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Robert Burns. Vol. 1, La Vie

CHAPITRE II.

Reading edition

LOCHLEA. 1777—1784.

La vie continua toujours la même pour la famille, une vie de labeur et de frugalité. Les premiers temps furent tolérables. «Pendant quatre années nous y vécûmes confortablement,» dit Robert[60]. Ce dut être un soulagement après la vie de Mont-Oliphant. Tout le monde travaillait. Robert et Gilbert recevaient les gages qu'on donnait aux autres ouvriers, d'où on défalquait les objets de vêtement fabriqués dans la maison par la mère et les sœurs.[Lien vers la Table des matières.]

I. LA JEUNESSE. — LES PREMIERS AMOURS.

Étant donné qu'un jeune homme élevé pour être fermier, mais sans aucune fortune, peut épouser de deux femmes l'une: ou bien une fille de fortune, ni belle de sa personne, ni agréable de conversation, mais capable de diriger suffisamment les affaires domestiques d'une ferme; ou bien une fille agréable de toutes façons, de personne, de conversation et de manières, mais sans fortune, laquelle des deux choisira-t-il?

On peut reconnaître dans le choix de cette question une des préoccupations habituelles de Burns et imaginer la discussion et les déclamations éloquentes, auxquelles elle donna lieu. Burns y prit une part active et le Dr Currie retrouva dans ses papiers les notes d'un discours dans lequel il soutenait la seconde alternative. Il n'est peut-être pas sans intérêt de voir quel était le genre de questions débattues par ces jeunes laboureurs. En voici quelques-unes:

Retirons-nous plus de bonheur de l'amour ou de l'amitié?

Doit-il exister quelque réserve entre des amis qui n'ont aucune raison de douter de l'amitié l'un de l'autre?

Lequel est le plus heureux du sauvage ou du paysan d'une contrée civilisée?

Un jeune homme des rangs inférieurs de la vie sera-il plus heureux s'il a reçu une bonne éducation et s'il a un esprit meublé de savoir; ou s'il a juste l'éducation et le savoir de ceux qui l'entourent?

Les deux dernières questions dépassent le cercle des sentimentalités générales des deux premières. Elles ont la marque de leur époque; elles arrivent jusqu'au bord de la discussion sociale à la façon du XVIIIe siècle; on y sent comme une lointaine influence de Rousseau. Peut-être cependant, celle-ci n'était-elle pas indispensable pour que des demandes semblables se posassent dans l'esprit de Burns. Il aurait suffi de l'analogie des génies et des situations. Il y eut de bonne heure dans Burns une protestation et une révolte inévitables contre l'inégalité des rangs et, ce qui est mieux, une revendication de la valeur individuelle. L'amour, les préoccupations de la vie, d'autres luttes l'empêchèrent de développer tout à fait ce côté de protestation sociale, mais il éclatera dans quelques passages de ses poésies, et on en discerne le germe dans ces discussions de jeunesse.

Derrière ces collines là-bas, où le Lugar coule, Parmi de nombreux moors et marais, Ô, Le soleil d'hiver a clos le jour, Et je vais retrouver Nannie, Ô.

Le vent d'ouest souffle bruyant et aigre; La nuit est à la fois noire et pluvieuse, Ô; Mais je prendrai mon plaid; je me glisserai dehors, Et, par delà les collines, vers Nannie, Ô.

Ma Nannie est charmante, douce et jeune, Sans ruses artificieuses pour vous attirer, Ô; Le malheur tombe sur la langue flatteuse Qui séduirait ma Nannie, Ô!

Son visage est joli, son cœur est sincère, Aussi innocente qu'elle est gentille, Ô. La pâquerette, qui s'ouvre humide de rosée, N'est pas plus pure que Nannie, Ô.

Je ne suis qu'un jeune paysan, Et il y a peu de gens qui me connaissent, Ô; Mais que m'importe combien peu ils sont, Je suis toujours bienvenu chez Nannie, Ô.

Toutes mes richesses sont mes gages, Et il faut que je les gère avec soin, Ô; Mais les biens de ce monde ne m'inquiètent pas, Toutes mes pensées sont: Ma Nannie, Ô.»

Notre vieux fermier se plaît à regarder Ses moutons et ses vaches prospérer grassement, Ô; Mais je suis aussi heureux, moi qui tiens sa charrue, Et n'ai d'autre souci que Nannie, Ô.

Ainsi, avec les journées dans les champs, les sorties du soir, les lectures et les compositions le long du chemin, les séances chez le forgeron, les discussions du club, le mélange de travail, de tristesse et de joie qui fait la vie de tous; avec des rafales de passion, des éclairs d'ambition, des élans de tendresses charmantes, des bondissements éblouissants de gaîté qui n'étaient propres qu'à lui; jetant à pleines mains, comme lorsqu'il semait, la poésie et le rire, inconscient encore et cependant déjà frémissant de son génie, causant une sorte d'étonnement autour de lui, impétueux et honnête en toutes choses, avec l'emportement qui devait lui faire commettre bien des fautes, mais sans le remords d'en avoir encore commis, il passa les premières années de Lochlea. Années agitées, mais pures, et qui, en somme, furent heureuses.

Ses lèvres sont comme ces cerises mûres, Que des murailles ensoleillées protègent de Borée; Elles tentent le goût et charment la vue; Et elle a deux yeux brillants et malicieux.

Sa voix est comme le merle, le soir, Qui chante sur les bords du Cessnock, invisible, Tandis que sa compagne est nichée dans le buisson; Et elle a deux yeux brillants et malicieux.

Outre l'influence qu'elle aurait pu avoir sur sa vie, sa courte liaison avec Ellison Begbie est intéressante parce qu'elle a produit une correspondance, qui comprend les premiers spécimens de prose que nous ayons de lui. Ce sont quatre lettres seulement, mais bien curieuses. Au point de vue littéraire, elles sont caractéristiques. On y sent une affectation de correction, une recherche d'élégance, la prétention épistolaire qu'il gardera pendant toute sa vie et qu'il devait au recueil de lettres que le hasard avait mêlé à ses premières lectures. Les pensées s'y font graves et compassées, les phrases s'y succèdent achevées et correctes. Cela a beaucoup de tenue et peu de mouvement; c'est le contraire de son esprit. La langue elle-même est différente. Autant ses poèmes abondent en expressions écossaises, autant cette correspondance est écrite dans une langue purement anglaise, avec une affectation de mots latins. Au point de vue des sentiments, ces lettres sont également remarquables par leur gravité, leur ton de convenance et de franchise, un désir de bien préciser le genre d'affection qu'il éprouve et de placer ses déclarations sur un terrain de vie pratique. Dans la première de ces épîtres, il se défend, avec beaucoup d'habileté, contre un soupçon d'inconstance de sa part, qui pourrait bien venir à l'esprit d'Ellison Begbie et il fait une description de la vie mariée, qui est réellement un beau morceau sur le mariage:

Il est naturel qu'un jeune homme aime la connaissance des femmes et il est habituel qu'il recherche leur société quand l'occasion s'en présente. L'une d'elles lui est plus agréable que les autres; quand il est avec elle, il y a quelque chose, il ne sait pas quoi, qui le séduit, il ne sait pas comment. Je suppose que cela est ce que la plupart d'entre nous appellent amour et je dois avouer, ma chère E., que c'est un jeu difficile que celui que vous avez à jouer lorsque vous rencontrez un amoureux de cette espèce. Vous ne pouvez vous empêcher de dire qu'il est sincère, et cependant, avec quelque faveur que vous le traitiez, peut-être dans quelques mois ou au plus tard dans un an ou deux, la même inexplicable fantaisie peut le rendre éperdument épris d'une autre, tandis que vous serez oubliée. Je n'ignore pas que peut-être, la prochaine fois que j'aurai le plaisir de vous voir, vous me conseillerez de prendre cette leçon pour moi, et vous me direz que la passion que je professe pour vous est peut-être une de ces lueurs passagères. Mais j'espère, ma chère E., que vous me ferez l'honneur de me croire, quand je vous assure que l'amour que j'ai pour vous est fondé sur les principes de la Vertu et de l'Honneur, et que conséquemment, aussi longtemps que vous continuerez à posséder ces aimables qualités qui m'ont d'abord inspiré ma passion pour vous, aussi longtemps faut-il que je continue à vous aimer.

Ces dernières lignes sur l'idée du bonheur tranquille et apaisé qu'il faut attendre du mariage, sur la nécessité des qualités de l'âme pour un amour durable, ne sont-elles pas éloquentes, et cette vue de l'amitié qui sort d'une vie commune ne va-t-elle pas au fond des unions heureuses?

Une autre lettre est intéressante par la façon presque religieuse dont il parle de l'amour. On sent bien, dans cette correspondance, qu'à ce moment il était encore dominé et gouverné par l'austérité paternelle, que son âme était toujours pleine de déférence pour l'exemple de vie qu'il avait devant lui et que les amourettes nombreuses qu'il avait déjà eues étaient restées des affaires de cœur et d'imagination.

Je crois en vérité, ma chère E., que les purs, les sincères sentiments d'amour sont aussi rares dans le monde que les purs et sincères principes de vertu et de piété. Ceci, j'espère, vous expliquera le singulier style de mes lettres à vous. Par singulier, je veux dire qu'elles sont écrites d'une façon si sérieuse que, pour vous dire la vérité, j'ai souvent eu peur que vous ne me preniez pour quelque dévot outré qui converse avec sa maîtresse comme il converserait avec son ministre.

La façon dont il lui demande sa main est pleine d'une gravité presque cérémonieuse. On ne conçoit pas qu'un jeune clergyman adressant, avec toute la dignité et le décorum de sa profession, une requête de ce genre, puisse le faire en un langage plus rapproché d'un sermon:

Il y a une règle que j'ai jusqu'ici pratiquée et que j'observerai invinciblement avec vous, c'est de vous dire honnêtement la simple vérité. Il y a quelque chose de si bas, de si indigne d'un homme, dans les artifices de la dissimulation et de la fausseté, que je suis surpris qu'ils puissent être employés par personne dans une passion aussi noble et généreuse qu'un amour vertueux. Non, ma chère E., je n'essayerai jamais de gagner votre faveur par de si détestables pratiques. Si vous êtes assez bonne et assez généreuse pour m'accepter pour votre partenaire, votre compagnon, votre ami de cœur, à travers la vie, il n'y a rien, de ce côté-ci de l'éternité, qui puisse me donner un plus grand bonheur; mais je ne songerai jamais à acheter votre main par des arts indignes d'un homme et, j'ajouterai, d'un chrétien. Il y a une chose que je vous demande sérieusement, ma chère, et c'est ceci: que vous mettiez bientôt un terme à mes espérances par un refus péremptoire ou que vous me guérissiez de mes anxiétés par un consentement généreux.

La jeune fille ne tarda pas à faire connaître à Burns sa réponse définitive; c'était un refus. La lettre qu'il lui envoie et qui est la dernière de cette série est, avec un chagrin très sincère et très profond, pleine d'une très belle et très digne franchise:

J'aurais dû, pour être poli, accuser plus tôt réception de votre lettre, mais mon cœur en avait reçu un tel coup que je puis encore à peine rassembler mes pensées, de façon à vous écrire à ce sujet. Je n'essayerai pas de décrire ce que j'ai ressenti en recevant votre lettre. Je l'ai lue et relue, mainte et mainte fois et, bien qu'elle fût dans le langage le plus poli du refus, ce refus était péremptoire: «Vous étiez triste de ne pas pouvoir me payer de retour, mais vous me souhaitez toute espèce de bonheur.» Ce serait une faiblesse indigne d'un homme que de dire que, sans vous, je ne pourrai jamais être heureux, mais je suis certain que partager la vie avec vous lui aurait donné une saveur que, sans vous, je ne goûterai jamais.

II. LE SÉJOUR À IRVINE.

Ce projet de mariage eut une grande influence sur la vie de Burns. Il avait compris, avec Gilbert, qu'il lui serait difficile de s'établir comme fermier. Pour acheter des instruments et des bestiaux, pour faire les premières semailles et attendre la première récolte, il faut une mise de fonds. Comment l'espérer, quand la famille avait à peine de quoi joindre les deux bouts à la fin de l'année? Si jamais ces ressources arrivaient, quand serait-ce? Trop tard à coup sûr. Ellison ne l'aimait pas assez et lui-même l'aimait trop pour attendre. Peut-être les difficultés qui commençaient à s'amonceler de nouveau sur le chemin de son père, contribuaient-elles à l'éloigner d'un métier, où la sueur du front ne suffisait pas à gagner le pain. Il chercha une façon plus rapide, plus sûre, de parvenir à vivre. Depuis quelques années déjà, les deux frères avaient obtenu du père quelques pièces de terre où ils faisaient pour leur propre compte pousser du lin, fort cultivé alors dans ces parties de la contrée. Robert résolut d'aller à Irvine apprendre à préparer cette plante. Cependant, le refus d'Ellison Begbie survint. Il partit néanmoins, le cœur plus chargé de chagrins qu'on ne l'imaginerait d'après la calme affection exprimée dans ses lettres, assombri, découragé. Évidemment, il venait de recevoir bravement un coup dont il serait longtemps à guérir. C'était vers le milieu de juillet 1781.

La ville où il arrivait et le nouveau métier qu'il entreprenait n'étaient pas faits pour dissiper sa mélancolie. Irvine est un endroit d'apparence désolée; c'est une bourgade maritime avec toute la tristesse des ports, situés non pas sur la mer, qui est à elle seule un mouvement et une multitude, mais sur les rives plates et vaseuses d'une embouchure de rivière. Un horizon rampant de maigres dunes, des bas-fonds de sables coupés de flaques, recouverts et découverts par l'alternance monotone du flux et du reflux; sur ces pauvres bords, un ramassis de dépôts de marchandises et de maisonnettes, moitié cabarets, moitié boutiques à objets de matelots, basses, minables et louches. Aux heures d'eau retirée, les navires, comme échoués, augmentent cette impression d'abandon par celle de désarroi, que donnent leurs grands corps désemparés, leurs mâtures penchées hors d'équilibre et qui semblent faire gauchir le ciel. Pour un jeune paysan, accoutumé à se réjouir des mille vies de la terre, ce séjour de stérilité, lavé d'une eau morne et inféconde, dut être comme un cauchemar.

À ce serrement de cœur s'ajouta bientôt le dégoût d'un métier pénible et presque rabaissant pour lui. Au lieu des journées au grand air, de la fierté du labour et de la diversité des occupations, un emprisonnement dans un taudis puant de l'odeur fade du lin roui, et une besogne assise, monotone et mécanique. Des heures et des heures sur le banc, devant le chevalet de l'espade ou l'établi des sérans. Pour des bras dignes du fléau ou de la faux, maillocher le lin, l'écraser, l'écanguer sous la broie, l'étirer sur les peignes, avoir toujours les mains perdues dans des filasses, c'était presque un métier de femme. Dans cette salle basse, moitié hangar moitié écurie, au milieu de cette atmosphère alourdie des émanations et des poussières du lin, on ne respirait pas. Il étouffait, sa santé s'en ressentit. Ce changement d'existence, en toutes circonstances, lui eût été pénible, insurmontable. Il y apportait, avec un cœur récemment blessé, un amour-propre meurtri. Un travail sain à l'air libre, la puissance de la nature à changer nos peines en rêveries, l'auraient apaisé; cette vie étrécie et emmurée, d'une fatigue nouvelle et exaspérante pour les nerfs, renferma sa douleur, l'aigrit, la rendit plus corrosive et plus dévorante. Puis, au lieu de la popularité à laquelle il était accoutumé, c'était, pour lui plus que pour d'autres, un isolement plus dur, dans une populace de matelots, d'ouvriers et de déchargeurs. Enfin cet indéfinissable et invincible sentiment, la nostalgie, se mettait de la partie.

«Ma santé est à peu près la même que quand vous étiez ici, seulement mon sommeil est un peu meilleur, et, à tout prendre, je suis plutôt mieux qu'autrement, bien que je ne m'améliore que bien lentement. La faiblesse de mes nerfs a tellement débilité mon esprit que je n'ose ni revoir les événements passés, ni regarder du côté de l'avenir; car la moindre anxiété et le moindre trouble dans ma poitrine produisent les effets les plus désastreux sur toute ma machine. Quelquefois, à la vérité, pendant une heure ou deux, mes esprits s'allègent un peu, je jette un rapide regard dans le futur, mais ma principale occupation et la seule qui me soit douce est de considérer le passé et l'avenir d'une façon religieuse et morale. Je suis transporté à la pensée qu'avant longtemps, peut-être bientôt, je dirai un éternel adieu à toutes les peines, agitations, et inquiétudes de cette pénible vie, car je vous assure que j'en suis vraiment fatigué, et, si je ne me trompe beaucoup, je pourrai avec contentement et joie la résigner.

L'âme, inquiète et renfermée en elle-même, Se repose en errant dans une vie future.

C'est pour cette raison que le 15e, 16e et 17e versets du 7e chapitre des Révélations me plaisent plus qu'autant de dizaines de versets dans toute la Bible, et je ne voudrais pas échanger le noble enthousiasme qu'ils inspirent pour tout ce que ce monde peut offrir. Quant à ce monde-ci, je désespère d'y faire jamais quelque figure. Je ne suis pas fait pour l'agitation des gens d'affaires, ni pour le désordre des gens gais. Je ne serai jamais capable de paraître sur ces scènes. À la vérité je suis tout à fait détaché des pensées de cette vie. Je prévois que la pauvreté et l'obscurité m'attendent, je suis en quelque mesure préparé et je me prépare chaque jour à les rencontrer.

Mais il avait trop de jeunesse et de ressort pour que cette lassitude et cette dépression durassent. Il est vraisemblable que les premiers mois furent les plus mornes. Peu à peu, la crise ayant atteint sa hauteur diminua. Dans la lettre à son père, il parle déjà d'un mieux et de clartés qui commençaient à percer l'assombrissement de sa vie. Par degrés aussi, son esprit de sociabilité lui fut rendu. Il est probable qu'il accueillit ces retours de gaîté avec une sorte de brusquerie à les saisir et à les épuiser, avec cette insouciance téméraire qui suit les grands soucis et les grandes défiances de la vie, quelque chose de dur qui fait qu'on arrache les joies plutôt qu'on ne les reçoit, et qu'on les tord plutôt qu'on n'en jouit. Rien n'est plus propre que ces mouvements excessifs vers le plaisir, à jeter dans des plaisirs excessifs par eux-mêmes. L'âpreté à jouir crée le goût de jouissances plus âpres. C'est surtout pour le cœur que les convalescences demandent à être lentes et sages. Burns vivait dans un milieu peu propice à ces ménagements. Dans ces ports de la côte ouest, surtout dans ceux situés en face des îles de Man et d'Arran, la contrebande par mer était active. Il y traînait toujours une population de gens, moitié matelots, moitié contrebandiers, aventureux, hardis, achetant, par une vie de duretés et de dangers, des intervalles violents de débauche. Burns se trouvait en contact avec eux à un moment critique. Il s'en ressentit.

De cette aventure, j'appris un peu de la vie d'une ville; mais la principale chose qui donna un tour à mon esprit fut que je formai une amitié cordiale avec un jeune homme, un homme supérieur à tous ceux que j'avais jamais vus, mais un fils infortuné du malheur. Il était l'enfant d'un simple artisan; un homme riche du voisinage l'ayant pris sous sa protection lui avait fait donner une éducation relevée, afin d'améliorer sa position dans la vie. Ce protecteur mourut et laissa mon ami sans ressources juste au moment où il allait se lancer dans le monde; le pauvre garçon désolé prit la mer; après des vicissitudes de bonne et de mauvaise fortune, il avait été, peu de temps avant que je fisse sa connaissance, débarqué par un corsaire américain, sur les côtes sauvages du Connaught, sans qu'il lui restât rien. Je ne puis abandonner l'histoire de ce malheureux garçon sans ajouter qu'il est en ce moment capitaine d'un grand navire des Indes Occidentales, appartenant à la Tamise.

III. LES ANNÉES D'APPRENTISSAGE. — LES PREMIÈRES FAUTES. — LA MORT DU PÈRE.

Lorsqu'il se remit à la charrue il était un autre homme. Il avait traversé une dure épreuve, d'où il revenait encore endolori, mais en voie de guérison. Il jugeait la souffrance pour s'être mesuré avec elle. S'il en ressentait encore l'étreinte, il n'en avait plus autant l'horreur. Il avait en outre acquis des expériences diverses, qui flottaient encore en lui; il en rapportait des idées nouvelles sur la vie, vagues encore, mais qui ne tarderaient pas à devenir plus solides. Quand il se retrouva dans son ancienne vie des champs, l'influence de la campagne le reprit et le calma. Dans les lentes allées et venues de labourage, il put réfléchir. Son chagrin s'effaça et ses réflexions se dessinèrent dans son esprit. Il ressentit, après quelque temps, un peu de résignation, qui est la parcelle d'or contenue dans toute grande souffrance.

Ô pourquoi diable me désolerais-je Et pourquoi toujours prévoir le mal? J'ai vingt-trois ans et cinq pieds neuf pouces, Je m'en irai, je me ferai soldat.

Cette nouvelle disposition d'esprit, si différente de celle où il se trouvait dans la lettre écrite à son père, s'exprima dans une chanson:

De mainte façon, dans maint essai, j'ai courtisé la faveur de la Fortune Ô; Quelque chose de caché toujours s'interposait, pour me frustrer de mes efforts Ô. Parfois je fus accablé par mes ennemis, parfois abandonné de mes amis Ô; Et quand mon espoir était au sommet, c'est alors que je me trompais le plus Ô.

Alors, endolori, harassé et las de la vaine tromperie de la Fortune Ô, Je laissai tomber mes projets comme des songes vides et j'en vins à cette conclusion Ô: Le passé était triste, le futur inconnu, ses biens et ses maux cachés Ô; Mais l'heure présente était à moi, et ainsi j'en jouirais Ô.

Je n'avais ni aide, ni espoir, ni but, personne pour m'aider Ô; Il me fallait travailler et suer, souffrir et peiner pour vivre Ô; À labourer, à semer, à moissonner et à faucher mon père m'avait élevé Ô, Car un homme, disait-il, fait au travail, peut tenir tête à la Fortune Ô.

Ainsi obscur, inconnu et pauvre, condamné à errer dans la vie Ô, Jusqu'à ce que je repose mes os fatigués dans un sommeil éternel Ô; Sans but et sans souci que d'éviter ce qui peut me faire peine ou chagrin Ô, Je vis aujourd'hui aussi bien que je puis, insoucieux de demain Ô.

Cette insouciance du lendemain et cette façon de hausser les épaules aux menaces du sort, très opposées à l'esprit de vigilance et de prévoyance inquiète qui régnait dans la maison, n'était pas la seule chose qu'il eût rapportée de son séjour à Irvine. L'approbation et les encouragements de son camarade Brown faisaient leur travail dans son esprit et y déterminaient quelque chose comme un commencement d'ambition. C'était très vague et très obscur, très latent, presque inconscient même; mais il s'y remuait une préoccupation nouvelle. Jusqu'alors Burns avait été satisfait de son application intellectuelle pour le plaisir qu'il en recevait; ses productions littéraires ne visaient pas au delà de l'instant présent. Il se fit dès lors, dans sa pensée, des ouvertures sur des choses plus reculées. La naissance de ce germe d'ambition suscita une confuse idée de préparation, une espèce de recueillement, une disposition à l'effort et à l'étude. Les deux années qui s'écoulèrent après le voyage d'Irvine, et qui sont les dernières de Lochlea, sont occupées par cette sourde fermentation. Cela est très insensible ou du moins très caché; car les renseignements sur cette période de sa vie sont peu nombreux. Il en existe pourtant quelques-uns qui la révèlent et la résument. On voit qu'elle est faite de conflits entre des influences diverses, d'états d'âme opposés, les uns factices et les autres sortant du vrai fond de sa nature.

L'influence d'Ossian se fait bien sentir dans une certaine façon de s'adresser à la nature, qui n'était ni dans ses habitudes de vie ni dans le ton général de son esprit. Les puissantes et mélancoliques invocations que le chantre de Morven adressait aux vents et aux orages, eurent pendant un temps leur écho dans l'âme de Burns. Le passage suivant, écrit juste à cette époque, en est la preuve. Il est cité par tous les biographes de Burns, sans qu'ils aient pris la peine de le rattacher à son instant particulier et de marquer ce qu'il a d'anormal.

Comme je suis ce que les gens du monde, s'ils connaissaient un homme comme moi, appelleraient un mortel fantasque, j'ai plusieurs sources de plaisir et de contentement qui, en quelque manière, me sont particulières à moi seul—ou peut-être, ici et là, à quelque autre original comme moi. Tel est le plaisir particulier que je prends à la saison de l'hiver plus qu'à tout le reste de l'année. Ceci, je le crois, peut être dû en partie à mes malheurs, qui ont donné à mon esprit une tournure mélancolique; mais il y a quelque chose dans

La puissante tempête et le désert blanchâtre, Abrupt et profond, étendu au-dessus de la terre ensevelie,

C'est à cette même influence qu'il faut rattacher quelques pièces qui n'ont pas grande valeur dans son œuvre, mais qui ont une certaine importance dans sa biographie, car elles témoignent d'une tendance vers une école littéraire qui pouvait être dangereuse pour lui. La chanson suivante fut composée dans un des moments qu'il a dépeints plus haut.

L'Ouest hibernal souffle sa rafale, Et jette la grêle et la pluie; Ou bien le Nord orageux envoie et chasse Le grésil et la neige aveuglants; En chutes brunes, le ruisseau descend Et rugit entre ses rives Oiseaux et bêtes restent à couvert Et passent le jour maussade.

On est tout étonné de trouver dans Burns cette ressemblance avec les romantiques mélancoliques. Il faut vite ajouter que le mélange de sublimité ossianique et de grandeur biblique, qui paraît dans le morceau de prose cité plus haut, fut passager chez lui. Elles n'étaient pas en accordance avec sa nature qui était pondérée, et violente, mais dans la région moyenne des sentiments. Les nuages n'étaient point son fait. Il aimait à sentir la terre sous ses pieds. Il ne tarda pas à abandonner ce grandiose surhumain, qui moralise plutôt sur la vanité de la vie qu'il n'en dépeint les actes. Cependant toutes traces de l'influence ossianique ne disparurent pas de son œuvre. On la retrouve, plus tard, très sensible dans des pièces comme l'Élégie de Sir James Hunter Blair, celle sur la mort de Robert Dundas (1787), celle sur le comte de Glencairn (1791). Quant à l'influence plus large et plus mélangée des lectures de cette époque, elle persista dans ses lettres, où la familiarité et le sans-façon n'apparaissent presque jamais.

Une des premières choses qu'il fit en arrivant à Édimbourg fut de faire mettre une pierre sur la tombe négligée du poète. Le frêle et plaintif souvenir de Fergusson restera attaché à sa gloire. C'est évidemment sous cette influence qu'il produisit alors son premier poème écossais et sa première œuvre assez longue. L'Élégie sur la mort de la pauvre Mailie, une brebis favorite.

Ces tiraillements, ces combats de tendances se mélangeaient à une arrière-pensée, à des rêveries qui dépassaient certainement les limites de la vie actuelle de Burns. La preuve en est dans un singulier document, un Journal, qu'il se mit à tenir au commencement de 1783, un an juste après son retour d'Irvine. Les modifications qui viennent d'être indiquées y sont exprimées, ce qui montre que leur travail était déjà accompli. Le début vaut d'être lu avec soin. Il indique clairement que Burns prêtait dès lors une certaine importance à ses sentiments, qu'il avait l'idée très vague, très naïve, que ses confidences ou ses confessions pourraient avoir un jour un intérêt pour d'autres que pour lui. Il y a même la pensée, implicitement contenue dans les motifs de ce Journal, qu'il sera lu un jour. Par qui? c'est confus encore. Mais il aura des lecteurs, sans quoi la principale raison que son auteur se donne de le tenir, disparaîtrait.

À la suite de ce préambule déjà bien caractéristique il avait ajouté un extrait de Shenstone dont il s'appropriait et dont il s'appliquait le sens:

Il y a beaucoup d'hommes dans le monde, à qui pour faire bonne figure il manque beaucoup moins l'intelligence nécessaire que l'opinion de leurs propres capacités, qui leur permettrait de relater leurs propres observations et de leur accorder la même importance qu'à celles qui paraissent imprimées[120].

Burns a mis de tout dans ce journal: des confessions personnelles, des réflexions morales, des pièces de vers, des critiques de ses propres productions où il les discute strophe à strophe et vers à vers, des réflexions sur les chansons écossaises, très perspicaces, des projets d'imitation, des études de caractères. On sent qu'il est tout à fait au bord de la production et qu'à la première occasion son génie va s'envoler.

Quelques-unes de ses plus jolies chansons: Mary Morison, Peggy de Montgomery sont restées de ces nombreuses intrigues inconnues. Mais le ton de ces déclarations lyriques a changé; il est plus chaud et plus voluptueux. Ce ne sont plus de purs élans du cœur, des adorations platoniques et des rêves lointains de vie commune. Ce sont des désirs plus proches ou des souvenirs plus précis, où frémit l'agitation des sens. La pièce suivante qui s'exhale comme un soupir brûlant, au sein d'un paysage de champs de blés et d'orge, endormis dans le silence d'une nuit lumineuse, est caractéristique du changement survenu. Elle n'aurait pu être écrite avant le séjour à Irvine.

C'était la nuit du premier août, Quand les sillons de blé sont beaux; Sous la lumière pure de la lune, Je m'en allai vers Annie; Le temps s'envola à notre insu, Si bien qu'entre le tard et le tôt, En la pressant un peu, elle consentit À m'accompagner à travers les orges.

Le ciel était bleu, le vent paisible, La lune clairement brillait; Je la fis asseoir, elle le voulut bien, Parmi les sillons d'orge. Je savais que son cœur était à moi, Et moi, je l'aimais sincèrement; Je l'embrassai mainte et mainte fois, Parmi les sillons d'orge.

Je l'emprisonnai dans une étreinte passionnée. Comme son cœur battait! Béni soit cet heureux endroit Parmi les sillons d'orge! Mais, par la lune et les étoiles si belles, Qui si clairement brillaient sur cette heure, Elle bénira toujours cette nuit heureuse Parmi les sillons d'orge.

Et, après chaque strophe, le refrain reprend et court à travers la pièce comme un frémissement d'épis.

Les sillons de blé et les sillons d'orge, Les sillons de blé sont beaux; Je n'oublierai pas cette nuit heureuse Avec Annie, parmi les sillons!

À ce jeu dangereux, ce qui devait arriver, arriva. Une des servantes de la ferme devint enceinte. Elle tomba, éblouie par ces yeux noirs si puissants, et séduite par cette voix aux accents d'une éloquence étrange. Ce qu'il ressentit, quand la malheureuse éperdue vint lui confier le terrible secret dut être affreux. Le père allait se mourant, ce serait un coup sûrement mortel que cette faute de son fils, si grande. Ses derniers jours en seraient affligés. Et les larmes dans les yeux de la mère, la désolation dans toute la maison! En même temps quel remords d'avoir perdu cette enfant! Quel châtiment que la vue de cette figure chaque jour plus attristée et plus pâle! Ce fut un temps de cruelles réflexions. Il les a dépeintes lui-même, en quelques vers écrits à la hâte dans le journal intime qu'il tenait à cette époque, et où éclate un cri douloureux de repentir.

De tous les maux nombreux qui blessent notre paix, Qui pressent l'âme ou tordent l'esprit d'angoisses, Sans comparaison, les pires sont ceux Que nous devons à nos folies ou à nos crimes. Dans toutes les autres circonstances, l'esprit Peut dire ceci: «Ce ne fut pas ma faute.» Mais quand à la souffrance du malheur S'ajoute cet aiguillon: «Blâme ta propre folie!»

C'était le remords poignant d'une première séduction. Il n'avait pas encore pris son parti de faire souffrir par l'amour celles qui l'aimaient. Plus ou moins vite, les séducteurs y arrivent et s'accoutument à meurtrir les cœurs, comme les chasseurs se font à étouffer dans leurs mains les oiseaux sanglants. Mais les cris des premières victimes font mal et troublent l'âme. Burns avait ressenti cette amertume. Cependant, avec la lâche adresse du cœur humain à forger des excuses à ses fautes, il ne tarda pas bientôt à atténuer à ses propres yeux le mal qu'il causait et sa responsabilité. C'étaient de ces réflexions générales, au moyen desquelles on essaye de se consoler d'avoir, par passion ou faiblesse, méchamment agi. Qu'on compare aux vigoureux reproches dont il se flagellait lui-même, cette sorte d'indulgence universelle réclamée pour tous, afin d'en profiter soi-même.

Voilà bien des défaillances excusées ou du moins atténuées. Il y a loin de ce plaidoyer à la condamnation de tout à l'heure. Comme les erreurs personnelles se rapetissent quand on les considère de cette façon générale! C'est peut-être le vrai point de vue des choses. Mais le cœur qui invoque ces théories est en train de se réconcilier avec ses fautes; il est en quête d'intermédiaires entre elles et lui; il cherche, avec ces hôtesses importunes et odieuses qu'il avait d'abord chassées dans la première colère de son remords, un modus vivendi, un prétexte à les accueillir; dont il n'est qu'à moitié la dupe. C'est une transaction où l'on perd toujours, et où l'on va sans cesse perdant. On saisit le moment où Burns y accéda, et l'on suit cette espèce d'acclimatement d'un cœur dans sa faute. Dans quelque temps, après avoir trouvé des excuses à ses erreurs, il en tirera vanité.

Dès le commencement de 1783, il vit que la mort n'était plus loin. Il s'y prépara courageusement avec une sorte de calme méthodique. Quoique affaibli, il envoya lui-même ses adieux à ses plus proches parents et chargea ses fils de les transmettre pour lui à ceux qui étaient plus éloignés. Cette brave et touchante façon de se mettre en règle avec sa famille et de se tenir prêt, apparaît bien dans une lettre que Robert écrivait à son cousin James Burness, de Montrose, le fils de ce frère que William avait embrassé sur la colline quand ils s'étaient séparés au sortir de la maison paternelle. Elle est datée du 21 juin 1783.

«Mon père a reçu votre honorée du 10 courant, et comme il est depuis plusieurs mois en très pauvre santé et que, selon sa propre expression—et à la vérité, selon l'opinion de tous—il est mourant, il a, avec beaucoup de difficulté, écrit quelques lignes d'adieu à chacun de ses beaux-frères. C'est pour cette triste raison que je tiens aujourd'hui la plume pour lui, afin de vous remercier de votre bonne lettre et vous assurer que ce ne sera pas ma faute si la correspondance de mon père dans le Nord meurt avec lui.»

Et elle se termine par ces mélancoliques paroles:

Il pensait dès lors mourir bientôt. Cependant il vit l'automne et une dernière fois les moissons rentrer; il passa l'hiver; il alla jusqu'au moment où les blés commencent à montrer leur verdure.

On ne voulut pas qu'il dormît dans un cimetière étranger, mais dans le cimetière familier d'Alloway, près du petit cottage d'argile. Les funérailles furent faites selon une vieille coutume. Le cercueil fut suspendu entre deux chevaux qui marchaient l'un derrière l'autre. Les parents et les voisins suivaient à cheval[130]. Il fut couché à l'ombre des murs de l'église, sous le son des cloches qu'il avait connues. Sur l'humble pierre qui recouvrait sa tombe, Robert fit graver quelques vers:

Oh! vous dont la joue se mouille d'une larme, Approchez-vous avec un pieux respect, Ici reposent les restes chers d'un époux aimant, D'un père tendre, d'un ami généreux,

Ils ne disent rien au delà de la vérité. Dans ce petit cimetière, autour de sa tombe, le gazon est usé; les pas de ceux qui viennent la visiter ont fait un sentier où l'herbe ne croîtra plus. Il a l'immortalité qui, au cœur des parents, est peut-être la plus douce de toutes, celle qui vient d'un enfant. Il en fut digne parce qu'il fut lui-même admirable. C'est pour des hommes tels que lui qu'a été écrite la belle Élégie de Gray. Il fut, du moins par la noblesse morale, un de ces grands cœurs ignorés qui dorment dans les cimetières de village.

Le 13 de ce mois j'ai perdu le meilleur des pères. Quoique assurément nous fussions depuis longtemps avertis du coup qui nous menaçait, néanmoins les sentiments de la nature réclament leur part, et je ne puis me rappeler la chère affection et les leçons paternelles du meilleur des amis et du plus capable des maîtres sans ressentir ce que, peut-être, les dictées plus calmes de la raison condamneraient en partie.

Ce sont des paroles dignes de celui à qui elles étaient consacrées. Elles expriment bien l'amitié respectueuse qui unissait les fils au père; on y sent bien aussi ce beau rôle d'instituteur, d'éducateur que William Burnes avait, avec tant de clairvoyance, de persévérance et de sagesse, rempli envers ses enfants, depuis les promenades qu'il faisait avec ses deux jeunes garçons dans les champs de Mont-Oliphant, jusqu'aux dernières leçons que, mourant, il donnait encore à sa dernière fillette.

Notes in this chapter

Note 1 · Note 60: Autobiographical Letter to Dr Moore.[Retour au Texte Principal.]Note 2 · Note 120: Common-place Book. Le début.[Retour au Texte Principal.]Note 3 · Note 130: R. Chambers, tom. I, p. 80.[Retour au Texte Principal.]Note 4 · La nouvelle ferme de Lochlea se trouve à une distance de dix milles au Nord de Mont-Oliphant, un peu plus enfoncée dans les terres, non loinNote 5 · Le séjour à Lochlea, qui fut de sept années, compte peu dans l'œuvre de Burns; cependant, Gilbert se trompe, lorsqu'il dit en parlant de sonNote 6 · Dès le début de cette période, on retrouve Burns devenu homme. C'est un beau gars, de taille moyenne, robuste, carré, agile quoique d'une stNote 7 · Au milieu de ce monde villageois où il se sentait aisément le chef, où sa supériorité était acceptée, il marchait avec assurance. Mais dès qNote 8 · Ces premières années de Lochlea, non seulement elles sont intéressantes, parce qu'elles nous montrent l'apparition de qualités et de défautsNote 9 · Et quels flots de poésie, de gaieté, d'éloquence, d'humour, de fantaisie, répandus sur toute la dure besogne de cette dure vie; tout cela déNote 10 · Cependant les choses de l'esprit continuaient à l'attirer. Il portait toujours quelque livre dans sa poche. C'était l'Homme de Sentiment de Note 11 · Le goût de l'activité intellectuelle était vraiment admirable parmi ces hommes accablés de fatigues, et pour lesquels il semble que le reposNote 12 · En même temps il se fit affilier à la loge maçonnique de Tarbolton, dont les séances se tenaient dans une salle de l'auberge du village. LesNote 13 · À travers tout cela, il continuait plus que jamais son métier d'amoureux rural: «L'amour sage ou insensé fut une perpétuelle nécessité de soNote 14 · L'épisode de la petite moissonneuse n'avait été qu'une de ces aspirations vagues dont tous les cœurs de seize ans sont troublés, et l'épisodNote 15 · Bien au delà de toutes les autres impulsions de mon cœur était un penchant pour l'adorable moitié du genre humain[76]. Mon cœur était du purNote 16 · Les occasions ne lui manquèrent pas. Quand on regarde d'un peu près la vie rurale de son temps, on est surpris de la quantité d'intrigues quNote 17 · Vienne heur, vienne malheur, je ne m'en occupe guère; Je prendrai ce que le Ciel m'enverra, Ô; Je n'ai pas d'autre souci dans la vie Que de Note 18 · C'est à cœur perdu que Burns se jeta dans ces aventures qui bientôt ne se comptèrent plus. Il avait généralement une affection principale etNote 19 · Et ce qu'il y a de surprenant en lui c'est qu'il n'aimait pas des lèvres, mais vraiment du cœur. Chacune de ces amourettes avait, pendant quNote 20 · Chez certains poètes, les passions ne deviennent une matière poétique que lorsqu'elles sont façonnées par le souvenir; ils travaillent, toujNote 21 · Il tint peut-être alors à peu de chose que cette agitation ne se fixât et que le calme ne grandît dans sa vie. «Comme toutes ces relations, Note 22 · Mais ce n'est pas son air, sa forme, son visage, Bien qu'elle égale la reine fabuleuse de la beauté; C'est l'esprit qui brille dans ses grâcNote 23 · Il fallait qu'elle eût quelque chose de véritablement distingué, puisque plus tard, après avoir beaucoup admiré et comparé les plus séduisanNote 24 · Croyez-moi, ma chère, c'est un amour comme celui-là qui seul peut rendre heureux l'état de mariage. On peut causer de flammes, d'enthousiasmNote 25 · Je ne sais pas comment cela se fait, ma chère, car bien que, sauf votre société, il n'y ait rien au monde qui me donne autant de plaisir queNote 26 · Cela m'obligerait beaucoup si vous vouliez m'envoyer une ligne ou deux quand vous le pourrez. J'ajouterai seulement que si une conduite réglNote 27 · Ce ne sont pas vos rares avantages personnels et votre bon sens supérieur qui me frappent tant en vous; il est possible que, dans quelques cNote 28 · Ellison Begbie est la première des héroïnes de Burns dont on voie se dessiner un peu la physionomie. D'après Mrs Begg, la sœur de Burns, c'éNote 29 · Il eut un de ces accès de désespérance où l'âme et le corps s'affaissent en même temps, s'entraînant l'un l'autre dans leur descente. Il en Note 30 · Il me reste juste assez de temps et de papier pour vous remercier des leçons de vertu et de piété que vous m'avez données, qui ont été trop Note 31 · Tels étaient le trouble et l'abattement dans lesquels il se trouvait, aux premiers jours de 1782, car cette lettre était destinée à porter àNote 32 · Ce fut dans sa vie un tournant de grande importance morale et le point de départ de changements profonds dans sa façon d'être, d'où devaientNote 33 · L'esprit de ce gentleman était doué de courage, d'indépendance, de magnanimité, de toute vertu noble et virile. Je l'aimais, je l'admirais jNote 34 · On verra un peu plus tard ce qu'était cette Bienvenue. La société du marin lui fut par quelques côtés utile. Richard Brown fut assez perspicNote 35 · Quant à la préparation du lin, l'apprentissage se termina d'une façon singulière. «Mon partenaire, dit-il, était un gredin de la plus belle Note 36 · Ce n'est pas qu'il eût meilleur espoir dans l'avenir, qui restait caché et aussi sombre que jamais; mais il s'en préoccupait moins. Il rappoNote 37 · J'avais gagné un peu d'argent avec beaucoup de souci, Je le gardais bien ensemble; Maintenant il est parti et quelque chose avec; Je m'en irNote 38 · Pourtant je suis aussi joyeux qu'un monarque dans son palais Ô, Bien que la Fortune maussade me poursuive avec sa malice ordinaire Ô; Je gagNote 39 · «Cette chanson, disait Burns, est une inculte rhapsodie, misérablement fautive en versification; mais comme les sentiments sont vraiment ceuNote 40 · Par un certain côté, il est soumis à des influences qui paraissent peu en harmonie avec sa nature d'esprit. Il lit beaucoup, mais une classeNote 41 · qui élève l'esprit à une sublimité sérieuse, favorable à tout ce qui est grand et noble. Il y a à peine aucun spectacle terrestre qui me donNote 42 · La rafale balayante, le ciel assombri, Le jour d'hiver attristé, Que d'autres les redoutent; pour moi ils sont plus chers Que toute la pompeNote 43 · Ces derniers vers sont de l'Ossian tout pur. C'en est la note mélancolique et orageuse. «Les hommes se succèdent comme les flots de l'océan Note 44 · Quand la feuille des bois tombe dans la prairie, Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons; Et moi je suis semblable à la feuille fléNote 45 · Heureusement, dans un autre coin de sa cervelle, une autre partie de lui-même était également à l'ouvrage. On voit paraître pour la premièreNote 46 · Cette réaction fut aidée par une influence littéraire très différente des autres. Le bonheur fit qu'en ces conjonctures les œuvres de FergusNote 47 · Mon frère aîné en infortune, Et de beaucoup mon frère aîné en poésie[119].Note 48 · Observations, Notes, Chansons, Fragments de Poésie, etc., par Robert Burness, an homme qui avait peu l'art de faire de l'argent et encore moNote 49 · Tandis que toutes ces choses s'élaboraient en lui, il s'était, comme on peut le deviner, rejeté dans les aventures amoureuses avec plus d'enNote 50 · J'ai été gai avec de chers camarades, J'ai été joyeux en buvant, J'ai été content en amassant du bien, J'ai été heureux en songeant; Mais, tNote 51 · Quand, ce qui est pire encore, s'ajoutent les morsures du remords, La conscience qui vous torture et vous ronge d'avoir fait une faute, Une Note 52 · J'ai souvent observé, dans le cours de mon expérience de la vie humaine, que chaque homme, même le plus mauvais, a en lui quelque chose de bNote 53 · Cependant William Burnes approchait de sa fin. Sa constitution affaiblie par les privations, usée par le travail, minée par les inquiétudes,Note 54 · Bien qu'épuisé de souffrances et assailli de tourments, le père resta pareil à lui-même, calme, bon, un peu plus sombre, un peu plus silenciNote 55 · «Mon père vous envoie, probablement pour la dernière fois en ce monde, ses souhaits les plus ardents pour votre réussite et votre bonheur[12Note 56 · Le jour qui fut son dernier, il était seul dans sa chambre avec sa plus jeune fille en qui vécut le souvenir de la scène, et Robert. La pauvNote 57 · Le cœur charitable qui ressentait toute souffrance humaine, Le cœur indomptable qui ne craignait aucun orgueil humain, L'ami de l'homme, du Note 58 · Lorsque les fils revinrent de l'enterrement du père, ils trouvèrent la ruine dans la maison. «Quand mon père mourut, tout son avoir s'en allNote 59 · J'espère que les parents de mon père, dans votre pays, ne laisseront pas leurs rapports avec nous s'éteindre en même temps que lui. Pour ma Note 60 · En prévision d'un dénouement inévitable, les deux fils avaient loué par avance une petite ferme située à quelques milles de Lochlea, près de
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