens qu'il portait, et voulut regagner la chaloupe; mais à l'instant même, une vague venant du large, le jeta sur la côte avec une telle violence, qu'il resta étendu comme mort sur le sable. Sans forces, sans connaissance, il périssait, lorsque les indigènes accoururent à lui, et le mirent hors de la portée des vagues. Il demeura quelque temps évanoui entre leurs bras, reprit ensuite connaissance, et, saisi de frayeur, il poussa de grands cris, auxquels ils répondirent par des hurlemens destinés à le rassurer, mais qui ne firent qu'augmenter son effroi. Ils le firent asseoir au pied d'une colline, le dos tourné vers le soleil, et allumèrent encore un grand feu. Il crut que l'on allait l'immoler au soleil, et l'équipage, toujours repoussé par le vent, le crut aussi. Mais au lieu de lui faire aucun mal, on séchait ses habits au feu, et on ne l'approchait lui-même qu'autant qu'il fallait pour le refaire. Il se rassura alors, répondit aux caresses des sauvages, et réussit à s'en faire comprendre par signes. Après lui avoir rendu ses habits, et lui avoir fait prendre de la nourriture, ils le tinrent longtems et étroitement embrassé avant que de lui permettre de se confier à la mer. Puis ils s'éloignèrent un peu, pour le laisser en liberté. Lorsqu'ils le virent nager, ils montèrent sur la colline, et ne cessèrent de le suivre des yeux qu'il n'eût atteint le vaisseau. L'intéressant Donnacona reçut aussi cordialement Cartier, et lorsque les Anglais parurent sur la côte de Virginie, Paspiha, lieutenant de Pohatan, leur offrit des rafraîchissements et des terres 15. Anadabijou, Cananacus, Ensenore et Niantonimo ne fournissaient pas de moins beaux traits à cette histoire. «Cette généreuse bonté, dit l'auteur des Beautés de l'Histoire du Canada, dit plus en faveur du coeur humain que vingt traités philosophiques sur la vertu. La loi de la nature, empreinte par la divinité dans le coeur de tous les hommes, leur fait distinguer ce qui est noble; elle inspire le sauvage de même que l'homme policé.» Serait-ce que les Américains ne fussent absolument mus que par cet instinct naturel?--Non, sans doute, et c''est avec tort qu'un écrivain trop partial 16 a affirmé qu'ils n'avaient presque point d'idées religieuses. La plupart croyaient en un être éternel et tout puissant qui a tout créé. Ils admettaient encore un nombre de divinités inférieures, les petits esprits, comme les génies des anciens. Ils rendaient un culte au soleil, et avaient une singulière vénération pour le feu; ce qui ne fortifie pas peu l'opinion qui leur attribue une origine asiatique. En un mot, leur religion ou leur croyance, qui n'était pas exempte de fétichisme, n'était pas non plus étrangère au sabéisme et au dualisme, car un mauvais esprit partage avec le grand esprit le domaine de la nature. Les Sioux, les Saukis, les Chippeouais, les Iroquois, les Ménomènes et les Ouinebagos on toux cette croyance, et j'y découvre le secret des vices du sauvage, qui sacrifie tour à tour au bon et au mauvais esprit. En résultat, on trouve les Américains tour à tour vertueux et vicieux, généreux et cruels, fidèles et perfides.

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